Dire la vérité de Dieu aux pouvoir
Prédication par Andrew Rossiter le 27 avril 2025 à Bergerac
Dire la vérité de Dieu aux pouvoirs
Apoc 1.1-8, Jean 20.19-31
Peut-être, comme moi, vous pensez que c’est drôle d’entendre une lecture de l’Apocalypse le dimanche après Pâques. Quel est le rapport avec l’annonce de la résurrection? ici nous avons une introduction d’une lettre ancienne, le nom de son auteur, son accréditation et les salutations aux destinataires. Quel est le lien avec une rencontre joyeuse dans une maison privée le soir du premier jour et ce texte qui parfois nous fait peur? Et comment ce texte nous aide à proclamer la bonne nouvelle de Dieu dans notre monde?
Je ne sais pas si j’ai tout compris de ce texte, mais il me semble que j’aperçois quelques indications pour nous.
La première chose c’est que nous avons ici une lettre. Comme je viens de dire, il y a un auteur et un ou des destinataires. J’imagine que Jean avait en tête ces différentes églises qui sont nommées un peu plus tard dans la lettre. Est-ce qu’il les connaissait? Est-il allé les rendre visite dans sa longues vie? Et est-ce qu’il attendait une réponse de cette lettre de leur part? Ce sont quelques questions que nous sommes en droit de poser en lisant son texte. Si le dernier livre de la Bible est une lettre, elle est bien autre chose aussi. Elle est une apocalypse et une prophétie, et en anglais ce livre porte le titre de «Révélation» parce que le mot apocalypse en grec veut dire «dévoiler». Elle cherche à révéler les problèmes du monde et à dévoiler la bonne volonté et projets de Dieu pour tout le cosmos. Les prophéties aspirent à proclamer la parole de Dieu dans une situation spécifique. «Voici la parole de Dieu», nous pouvons lire à plusieurs reprises dans les livres des prophètes du premier testament.
En tant que lettre, elle parle d'une situation particulière ancrée dans le vécu des communautés réelles.
En tant qu’apocalypse, elle dit la vérité de Dieu aux pouvoirs.
La lettre nous dit encore plus sur l’auteur que son nom et ses compétences, elle annonce que les mots que nous allons lire sont de l’inspiration divine. Nous n’avons pas une lettre quelconque mais un message envoyé du ciel. Et pour être sûr que le lecteur le comprenne, il le dit deux fois. Ce monde a besoin de savoir que c’est le monde de Dieu, le monde que Dieu a tellement aimé et Dieu n’est pas prêt à renoncer à son désire de le voir devenir le reflet de son amour et de sa grâce.
Je vous entends, au moins j’imagine ce que vous pensez, «ce que tu dis là est n’importe quoi», il faut revenir dans le monde réel, le vrai, pour voir comment la majorité de gens vivent pour savoir que le monde n’est pas du tout le reflet d’une volonté divine. La manipulation des idées, des soi-disant vérités et des fake news nous embobinent dans une vision du monde «apocalyptique», où tout va vers le mur. Regardez un peu ces méga-riches qui s’enrichissent encore sur les fluctuations boursières engendrées par les déclarations d’une politique douanière. Ou encore ces parents qui envoient leurs enfants à l’école avec des cartables «pare-balle» (que tu peux acheter sur Internet pour moins de 100€) afin de les protéger des tires de Kalashnikov dans les salles de classe. Actuellement en RDC quelques 28 million de personnes sont confrontées à une faim aiguë. Chacune des ces 28 millions est une personne: une mère, un enfant, un père, frère, ami… Chacune des vies de ces personnes sont tissées dans la vie des communautés. Et en même temps les Etats-Unis retire leur aide humanitaire. La mère qui attend la nourriture dans un centre de distribution où il y a de moins en moins de choses, son visage ne reflète pas le dessin bienveillant de Dieu pour son monde. C’est simplement pas vrai.
Que faire? Nous ne sommes pas assez fort, assez nombreux, assez organisés, ou tout simplement «pas assez» pour faire grande chose. Nous ne sommes pas si différents que ces chrétiens qui ont été les premiers à lire cette lettre. Face aux exigences de l’Empereur d’être adorer comme le seul vrai dieu et ayant subit les conséquences de leurs refus, certains souffrent et meurent à cause de leur foi, mais d’autres n’ont pas le courage et ont abandonné leur foi et renoncé leur Dieu.
La deuxième chose que je retiens est que nous ne sommes pas seul et Dieu n’agit pas seul. Jean s’adresse aux sept églises d’Asie Mineure. Il emploie des pronoms pluriels pour souligner que l'Église de Dieu est universelle et communautaire. «Grâce à vous (pluriel) et paix de la part de celui qui est, qui était et qui vient». Et Jean n’est pas un observateur extérieur, un donneur de leçons de comment il faut faire ou ce qu’il convient de dire mais il s’inclut lui-même dans le groupe que Dieu aime et appelle comme serviteurs. Bien que Jean s'adresse ensuite à chaque Église individuellement dans les chapitres 2 et 3, il est essentiel de garder en esprit que son message commence par la communauté. Donc nous pouvons proclamer ce matin de dimanche après Pâques que la resurrection n’est pas une affaire confiée aux individus, mais une aventure communautaire.
Jean nous appelle à poursuivre notre action dans l’œuvre de Dieu. Sans cesse il nous invite à faire quelque chose. Le livre de l’Apocalypse est donc plus qu'un message. C'est un appel à l'action. Le premier mot après la salutation est le commandement «Regardez!». Ce commandement est répété plus de vingt de fois dans sa lettre. Jean nous implore en tant qu’églises de lire, d'écouter et de garder la parole de Dieu. Tout au long de l'Apocalypse, il nous encourage à résister aux voies déformées du monde. En résumé, l'Église de Dieu joue un rôle crucial dans la réalisation des intentions de Dieu pour la création. Contrairement aux démagogues politiques populaires qui préfèrent la dictature et la monocratie, la bonne nouvelle de Pâques exige une communauté. Nous sommes appelés à nous joindre à Dieu dans sa bonne œuvre, et nous n'avons pas à le faire seuls.
Et la troisième et dernière chose que je partage ce matin avec vous c’est que Dieu ne nous appelles pas comme des super-héros, dotés des pouvoirs extra-terrestres… Dieu nous fait confiance là où nous sommes, et qui nous sommes. Après tout le Christ ressuscité est celui qui est transpercé (v.7).
Jean ne parle pas de Dieu comme un dirigeant politique avec les apparences de pouvoir, force, puissance, richesse, etc. Jean met l'accent sur les blessures de Jésus. Il veut que nous soyons attentifs aux dangers de ces pouvoirs impériaux. Il veut que nous voyons les cicatrices de cet empire.
Il décrit à quoi ressemble le service de Dieu. Pour servir Dieu, il faut servir celui qui remarque les victimes de l'empire, plutôt que de servir les empires eux-mêmes. En d'autres termes, les dirigeants doivent dénoncer la violence, et non la perpétuer. Jean nous montre que les vrais dirigeants se joignent à Dieu pour dévoiler la vérité et exposer l'injustice. Cela me rappelle la prédication de la femme évêque Mariann Edgar Budde lors du service de prière dans la cathédrale nationale à Washington pendant l'inauguration de Donald Trump. Elle s’est rappelée de ce passage pour dire la vérité au pouvoir.
Dans son sermon elle encourageait Donald Trump, «au nom de notre Dieu», à faire preuve de «miséricorde» envers «les millions de personnes qui ont peur sur la frontière mexicaine, la vaste majorité de ces personnes ne sont pas des criminels» elle lui a dit. Elle a continué, «Il y a des enfants gays, lesbiennes, transgenres de familles démocrates, républicaines ou indépendantes, dont certains craignent pour leurs vies», a-t-elle plaidé face au président et sa femme Melania, assis au premier rang au côté du vice-président J. D. Vance et de son épouse.
La réaction de Trump ne s’est pas fait attendre: «Cette pseudo-évêque est une radicale de gauche», a-t-il posté sur son réseau «Truth Social», estimant que l’évêque «a introduit son Église dans le monde de la politique de manière très ingrate. Elle était méchante par son ton et ce n’était ni convaincant ni intelligent… Elle et son Église doivent faire des excuses en public!»
Budee posait son regard sur des victimes de la violence impériale et elle ne s'est pas détournée. Elle a demandé aux détenteurs du pouvoir de faire preuve de miséricorde. En ce temps de Pâques, aurons-nous le courage de nous joindre à l'évêque Budee pour identifier les cicatrices du mal et de son pouvoir, et élever nos voix au service des victimes de la violence?
Nous voyons que ces quelques versets de l'Apocalypse sont remplis de l'espoir de Pâques. Il est tissé dans la joie de la rencontre dans cette maison cachée, secrète quelque part à Jérusalem. Ces versets rejoignent toutes ses personnes qui ont peur, qui n’ont pas d’avenir, qui ont faim en leur annonçant qu’elles peuvent prendre conscience qu’elles ne sont pas seules. Ces versets nous disent que Dieu œuvre inlassablement et que Dieu n'agit pas seul. Jean nous encourage à servir celles et ceux qui subissent la violence des mains du pouvoir, plutôt que les puissants eux-mêmes.
Et là, nous avons une bonne nouvelle à proclamer et à vivre.