Wu Ming 1 : « Le conspirationnisme peut être étudié comme un genre littéraire »
Un long entretien avec Wu Ming 1 réalisé par Thomas Lemahieu et publié par le journal L'Humanité le 21 octobre 2022.
Conspirationnisme. Dans son foisonnant et roboratif Q comme Qomplot, l'écrivain italien s’attaque non seulement à l’irrationalité des récits toxiques à la QAnon, mais aussi à la fabrication de ces narrations complotistes. Une approche déterminante pour les contrecarrer, où la littérature a un rôle à jouer.
L’Humanité | Entretien avec Wu Ming, 14.08.2018, texte intégral. Puissance de la fiction. « Si un roman crée un tel tsunami, la littérature compte encore »
Le collectif d’écrivains italiens Wu Ming examine les traces de l’un de leurs romans, Q, semées dans le délire QAnon. Et défend une pratique politique de l’art renversant, par des narrations autres, le simplisme des dominants, complotistes ou non.
Leur nom est personne. À moins qu’il n’en ait même pas un, de nom. En mandarin, Wu Ming signifie « personne » ou « sans nom ». C’est pourtant sous ce pseudonyme qu’est connu le collectif d’écrivains italiens qui intervient aujourd’hui dans ces pages. Très célèbres en Italie et dans de nombreux pays du monde, un peu moins en France où leurs ouvrages sont, pour la plupart, traduits et publiés par les éditions Métailié, les Wu Ming livrent depuis plus de vingt ans une œuvre romanesque éminemment politique, à la fois sur le fond et sur la forme. Signé Luther Blissett – le nom du collectif qui, dans les années 1990, s’échinait notamment à semer la zone dans le système médiatique italien –, leur premier grand roman, Q (publié en français, aux Éditions du Seuil, en 2001, sous le titre L’Œil de Carafa), est vite apparu comme une des références des mouvements altermondialistes naissant. Vingt ans après, c’est ce livre, et les pratiques de guérilla de l’information des Wu Ming, qui transpirent en filigrane dans QAnon, la dernière théorie du complot en vogue chez les partisans de Donald Trump. L’occasion pour eux, à travers ce grand entretien, de venir détourner et brouiller à leur tour les récits simplistes des fascistes, et de mettre en avant la puissance d’une littérature susceptible de contrer les narrations des dominants comme celles de leurs épigones conspirationnistes.
-Quels recoupements voyez-vous entre votre roman Q et le délire trumpo-conspirationniste QAnon ? Comment les interprétez-vous ?
Wu Ming. Devant le phénomène QAnon, chacun de nos lecteurs ne peut s’empêcher de penser que celui-ci a été inspiré de notre roman. Et beaucoup nous ont écrit pour nous demander ce que nous en pensions. Ces correspondants ressentaient de la frustration parce qu’à leurs yeux, le lien était évident, alors que les commentateurs dominants aux Etats-Unis se perdaient en conjectures, mais sans jamais mentionner ni notre roman ni le Luther Blissett Project.
En dehors de la France, où il a été un authentique fiasco – ce qui a gêné la diffusion de notre travail pendant quelques années -, le roman a été un best-seller dans toute l’Europe. Aux Etats-Unis, il reste peu connu, ce qui explique pourquoi les médias américains ont mis du temps à trouver la piste.
Non seulement les références au roman sont difficiles à évacuer – à partir de la plus évidente de toutes, c’est le même Q, avec les mêmes missives -, mais les ressemblances entre QAnon et le genre de canulars médiatiques que nous fomentions à l’époque de Luther Blissett sont évidentes. QAnon ressemble à une application distordue de notre « manuel de stratégie » des années 1990. Nous aussi, nous nous occupions des affaires liées à la pédophilie, aux viols rituels sataniques, de conspirations impliquant le Vatican, etc. Nous aussi, nous adoptions des tactiques et des techniques narratives caractéristiques des jeux de rôle et de réalité alternée (alternate reality games).
Nous soupçonnons celui qui a lancé QAnon d’avoir voulu faire une farce ou mener une expérience au détriment de la droite états-unienne, comme une opération de guerre psychologique (psy-op), directement inspirée de notre travail. En peu de temps, pour différentes raisons – des raisons qui étaient certainement prévisibles -, le canular a acquis son existence propre : il est devenu un jeu de rôle fasciste dans lequel les joueurs les plus influents aiguillonnent les plus crédules des soutiens de Trump, et ensuite, tous poussent pour rendre l’ensemble toujours plus débridé, absurde, extrême, sidérant. Ainsi, ceux qui jouent à QAnon font d’une pierre deux coups : ils sèment leurs messages racistes et fascistes à tous vents, et dans le même temps, ils assomment les commentateurs des médias dominants. Ceux-là n’en reviennent vraiment pas : comment tant de gens peuvent croire à des foutaises pareilles, ça leur échappe.
A un certain niveau, QAnon demeure un canular… Mais aux dépens de qui ? Ça n’est pas très clair. Qui tourne en dérision qui ? Quelle qu’elle soit, la portée critique et radicale que pouvait revêtir le canular au début est désormais morte et enterrée, ensevelie par le bruit blanc. Comment peut-on se payer la tête de gens qui exploiteront et transformeront n’importe quel « jeu », pourvu qu’il leur permette d’attaquer leurs ennemis ? Ce n’est pas intelligent de donner une corde à des personnes dont le but est de te pendre à n’importe quel prix.
C’est à ce stade que nous nous sommes insérés dans l’affaire, en appuyant l’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’un canular inspiré par notre propre roman Q. Cette sortie a au moins répandu un peu d’incertitude et de confusion sur les forums de droite. Elle a surtout offert aux commentateurs une nouvelle clé d’interprétation qui peut désamorcer la théorie du complot. Aux dernières nouvelles, la droite américaine est très embarrassée. Tant les secteurs les plus malins de l’alt-right que les milieux traditionnellement conservateurs disent que QAnon fait des dégâts. Le principal forum trumpiste sur Reddit a banni tous les contenus relatifs à la théorie du complot.
Nous ne pouvons pas écarter l’hypothèse qu’un jour ou l’autre, QAnon sera revendiqué comme un canular. Même si cela arrive, il reste compliqué d’en prévoir toutes les conséquences. Et la situation demeure extrêmement dangereuse.
Une chose est certaine : si un roman peut provoquer un tel tsunami, cela signifie que la littérature est encore importante.
-Pourriez-vous expliquer en quelques phrases qui était Luther Blissett, l’auteur de Q, et ce qu’était le Luther Blissett Project ?
Wu Ming. Le Luther Blissett Project (LBP) est né au carrefour d’influences diverses : le « marxisme autonome » italien, le zapatisme, la tradition d’agit-prop de la gauche, les avant-gardes de Dada au Néoisme en passant par Fluxus et l’art postal (Mail Art), et les exemples d’agitation culturelle que nous avions trouvés dans le monumental numéro de la revue américaine Re:Search consacré aux canulars et intitulé « Pranks ! ».
Tout ça était tenu ensemble par une théorie plutôt éclectique de la « mythopoiesis », ce qui signifie que nous voulions créer des mythes, des narrations communautaires qui stimulent l’imagination collective et la coopération.
Le « mythe des mythes », c’était le pseudonyme collectif Luther Blissett que nous avions emprunté à un footballeur britannique. Des centaines de personnes l’ont adopté, elles ont partagé ce nom avec l’intention de créer, action après action, canular après canular, publication après publication, la réputation ouverte d’un guérillero culturel imaginaire.
Sans cette intention mythopoétique, notre activité principale pendant les années du Luther Blissett Project – entre 1994 et 1999 – pourrait être rabaissée à la « fabrication de fake news ». Mais les fausses nouvelles n’étaient pas l’objectif ultime. Nos canulars avaient des objectifs précis. Par exemple, certains d’entre eux ont pu aider les campagnes de solidarité avec les victimes de répression judiciaire.
Les canulars avaient surtout une dimension « éducative », pédagogique, destinée à accroître les capacités propres de chacun sur le mode Do It Yourself : depuis nos fausses nouvelles, nous faisions toujours nous-mêmes le parcours en sens inverse, révélant au grand public qu’il s’agissait de canulars, expliquant dans le détail quels réflexes culturels, quels points faibles du système médiatique nous avions utilisés. Mariano Tomatis, magicien et historien de l’illusionnisme qui fait désormais partie de la Wu Ming Foundation, théorise les moyens de révéler le truc derrière un tour de magie, sans ruiner l’émerveillement, mais en l’amplifiant, au contraire. Voilà, pour nous, un bon canular médiatique, c’était ça : un numéro de magie qui tire profit de son propre dévoilement.
A la fin, chaque canular ajoutait quelque chose à la réputation mythique de Luther Blissett, et rendait le fait de s’appeler Luther Blissett toujours plus attrayant et stimulant. En adoptant ce nom passe-partout et multi-usages, on se sentait membre d’une communauté, on partageait un certain style, un certain imaginaire, même sans avoir jamais rencontré d’autres membres de la communauté.
Aujourd’hui, fabriquer des fake news n’a jamais été aussi facile. Ce qui est toujours plus difficile, c’est de tenir cet équilibre, cet aspect éducatif, ce sens d’une intention commune, et la confiance en une pensée critique qui n’est pas l’ennemie de l’émerveillement, et vice versa.
-Quelles leçons avez-vous tirées de l’influence très grande qu’a eu votre roman Q dans la contestation altermondialiste ?
Wu Ming. En 2009, dix ans après la première parution de Q en Italie, nous avons écrit un long texte autocritique, intitulé Spectres de Muntzer à l’aube. Dans ce texte, nous évoquions l’influence que le roman avait eu sur la génération de militants qui participèrent aux cycles de luttes entre la « Bataille de Seattle » en novembre 1999 et le G8 de Gênes en juillet 2001. Q a eu la chance d’être publié juste avant l’apogée de cette vague mondiale, et il est très vite devenu un livre de chevet pour une bonne partie du mouvement italien, et pas seulement. Le mot d’ordre « Omnia sunt communia ! » (« Tout est commun ») commença à apparaître sur les murs et sur les banderoles dans les cortèges.
Dans notre texte, nous faisions essentiellement trois choses :
Expliquer le tissu d’influences qui avait façonné notre imaginaire jusqu’à inspirer le projet et l’écriture de Q ; avec le recul, nous avions identifié une influence principale, celle du zapatisme.
Reconstituer comment l’imaginaire représenté dans Q, lié surtout aux insurrections paysannes, aux libérations des villages et des cités de la mainmise du pouvoir princier, épiscopal et impérial, était rentré en résonance avec l’imaginaire du mouvement altermondialiste. Ce mouvement se dépeignait lui-même comme en lutte contre un empire, et agissait sur la base d’une allégorie de fond, celle du « Siège contre le château », c’est-à-dire le lieu où les puissants de la Terre – G8, Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce, etc. – se réunissaient pour tenir leurs sommets. C’était un imaginaire du Bas Moyen Âge. Même les tactiques du black bloc, au fond, renvoient à d’antiques jacqueries. Mais l’allégorie était erronée : nous n’étions pas vraiment en train d’assiéger le pouvoir, parce que le pouvoir capitaliste n’était pas dans ces cérémonies. Nous étions en train d’agir sur le plan symbolique, mais en commettant l’erreur de prendre au pied de la lettre nos propres figures rhétoriques.
Raconter notre travail d’agit-prop à l’intérieur du mouvement italien et international, sans masquer les erreurs que nous avons commises. En 2000-2001, galvanisés par le succès de Q, nous avions fait tout ce qui était possible pour renforcer l’allégorie du Siège : nous écrivions des textes aux accents moyenâgeux, nous réalisions des actions de propagande pour convaincre un maximum de gens d’aller à Gênes pour protester contre le G8. Et c’est ainsi qu’un mouvement réticulaire et polycentrique qui tirait sa force d’être partout à la fois canalisa toute sa propre énergie en un lieu unique et sur un seul rendez-vous. C’était exactement l’erreur des paysans révolutionnaires emmenés par Thomas Muntzer : mettre en jeu tout son destin dans une seule bataille, celle de Frankenhausen (en mai 1525, en Allemagne). A Gênes, nous sommes tombés dans le piège, nous avons été surpris par l’intensité de la répression, l’adversaire a réussi à nous balayer. Nous avons perdu exactement sur le plan symbolique et allégorique que nous avions stimulé. Et les conséquences ont été désastreuses.
En Italie, la « capture » de l’imaginaire par les fascistes, l’affirmation d’un mouvement poujadiste comme le Mouvement 5 Etoiles (M5S), la formation récente du gouvernement le plus réactionnaire et raciste de toute l’histoire du pays, sont la conséquence de la défaite du mouvement altermondialiste. Une défaite à laquelle, à notre petite échelle, nous avons contribué. Ce mouvement a laissé un espace vide, et en politique, le vide n’existe jamais bien longtemps, il est vite rempli par quelque chose. Et celui qui l’a rempli, ça a été Beppe Grillo, le fondateur du M5S.
De cet excès de confiance prométhéen dans la mythopoeisis, nous sommes repartis, avec de nouvelles réflexions, de nouvelles expérimentations. Et à travers ces expérimentations, la Wu Ming Foundation s’est développée.
-Votre pratique réflexive et collective de la littérature peut-elle aider à dépasser la sinistre ironie de l’Histoire qui voit les imaginaires de droite extrême, dont QAnon peut apparaître comme l’expression la plus pauvre et sordide, en supplanter d’autres ?
Wu Ming. Nous sommes écrivains. Nos créations et nos histoires ne peuvent pas se substituer au mouvement réel. Elles ne peuvent pas non plus le diriger. En 2000-2001, notre erreur a justement été d’essayer de « donner la ligne » mythopoétique. Nous-mêmes, nous avions réduit la complexité et la richesse de notre travail blissettien pour rechercher la narration la plus « aérodynamique » et la plus aiguisée qui soit. En anglais, on utilise le verbe « to weaponize », transformer quelque chose en arme. Nous, nous avions weaponisé la mythopoiesis.
Par la suite, nous avons réintroduit toute la complexité, éliminé les aspects guerriers ou prométhéens, et parié de nouveau sur la création de communautés, sur l’extension des réseaux de collaboration, sur la « biodiversité » des stratégies, sur le démontage de ce que nous appelons les « narrations toxiques ». Le démontage, ceci dit, n’est pas suffisant, il doit être accompagné de narrations autres, différentes, qui ne peuvent en aucun cas être weaponisées à leur tour.
Nous avons continué d’écrire des romans – 54, Manituana, Altai (tous parus en France chez Métailié), L’Armée des somnambules (non traduit en français), et ces jours-ci, nous sommes en train de finir notre nouveau roman intitulé Proletkult -, mais nous avons flanqué ces romans de narrations plus étranges et moins classables que nous qualifions d’« objets narratifs non identifiés ». Ce sont des enquêtes – sur le territoire, sur la mémoire collective, sur l’environnement, sur l’influence du passé colonial italien dans le racisme aujourd’hui -, avec une documentation très dense mais écrites avec des techniques littéraires. Ils font partie de cette zone grise difficilement délimitable que les anglo-saxons appellent parfois « creative non-fiction ». Avec le temps, ces objets narratifs non identifiés commencent à rétroagir sur notre écriture de romanciers, ce qui a donné L’Invisible Ovunque (à paraître bientôt chez Métailié).
De tout ce travail, de toutes ces discussions sur notre blog Giap, de la collaboration avec toujours plus de gens, est née la Wu Ming Foundation, un « collectif de collectifs », un ensemble d’expérimentations, de narrations multimédias, de projets coopératifs, de laboratoires, de séminaires. Il en sort en permanence de nouveaux collectifs, de nouveaux blogs. C’est un processus qui avait déjà commencé dans les années 2000, mais qui s’est accéléré ces dernières années. Aujourd’hui, la Wu Ming Foundation est plus étendue que ne l’était le Luther Blissett Project. Si quelque chose de bon et utilisable par les mouvements futurs doit sortir de notre travail, ce sera grâce à la Wu Ming Foundation.
Entretien réalisé par Thomas Lemahieu
(encadré)
Des multitudes à l’assaut de l’empire
Dans le premier grand roman des Wu Ming, personne ne connaît le dessous des cartes, sauf Q, l’envoyé du Saint-Siège rapportant tout à l’inquisiteur Carafa. Ce sont les temps de la Réforme, de Luther, de son disciple dissident Thomas Müntzer, cette figure qui prêche une forme de communisme ancestral et si moderne : « Omnia sunt communia » (Tout est commun). Les insurrections paysannes rencontrent les révoltes des villes. Ce petit peuple tout d’un coup allié dans une multitude tente d’ouvrir une brèche dans l’alliance entre tous les grands du monde, des princes aux évêques. Les trahisons sont nombreuses ; les pièges, légion. C’est ce Q que le narrateur révolutionnaire professionnel avant l’heure, à l’identité fluctuante au gré des rebondissements, traque d’un bout à l’autre de l’Europe.
Luther Blissett (Wu Ming), Q (L’Œil de Carafa), éditions du Seuil, 2001.
(lead dossier)
Conspirationnisme
Le venin de «QAnon»se répand chez les partisans de Trump
Longtemps perdu dans les entrailles les plus secrètes du web, un récit mêlant théorie du complot et jeu de rôle fait fureur dans l’ultra-droite américaine, et au-delà. Mais après la révélation de ses analogies avec un roman écrit par le collectif italien Wu Ming, ses heures sont peut-être comptées.
C’est un jeune trentenaire qui, à la mi-mai, après avoir détourné un fourgon blindé, bloque son véhicule au beau milieu d’un pont au dessus du fleuve Colorado et, armé jusqu’aux dents, promet de ne pas bouger tant qu’un rapport classifié sur les activités d’un ancien boss du FBI ne sera pas rendu public. C’est, quelques semaines plus tard, le chefaillon d’un groupe de «vétérans» à Tucson (Arizona) qui, persuadé d’avoir déniché, derrière la vitrine d’un hangar désaffecté servant d’abri à des SDF, la plaque tournante d’un trafic d’enfants, se met à occuper le lieu avec ses troupes, postant frénétiquement des vidéos sur son enquête citoyenne. C’est une silhouette patibulaire qui, fin juillet, à peine publiée sur Internet l’adresse de l’avocat d’une ex actrice porno qui tourmente Donald Trump en prétendant avoir une liaison avec lui, s’y pointe pour entretenir la menace. Sur chacune de ces séquences, une ombre plane. C’est elle qui, sans dicter littéralement les actions à mener, les suggère via les forums de discussion (4Chan, Reddit, etc.) où l’anonymat demeure extrêmement protégé. Mais depuis quelques jours, cette ombre n’en est plus tout à fait une. Début août, elle a fait une apparition publique spectaculaire dans les meetings du président américain, engagé dans la campagne pour les élections de mi-mandat. On l’a repérée en Floride, en Pennsylvanie, dans l’Ohio. Dans chaque rassemblement de cette ultra-droite américaine, son nom est sur de nombreux t-shirts désormais qui voisinent avec les déguisements traditionnels des républicains ou les gadgets de Donald Trump. Il est en train de devenir une marque: «Q» ou «QAnon». Mais de qui, de quoi s’agit-il ?
C’est à la fois un personnage virtuel («Q») et la théorie du complot (QAnon) qui a le vent en poupe dans les milieux trumpistes fanatiques. L’intox démarre à l’automne dernier quand, sur les sites de la sphère conspirationniste, de premiers messages signés «Q» apparaissent. D’après la légende, l’émetteur - individu ou collectif - a choisi cette lettre pour exprimer son degré d’accréditation aux secrets d’Etat, une manière de prouver, selon ses adeptes, qu’il se trouve dans le premier cercle du pouvoir à la Maison Blanche. Ses partisans publient des photos censées attester de sa présence aux côtés de Donald Trump dans l’avion présidentiel Air Force One. Personne ne connaît l’identité de ce fantôme, mais certains de ses zélateurs croient mordicus que «Q» est en fait le fils de John Fitzgerald Kennedy, JFK Junior, qui aurait feint sa propre mort dans un accident d’avion, en 1999.
Dans ses messages, «Q» prophétise à tout crin, fournissant toujours plus d’objets de haine aux rangs étoffés jour après jour de la communauté captive de ce mauvais feuilleton. «La tempête approche», annonce-t-il. «C’est l’heure du grand réveil», fanfaronne-t-il. Ces slogans deviennent des codes de reconnaissance pour des partisans convaincus qu’une vaste alliance criminelle - «l’Etat profond» -, rassemblant les Clinton, les Obama, George Soros, les Rothschild, des vedettes d’Hollywood et d’autres, dirigerait en secret le pays, et que Donald Trump serait en train de préparer un grand nettoyage de cette machination. D’après QAnon, l’enquête russe, qui empoisonne son début de mandat, ne serait en fait qu’un stratagème déployé par le président américain : ces investigations serviraient à camoufler le travail conjoint avec Robert Mueller, le procureur spécial désigné dans cette affaire, afin de démanteler la conjuration des puissants contre le peuple américain.
Comme toujours, avec les théories du complot, tout apporte de l’eau au moulin à paroles plus délirantes les unes que les autres. Mais cette fois, un grain de sable est peut-être en train de se glisser dans les rouages. Avec sa publicité désormais mondiale - les adeptes commencent à être recrutés au Canada et sans doute en Europe -, «Q» a attiré l’attention, hors de son terrain de chasse. Quelques lecteurs ont désormais repéré les emprunts - à fronts renversés, certes, mais tout de même - à une oeuvre romanesque parue à la fin des années 1990 en Italie, tout comme aux pratiques de détournement et de guérilla communicationnelle conduites par ses auteurs. Pour les Wu Ming, auteurs sous le pseudonyme de Luther Blissett de Q, les analogies ne sont pas toutes des coïncidences, évidemment : l’émetteur des messages porte le même nom ; dans QAnon, tout renvoie à des réseaux pédophiles ou satanistes, alors que les Italiens ont, eux, tourné en dérision les emballements médiatiques sur le sujet en organisant des canulars extrêmement sophistiqués il y a une vingtaine d’années. Tout en récusant l’idée d’une farce qu’ils auraient eux-mêmes fomentée aujourd’hui, ils sont déterminés à venir répandre, contre le venin de QAnon, le contre-poison d’une littérature autrement plus riche et stimulante. Théorie du complot «Q» contre roman Q : la situation est périlleuse, mais la littérature n’a peut-être pas perdu.
Abduction d'enfant : Alex Batty, 20 ans, brise le silence et renoue avec sa mère
Enlevé à l’âge de 11 ans par sa mère, Alex Batty a passé six années coupé du monde, vivant dans une précarité extrême entre l’Espagne et la France. Aujourd’hui âgé de 20 ans, il a choisi de raconter son histoire dans un documentaire poignant diffusé sur Ghostero, et a même renoué le contact avec celle qui l’avait soustrait à sa vie normale. Un récit qui interroge sur les failles des systèmes de…
Qu'ils voient une mise en scène derrière la conquête de la Lune ou qu'ils nient la réalité de la pandémie de Covid, les conspirationnistes n'ont pas de limite. En quelques minutes, le CONSPIZAP propose une sélection du pire de ce que notre équipe a vu passer au cours du mois écoulé
source: Conspiracy Watch l'observatoire du conspirationnisme
"Je ne contracte pas" - Faut-il vraiment se marrer ? Faut-il même en parler ?
C'est bon ? Vous l'avez toutes et tous vu passer cette histoire de Pierre et Laetitia, 2 "êtres souverains" qui refusent de se plier à un contrôle de police ?
Si c'est pas le cas, je vous mets plus bas 2 liens vers des journaux qui ont traité l'affaire (vous en trouverez un tas d'autres).
Est-ce que c'est bien de se marrer ? Est-ce que c'est bien, même, de montrer ces images vidéos, de donner de la visibilité à ces gens ?
J'ai vu passer des débats à ce sujet.
Je pense qu'il y a des dangers à en parler, à se moquer. Mais ce ne sont pas forcément les dangers qu'on a évoqué. Et ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas en parler. Au contraire.
Dans une vidéo devenue virale, un couple refuse de se soumettre à un contrôle d’alcoolémie en répondant aux gendarmes qu’il « ne contracte p
Un contrôle routier effectué par les gendarmes s’est soldé par un refus d’obtempérer du conducteur, appartenant aux « êtres souverains », un
Je m'explique.
J'ai vu des arguments du genre "En vous marrant comme ça, vous allez les renforcer dans leur croyance au lieu de les en sortir". Et j'ai aussi vu des arguments selon lesquelles le fait même d'en parler en public leur donnait de la visibilité et leur faisait de la pub.
Ce sont des faux problèmes.
(Parenthèse : j'adore l'image ci-dessous. Je ne sais pas qui a fait ça, mais j'adore.)
Déjà, le coup de "les en sortir", on arrête tout de suite. C'est pas un critère.
Aucun post sur Twitter (ou Bluesky, Mastodon, Threads, etc.) ne va "sortir" un comploplo qui s'est enfoncé dans une croyance complotiste bien déjantée comme cette histoire d'êtres souverains et de fraude au nom de naissance. Et aucun billet de blog non plus. Et aucun article de journal.
Est-ce que les gens qui gueulent en mode "c'est pas comme ça que vous allez sortir les adeptes des théories du complot de leurs croyances !" ont une recette magique pour y parvenir ?
Ce genre de débats revient souvent sur la table et il faut arrêter. C'est pas le but.
@Grompf3: J'ai vu passer une étude qui a fait pas mal de bruit sur Twitter : il paraît que LE DEBUNKING N'A AUCUN EFFET. Si, si : aun effet.
Moi, là, en écrivant ce billet de blog sur Tumblr, est-ce qu'il y a quelque chose que je pourrais faire qui pourrait "sortir" un comploplo genre "êtres souverains" de ses délires sur la "fraude au nom de naissance". Une formule magique ? Une image hypnotique ?
Non.
Alors c'est pas la question.
Et leur faire de la pub ? Le problème de la "visibilité" ?
Est-ce que vous imaginez M et Mme Tout-le-Monde regarder ces extraits vidéos qui circulent, trouver ça super cool et avoir envie d'en être ?
Là, pour moi, c'est plutôt un argument pour en parler. Montrer aux gens, à M et Mme Tout-le-Monde, jusqu'où tout ça peut aller. Montrer que le complotisme, non, c'est pas "ouvrir le débat", "poser des questions", "proposer un autre regard". Ça peut aller très loin. Et c'est pas que du blabla, il y a vraiment des gens qui y croient.
Et oui, ça a des conséquences concrètes, de croire aux théories du complot. Et là on a un exemple bien déjanté, qui fait rire peut-être. Mais qui frappe les esprits. Et qui peut permettre de parler d'autres exemples de conséquences concrètes et directes, qui sont peut-être moins rigolotes à raconter.
Mais je vous disais qu'il y avait des dangers.
Où est-ce que je voulais en venir ?
Ah ! Oui !
Déjà, je m'inquiète pour vous. Et pour moi.
Parce que se foutre de la gueule des gens, c'est pas bien. Se moquer d'un propos, c'est une chose. Se moquer d'une être humain, c'en est une autre. Et la frontière est mince. Et si vous vous retrouvez à afficher des gens, juste pour pouvoir rire à leurs dépends et vous faire mousser sur les RS... Et bien vous devenez un sacré connard. Ou une sacré connasse. Et je ne suis pas sûr que je sois immunisé contre ce genre de dérives. Bref, faisons gaffe au sens de ce que nous faisons et à la manière.
Et il y a un autre gros danger. C'est de montrer des cas bien caricaturaux, les complotistes les plus déjantés, les théories les plus pétées... et oublier des discours moins extrêmes, mais au final tout aussi mensongers, et plus dangereux, parce que plus insidieux et plus "acceptables" en apparence.
Thread by @Grompf3: conspiracywatch.info/fraude-du-nom-… Je vais vous causer de LA FRAUDE AU NOM LÉGAL. Vous connaissez ? Encore une théorie
Il y a un danger à imaginer un monde où les choses seraient clairement séparées en deux. D'un côté, les gens sérieux, avec des infos sérieuses. Et de l'autre le monde des comploplos débiles aux théories complètement pétées. Et non, c'est pas ça.
Vous connaissez le dicton sur le journalisme ?
"If someone says it's raining and another person says it's dry, it's not your job to quote them both. Your job is to look out of the fucking window and find out which is true."
"Si quelqu'un dit qu'il pleut et qu'une autre personne dit qu'il fait sec, ton travail ce n'est pas de donner la parole à chacune. Ton travail c'est de regarder par cette putain de fenêtre et de trouver qui dit la vérité."
Faites une expérience de pensée à partir de là.
Imaginez un premier cas de figure.
Il ne pleut pas. Pas une goutte de pluie de toute la journée. Et moi, je suis assis sur un sofa. Il y a un gros rideau à la fenêtre. Je n'ai qu'à lever mon cul de ce sofa, faire 3 pas et tirer le rideau pour voir le temps qu'il fait. Mais je reste assis sur mon sofa. Et je vous dis qu'il pleut.
Et imaginez un deuxième cas de figure maintenant.
Il ne pleut pas. Pas une goutte de pluie de toute la journée. Et moi, je suis debout, à la fenêtre. Je regarde dehors. Il fait sec. Pas une averse à l'horizon. Et je vous dis qu'il pleut.
Dans ce deuxième cas, vous allez me dire que je suis un menteur, ou un mytho, ou un manipulateur...
Mais dans le premier ? Celui où je reste le cul posé sur mon canapé, alors qu'il suffirait de me lever et faire 3 pas pour vérifier ?
Dans les 2 cas, je raconte des conneries. Dans les 2 cas, mon propos est faux.
Vous voyez où je veux en venir ?
Est-ce que, parce que la fausseté d'un propos est plus évidente, c'est forcément plus grave ?
Là, on rigole sur ce couple et ses délires sur la fraude au nom de naissance. Mais il y a quelques jours, le service public français rendait complaisamment le micro à une personne qui partageais des récits délirants sur l'affaire Dupont-Ligonnès.
Dans un livre, la sœur du suspect, Christine Dupont de Ligonnès, considère que l'ensemble de la famille aurait pu être « exfiltrée » aux Éta
Il n'aurait assassiné personne et bosserait pour les services spéciaux US.
Et en matière de théories bullshitesques, les plus déjantées ne sont pas forcément celles qui font le plus de dégâts.
Je vous rappelle, par exemple, que à fin février 2020, une vidéo YouTube publiée depuis Marseille nous annonçait la fin de la pandémie de Covid-19, parce que les Chinois avaient trouvé la solution.
25 février 2020. En Europe il devient clair que le Covid19 ne sera pas qu’une petite gripette passagère. La situation est critique dans cert
Et pas grand monde ne s'était demandé, par exemple, comment est-ce que ça se faisait que l'info nous arrive par une vidéo YouTube publiée depuis Marseille, tandis que les autorités chinoises ne faisaient aucune annonce...
Et au niveau conséquences, on en est où, avec cette histoire de chloroquine et "fin de partie" ?
Et ça ? Un tweet d'un directeur de recherche au CNRS. Ce genre de conneries sur le sang des vaccinés et les transfusions, en on voit depuis 3 ans. C'est toujours des conneries. Mais, là, je le répète, c'est un chercheur rattaché à de prestigieuses institutions.
C'est pas les deux là, Pierre et Laetitia, refusant de se soumettre à un contrôle d'alcoolémie...
Et puis je pourrais continuer avec plein d'exemples.
Vous me connaissez.
Je vais toujours revenir aux mêmes cas.
Tel documentaire pourri produit ou diffusé par le service public...
Telle théorie pseudo-historique à qui on déroule le tapis rouge sous prétexte de "récit émancipateur"
Thread by @Grompf3: Vendre du bullshit pseudo-thérapeutique et ésotérique, en falsifiant l'histoire, et en renommant ça du "FÉMINISME" Vous
Etc.
Et je pourrais vous parler de l'époque où, plus jeune, je me passionnais pour certains récits pseudo-historique. Et je ressentais cette excitation de celui qui accède à un savoir spécial, différent de ce qui est diffusé auprès des masses...
(Si, si, j'ai cru en ce genre de trucs. À une époque.)
Et vous voulez que je vous parle d'un certain remède, élaboré à partir de foie de canard pourri, dilué à raison d'1 molécule dans la masse de plusieurs galaxies (ou un truc du genre) ? Remède sensé soigner la grippe. Remède vendu, et souvent présenté bien en vue, dans la majorité des pharmacies.
Je pourrais aussi vous parler de thèses ésotériques diffusées sur le service public, thèses qu'il vaut mieux éviter de critiquer si l'on veut conserver son job.
Bref, en parlant de théories complètement pétées, genre "fraude au nom de naissance", on s'expose à un risque. Celui de s'en servir comme repoussoir, de dire montrer ça du doigt pour dire "nous on n'est pas comme", de croire que le complotisme et la désinformation, c'est bon, nous on est pas concernés, parce que nous on n'est pas comme ces givrés-là.
Parlons de ces théories complètement pétées. Parlons de Pierre et Laetitia qui délirent avec un jargon pseudo-juridique grotesque, et qui se filment et diffusent ça.
Ces époux, qui ont filmé leur interpellation, pourraient appartenir au mouvement des «êtres souverains» qui croient à la «fraude au nom léga
Mais n'en parlons pas comme s'il s'agissait d'un monde radicalement différent du nôtre. Il n'y a pas une frontière nette. Et aucun d'entre nous n'est immunisé contre le bullshit.
Ne nous servons pas de Pierre et Laetitia pour nous moquer d'eux et nous croire à l'abri de certaines dérives. Parce que ça, c'est dangereux. Pour nous.
Comme on dit vulgairement, « on nous balance le bébé », comme ça, sans nuances, et sans savoir si les profs concernés, ont commencé à bosser sur le sujet ou pas. Il est bon de noter, que le problème s’est posé uniquement au niveau du collège, ce qui ...
Comme on dit vulgairement, « on nous balance le bébé », comme ça, sans nuances, et sans savoir si les profs concernés, ont commencé à bosser sur le sujet ou pas. Il est bon de noter, que le problème s’est posé uniquement au niveau du collège, ce qui ...
dans la soupe idéologique puante de Rémy Daillet-Wiedemann, des avocats bien moisis
dans la soupe idéologique puante de Rémy Daillet-Wiedemann, des avocats bien moisis
À gauche, Me Philippe Fortabat Labatut ; à droite, Me Fabrizio Nucera Giampaolo (source : captures d’écran YouTube réalisées par Conspiracy Watch).
Bonne nouvelle : j’ai appris il y a deux jours par un gentil informateur anonyme avant que cela ne soit rendu public dans la presse que le financeur et organisateur de l’enlèvement de la petite Mia dans les Vosges, le conspirationniste antisémite…