Après rendez-vous avec ma tutrice il y a de cela 6 jours, nous avons conclu que le plus important à l'heure actuelle était de construire l'univers et pour cela je dois me documenter sur divers dystopies pour créer la mienne. Je vais faire les compte rendu de ce que je lis/vois.
Je commence avec le compte-rendu que je me suis fait du libre "Le Procès" par Franz Kafka. J'ai noté certains passages du livre, je vais les retranscrire et dire ce que j'en pense et/ou comment ça va m'aider pour mon propre projet.
"Le Procès", Franz Kafka, édition Le Livre de Poche
" Comment puis-je aller à la banque si je suis en état d'arrestation? - Ah! fit l'inspecteur qui se trouvait déjà près de la porte, vous m'avez mal compris ; vous êtes en état d'arrestation, certes, mais cela ne doit pas vous empêcher d'exercer votre profession. Vous ne devez pas non plus être gêné dans vos habitudes. - Alors ce n'est pas bien méchant, d'être en état d'arrestation, fit K. en s'approchant de l'inspecteur. "
Pour moi c'était le début de l'absurde. Le moment semble drôle parce qu'on dirait que rien ne va vraiment changer dans l'immédiat mais je l'ai aussi trouvé angoissant par la naissance d'une épée de Damoclès au-dessus de la tête de K. Tout doit se faire comme avant, notamment travailler et servir mais n'oublie pas tu es en procès.
" Certes vous êtes en état d'arrestation mais pas comme on arrête un voleur. Quand on est arrêté comme un voleur, alors c'est grave, mais cette arrestation… Ça me donne l'impression de quelque chose de savant, pardonnez-moi si je dis des bêtises, ça me donne l'impression de quelque chose de savant, que je ne comprends pas, c'est vrai, mais qu'on n'est pas non plus forcé de comprendre. "
La suite de l'absurde de la situation dans laquelle on n'arrive pas à nommer la situation. C'est comme un voleur mais non. Cela m'a rappelé un sketch du JDG sur les dresseurs pokémon je dois dire. Mais le danger vient de ce gris: la situation est grise donc elle ne peut pas être résolue, donc elle est sujette à des interprétations arbitraires. Dans un sens cela peut faire penser aux zones grises dans les textes de loi, qui deviennent des conflits judiciaires assez souvent. En tout cas, la question de la "zone grise" me semble bien comme base de dystopie parce que cela laisse les personnes qui jouent/lient/regardent dans une forme incapacitante à émettre un jugement et résoudre le conflit.
" Donc, fit le juge d'instruction, tout en feuilletant son cahier et en se tournant vers K. d'un ton péremptoire, vous êtes artisan-peintre ? - Non, fit K., je suis administrateur en chef dans une grande banque. "
Ce passage humiliant pour le protagoniste a mis en avant pour moi sa descente de la classe sociale. D'abord à haute responsabilité dans la banque, à un "simple artisan" avant de devenir complètement criminel. Le changement de statut social n'est pas forcément ce qu'il "faut" pour faire une dystopie, néanmoins c'est un procédé qui permet de précipiter les protagonistes dedans. Cela peut uassi être la récompense recherchée (New-York 1997).
" il ne fait aucun doute que derrière tous les agissements de ce tribunal, donc dans mon cas précis, derrière l'arrestation et la présente instruction, une vaste organisation se dissimule. Une organisation qui non seulement emploie des gardes corrompus, des inspecteurs stupides et des juges d'instruction modestes dans le meilleur des cas, mais qui entretient de surcroît une haute magistrature et une magistrature suprême, avec son incontournable cortège d'huissiers, de greffiers, de gendarmes et autres auxiliaires, peut-être même ses bourreaux, le mot ne me fait pas peur. Et quel est le sens de cette vaste organisation, messieurs? Il consiste à faire arrêter des personnes innocentes et à intenter contre elles des procédures folles et, le plus souvent, comme dans mon cas, sans résultat. Comment, vu l'absurdité de tout cela, éviter les formes les plus graves de corruption des fonctionnaires? C'est impossible, même pour lui-même, le plus haut magistrat n'y parviendrait pas. Voilà pourquoi les gardes cherchent à dépouiller le prévenu de ses vêtements, voilà pourquoi les inspecteurs entrent par effraction dans la demeure d'autrui, voilà pourquoi, au lieu de leur faire subir un interrogatoire, on humilie des innocents devant des assemblées toutes entières. "
Ce passage m'a semblé intéressant parce que c'est le moment où le protagoniste semble être en pleine conscience de tout ce qui se passe. Mais cela a lieu assez tôt dans le livre, de ce fait, même conscient, le personnage est pris dans une spirale dont il ne pourra pas ressortir. Cela peut être aussi un mécanisme de jeu avec les joueureuses. Qu'iels se rendent vite compte du problème mais est ce que je leur laisse la possibilité d'en sortir directement via culture participative ou doivent iels d'abord finir un événement dont iels ne sont pasl es maître.sses?
"L'avocat cherchait-il à le réconforter, ou à lui ôter tout espoir? K. l'ignorait, mais il tint bientôt pour acquis que sa défense n'était pas en de bonnes mains. Tout ce que l'avocat racontait pourvait être vrai, même s'il cherchait manifestement par tous les moyens à se mettre en avant "
Je pense que cela n'est pas le cas mais j'interprète ce passage comme K. qui dissocie de ce que lui raconte l'avocat. Il parle mais n'apporte rien et il s'en rend compte sans quitter la scène. J'ai eu l'impression de voir la scène comme au dessus des personnages. Ce que je trouve assez intéressant comme manière d'intégrer le joueur à l'intrigue comme le 3ème oeil, qui est en incapacité.
6 ) p182-183 ligne 35 à ligne 1
" Ces fillettes aussi appartiennent au tribunal. - Comment? demanda K. en écartant la tête pour regarder le peintre. Mais celui-ci se rassit sur son siège et dit, moitié pour plaisanter, moitié en guise d'explication : Tout appartient au tribunal."
Est-ce qu'elles représentent le tribunal comme opinion publique. Est-ce qu'elles représentent le tribunal par extension du fait qu'elles vivent dans un état maintenu par la force policière et qu'alors tous ces membres forment le tribunal? Ce sont mes deux théories et peut-être que les deux sont valides ou aucune des deux. Mais je pense que les deux se nourrissent l'un et l'autre. Dans une dystopie il faut déterminer qui fait la loi?
7 ) p185 ligne ligne 31 à 35
" Vous avez dit aussi tout à l'heure que l'on peut influencer personnellement les juges, mais vous contestez à présent qu'on puisse jamais obtenir le véritable acquittement, comme vous le désignez, en usant d'une influence personnelle"
Pourrait-il être intéressant de laisser les joueureuses sur une fin douce amère? Ou sur une résolution qui ne l'est pas vraiment. Ou pas pour lae protagoniste.
" Un jour - sans que personne s'y attende -, un juge quelconque prend en main le dossier pour y regarder de plus près, découvre que dans ce cas précis l'accusation est toujours en vigueur et ordonne l'arrestation immédiate. "
Je me suis dis que cela pouvait être un mécanisme exploitable que le malheur, l'intrigue du de lae protagoniste sorte au milieu de nul part. Un événement en plein milieu de la partie qui chamboule tout?
" (je suis le négociant en grains) "
Ok j'ai juste bien rigolé en lisant ce titre. Je pense que cela n'était absolument pas son objectif mais cela me fait penser que donner des rôles qui peuvent sembler absurdes aux joueureuses de pratiquer pourrait aussi faire partie de la dystopie? Pourquoi ce rôle, que faire avec, quel est mon but?
" Les accusés sont les plus beaux. Ce ne peut être la faute qui les rend beaux, car en réalité - en tant qu'avocat, je dois du moins tenir ce discours - tous ne sont pas coupables ; ce ne peut pas être non plus le châtiment à venir qui les rend déjà beaux, car ils ne sont pas tous châtiés ; cela ne peut donc pas tenir qu'à la procédure entamée contre eux, et qui d'une certaine façon leur colle à la peau. "
L'aventure de l'accusé doit se montrer suffisamment moralement grise point de vue de lae spectateurice car il faut pouvoir avoir une bataille d'opinion à son encontre? (Dans la réalité ce n'est pas toujours le cas, des gens 100% criminels sont quand même appréciés mais point de vue joueureuse je suppose qu'il faudrait que les personnages qu'iels jouent soient très gris).
" le client finissait par oublier le reste du monde, dans le seul espoir de se traîner jusqu'au terme du procès en suivant cette voie sans issue. Ce n'était plus un client, c'était le chien de l'avocat. "
Je ne sais pas si je réutiliserais cette idée via mon projet mais il me semble juste de voir une fin qui finit mal pour lae protagoniste comme la seule chose qui lui reste et qui définit son identité à l'instant T (déshumanisant). Néanmoins ce n'est pas une obligation (surtout en fin).
" Les documents que tu lui as prêtés doivent être difficiles à comprendre. - Oui, dit l'avocat, il est vrai qu'ils le sont. Je ne crois pas non plus qu'il y comprenne grand-chose. Il sont juste censés lui donner une idée de la difficulté du combat que je mène en sa défense. "
Nouveau procédé humiliant utilisé pour parler des victimes du système dans lequel les personnages se trouvent. Même dans leur ultime et personnel défense elles ne peuvent rien faire, tout revient au tribunal de nouveau.
" Le verdict ne vient pas en une fois, la procédure se transforme peu à peu en verdict. "
Cela m'a semblé être une remarque très juste et encore plus dans l'idée d'une construction du récit. Il faut que les rôles que les gens s'attribuent au cours du jeu évoluent et deviennent des portraits plus précis qui se sont construits au cours de la partie. Le rôle du ou de la criminel.le et sa gravité prennent sens avec les autres joueureuses.
" non comment influencer sur le procès, mais comment en sortie, le contourner, vivre en dehors du procès. "
Dans la continuité du point 12, faire miroiter une porte de sortie ou en rêver. Définir son identité autrement que par l'accusation.
15 ) p256-257 dernière ligne à 2
" K. savait fort bien, à présent, que son devoir eût été de s'emparer du couteau qui passait de main en main au-dessus de lui, et de se transpercer. "
Moment où le protagoniste hésité de manière ultime à s'ôter lui-même la vie pour être le dernier à être le maître de son sort. Cela tient de conserver son humanité. je ne sais pas si cela pourrait être un dilemme intéressant pour la personne accusée au sein du jeu?
" La logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à quelqu'un qui veut vivre. Où était le juge qu'il n'avait jamais vu? Où était le haut tribunal auquel il n'avait jamais accédé? "
C'est la fin du livre avant que K. ne soit exécuté et Kafka met en avant toutes ces questions qui n'ont pas été résolues durant l'intrigue (faisant parti intégrante de la dystopie). Il me semble bien lors d'une dystopie de ne pas répondre à toutes ces questions et de laisser pleins de problèmes non-résolues: néanmoins il faut réussir à mettre en avant el dilemme du problème principal.