Expérience – Je suis Heureux
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Note:
-> This text is also existing in english here
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Whaa… ces derniers temps c’est fou comme je suis Heureux. Réveil à 5 heure du mat et v’là que j’ai une énergie inépuisable à partager. Aujourd’hui je vais rencontrer un artiste chanteur compositeur écrivain vers les 18h. Son premier album dont j’ai le vinyle près pour la dédicace m’inspire grandement. C’est fou comment ces derniers jours j’ai une furieuse envie d’écrire, je vais donc lui faire savoir par écrit. Je m’attelle sur la table du salon que je partage avec mes colocs. Allé, soyons fou, je vais le faire à la mano.
Whaa… c’est fou comme l’encre coule de mon stylo sans aucune interruption. Ça en est presque anormalement instinctif. C’est drôle car d’habitude je ne suis pas un grand bavard, je suis plus du genre taiseux. Son premier album dans mes écouteurs j’écris sans relâche. Je décris le périple que j’ai traversé qui m’a amené à acheter le vinyle. Un storytelling qui coule tout seul sous mes mains. Oh ! J’ai une idée : rendre hommage à ce qu’aime (entre autre) l’artiste, le RAP et pour mon cas ce sera plus centré sur le RAP français. Mais là je surchauffe un peu trop. Il est 9 heure du mat et je commence une petite balade histoire de m’aérer l’esprit. Je prend mon petit chemin que j’ai foulé la première fois depuis peu sur Brest même : Chez moi → Lycée Fenelon → p’tite ribine sur la gauche de l’entrée du lycée → jardin de Dour Baz → route + p’tite ribine → Stang Allar.
À y est ! La marche est finie. Toujours son album dans mes oreilles, je me sens prêt à reprendre l’écriture. Je suis dans le rush car il était écrit premier arrivé premier servi pour voir l’artiste. Tout en mangeant je continu ma course à l’écriture. Je suis outrageusement inspiré. Eh puis, soyons fou, je vais l’inviter de ce pas à manger chez moi dans le texte. Pour cela il faut que je me présente un peu quand même pour que je paraisse un peu moins inconnu. Je change la couleur de mon encre pour me présenter tout en glissant quelques références au RAP français et à son premier album. Ce n’est pas parfait mais bon… l’horloge tourne !
À y est ! Je viens d’achever un peu plus de 15 pages manuscrites. Je vais en direction la bibliothèque des capucins pour utiliser un des ordi libre service puisque pour une raison artistique il faut que que je finisse ce texte sur du numérique afin de créer 3 ambiances : l’encre noire pour l’intro et la conclusion → l’encre bleue pour ma présentation → l’ordi pour lui donner mes coordonnées qui, elles, sont numériques (Bah ouai !! il faut bien qu’il puisse accepter mon invitation). C’est étrange je n’ai jamais vraiment été fan de quiconque et aujourd’hui je me sens presque groupie.
À y est ! Il est vers les 15h et, tout excité, le texte finalisé en main, je sors de la bibliothèque et me dirige vers la fil d’attente qui est toute proche. Il n’y a presque personne. Genre, 15 personnes à tout péter, la plupart assez âgés. Au loin je vois des chaises. Amenons-en quelques-unes à mes nouveaux compagnons d’infortune… Pas de chance ce sont les chaises réservées au spectacle que nous allons assister. Un des coordinateurs me le signale et les reprend. Bon bah asseyons-nous par terre. J’engage volontiers la conversation avec mes amis de la situation. On parle de tout et de rien. Je m’attache très rapidement à ces personnes.
À y est ! Il doit être vers les 19h et Gaël Faye, l’artiste, apparaît face à plus de 200 personnes dans la fil d’attente. Il a l’air calme et apaisé. Les 4 heures d’attente sont passées à la vitesse de l’éclair. C’est fou ce que le temps passe vite quand on fait ami ami avec ses comparses. Petites photos de groupe pour avoir un souvenir de cette rencontre que j’ai vécue intensément. On se sépare pour assister à l’événement qui précède la séance dédicace.
L’interview et le spectacle qui ont suivi étaient exceptionnels. Ce fut une interview très instructive sur son état d’esprit lors l’écriture de son nouveau roman et sur l’un de ses héritages culturels (le Rwanda). N’ayant pas ‘l’âme d’un littéraire’, j’ai été plus captivé par les phases musicales que celles de lecture d’une partie de son nouveau roman. Bon c’est maintenant une nouvelle fil d’attente pour espérer le Graal de tous fans : un face à face avec l’artiste avec en guise une (ou plusieurs ??) petites signatures. On est reparti sur une attente à temps indéterminé. Oh ! De nouveaux compagnons d’infortune. Je crée rapidement des liens avec ceux-ci. Je suis jovial et très à l’aise avec ces inconnus. Tout en attendant je vois toute la tendresse que l’artiste dégage auprès de ces personnes demandant des dédicaces.
À y est ! C’est mon tour. Je sers la main de cet artiste que j’ai adulé en l’espace de 24h. Je sens un petit haut le cœur. Je bégaie un peu sur mes phrases. Je sens une petite mélancolie quand je lui signale que je l’envie un peu car je n’ai pas trop de connaissances sur un des pays de mes ancêtres. Je lui présente les personnes à qui il doit les dédicaces. Le fameux vinyle sera pour un de mes amis d’enfance et le livre sera pour une autre amie qui m’a fait connaître l’artiste. Je pense à lui transmettre au passage la lettre écrite précédemment. Après un bref échange, il me fait l’honneur d’un freestyle improvisé les yeux dans les yeux. Je ne sais où me placer. En guise d’au-revoir il m’accorde un check.
Fin de la journée, sur le chemin de retour je rencontre une lointaine collègue. Bonne compagnie pour réaliser la moitié du trajet. Je rentre chez moi. Je m’endors proche des 23h.
Whaa… ces derniers temps c’est fou comme je suis Heureux. Réveil à 5 heure du mat et v’là que j’ai une énergie inépuisable à partager. […]
[…]
[…]
→ Et voilà… je vais m’arrêter là pour les détails de ce déroulement de pensé.
Je voulais vous faire part de cette expérience car cela me permet de déclarer un de mes caractéristiques. En effet tout cela est le fruit d’une crise que je qualifie personnellement d’euphorique (ayant pour terme scientifique une crise maniaque ou hypomaniaque [tout dépend de l’intensité…]) propre à une personne vivant avec un trouble bipolaire.
Le texte du dessus n’est qu’une infime partie des pensées traversées pendant une journée en pleine crise hypomaniaque que j’ai endurée durant 3 ou 4 mois environ. Je n’ai par exemple pas vraiment mis en avant ce que j’ai pensé lors de l’écriture du texte où je me voyais (véritablement) en haut de l’affiche. Après la phase dépressive (l’éventuelle et courante suite d’une phase maniaque) qui a suivi je me suis acheté un bouquin pour me renseigner un peu plus en détail sur ce trouble (… 10 ans après la première pose du diagnostique). La phase maniaque est caractérisée par un sentiment de grandeur (dû à un surplus de confiance défiant toute limite), d’une envie irrépressible d’écrire (cela a un nom spécifique que je ne retrouve pas), une hyper sensibilité émotionnelle (en étant à fleur de peau), des pensées qui fusent dans tous les sens, d’une prise de parole plus qu’accrue, voir des signes de partout et bien d’autres symptômes que j’omets (ou oublie…) qui forment un dangereux cocktail (qui est sur le moment assez addictif). Les symptômes de la phase dépressive sont plus connus… car cette phase s’apparente à une dépression… je ne compte donc pas la décrire ici. J’ai écrit tout cela pour laisser un témoignage, le mien, d’une personne atteinte d’un trouble bipolaire en pleine crise hypomaniaque.
Durant ces crises maniaques il y a d’innombrables actions réalisées que j’ai regrettées et pour certaines continue à le faire. Bien heureusement et aussi… sans surprise, Gaël Faye n’a pas donné suite à ce texte bien qu’il m’ait promis de le faire (il devait sûrement s’attendre à un texte provenant d’un artiste ! [… un vrai !!])… Je lui avais pourtant proposé une bonne ratatouille qui était stockée dans mon congèle ! Ce texte était bien évidemment empli d’une douce folie. Je considère cela un peu comme un dommage collatéral. Je n’aurais jamais écrit ce style de texte en ‘temps normal’ (= Euthymie pour la bipolarité). Mais bon… en soi on ne se connaît pas plus que ça donc bon… pas très grave. Cette partie me fait (doucement) rigoler.
Je tiens à souligner que ces crises d’euphorie m’ont appris de nombreuses choses. Au-delà de la dangerosité de celles-ci, elles m’ont démontré que mon humeur influe beaucoup sur ma perception de mon environnement qui devient très couramment tout rose sous son emprise. Les interactions sont vécues de manière intense… Et cela donne (rarement ?) de bonnes surprises. À titre d’exemple sans ça je n’aurais sûrement pas mis autant d’entrain dans mes échanges avec les personnes de la fil d’attente (que pour certaines j’ai rencontrées [avec commun accord] une deuxième fois quelques jours après la lecture musicale de Gaël Faye). Pareil pour le grapheur Taspé mentionnée ici et la vieille femme que j’ai mentionnée ici… je ne les aurais sûrement jamais abordé aussi frontalement que dès lors. Et pourtant sans cela je ne me serais peut-être jamais intéressé à une partie du monde du street art sur Brest ni découvert la forêt vallée de Costour. Je sais aussi que ce sont beaucoup de ces actions que je rumine malgré moi durant la phase dépressive qui suit la phase maniaque…
PS : Pour les curieux l’interview et le spectacle sont disponibles ici.
PS2 : L’album susmentionné appelé ‘Pili pili sur un croissant au beurre’ est disponible sur toutes les plate-formes de streaming. Au cas où la flemme l’emporte sur la recherche de celui-ci voici un petit lien Youtube. Je vous conseille vivement d’écouter ensuite la version commentée de l’album (non présente sur Youtube) apparue pour son dixième anniversaire.
PS3 : Le livre dont Gaël Faye faisait la promotion s'appelle Jacaranda
Première version achevée le 1er octobre 2025
















