L’hôtel particulier (1)
Chapitre 1 : Le domaine
Face à la façade, mes amis restèrent bouche-bée. Leurs yeux exploraient les murs en se posant de nombreuses questions. Déjà, ils durent traverser un jardin immense, mais là ! Ils s’attendaient à voir une jolie maison bourgeoise et ils faisaient face à un bâtiment plus proche du manoir !
Ayant les clés, j’entrai le premier suivi de Tatiana et Léopold. Ils furent sidérés de découvrir une frise juste au-dessus de la porte.
- Qu’est-ce que ça raconte ? demanda Léo.
Je ne répondis pas, en fait, je ne le savais pas. La frise ressemblait à une bande dessinée. Elle rappelait la tapisserie de Bayeux ou les dessins volés de l’Acropole. J’observai attentivement. Elle représentait des femmes et des hommes dansant avec des animaux, certainement des divinités. Le groupe faisait la fête, certains buvait, j’eus du mal à y croire mais quelques couples semblaient copuler. Et le dernier personnage marchait avec la tête entre ses mains. A côté, une espèce d’hybride bouquetin sur deux pattes que je reconnus être Pan marchait en bombant le torse.
Dans le hall, la lumière permettait d’apercevoir voltiger de nombreuses particules de poussière. Tatiana pouffa de rire en m’imaginant en train de passer ma vie à nettoyer ne serait-ce que cette partie de la demeure. A notre gauche, la porte à double battants permit de constater une salle immense et vide. Moi-même, je ne savais pas quoi faire dedans. De l’autre côté, les appartements étaient aménagées. C’était là que vivait l’ancien propriétaire après s’être retrouvé paralysé. Il vécut une dizaine d’année en fauteuil roulant sans pouvoir entretenir la maison. Lorsque je racontai ça à mes amis, ils me fixèrent de leur regard interrogateur.
- Mais pourquoi tu as acheté cette baraque? demanda Marc.
- C’est immense, c’est trop grand pour toi, remarqua Léo.
- Je sais, répondis-je. Je ne sais pas…Quand j’ai vu l’annonce, j’ai eu comme un coup de cœur en regardant la photo. Alors, je suis venu visiter et le coup de cœur s’est confirmé.
Je fis visiter la partie aménagée. A cet endroit, j’avais suffisamment de place pour vivre. Une cuisine, une salle à manger, un salon, deux chambres et une salle de bain. Quoi que petit, l’ensemble était aussi grand que n’importe quel F3. Tatiana habituée à mon ancien appartement, eut un large sourire après un long soupir. Elle observa les plafonds, on pouvait même ajouter une mezzanine. C’était trop grand, répétait-elle en soufflant.
Au bout de cet espace habitable, j’ouvris une porte fenêtre donnant sur le jardin arrière. Ils restèrent ébahis en découvrant le jardin aussi grand qu’une forêt. Il y avait de nombreux arbres fruitiers, des cerisiers, des pommiers, des noyers, un prunier et même un bananier. Nous étions en août et l’on pouvait voir le sol jonché de mirabelles sous le prunier. Quelques oiseaux s’en donnaient à cœur joie. Léo signala qu’il s’agissait surtout de corneilles et de corbeaux.
- Tu vas être bien là ! C’est clair, bredouilla-t-il.
- Et ça va loin. J’ai mis dix minutes pour atteindre le mur du fond. Après, ce sont des champs et la forêt.
- Ça t’a coûté combien tout ça ? questionna Léo
- Presque rien, c’était aux enchères. L’ancien proprio n’avait pas d’héritier et il était endetté. Alors, ça a été mis en vente…. Je n’ai pas compris pourquoi personne n’a vraiment surenchérit.
La vente s’était déroulée devant l’entrée. Le commissaire-priseur annonça le prix. Je fis un geste pour débuter. Il y a eu une femme d’une soixantaine d’année qui leva la main offrant un prix supérieur. Elle leva deux fois la main avant d’arrêter. Pourtant, il y avait du monde mais personne ne chercha vraiment à s’imposer dans la vente ; comme s’ils étaient statufiés ou tétanisés. Lorsque la phrase : « Adjugé, le domaine va M. Lantier » sortit de la bouche du huissier, un notaire m’agressa gentiment en me fournissant les papiers de propriété, genre il était content de se débarrasser de l’affaire.
Nous retournâmes dans le hall et commençâmes à grimper l’escalier. Ses marches légèrement abimées avaient besoin d’une réfection pour une seconde vie. Nous arrivâmes au premier des trois étages. Deux portes ouvertes se proposaient accédant à un couloir. Durant ma visite, je ne me souvenais pas qu’ils donnent accès à plusieurs portes.
- Mais, en fait, tu as acheté un hôtel ? interpela Marc.
Encore une fois, je ne répondis pas. Et en effet, chaque salle était la même. On trouvait une place suffisante pour un lit et une armoire ainsi que les restes d’un évier bouffé par la crasse et les toiles d’araignées. Tatiana éclata de rire lorsque mes potes me charrièrent. Ils me connaissaient suffisamment pour savoir que je ne suis pas du tout une fée du logis. Dès lors j’expliquai mon projet. Ils écoutèrent avec attention.
- J’ai envie de réaménager tout ça. De toute façon, je n’ai que ça à faire depuis que j’ai gagné au loto. J’ai l’intention de faire des appartements. On n’est pas loin de la ville et le côté campagne pourrait plaire. Ensuite, la salle de réception pourrait servir pour nos soirées. Je n’ai pas tout en tête mais je sais déjà comment transformer tout ça.
En visitant les chambres, nous découvrîmes quelques meubles oubliés. Bien entendu, c’étaient surtout des armoires ou des lits aux matelas moisis. Je devinai retrouver des vêtements ainsi que des objets personnels dans les tiroirs. Le second étage offrait le même paysage ; des chambres de chaque côté de l’escalier. Enfin le troisième ne fut pas accessible à cause d’une porte fermée dont je n’avais pas la clé. J’essayai en vain de l’ouvrir mais je me résignai à la laisser en état. Dès lors, nous retournâmes dans le vestibule.
- C’est quand même pharaonique, me dit Tatiana. J’espère que tu ne comptes pas sur moi pour tout laver.
- Je vais employer des gens pour ça. N’oublie pas que maintenant j’ai les moyens.
Elle eut un sourire crispé. Je pense qu’elle n’aimait pas me parler argent. On était ensemble depuis deux ans et il n’a jamais été question de ça. Depuis mon ticket gagnant, je sentais qu’il existait une certaine tension entre nous. Il n’y avait pas qu’elle. J’ai vite dégagé les vautours qui se disaient être mes amis si bien qu’il ne restât plus que Léopold et Marc, deux potes d’enfance…Et Tatiana pour qui l’argent n’a aucun intérêt.
Nous discutâmes encore de la maison. Le camion devait apporter mes meubles le mois prochain. En attendant, je comptais venir en apportant quelques affaires. C’était des outils, de la peinture, de quoi donner un souffle là où cela en avait besoin.
- Tu en as pour des siècles, réagit mon ami Léo.
Sans leur demander, ils acceptèrent de venir donner un coup de main. Pas grand-chose de dur mais juste de quoi s’occuper. Car finalement, malgré mon portefeuille garni, je restai comme eux, quelqu’un de simple et même si j’avais ‘la folie des grandeurs’ avec cet hôtel particulier, je comptais d’abord le moderniser pour le faire revivre.
Nous quittâmes la maison en riant. Un nuage noir cacha brusquement le soleil qui rayonnait depuis son lever. Soudain, il se mit à pleuvoir abondamment nous obligeant à courir pour nous protéger dans la voiture. Mais avant, lorsque je me retournai afin de fermer la porte, celle-ci claqua brutalement devant moi faisant sursauter mes amis. Ils se mirent à rire du fracas et de la pluie qui commençait à tomber en disant que la maison me souhaitait la bienvenu. De mon côté, je me sentis légèrement troublé car juste avant que la porte ne se referme tout seule, il m’avait semblé voir une ombre descendre en glissant sur les escaliers.
Alex@r60 – janvier 2021
Photo : Clermont (Oise) dans les années 1970











