Kafka, dont on imagine volontiers la présence spectrale hanter la nuit pragoise, son brouillard qui colle à la peau et ses ruelles étroites tapies dans l’autorité du château, songeant aux livres aimés de Grillparzer, Kleist et d’autres peuplés de présences fantastiques, lisait aussi Stendhal. A Paris, il achète une Chartreuse de Parme en français. Je ne sais pas pourquoi Franz Kafka est tombé follement amoureux de Milena Jesenska, on ne sait jamais pourquoi on tombe amoureux, mais je sais deux choses : Milena est une nageuse, non seulement elle sait nager, (Ce n’est pas si commun à cette époque pour une femme, Felice ne savait pas nager et pour devenir sa femme elle doit apprendre.), mais elle nage très bien. L'été dans la profondeur des lacs alpins. Et lui aussi adore nager, nage tous les jours dans un bassin sur la Vltava. Il nage probablement très bien pour y passer tant d’heures athlétiques. Vivre, respirer sous l'eau et s'engloutir dans un autre monde où les bruits de l'extérieur ne pénètrent pas. Nager, c’est aussi se faire sécher au soleil. Il faut l’imaginer lézarder des heures sous le soleil de Prague, de Merano ou des rives du lac de Garde. Une vie de transats, balcons et jardins rêvant d’une Palestine brûlée par le soleil, rêvant d’une Milena italienne. Parce que Milena Jesenska, c’est ce que raconte W. Haas, son ami et premier éditeur des Lettres à Milena, « faisait parfois penser à une aristocrate du XVIe ou du XVIIIe siècle, à l'un de ces caractères que Stendhal a empruntés aux chroniques italiennes anciennes pour les transposer dans ses propres romans, tels que la duchesse de Sanseverina ou Mathilde de la Mole, passionnée, hardie, froide et intelligente dans ses décisions, mais dépourvue de scrupules dans le choix des moyens lorsqu’il s'agissait de satisfaire aux exigences de sa passion - et dans sa jeunesse, c'est presque toujours de telles exigences qu'il s'agissait. Elle détonnait considérablement dans le climat de promiscuité érotique et intellectuelle qui était celui d'un café viennois en ces temps déréglés d'après 1918 - et elle en souffrait... » L’amour est une histoire de géographie. #kafka #milenajesenska #correspondancesouterraine https://www.instagram.com/p/Ch1ppF5q3g5/?igshid=NGJjMDIxMWI=