I’m still not entirely used to my tablet, but this is my oc Cyrus. He’s the match to @finnyboi0‘s oc, Raiden.

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I’m still not entirely used to my tablet, but this is my oc Cyrus. He’s the match to @finnyboi0‘s oc, Raiden.
A doodle of my character Thea trying to cool off. This was the result of an afternoon doodle session, which I normally don’t share them. Though this one I thought was too cute not to.
Whats funny is that where Thea canonically lives probably never gets this hot. But whatever, doodle sessions are doodle sessions :P
Zae got a bunch of people to draw this character in his latest stream, and I decided to give it a shot as well.
This character is part of an open world-building exercise of Zae’s. You can find out more about the world at http://projectcyden.boards.net/
Thea © Zae Art © Me
Back together. (Aiden & Cyrius)
Après avoir appris que Cyrius était enfin sorti du coma, Aiden n'a qu'une seule idée, le retrouver, et pouvoir enfin de nouveau lui parler. Après des retrouvailles plutôt mouvementées, Cyrius annonce la vérité à l'acteur. Vérité qui n'est ni bonne à dire, ni bonne à entendre.
Après quelques jours de rétablissement forcé, Aiden fut de nouveau capable de tenir sur ses jambes. Grâce à l’aide d’Isabelle et du personnel médical, il avait rapidement reprit des forces.
Tout le monde le traitait avec sympathie, visiblement heureux qu’il s’en soit sorti à peu près correctement. A part la vilaine cicatrice qu’il garderait à vie à l’épaule, et la rééducation nécessaire pour ne pas risquer de séquelles, rien n’indiquait qu’il avait survécu à une fusillade, ni qu’il sortait tout juste du coma.
Oui, Aiden paraissait fort. Il souriait beaucoup, discutait avec tout le monde avec gentillesse, et ne montrait aucun signe de détresse émotionnelle, même avec la psychologue venue évaluer son état.
Pourtant, en son for intérieur, il ne rêvait que d’une choser. Hurler sa douleur. Hurler contre les images qui l’assaillaient une fois les yeux clos. Hurler contre tout ceux venus lui exprimer leur joie de le revoir parmi eux, alors qu’il ne les connaissait presque pas.
La seule personne qu’il avait réellement besoin de voir n’était pas en état de quitter sa chambre. A peine sorti du coma, comme lui, Cyrius était forcé de garder le lit, et malgré ses nombreuses demandes, Aiden n’avait pas obtenu l’autorisation de se rendre à son chevet.
Au bout du vingtième élève de son cours de dramaturgie venu lui offrir des fleurs - sa chambre ressemblait maintenant à une tombe qu’on aurait ornée de gerbes florales - reçu avec le sourire, Aiden décida qu’il était temps de sortir, et d’aller rendre visite à son petit-ami, avec ou sans l’accord de l’équipe médical.
Armé de sa perfusion sur roulettes, et de ses jambes un peu tremblotantes, le californien sortit dans le couloir, évitant soigneusement les infirmières. Enfin, les infirmières évitèrent soigneusement de croiser le chemin d’Aiden. Lent comme il était, il n’aurait pu éviter personne.
Parvenant enfin devant la chambre de Cyrius, l’acteur s’apprêta à frapper, lorsqu’il décida qu’une entrée fracassante serait plus amusante. Il ouvrit la porte à la volée, prêt à voir la réaction du blond… lorsqu’il le trouva profondément endormi.
- Pour l’entrée fracassante, on repassera, marmonna Aiden.
Il songea un instant à s’en aller, revenant lorsque Cyrius serait réveillé, mais la chaise posée au chevet du blond semblait absolument confortable, et il n’avait aucune envie de retourner dans sa chambre tombale recevoir la visite d’un énième camarade de classe dont il n’avait strictement rien à faire.
Alors, il partir s’installer sur cette chaise située près du visage de Cyrius. Aiden avait beau savoir qu’il était sorti du coma, et qu’il dormait simplement, le coeur du californien se serra d’inquiétude. Son petit ami avait fait le con, et il voulait savoir pourquoi.
Cyrius était vraiment beau lorsqu’il dormait. Encore plus que lorsqu’il était réveillé. Sans son regard gris si expressif, il semblait… paisible. Doucement, le troisième année passa le revers de sa main sur le visage de son amoureux, avant de lui déposer un doux baiser sur les lèvres.
Aucune réaction.
- Sympa…, dit Aiden, amusé de voir combien le sommeil de Cyrius était profond.
Il prit la main du blond dans la sienne, et se mit à attendre, perdant petit à petit le fil du temps. Ce genre de perte de la réalité lui arrivait de temps en temps. Il pouvait alors rester une heure dans la même position et agir comme si une simple minute venait de s’écouler.
L’étudiant ne se rendit compte qu’il s’était endormi qu’au moment où la main de Cyrius passa dans ses cheveux, le réveillant par la même occasion.
Il ouvrit les yeux, et vit que le blond l’observait en souriant, et le brun fit de même, se rendant compte que pour la première fois depuis son retour dans le monde des vivants, il avait dormi sans subir de cauchemars.
- Hey… dit-il simplement.
Depuis son réveil, Cyrius se demandait parfois s’il pouvait ouvrir les yeux sans voir quelqu’un à ses côtés. La nuit, il se réveillait des fois en sursaut, quand son sommeil le plus lourd ne l’engourdissait pas. Il y avait alors toujours une infirmière pour passer alors sa tête dans l’entrebâillement de la porte. La journée, il piquait du nez fréquemment. Quand il ouvrait les yeux, c’était toujours pour voir l’une de ses soeurs à ses côtés (jamais Cyann pourtant) ou une connaissance de la NYADA.
Ce jour là, Cyrius était allé faire un tour dans le service de pédiatrie. Le contact des enfants - de ses petits patients comme il les appelait - lui faisait un bien fou. Il ne pouvait le nier. C’était même visible à la lecture de ses expressions. Petit à petit, le blond se remettait à sourire plus franchement. Ses yeux étaient moins cernés, sa peau moins pâle. Même les doses de calmants en tout genre et de somnifère qu’il prenait diminuait progressivement.
Les premiers jours, Cyrius avait eu l’interdiction formelle de recevoir des visites, ou de sortir de sa chambre. S’il n’avait pas bravé cet ordre en allant voir le Dr Sanchez, il savait qu’il moisirait toujours dans le fond de son lit. Maintenant, il pouvait aller et venir à sa guise en pédiatrie, et même dans le service qui prenait soin de lui. Les infirmières commençaient à être habituées à le voir arriver tout sourire dans leur salle de repos. Il s’asseyait alors à leur côté, bavardant joyeusement à certains moments, se contentant d’écouter presque paisiblement à d’autres.
Ce jour là, donc, Cyrius avait passé une petite heure de la matinée avec ses petits patients, essayant de leur apprendre - non sans mal - une chanson de Britney Spears. Le choix s’était révélé désastreux, et le vacarme assourdissant.
Après le repas, pris dans sa chambre, Cyrius n’avait pas pu empêcher ses yeux de se clore sous le coup de la fatigue.
Il n’eut pas à lutter bien longtemps avant de s’endormir.
Une nouvelle fois, quand il ouvrit les yeux, Cyrius se rendit compte qu’il n’était pas seul. La tête de cheveux bruns appuyés sur son lit le firent dans un premier temps se figer. Puis, il comprit qui venait lui rendre visite.
Aiden.
Un sourire un peu flottant passa sur ses lèvres tandis qu’il l’observa dormir. Il entendait presque un léger ronflement s’échapper des lèvres de son petit ami.
Bien entendu, Crystal avait mit Cyrius au courant du réveil d’Aiden. Un soulagement indescriptible l’avait saisit à cette nouvelle. Mais rapidement, la culpabilité de ne pas avoir été là, d’avoir faillit à son propre courage en se droguant, et aussi le fait d’avoir trompé le jeune homme avec Lily, avait saisit Cyrius à la gorge. Et il n’avait rien fait pour accélérer le moment de leurs retrouvailles. A croire qu’il était vraiment un lâche.
Mais son absence le rongeait de plus en plus. Comme de l’acide dans son ventre.
Avec plus de douceur qu’il ne l’aurait souhaité, la main de Cyrius effleura la joue du dormeur, remontant précautionneusement le long de sa tempe. Puis elle se perdit dans les cheveux d’Aiden.
Le contact réveilla le comédien. Cyrius se figea une nouvelle fois, avant de sourire en croisant le regard sombre.
Ses yeux..
Il enleva sa main, sans pour autant cesser un seul instant de le regarder. Pupilles grises contre brunes.
- Salut Lending.
Il y eut un silence entre eux deux. Un simple salut, puis un silence.
Que Cyrius finit par briser, son sourire moqueur revenant à la charge. Ses yeux fixèrent pendant quelques secondes les lèvres du brun.
Ses lèvres…
- C’est cool que t’ais arrêté de te la jouer Belle aux Bois Dormant. Pire interprétation de toute ta vie.
Enfin, il pouvait parler.. Lui même avait décidé de se couper de la réalité pendant quelques heures - quelques jours ?.
- Au moins t’es pas devenu amnésique. Paraît qu’il y a une élève du professeur Adler qui l’est depuis.. Depuis.. Voilà.
Retour sur les lèvres d’Aiden. Cyrius sentit quelque chose se briser en lui.
- Redresse toi. lui ordonna le blond.
Dès qu’Aiden se rapprocha involontairement de lui dans l’amorce de son geste, le réalisateur se pencha vers lui, saisissant son menton, et colla ses lèvres presque violemment sur les siennes.
Retrouver le regard de Cyrius. Plonger à nouveau dans ces prunelles grises. Aiden accueillait ces retrouvailles avec un soulagement palpable. Il se laissa submerger par le regard orageux du blond, souriant, silencieusement.
Cyrius le salua, et Aiden ne répondit pas, battant simplement des cils. Le silence qui s’installa n’avait rien de gêné. Les deux étudiants n’avaient tout simplement pas besoin de parler.
Cependant, Aiden ne put s’empêcher de se pince la lèvre inférieure. Il ressentait à l’encontre de Cyrius une pulsion qu’il n’avait pas vraiment eu le temps de ressentir pendant la fusillade.
Il avait envie de Cyrius. Ici, et maintenant. Et pour se rendre désirable, Aiden comptait bien séduire le beau blond.
Sans quitter le regard du réalisateur, il passa sa main sur son avant-bras, laissant ses doigts glisser doucement. Le frisson qu’il sentit traverser Cyrius le fit sourire doucement.
Autant que le coup d’oeil bien voyant qu’il jeta aux lèvres du brun.
Aiden rit doucement face à la remarque moqueuse de son petit-ami. Il ne répondit pas tout de suite, continuant son manège comme si de rien n’était. L’étudiant se sentait brûlant de fièvre et de désir, et il espérait qu’il communiquerait cette flamme à Cyrius.
- Faudrait que tu te rases. Tu fais négligé là, répondit-il finalement, un sourire en coin sur le visage. Oh mon Prince, ajouta-t-il, haussant les sourcils.
L’acteur n’avait pas oublié la raison de sa venue. Demander des comptes au blond. Lui demander pourquoi il avait fait le con. Lui faire promettre qu’il ne recommencerait plus.
Mais Cyrius était tellement séduisant, dans sa fine tenue hospitalière…
- En même temps… comment oublier ça? demanda-t-il, embrassant doucement la main du blond. Il ajouta dans un souffle. Plutôt mourir que de t’oublier…
Il se racla la gorge, sans savoir s’il avait envie ou non que Cyrius l’ait entendu. Il n’eut pas le temps d’y penser longtemps que le blond lui ordonna de se lever.
Surpris par l’intensité de la demande, Aiden se releva aussitôt, et sentit les lèvres de Cyrius se coller contre les siennes. Le brun n’en demanda pas plus, et répondit aussitôt au baiser.
Le baiser était intense, presque violent. Le souvenir d’une chambre de l’internat renforça un peu plus le désir qui brûlait en lui. Ses lèvres toujours rivées sur celle du troisième année, Aiden prit place sur le lit, ses jambes disposées de part et autre du corps de Cyrius.
De sa main droite, il attrapa la tignasse blonde du réalisateur, tandis que la gauche explorait le torse musclé de son amoureux. Quittant les lèvres de Cyrius, Aiden s’attaqua à son cou, n’épargnant aucun centimètre carré de ses baisers fiévreux.
- Tu m’as manqué… souffla-t-il entre deux baisers
Une brûlure. Voilà ce que ressentait Cyrius à cet instant. Une immense brûlure qui s’insinuait en lui, et le consumait. Elle partie du bas de son ventre, ahurissante de fougue, envenimant ses veines, son coeur, avant d’atteindre son cerveau.
Du désir.
Mais un désir réveillé par les doux soins d’Aiden. Qui apparu avec la caresse de ses doigts sur son avant bras, se propagea en lui à la lecture de la flamme dans ses yeux sombres, explosa sous ses baisers.
Il n’avait jamais ressenti ça. Jamais aussi fort. Jamais aussi violemment.
Il le voulait. Maintenant.
Tant pis pour le lieu, tant pis pour ce qu’il avait fait, tant pis pour les circonstances, tant pis pour tout. Ce qui le rongeait était beaucoup trop puissant.
Aiden s’attaqua à son cou. Instinctivement, Cyrius rejeta la tête en arrière, s’accrochant aux épaules de son petit ami.
Des flash d’une rencontre au détour d’un couloir, de baisers échangés à Las Vegas ou même du Lending souriant de première année marquaient ses pupilles.
Un rire rauque échappa à Cyrius en entendant la voix d’Aiden.
Tu m’as manqué. Oh.. Il n’en doutait pas.
- J’vois ça. … Mais..
Sans prévenir, Cyrius le repoussa, joueur. Il cherchait ses lèvres sans vraiment l’embrasser, avançant de plus en plus en se redressant. Jusqu’à ce qu’Aiden se retrouve sous lui, la tête à l’opposé de l’oreiller.
- Si tu continues comme ça..
C’était maintenant au tour de Cyrius de jouer. Ses mains se firent un plaisir de glisser sans retenue sous la fine couche de sa tenue d’hôpital sans pourtant la lui ôter. Encore et encore. De plus en plus bas.
Son regard était déjà fiévreux.
- .. Je ne réponds plus de rien.
Cyrius appréciait visiblement le moment. Il rejeta la tête en arrière, offrant l’intégralité de son cou en pâture aux baisers enfiévrés d’Aiden. Qui s’en donnait à coeur joie, remontant parfois le long du visage pour embrasser le blond à pleine bouche.
Le blond se laissa faire jusqu’au moment où Aiden prit la parole. Le rapport de force s’inversa aussitôt. Les deux mains qui s’agrippaient auparavant à ses épaules le repoussèrent, et l’acteur se retrouva en peu de temps assis sur les genoux de Cyrius…
Avant de se retrouver sur le dos, le visage de son petit-ami au-dessus du sien. Aiden ne put s’empêcher de sourire, et releva la tête pour voler un long baiser à Cyrius, avant de se mordre les lèvres alors que le blond parlait.
Il s’apprêtait à répondre lorsqu’il sentit deux mains brûlantes se glisser sous sa tenue. Il ne put s’empêcher de frissonner, et de laisser échapper un léger gémissement. Il avait toujours été à fleur de peau, et sentir ces deux mains glisser sur son corps en était trop pour lui.
Les doigts de Cyrius glissèrent de plus en plus bas, et Aiden releva les yeux vers le blond, qui le regardait, brûlant de désir.
Je ne réponds plus de rien.
- Tu m’en diras tant… Cyrius continua sa descente, et Aiden se mordit la lèvre, prêt à montrer son intimité la plus totale au réalisateur lorsqu’un éclair de lucidité traversa son esprit. Cy… Ahh, Cyrius, attend une seconde.
Surpris par la réaction brutale du brun, Cyrius libéra Aiden, qui l’embrassa vivement avant de se lever hors du lit. Il se dirigea à toute vitesse vers la porte, et enclencha le verrou. Qu’ils ne revivent pas la mésaventure de la dernière fois.
- Cette fois… On sera plus tranquille, dit-il en souriant, se retournant vers Cyrius. Maintenant… à l’attaque.
Joignant le geste à la parole, Aiden se débarrassa de son haut, qu’il abandonna au sol. Il retrouva Cyrius sur le lit et prit de nouveau les commandes. Il fit enlever le haut de Cyrius et commença à s’amuser avec le torse parfait de son petit-ami.
Aiden était parti pour aller jusqu’au bout des choses mais il sentit rapidement que quelque chose clochait. Cyrius ne répondait plus à ses baisers, comme s’il était préoccupé par quelque chose d’autre. Ce qui se révélait être légèrement vexant.
Bien décidé à passer à l’acte avec un Cyrius totalement avec lui ou pas du tout, Aiden s’assit sur les cuisses du blond et croisa les bras.
- Bon, qu’est-ce qu’il se passe? Et pas la peine de me dire que ce n’est rien. Personne n’est aussi indifférent quand je l’embrasse. Et j’embrasse très bien! prévint Aiden, souriant, ne s’attendant pas à ce qui suivrait quelques instants après.
Cyrius perdait complètement la tête, collé à Aiden. Ses baisers ne lui suffisaient clairement plus, et ses mains se faisaient de plus en plus insistantes.
Il aurait peut-être pu se refréner s’il ne sentait pas son petit ami aussi réceptif. S’il n’avait pas la sensation qu’il voulait ça autant que lui.
Comme si.. Comme si chaque seconde comptait encore plus que la précédente.
Avec un sourire, il lui laissa se détacher, et aller fermer la porte avec empressement. Cyrius ôta de lui même le haut de sa tenue, restant ainsi torse nu.
C’est là qu’il aperçu, encore légèrement visible, le bleu presque disparu dans le creux de son cou.
Douche froide.
Il était allongé sur un lit défait depuis plusieurs heures, encore chaud de leurs instants précédents. Les cheveux de Lily lui caressaient le visage, pendant qu’elle mettait toute sa sensualité dans cet ultime baiser. Son corps nu, collait au sien.
- Jamais.. Jamais Cyrius.
Il entendait de nouveau son rire trop rauque. Trop douloureux.
- Jamais quoi ?
- Je suis à toi. A jamais.
La sensation dans l’aiguille dans son bras lui arracha alors un frisson de plaisir anticipé.
Aiden n’était pas un prince. Pas un de ceux des contes. Ses baisers n’arrivaient pas à enlever le goût de sang et d’amertume qui se répandait dans la bouche de Cyrius.
Il essaya pourtant, de ressentir une nouvelle fois le désir. Il serra Aiden dans ses bras, mais il mourait de nouveau.
Ses souvenirs revenaient. Comment.. Comment avait-il pu faire ça ?
Aiden finit par percevoir le manque de vivacité de Cyrius. Il s’assit sur ses cuisses, lui souriant toujours avec la même douceur. Le coeur du blond lui faisait mal.
Il ne pouvait tout simplement pas faire ça. Le laisser s’offrir à lui.
Avec de la douceur, mais aussi beaucoup de douleur, Cyrius repoussa Aiden. Ne pouvant atteindre le sol, il prit son propre haut pour en revêtir le torse nu de son petit ami. A son regard perdu, il comprit qu’il allait vraiment, vraiment, tout gâcher.
- On peut pas faire ça.
Cyrius laissa un temps s’écouler. La douleur s’atténuait petit à petit. Pour laisser une rage immense se déverser à l’intérieur de lui. Une rage contre lui même.
- Je peux pas te faire ça.
Et il balança la vérité, comme une bombe, comme un tabou révélé, entre eux deux, sur le lit de l’hôpital :
- J’t’ai trompé.
Cyrius se crû même obligé de préciser :
- Avec Lily, mon ex. Elle.. Elle me piquait avec ses seringues d’héroïne. Et.. Et on faisait l’amour quand on était déchirés. Entre deux prises. .. Je sais même plus combien de fois.. On.. J’ai.. J’ai décroché au bout d’un moment.. Je.. Aid..
Il se prit la tête entre les mains, incapable de regarder plus longtemps les grands yeux sombres de son petit ami.
- Je suis qu’un connard.
L’ambiance se refroidit immédiatement. Aiden aurait presque pu palper le changement d’atmosphère. Néanmoins, il ne pensa pas une seule seconde à ce qui allait arriver. Il perdit malgré tout son sourire lorsque Cyrius le rhabilla. Il ne comprenait pas du tout ce qu’il était en train de se passer sous ses yeux. Mais une chose était sûr, cela ne lui plaisait pas du tout.
On ne peut pas faire ça.
Aiden se sentit encore plus perdu. Pourquoi ne pouvaient-ils pas faire ça. Pour ne pas perdre la face, le brun prit le parti de sourire et de se moquer de Cyrius.
- Quoi, tu as peur? demanda-t-il, un sourire en coin. Ne t’en fais pas, ça va très bien se passer… ajouta-t-il, se dirigeant à nouveau vers le cou si appétissant de son petit ami.
L’acteur n’eut pas l’occasion d’avancer son visage que Cyrius l’attrapait à nouveau par les épaules. Sans brusquerie mais assez fermement pour qu’il comprenne qu’il était inutile de tenter de reprendre là où ils en étaient.
Je ne peux pas te faire ça.
L’inquiétude s’inscrivit sur le visage d’Aiden. Il était vraiment perdu. Et il commençait à se poser des questions. Cyrius voulait-il rompre avec lui? Avait-il finalement compris qu’il ne voulait pas de lui dans sa vie?
Le coeur du californien se serra. Lui qui avait tant redouté ce moment… Il ne pouvait pas se laisser faire sans combattre. Sans tenter au moins de retenir le blond.
- Qu’est-ce que tu racontes? Je comprends rien. Me faire quoi? Je… j’ai fait quelque chose de mal?
Cyrius répondit finalement, donnant la véritable raison d’un seul coup, sans qu’Aiden n’y soit préparé.
J’t’ai trompé.
Aiden faillit perdre l’équilibre sous le choc de l’annonce. Il avait mal compris. Il avait forcément mal compris. Aiden s’apprêta à le lui demander lorsque Cyrius lui donna des explications complémentaires.
Plusieurs émotions s’emparèrent d’Aiden. La colère, pour commencer. Qu’il ne put contenir en lui, sifflant entre ses dents
- Cette salope… Si je l’attrape… Il vit que Cyrius ouvrait la bouche pour parler, mais il l’en empêcha. Tais toi. Il leva une main vers lui, l’intimant au silence par le geste également. S’il te plaît. C’est à cause d’elle que t’es dans cet état. Putain, comment t’as pu…
Il ne termina pas sa phrase, se rendant compte qu’il était toujours sur les cuisses de son… de son quoi? Pouvait-il dire de son amoureux au vu des événements actuels?
Le dégoût s’était lui aussi insinué en Aiden. Il se dégagea lentement du lit, se remettant debout, refusant pour la première fois depuis longtemps de croiser le regard de Cyrius. Il se sentait trahi, sali par la personne qu’il aimait. Il se débarrassa du haut du blond pour remettre le sien qui traînait sur le sol.
- Je… je croyais que tu m’aimais. J’y ai cru. Vraiment. Je… je me suis jeté dans tes bras. Plus rapidement que je l’ai jamais fait. Et tu m’annonces… ça.
Il se retourna, prenant de longues inspirations pour refouler les larmes involontaires qui menaçaient de couler le long de ses joues. Il ne voulait pas se montrer faible devant Cyrius. Lui montrer qu’il était anéanti par ce qu’il venait d’entendre.
- Je suis revenu pour toi putain… marmonna-t-il, assez fort pour que Cyrius entende qu’il parle sans comprendre le sens de ses mots.
Peine perdue. Les larmes commencèrent à tomber toutes seules, énervant un peu plus le troisième année.
- Comment j’ai pu être assez con pour croire que tu m’aimais? Après tout, ça tombe sous le sens, non? T’as fait ça pour m’humilier un peu plus après ces deux ans? Pour changer un peu? Aiden mima des applaudissements, son coeur s’émiettant un peu plus à chaque frappe de ses mains. Bravo… Tu fais un acteur extraordinaire. Je te reconnais au moins ça.
Il se mordit l’intérieur de la joue pour ne rien ajouter qu’il pourrait regretter plus tard. Il sentit le regard du blond peser sur lui mais il refusa toujours de le regarder. Aiden ne voulait pas prendre le risque de se perdre dans les prunelles orageuses de Cyrius. De se perdre dans les yeux de celui qui lui avait menti.
Qui l’avait trompé. Et qui en plus, avait le culot de lui avouer avoir arrêté de compter le nombre de fois où lui et cette… cette salope l’avaient fait.
- Oh merci de préciser. J’espère que t’as prit ton pied? J’avais tort de m’inquiéter pour toi… Apparemment tu t’amuses bien avec elle. Continue. Je t’en prie.
Je suis un connard.
- Je confirme, dit Aiden, même s’il ne le pensait qu’à moitié, une partie de lui toujours accrochée aux quelques moments qu’il avait passé avec Cyrius. Dans cette salle de classe plus particulièrement, avant qu’il ne se prenne une balle dans l’épaule.
Il se dirigea vers la porte et mit la main sur la poignée. Mais il ne put se résoudre à partir tout de suite. Il avait encore trop de questions à lui poser. Cependant, une seule sortit de sa bouche.
- Pourquoi?
Il s’apprêta à ouvrir la porte, certain que Cyrius ne répondrait pas, lorsque la voix du blond s’éleva derrière lui.
Cyrius savait qu’il allait faire de la peine à Aiden, en lui avouant tout. Il savait qu’il allait devoir faire face à sa douleur. A sa rage. Il s’y était préparé. Mais pourtant, rien ne lui fit plus mal que de voir tout ce qu’il avait prédit se peindre sur son visage.
Il ne se sentait pas mal de lui avoir gâcher ses espérances. Non. Il se détestait.
Chaque geste d’Aiden lui faisait mal. Chaque regard blessé, où les larmes étaient présentes sans pourtant couler, lui fendait l’âme. Il aurait bien anticipé un geste pour le retenir. Mais le blond n’y arrivait pas. Ses mains tremblaient trop.
Alors il les serra en deux poings.
Et il se prit comme une énorme gifle ce qu’il ne pensait jamais plus entendre. Aiden pensait qu’il le détestait. Qu’il avait joué avec lui.
Se doutait-il une seule seconde que si Lily et lui, ça s’était terminé, c’était sous les cendres même de son nom ? Se doutait-il une seule seconde de tout ce que Cyrius avait enduré pour lui ? De la mauvaise manière, certes, mais sans jamais remettre en cause ce qu’il ressentait ?
Visiblement non. Visiblement Aiden ne s’enfermait que dans sa propre douleur. Incapable de voir tous les remords dans les yeux gris.
La rage contre lui même se mua alors en une nouvelle rage contre celui qu’il avait pourtant fini par ne plus détester.
- … Lily n’est pas une salope. Elle a crû bien faire.
Cyrius s’obligea à souffler. Une fois. Deux fois.
Puis il enfonça, encore, encore, le couteau dans la plaie. Au moins se sentait-il vivant. Encore un peu. Même s’il regrettait déjà tout ça.
- J’ai embrassé Lee. Aussi. Ton pote. Complètement déchiré. Il paraît. Pas de souvenir. Gossip est venu fouiner son nez dans ce qui la regardait pas.
La douleur d’Aiden. Y faire face, encore et encore. Utiliser l’ironie ?
- Mais bien sûr Lending.. J’ai pris mon pied à te faire croire que j’avais des possibles sentiments pour toi. T’as sauté droit dans le panneau. T’étais tellement en manque d’amour ? Ou de sexe ? Dis-moi tu t’es branlé combien de fois en pensant qu’on était ensemble ?
Cyrius se sentait débile. Complètement idiot. Mais il faisait tout pour garder encore un peu, un tout petit peu, sa prestance. Même si ses mains tremblaient avec violence.
Il s’était décidé à le laisser partir. Peut-être que c’était ça, cette douleur énorme, dans sa poitrine. C’était ça la sensation de se faire plaquer, d’avoir perdu quelqu’un, de souffrir. Ce qu’il n’avait jamais ressenti avec Lily.
Mais le “pourquoi ?” raisonna dans la pièce.
Cyrius n’y répondit pas. Pas dans un premier temps. Le temps que la question monte à son cerveau, qu’il l’analyse, et que la réponse vienne le plus naturellement à ses lèvres.
En atténuant la douleur et la rage contre Aiden.
- Parce que je te hais Lending. Je ne t’ai jamais autant haïs que maintenant. C’était moi qui devait me prendre cette balle. Pas toi. Tu n’avais pas le droit…
Et enfin, le regard clair rencontra de nouveau les yeux sombres. La voix se termina dans un seul souffle.
- Il s’est écroulé. Paf. Une balle dans sa cage thoracique, juste après toi. C’est moi qui ai tiré cette fois-ci. C’est moi qui l’ai tué. .. Je peux pas vivre avec ça. Je peux pas vivre en sachant que je l’ai tué. Et que j’ai faillit pas te louper non plus. Je peux pas Aiden ! Je peux pas. .. Alors oui, je suis allé voir ailleurs, mais c’était pas volontaire. J’arrivais pas.. J’arrivais pas à entrer dans ta chambre. Pour voir quoi ? Toi inconscient ? J’en ai rien à faire de toi inconscient ! Je te veux toi en entier, toi en un seul morceau, toi vivant ! Ton sourire, ton rire, tes yeux. Tout. Je veux tout de toi. Tout, toi en entier. Je veux t’avoir pour moi seul. Vivant. Pas mort, pas raide, pas déjà froid ! Je pouvais pas ! Je peux pas… Lily je l’ai croisée par hasard. Je l’ai suivi par hasard. Je l’ai baisé par hasard. Mais je ressentais rien, tellement rien. Même avec la drogue. Mais c’était tellement plus facile Aiden. T’existais plus. J’existais plus. Et il y avait plus de mec mort, plus de toi inconscient, plus de moi pathétique, plus de ma putain de maladie, plus de tout ça. Plus de nous. Plus rien.
Cyrius savait que son discours était anarchique. Sans vraiment de sens. Ses yeux se perdaient dans le vide. Il se prit de nouveau la tête dans les mains, tremblant des pieds à la pointe de ses cheveux défaits.
- T’étais mort, j’étais mort. Point.
Il était bon à interner, il le savait.
Cyrius enfonça le couteau dans la plaie, remuant bien la lame, élargissant la blessure qui faisait saigner son coeur depuis que Cyrius lui avait dit l’avoir trompé avec Lily.
- Bien, sûr, répondit-il en hochant la tête. Quelle personne admirable, Lily. Fais-moi penser à aller la remercier comme il faut. Il se frappa le front du plat de la main, avant de reprendre. C’est vrai je suis vraiment con. J’avais oublié. La prochaine fois que je croise une ex un peu triste, je l’emmène avec moi, je la saute je sais pas trop combien de fois, et je la pique. Il offrit un grand sourire à Cyrius. Et je dirai que je pensais bien faire.
Son sourire s’effaça, et un air colérique prit place sur le visage du brun. Il fronça les sourcils, et son ton se fit dur, cherchant à enfoncer Cyrius dans la culpabilité qu’il semblait afficher.
- Non. Lily reste et restera une salope irresponsable. Qui a failli te tuer. Et tu es un connard irresponsable. D’avoir fait ça.
C’était dit. Les mots qu’il retenait depuis que Crystal lui avait annoncé l’overdose de Cyrius. Il avait tenu bon devant la petite soeur du blond mais il avait du pour cela user de toute son jeu d’acteur, car tout en lui bouillait.
- Je me réveille, et j’apprends quoi? continua Aiden devant l’air offensé du réalisateur, j’apprends que t’as failli te foutre en l’air à cause de l’héro. Tu m’as fait peur, espèce d’enfoiré!
La dernière phrase aurait du être violente, mais l’effet ne fut pas au rendez-vous, la voix du troisième année se brisant d’un seul coup. Il se reprit rapidement, refusant de donner l’impression à Cyrius qu’il craquerait devant lui. Il se jeta sur l’aveu suivant du blond, commençant à rire.
- Pauvre Lee, ça a du le surprendre. Il s’interrompit, hésitant sur la réaction à avoir face à ce baiser. Après tout, il avait bien embrassé Cyrius alors qu’il était en couple avec Pearl… Aiden choisit d’être honnête. Tu sais quoi? A la limite, ce baiser, je m’en fous. T’étais déchiré, tu t’en souviens pas, et j’ai fait pire. Et je sais que Lee ne t’intéresse pas. Et surtout, tu ne l’intéresses pas. Non, ce que je ne supporte pas, c’est…
Il ne termina pas ses explications, conscient qu’elles étaient inutiles. Cyrius savait pertinemment pourquoi Aiden était blessé et en colère. Pourtant, il enfonça le clou, se moquant cruellement de ce qu’Aiden pensait de son comportement.
Une flamme de rage passa dans le regard auburn de l’acteur. Il serra les poings, les dents, mais offrit un sourire immense au blond avant de déclarer, acerbe.
- Excuse, moi, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de me branler ces derniers temps… Tu comprends, une balle dans l’épaule, un coma prolongé, tout ça tout ça…
Aiden sut tout de suite qu’il avait frappé fort. Trop fort. Une partie de lui s’en voulut immédiatement, car il ne voulait pas rendre Cyrius responsable de ce qu’il s’était passé. Une autre était ravie de la souffrance qu’il lui infligeait. Un combat intérieur s’engagea entre ces deux parties, et c’est finalement la culpabilité qui l’emporta.
- Désolé, c’est pas ce que je voulais dire…
La main sur la poignée, Aiden écouta Cyrius déclarer qu’il le détestait. Il le détestait parce qu’il s’était pris cette balle à la place du blond. Aiden se tourna lentement, avant de simplement dire.
- Je ne regrette rien…
Il accepta enfin de croiser le regard du blond. De nouveau leurs prunelles se mélangèrent, et seuls ces deux yeux gris existaient pour Aiden.
Et cette voix. Qui lui expliquait tant bien que mal ce qu’il avait ressenti. Ce qu’il ressentait. Qu’il avait tué celui qui l’avait presque tué. Qu’il n’avait pas pu venir le voir dans son état. Que Lily n’était pas un acte volontaire. Que la drogue ne l’était pas non plus. Aiden écouta Cyrius dire qu’il avait choisi la solution de facilité pour ne plus penser à rien.
Aiden vit sa vision se troubler et il comprit que des larmes de douleur s’apprêtaient à couler. Il prenait une partie du poids de la douleur du blond sur ses épaules et se sentait écrasé. La partie raisonnable de sa personne comprenait pourquoi Cyrius avait craqué. Mais l’autre était trop blessée pour le pardonner.
Il était perdu. Devait-il s’en aller, et réfléchir de son côté à ce que Cyrius venait de dire, ou rester, et s’exprimer à son tour. La décision fut vite prise.
Il mit de nouveau la main sur la poignée, prêt à rentrer dans sa chambre, lorsque Cyrius ajouta quelque chose qui fit hoqueter Aiden.
T’étais mort. J’étais mort. Point.
Cyrius était-il sérieux? Ressentait-il réellement ce qu’il venait de dire? Son amour pour Aiden était-il aussi fort. Il se retourna doucement vers le lit pour voir que le blond avait enfoui son visage dans ses mains.
Dire qu’il était surpris n’était pas suffisant. Aiden était estomaqué parce qu’il venait d’entendre. Mais aussi touché, et profondément ému. Jamais il ne se serait attendu à cela de la part de celui qu’il avait haï si longtemps.
Doucement, il reprit sa place sur le lit du blond, et attendit que Cyrius ne se calme, ce qui lui laissa le temps de penser à ses prochaines paroles. Finalement, son petit-ami releva la tête, et offrit un visage surpris à Aiden. Visiblement, il ne s’était pas attendu à ce que le brun ne reste.
- Cyrius… Tu… te rends compte de ce que tu viens de dire? Parce que… Parce que…
Parce que ça change tout, voulut dire Aiden, sans y parvenir cependant.
A la place, il soupira profondément, et attrapa machinalement une des mains de Cyrius.
- Qu’est-ce qu’on va faire?
La question était sincère, et Aiden espérait vraiment que Cyrius lui apporterait une réponse. Parce que de son côté, c’était le flou total.
Il y avait cette impression. Trop présente, trop marquante, trop pesante. Cette impression d’être de nouveau dans la moiteur étouffante du stress d’un vendredi étouffé dans ses souvenirs. Une arme à la main. Le corps d’Aiden. Cette sensation d’être de nouveau plus de quatre ans avant, dans une salle de ce même hôpital. Perfusion dans le bras. Diagnostic affolant devant lui. Cette monstruosité d’un déjà vu d’abandon. Comme dix ans auparavant. Quand il était revenu à la vie après être passé sous une voiture. Ou quand il avait appris que l’autre Millers n’avait, elle, pas survécu à ce qui le rongeait.
Tourbillon de vie encore en lui.
Mais pour combien de temps ?
Cyrius avait cette impression, impensable. Indéchiffrable. Celle d’avoir tout perdu.
Et ça faisait mal.
Aiden murmura des choses qu’il n’entendit pas. Il tremblait trop peut-être. Cyann avait raison. Il était égoïste. Il n’y avait plus qu’une seule chose qui lui importait : sa propre douleur.
Le reste ? Rien à foutre.
Alors, quand Cyrius releva lentement la tête, il fût plus que surpris. Aiden était revenu s’asseoir, le regardait presque avec douceur, avait saisi sa main dans la sienne. Sa question resta en suspend, entre eux, pendant de longues minutes.
Cyrius se sentait comme un enfant. Il n’avait plus que des sensations à fleurs de peau. Comme à chaque fois qu’il se trouvait en présence de son ancien ennemi.
Inconsciemment, le blond entremêla ses doigts aux siens. Serrant fort. Il l’aimait plus que tout.
Il ne voulait pas le supplier. Mais il le fit quand même, d’une certaine manière.
- J’en sais rien. Mais me laisse pas Aiden. J’peux pas.
Et puis, une nouvelle fois, sans réfléchir et avec impulsivité, Cyrius le saisit dans ses bras forts, le ramenant contre lui. Il ne l’embrassa pas, ne laissa pas glisser ses mains sur son torse, comme il l’avait fait auparavant. Il se contenta de le tenir contre lui, son souffle se perdant dans le creux de son cou.
- .. Je veux vivre.
Aiden avait arrêté de penser à autre chose qu’à cette question. Qu’allaient-ils devenir. Cyrius. Lui. Leur couple. Il se posait vraiment la question. Peut-être que leur couple n’était pas fait pour exister. Aiden n’avait-il pas avoué à Cyrius qu’il l’aimait juste avant de mourir? L’avait-il dit simplement pour partir plus léger?
La réponse lui apparut rapidement. Non. Il était réellement amoureux de Cyrius. Il le sentait, tout au fond de lui. Jamais il ne s’était senti aussi malheureux, ou n’avait eu envie de faire quelque chose pour améliorer les choses.
Il y avait bien eu Pearl, mais Aiden se rendait compte qu’à côté de ce qu’il ressentait pour le blond, les sentiments qu’il avait éprouvé pour la jeune femme n’avait jamais été amoureux.
Pouvait-il pour autant pardonner à Cyrius d’un seul coup, au nom de ses sentiments? Non, bien entendu. Non seulement l’orgueil et les sentiments d’Aiden avaient été meurtris, mais Cyrius s’était drogué. Et avait failli en mourir. Et Aiden avait énormément de mal avec la drogue, et avec ses habitués.
Oui, le brun en voulait au blond. Si jamais il décidait de pardonner ses actes à Cyrius, il était certain qu’il ne les oublierait pas de sitôt. Et que le réalisateur allait devoir faire ses preuves.
Mais ils n’en étaient pas là. A l’heure actuelle, les cartes étaient dans les mains de Cyrius, et Aiden attendait de voir ce que le réalisateur allait répondre à sa question. Voir si leur couple valait vraiment la peine de se battre pour lui aussi.
Le silence s’installa. Longuement. Aiden ne fit aucune mouvement, ni en faveur, ni contre Cyrius. Il n’était pas fâché de cette lenteur, au contraire. Plus Cyrius réfléchirait, plus il serait convaincu de sa réponse, et Aiden n’aurait pas à lui tirer les vers du nez.
Il ne put toutefois s’empêcher de répondre à la pression des doigts de Cyrius lorsqu’il entremêla leurs doigts. Même blessé, même en colère, ce simple contact faisait battre son coeur un peu plus fort.
Cette faiblesse l’exaspérait. S’il n’était pas capable de résister à la simple liaison de leurs mains, comment pouvait-il résister à Cyrius tout entier?
Il écouta attentivement la supplique à peine voilée du blond, un peu surpris. Visiblement, Cyrius ne plaisantait pas tout à l’heure. Aiden se mordit la lèvre, se retenant de sourire de plaisir, en même temps qu’un plan germait dans son esprit.
Il n’en était pas très fier, de ce plan. Mettre en pratique le pouvoir qu’il semblait détenir sur Cyrius. Mais cela lui permettrait de vérifier si les actes de Cyrius étaient au niveau de ses paroles.
Néanmoins, les jeux n’étaient pas encore fait. Aiden ne savait toujours pas si Cyrius méritait sa seconde chance. Et même si ses derniers gestes emplirent l’acteur de sentiments amoureux, son cerveau lui ordonnait de faire marche arrière. C’est pourquoi il se détacha du blond, et prit la parole.
- Tu veux vivre… Mais est-ce que tu veux vivre avec moi? Je veux dire, est-ce que tu as vraiment envie de ça, de nous? Qui me dit que la prochaine fois, tu ne vas pas recommencer?
Il s’interrompit, et plongea son regard dans celui de Cyrius. Au contraire des autres fois, il ne s’y noya pas, et resta en retrait, sondant les prunelles grises. Il posa une ultime question, peut-être la plus importante à ses yeux.
- Pourquoi j’aurai de nouveau confiance en toi?
Aiden restait sans bouger dans les bras de Cyrius. Et ses nouvelles questions restaient en suspend entre eux deux, une nouvelle fois. Le blond ne les comprenait pas vraiment.
Mais est-ce que tu veux vivre avec moi ? Est-ce que tu as vraiment envie de ça, de nous ? Tu ne vas pas recommencer ?
Et la plus douloureuse :
Pourquoi j’aurai de nouveau confiance en toi ?
Le regard gris rencontra le regard brun. Longuement, pendant un temps interminable.
Et Cyrius ne répondit rien. Parce qu’il ne savait pas.
Il lâcha Aiden, doucement, glissant cette fois-ci ses mains le long de ses bras, de ses avant-bras, jusqu’à que ses doigts viennent une nouvelle fois s’entremêler aux siens. Lentement, très lentement, il se pencha vers lui, toujours silencieux, incapable en réalité d’émettre le moindre son.
Il ne pouvait pas le rassurer. Pas tout de suite. Pas comme ça. Pas maintenant. Il n’était pas près à de telles promesses.
Avec lenteur, il embrassa Aiden dans le cou, profitant de sa surprise pour y tracer un sillon de baisers. Et puis, il l’embrassa à pleine bouche pour étouffer les paroles qui naissaient sur ses lèvres. Avec la même douceur, et presque la même douleur, que celle utilisée quelques semaines auparavant. Au casino de Las Vegas.
- CYRIUS MILLERS.
Le blond se redressa un peu brusquement, se tournant vers le Dr Sanchez qui venait de faire son apparition dans la petite chambre de l’hôpital. Ses yeux sombres brillaient d’une lueur nouvelle, entre mécontentement face à son patient, et un amusement presque maternel.
- Combien de fois vais-je devoir vous dire que les relations sexuelles sont interdites dans mon service ?
Elle regarda Aiden et leva les yeux au ciel. Cyrius ne protesta même pas, profitant de cette distraction pour se relever et se positionner à bonne distance de son petit ami.
- Je sais que vous êtes certainement très heureux de retrouver votre.. Votre compagnon, mais …
- Je sais, j’arrive. C’est bon, je suis prêt.
- Les enfants vous attendent Cyrius. Et s’il vous plait, s’il vous plait, pas de chanson de Britney Spears cette fois-ci. Ils sont en âge d’apprendre des comptines..
Le médecin reparti aussi rapidement qu’elle était venu, non sans avoir adressé un sourire confiant à Aiden. Cyrius, lui, ne le regardait déjà plus.
- Tu devrais partir.
Aucun réponse pour ses questions précédentes. Aiden ne bougea pas. Le blond haussa les épaules, et ne se gêna pas le moins du monde pour se déshabiller entièrement et enfiler des vêtements propres juste sous son nez.
Un silence un peu étrange s’installa entre eux. Cyrius finit par le briser.
- Je ne sais pas. Si tu peux me faire encore confiance.
Et c’est lui qui quitta la pièce, sans un regard.
Les deux étudiants se regardèrent. Longtemps. Regard clair contre regard sombre. Une question en attente d’une réponse. Qui ne vint jamais. Aiden eut beau attendre de Cyrius qu’il ouvre la bouche, qu’il essaie de faire un effort pour répondre, rien ne vint.
Aiden fut infiniment déçu. Lui qui pensait sincèrement que Cyrius se battrait pour eux, il se rendait compte que ce ne serait probablement jamais le cas. Et que si le blond prenait enfin conscience qu’il fallait qu’il réagisse, il serait peut-être trop tard, et l’acteur ne savait pas s’il serait capable d’ouvrir à nouveau la porte.
Le californien perdit tout intérêt pour le présent, et laissa ses yeux voguer dans le vide, préférant arrêter de penser à ce qu’il vivait. Mettre sa douleur et sa déception sur pause était pour le moment préférable à les laisser l’envahir. Il ne voulait pas provoquer de réaction qu’il regretterait par la suite.
Comme mettre son poing dans la figure de Cyrius par exemple. Pour lui faire comprendre physiquement le mal-être qu’il venait de lui faire ressentir émotionnellement.
Mais il ne fit rien de tout cela, et laissa Cyrius glisser ses doigts le long de ses bras, jusqu’à entremêler leurs deux mains. A l’heure actuelle, il ne ressentait plus rien. Les doigts de Cyrius auraient très bien pu être ceux d’un inconnu qu’il aurait eu la même réaction.
Aiden ne s’aperçut pas que le réalisateur s’approchait de lui. Tout en lui s’était arrêté un instant, et il avait perdu conscience de la réalité. Réaction post traumatique disaient les médecins. Son corps et son cerveau préféraient le déconnecter un instant du monde, lui évitant ainsi de sombrer dans la folie ou dans des crises d’humeur excessives.
Il sentit à peine les lèvres de Cyrius se poser sur son cou, comme un simple frôlement sur sa peau. Lorsque le blond l’embrassa directement, l’acteur répondit machinalement au baiser, sans pour autant y mettre de passion, ni même aucune émotion.
Pour l’heure, il était devenu une machine, incapable d’éprouver la moindre émotion. Et c’était peut-être pour le mieux, vu la situation.
Le brun n’écouta pas ce qu’il se passa ensuite. Il se rendit simplement compte que plus rien n’entravait sa respiration par la bouche, et qu’il était maintenant tranquille de ce côté-là. Il entendit vaguement une discussion à côté, mais n’y prêta aucune espèce d’attention.
La voix de Cyrius lui apparut cependant très clairement lorsqu’il annonça qu’il ne savait pas s’il pouvait encore lui faire confiance. Sans s’en rendre compte, Aiden fronça les sourcils et serra les poings, tandis qu’une larme solitaire coula le long de sa joue.
Un temps indéterminé plus tard, il sortit de la chambre occupée par Cyrius, et se rendit de nouveau de sa chambre, refusant de voir quiconque tant qu’il ne serait pas capable de faire semblant que tout allait bien pour lui.
Alors que rien n’était plus faux.
Back together. (Aiden & Cyrius)
Après quelques jours de rétablissement forcé, Aiden fut de nouveau capable de tenir sur ses jambes. Grâce à l'aide d'Isabelle et du personnel médical, il avait rapidement reprit des forces.
Tout le monde le traitait avec sympathie, visiblement heureux qu'il s'en soit sorti à peu près correctement. A part la vilaine cicatrice qu'il garderait à vie à l'épaule, et la rééducation nécessaire pour ne pas risquer de séquelles, rien n'indiquait qu'il avait survécu à une fusillade, ni qu'il sortait tout juste du coma.
Oui, Aiden paraissait fort. Il souriait beaucoup, discutait avec tout le monde avec gentillesse, et ne montrait aucun signe de détresse émotionnelle, même avec la psychologue venue évaluer son état.
Pourtant, en son for intérieur, il ne rêvait que d'une choser. Hurler sa douleur. Hurler contre les images qui l'assaillaient une fois les yeux clos. Hurler contre tout ceux venus lui exprimer leur joie de le revoir parmi eux, alors qu'il ne les connaissait presque pas.
La seule personne qu'il avait réellement besoin de voir n'était pas en état de quitter sa chambre. A peine sorti du coma, comme lui, Cyrius était forcé de garder le lit, et malgré ses nombreuses demandes, Aiden n'avait pas obtenu l'autorisation de se rendre à son chevet.
Au bout du vingtième élève de son cours de dramaturgie venu lui offrir des fleurs - sa chambre ressemblait maintenant à une tombe qu'on aurait ornée de gerbes florales - reçu avec le sourire, Aiden décida qu'il était temps de sortir, et d'aller rendre visite à son petit-ami, avec ou sans l'accord de l'équipe médical.
Armé de sa perfusion sur roulettes, et de ses jambes un peu tremblotantes, le californien sortit dans le couloir, évitant soigneusement les infirmières. Enfin, les infirmières évitèrent soigneusement de croiser le chemin d'Aiden. Lent comme il était, il n'aurait pu éviter personne.
Parvenant enfin devant la chambre de Cyrius, l'acteur s'apprêta à frapper, lorsqu'il décida qu'une entrée fracassante serait plus amusante. Il ouvrit la porte à la volée, prêt à voir la réaction du blond... lorsqu'il le trouva profondément endormi.
- Pour l'entrée fracassante, on repassera, marmonna Aiden.
Il songea un instant à s'en aller, revenant lorsque Cyrius serait réveillé, mais la chaise posée au chevet du blond semblait absolument confortable, et il n'avait aucune envie de retourner dans sa chambre tombale recevoir la visite d'un énième camarade de classe dont il n'avait strictement rien à faire.
Alors, il partir s'installer sur cette chaise située près du visage de Cyrius. Aiden avait beau savoir qu'il était sorti du coma, et qu'il dormait simplement, le coeur du californien se serra d'inquiétude. Son petit ami avait fait le con, et il voulait savoir pourquoi.
Cyrius était vraiment beau lorsqu'il dormait. Encore plus que lorsqu'il était réveillé. Sans son regard gris si expressif, il semblait... paisible. Doucement, le troisième année passa le revers de sa main sur le visage de son amoureux, avant de lui déposer un doux baiser sur les lèvres.
Aucune réaction.
- Sympa..., dit Aiden, amusé de voir combien le sommeil de Cyrius était profond.
Il prit la main du blond dans la sienne, et se mit à attendre, perdant petit à petit le fil du temps. Ce genre de perte de la réalité lui arrivait de temps en temps. Il pouvait alors rester une heure dans la même position et agir comme si une simple minute venait de s'écouler.
L'étudiant ne se rendit compte qu'il s'était endormi qu'au moment où la main de Cyrius passa dans ses cheveux, le réveillant par la même occasion.
Il ouvrit les yeux, et vit que le blond l'observait en souriant, et le brun fit de même, se rendant compte que pour la première fois depuis son retour dans le monde des vivants, il avait dormi sans subir de cauchemars.
- Hey... dit-il simplement.
Until the end. (Aiden & Cyrius) (Complete)
Aiden, en salle de drama, attend avec angoisse l'arrivée de Cyrius. Qui finit par entrer dans la salle, sain et sauf, au grand soulagement du brun. C'est aussi l'heure pour Aiden d'ouvrir son coeur au blond. Mais un bonheur n'arrive jamais sans sa dose de malheur, surtout dans ce genre de contexte...
Le temps semblait s’être arrêté. Cyrius était incapable de dire depuis combien de temps l’alerte noire avait été lancée. Les minutes étaient devenues des heures et les heures des décennies.
La menace était là, constante, perturbante. Le blond était sur ses gardes, avançant prudemment dans les couloirs déserts, sur la pointe des pieds. A chaque bruit suspect, il s’arrêtait, en équilibre, tétanisé.
Cyrius n’avait pas peur pourtant. D’autres choses dans sa vie lui glaçaient le sang dans les veines. Comme les résultats toujours plus mauvais de ses examens sanguins ou cardiaques. Savoir que des hommes armés se baladaient armes au poing dans l’école ne l’inquiétait pas plus que ça. A ses yeux, le pire qu’il pouvait lui arriver, c’était de mourir. Il en était désolé pour sa famille et ses amis. Mais ça ne l’effrayait pas. Ça serait certainement moins douloureux que ce qu’il l’attendait.
Non. Si Cyrius s’inquiétait ce n’était pas pour lui, c’était pour les autres. Pour ses amis, ou ses camarades, piégés dans l’école. Parce que eux, s’il leur arrivait quelque chose, ça serait vraiment dramatique.
Ce fût le sang qui l’alerta d’abord. Une flaque, rouge, à ses pieds. Une flaque, suivit d’une autre, et d’encore une autre. Et ce qu’il y avait au bout.. Cyrius n’aurait jamais voulu l’avoir vu. Ce regard vide et éteint.
Surpris, presque choqué, il ne fût capable que d’une seule réaction : contourner le corps, et se mettre à courir. Vite, encore plus vite.
Plus question d’être discret, ou silencieux. Et tant pis si il vidait ses poumons trop vite, s’asphyxiant, et sentant son coeur émettre des ratés de plus en plus douloureux.
Aiden. Pitié qu’Aiden soit en vie.
Cyrius termina sa course folle en un temps record. Il eut peut-être de la chance, mais ne croisa personne d’autre. Juste du sang, parfois. Sans yeux vides au bout du chemin.
Quand il arriva devant la salle d’acting du premier, il ouvrit la porte d’un coup sec et la referma derrière lui. D’abord il ne vit personne. Il ne s’en soucia pas non plus, se retournant pour rendre son dernier repas contre le mur.
Rectification, lui non plus ne voulait pas mourir. Pas de cette façon là.
Aiden avait été tenté de sortir. De partir à la recherche de Cyrius. De le retrouver et de le frapper pour n’avoir pas répondu à son dernier message. Parce qu’Aiden s’était rendu compte d’une chose lorsqu’il n’avait reçu aucune réponse.
Il avait peur.
Peur pour lui évidemment. Il n’avait pas envie de mourir. Pas maintenant, alors qu’il n’avait pu dire au revoir à personne. Mais ce n’était pas le pire. Il avait peur pour les autres aussi. Pour Pearl, qui n’aurait en plus jamais se trouver dans l’école. Pour Lee, qui s’occupait d’une dénommée Elyn. Même pour tous les autres qu’il avait plus ou moins côtoyé. Gab, Jessie, Kenny, Leïla…
Mais plus que tout, il était mort de trouille pour Cyrius. Cyrius qui essayait de faire le brave en le rejoignant alors qu’il n’aurait jamais du bouger. Une autre raison de le frapper tiens.
Il aurait du être celui s’aventurant dans les couloirs pour le rejoindre. Il aurait du mettre sa vie en danger, plutôt que d’accepter que ce soit le blond qui joue avec la sienne. Il l’aurait fait d’ailleurs, si Cyrius lui avait laissé le choix.
Décidément, Aiden ferait mieux de préparer ses poings pour accueillir celui qui l’inquiétait tellement.
C’est d’ailleurs à cause de Cyrius qu’il était resté planqué dans la salle de drama. Parce que c’était le dernier endroit qu’il avait communiqué à Cyrius. Et que s’il se déplaçait, il perdait la moindre chance de le retrouver.
Et même s’il n’osait pas se l’avouer, il ne le supporterait pas.
Il se mit alors à faire les cent pas, sentant la colère et l’anxiété monter d’un cran à chaque minute. Les rares mots qu’il prononçait à voix basse étaient tour à tour des insultes à l’égard de Cyrius et des prières qu’il soit sain et sauf. Aiden se surprit même à prier Dieu, le même Dieu auquel il avait cessé de croire des années auparavant.
Marrant, comme les situations désespérées entraînent des réactions étranges.
Soudain, Aiden vit la porte de la salle s’ouvrir en grand. Une boule gonfla dans son estomac et il sentit ses muscles se tendre, prêt à sauter sur son agresseur par surprise.
Mais il n’eut pas besoin de le faire lorsqu’il reconnut l’intrus. Aussitôt la boule dans son estomac dégonfla un peu. Il était en vie, et rien n’indiquait qu’il n’ait été blessé.
Toute la colère qu’il avait ressenti quelques instants plus tôt s’envola, laissant place à un soulagement intense. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux tandis que Cyrius rendait son déjeuner contre un mur.
Aiden sécha ses quelques larmes et se jeta au cou du blond, dans un élan désespéré.
- Putain, Cyri. Je te déteste tellement. J’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Comment t’as pu… oh Cyri. Tu es vivant. Merci. Ne refais jamais ça. Espèce d’enfoiré tu…
Il aurait continué sa tirade si Cyrius ne l’avait pas interrompu. Le blond lui rendit son étreinte, qu’Aiden n’avait de toute manière pas l’intention de cesser pour l’instant.
La première chose qui s’imposa à l’esprit de Cyrius quand il sentit deux bras forts l’entourer était :
" Putain, je dois puer la gerbe."
Il ne s’inquiéta pas de savoir qui venait de se jeter sur lui sans ménagement. Parce qu’il savait que c’était Aiden. Alors il se retourna et le serra dans ses bras, à l’en étouffer.
Les yeux vides du couloir le hantait toujours. Cyrius n’arrivait pas à les chasser de ses rétines.
Il aurait aimer apaiser le jeune homme, mais rien ne lui vint à l’esprit. Rien de rassurant, ou de cohérent. Lui même avait envie de pleurer. De soulagement, parce qu’il n’avait rien, et de peur, vu la situation d’angoisse extrême qu’ils vivaient.
- Dé-désolé.
Le blond n’arriva à rien articuler de plus, enfouissant son visage dans les cheveux noirs de son ancien ennemi. Il respira longuement, jouant avec les courts cheveux qui lui passaient sous les doigts. Il laissa ainsi quelques secondes flotter, pour aussi permettre à son cœur de calmer ses battements affolés.
Et puis, il se détacha d’Aiden, le forçant à le regarder pour vérifier qu’il allait bien. Tout en évitant soigneusement de croiser son regard sombre - par peur s’en doute, de le voir s’éteindre.
Il réussit à croasser :
- Tu vas bien ? Dis-moi que tu vas bien ?
Cyrius ne parvint qu’à bégayer un mot. Qui demandait à Aiden de l’excuser. Le brun sentit son coeur se serrer. Jamais il n’avait connue Cyrius comme ça. Jamais il ne l’avait vu dans un tel état de nerfs. Jamais il ne l’avait senti aussi vulnérable.
C’est pourquoi Aiden sentit que c’était son tour d’être fort. De montrer à Cyrius que ça allait. Qu’il n’avait pas peur. Même si c’était faux, même s’il avait échappé de peu aux terroristes - comme il l’avait appris par Isabelle - plusieurs fois, il devait rassurer le blond.
- Chut… Chut c’est rien. Tu es là, c’est l’essentiel. Tu n’as rien.
Il poursuivit son étreinte avec le blond, tentant de lui insuffler toute la chaleur dont il était capable. Aiden sentit le visage de Cyrius dans ses cheveux, et la sensation des doigts du blond dans ses cheveux lui procurèrent un peu plus de courage encore.
Finalement, Aiden sentit Cyrius se détacher de lui, et il sentit les yeux gris se poser sur lui, comme un radar à rayons X vérifiant chaque partie de son corps. Mais Cyrius semblait fuir son regard, comme s’il avait peur de quelque chose. Le californien ne comprenait pas, et était un peu perdu de la réaction du blond. Eux qui d’habitude ne se quittaient jamais des yeux, voilà que Cyrius refusait de le regarder.
- Oui, oui ça va. Calme toi. J’ai rien. Regarde-moi. Regarde-moi Cyri. Le blond leva enfin les yeux vers lui. Le regard gris croisa le regard sombre. Je vais bien. D’accord?
Ce n’était pas tout à fait vrai. Il avait manqué de se faire attraper plusieurs fois. Il avait entendu des coups de feu, des cris. Il avait peur. Mais Cyrius était là, et rien que pour ça, les battements de son coeur s’étaient faits un peu plus régulier.
- Et toi? Qu’est-ce qui s’est passé? Et je t’interdis de me mentir. Dis-moi tout.
Il lui attrapa la main, et l’amena au fond de la salle. Le contact ne lui sembla pas une seconde déplacé ou étrange. Au contraire, prendre la main du blond lui sembla parfaitement naturel.
Doucement, il le fit s’asseoir avant de se s’asseoir sur ses genoux à son tour en face de lui.. Il ne quitta pas Cyrius des yeux et vit bien que le réalisateur avait vu quelque chose de traumatisant. Alors Aiden reprit sa main et la serra, comme pour ramener Cyrius à la réalité. A leur réalité.
- Cyri… Je suis là, okay? Je bouge pas. Je vais bien. Je te lâche pas. Mais s’il te plaît. Parle-moi. Que je puisse essayer de t’aider. S’il te plaît.
Aiden trouva le moyen de forcer Cyrius, avec douceur, à s’asseoir dans le fond de la salle. Le blond s’écroula d’ailleurs plus qui ne s’assit, cachant à la vue de son ancien ennemi ses mains qui commençaient à trembler violemment.
Le contre-coup de cette journée d’enfer.
Le regarder dans les yeux avait été une épreuve, et Cyrius s’en voulait. Mais il avait tellement peur.. Peur de voir le vide dans le regard sombre.
Une fois assis, Aiden lui prit la main, ce qui gêna Cyrius. Et lui fit du bien en même temps. Il hésita une seconde, avant d’enlacer ses doigts aux siens. Il aurait pu choisir la voie de la gêne et de la peur, il préféra emprunter celle du réconfort.
Mais il hocha négativement la tête, tenta de sourire.
- Je vais bien Lending, je vais bien.
Cyrius n’avait pas envie de parler de ce qu’il venait de vivre. Entre son aventure avec le Chevalier Liam et leurs épées, et la rencontre avec Pearl * dans le couloir. Mais c’étaient surtout les yeux vides qui le hantaient toujours, de plus en plus présents.
Les mots s’enfuirent tout seuls de sa bouche :
- Il y avait du sang en arrivant ici. Beaucoup de sang. Et.. Je.. Je sa-savais pas qui s’était.. Mais, j’ai eu peur de te retrouver dans.. dans le même état.
Et Cyrius explosa en sanglots nerveux, lâchant la main d’Aiden pour se cacher le visage.
Dans un premier temps, Cyrius annonça que tout allait bien. Que lui allait bien. Aiden savait pertinemment que c’était un mensonge. Les deux étudiants avaient beau s’être détestés pendant deux ans, se frappant à la moindre occasion, le brun avait apprit à connaître toutes les réactions du blond.
Et là, il mentait. Très mal, mais il mentait.
Pourtant, Aiden ne chercha pas à lui faire avouer la vérité. Parce que cela n’aurait servi à rien. Cyrius persisterait dans son mensonge, persuadé qu’Aiden irait mieux en entendant ces mots. C’était le même principe que le trajet de Cyrius jusqu’à la salle de drama. Il était persuadé d’agir pour le mieux en faisant n’importe quoi.
Dans un sens, cela ne le rendait que plus touchant.
Finalement, Cyrius avoua. Et Aiden sentit l’air s’enfuir de ses poumons alors que le blond racontait. Il sentit aussi son coeur se serrer, horrifié d’entendre ce que le réalisateur avait du subir.
Il se sentit coupable aussi, d’avoir obligé Cyrius à traversé ça pour lui. Il aurait du refuser qu’il bouge. Il aurait du y aller lui, et vivre ça, à la place du blond.
Sans s’en rendre compte, Aiden se mordit la lèvre inférieure tandis les sanglots secouaient le corps du blond. Il ne prit conscience de son geste qu’en sentant le goût métallique du sang se poser sur sa langue.
Il était perdu. Il ne savait pas quoi faire pour consoler Cyrius. Il savait qu’aucun réconfort traditionnel ne marcherait, parce que toute tentative de réconfort ne serait qu’un mensonge de plus.
Alors Aiden fit ce qui lui semblait naturel. Et tant pis si c’était totalement inapproprié. Il ne pouvait pas continuer à voir Cyrius pleurer comme ça. C’était trop déchirant.
Il se rapprocha de Cyrius, et se mit à califourchon sur ses genoux. Là, il l’enlaça, sans rien dire, laissant le blond pleurer sur son épaule. Il lui laisserait le temps qu’il faudrait, sans bouger, sans parler, le temps qu’il parvienne à se calmer.
De son côté, Aiden sentit les battements de son coeur s’accélérer. Et pour la première fois depuis longtemps, il se sentit à sa place dans les bras de Cyrius.
La chemise d’Aiden fut rapidement trempée, mais il n’en avait rien à faire. Car il sentait que le réalisateur commençait à se calmer. Il renforça son étreinte, jusqu’à ce que Cyrius ne pleure plus. Alors il posa son front sur celui du blond, et essuya la dernière larme qui perlait au coin de son oeil gauche.
- Cyri. Je vais pas te mentir. Parce que ça servira à rien. Ce que tu as vu, c’est absolument horrible. Et je… je suis désolé de t’avoir forcé à vivre ça. Sincèrement. C’est… c’est moi qui aurait du venir jusqu’à toi. Pas toi. Oh Cyri… Je suis tellement désolé.
Il ferma les yeux, et une unique larme d’excuse tomba de son visage. Puis il se reprit, ouvrit les yeux et lui sourit.
- On est tout les deux. On va s’en sortir, d’accord. Ensemble. On va s’en sortir…
Ces mots, il se les répétait autant pour lui-même que pour Cyrius. Parce que si lui arrêtait d’y croire, jamais celui qui l’aimait n’y croirait. Il fallait être fort pour lui, et Aiden le serait.
Jusqu’au bout.
Aiden eut exactement la réaction qu’il fallait. Il vint se positionner sur les genoux de Cyrius, l’entourant de ses bras, et le laissant pleurer à sa guise sur son épaule. Les paroles qu’il lui chuchota à l’oreille réconfortaient le jeune homme.
Si la chemise d’Aiden se retrouva rapidement trempée, le blond reprit petit à petit son calme. Il n’arrivait pas à se sentir bien, juste à sa place, là, en tenant Aiden contre lui, ce qui était déjà beaucoup.
Les yeux vides commençaient à s’estomper de son esprit.
Cyrius releva la tête et posa son front contre celui d’Aiden, en fermant les yeux.
- Non. Heureusement que tu n’as rien vu. C’était mon rôle de venir te rejoindre. .. On va s’en sortir. Ensemble.
Reprendre les mots d’Aiden lui fit un peu de bien. Il tenta un sourire, un peu tremblant mais déjà plus assuré, avant d’embrasser sa joue.
Quand Aiden fit un mouvement pour descendre de ses genoux, Cyrius entoura sa taille de ses bras et le ramena contre lui. C’était stupide peut-être, mais il avait besoin de le sentir contre lui.
Et de parler.
- .. Je suis désolé pour tout ce que je t’ai fait subir Aiden. Tellement désolé.
Maintenant, et avant aussi.
Il frotta son nez à celui du brun, essayant de reprendre contenance en souriant et en lui témoignant de la tendresse.
- Pearl va bien. Je l’ai croisée en venant par ici.
Aiden écouta les paroles de Cyrius avec attention. Même s’il n’était pas convaincu. Il savait que Cyrius se serait détesté de le laisser porter le fardeau de la culpabilité sur les épaules, comme lui se détestait d’avoir du faire subir ces horreurs à Cyrius.
Il laissa son front posé contre celui du blond quelques instants encore. Il aurait aimé pouvoir se noyer dans le regard gris de Cyrius, mais il sentit que ce n’était pas le moment. Trop d’images devaient passer dans sa tête. Des images qu’Aiden ne serait pas capable d’effacer de sitôt, à son grand malheur.
Cyrius tenta un sourire un peu faible, mais qui ressemblait plus au Cyrius qu’il était d’habitude. Et Aiden ne put s’empêcher de sentir son coeur battre un peu plus fort.
Toute monstrueuse qu’était la situation actuelle, elle permettait à Aiden de se rendre compte petit à petit de l’importance qu’il accordait à Cyrius. De la peur qu’il avait ressenti. Du soulagement quand Cyrius était arrivé sain et sauf. Du désespoir quand Cyrius avait lâché prise.
Oui, Cyrius occupait vraiment une place prépondérante dans son coeur. C’était clair à présent. Le baiser sur la joue qui lui donna Cyrius lui confirma ce fait, car durant ce court instant, il s’était senti heureux.
Ne voulant pas déranger Cyrius trop longtemps en restant sur ses genoux, Aiden fit un geste pour repartir à sa place initiale. C’était sans compter sur le blond qui l’enserra par la taille pour le ramener contre lui.
Aiden se laissa faire, car ce contact lui plaisait. Pourvoir ressentir un contact humain aussi proche lui fit du bien, et il apprécia de pouvoir poser sa tête contre l’épaule du blond.
Avant de la relever lorsqu’il s’excusa. Il secoua la tête avant de répondre.
- Non, Cyri, non. Arrête, t’as pas à être désolé. C’est moi qui t’ait jeté, même si c’était pas mon intention. J’aurai du tout te dire depuis le début…
Il frotta son nez à celui de Cyrius, mais cette fois-ci, c’est lui qui ferma les yeux, sentant le poids de la honte alourdir ses épaules.
Puis Cyrius lui donna des nouvelles de Pearl, et une partie de la boule qui enserrait l’estomac d’Aiden s’envola, en même temps qu’une vague de reconnaissance envahissait le brun.
- Merci. Je suis tellement soulagé… Merci…
Et sans crier gare, Aiden embrassa Cyrius. Parce que c’était peut-être la dernière fois qu’il pouvait le faire, et que Cyrius le méritait. Mais surtout parce qu’il en avait envie.
Il entoura Cyrius de ses bras et poursuivit le baiser, fermant les yeux, laissant quelques larmes clandestines couler le long de ses joues. Il revint finalement à la réalité, et vit que Cyrius était heureux de ce baiser, mais aussi surprit. Aiden se sentit rougir.
- Dé…désolé. Je sais pas ce qui m’a prit.
Gêné, il se tortilla sur les genoux de Cyrius, mais n’en descendit pas. Il comptait bien rester là un bon moment.
Cyrius hocha négativement la tête aux paroles d’Aiden. Il comprenait toute la culpabilité qu’il pouvait ressentir, mais il n’avait pas agit seul dans cette histoire. Leur haine s’était construite à deux.
- .. J’aurai pas dû me braquer comme ça. J’aurai dû comprendre. Maintenant je comprends. Même si c’est un peu tard.
Il était bien en cet instant, et dans la mesure du possible. Aiden se serrait contre lui, et ça le rassurait. Il était vivant. Ils étaient vivants. Et avec un peu de chance, ils s’en sortiraient indemnes, sans se faire repérer par les Hommes Cagoulés.
Donner des nouvelles de Pearl eut un effet inattendu sur Aiden. Il paru un temps soulagé.. Avant de le remercier et de l’embrasser avec chaleur.
Embrasser Aiden avait toujours le même effet sur Cyrius. Mais à chaque fois, il avait l’impression que c’était une sensation nouvelle. Son coeur se mit à battre de nouveau trop rapidement - cette fois-ci pour de bonnes raisons.
Un court instant, Cyrius en oublia l’alerte noire et tous les derniers événements. Une douce chaleur balaya tout ce soucis.
Quand Aiden se détacha, il s’excusa en rougissant, ce que le blond accueillit avec un nouveau sourire. Il glissa une main sur sa joue, caressant l’une de ses pommettes du pouce.
- T’excuses pas. Ça m’a plutôt beaucoup plu comme élan spontané. Recommence quand tu veux.
Le fait que Cyrius partage un peu de ses remords fit chaud au coeur d’Aiden, et le soulagea un peu de la culpabilité qu’il ressentait au fond de lui. Au fur et à mesure qu’il se sentait mieux, Aiden comprit à quel point il s’en voulait depuis tout ce temps, même s’il avait enfoui ces remords sous une couche de haine.
Après l’avoir embrassé, il sentit la main de Cyrius sur sa joue, et ferma les yeux en sentant la caresse sur se pommette. Il posa sa main sur celle du blond, appréciant peut-être un peu plus que de raison le contact physique.
Les yeux fermés, il repensa à ce qu’avait dit Cyrius. Qu’il comprenait. Aiden était tenté de le croire, mais était-ce vraiment le cas? Aiden était quelqu’un de compliqué, on le lui avait toujours dit. Se pourrait-il que Cyrius l’ait cerné aussi facilement?
Aiden se dit que ce serait beau si c’était le cas. Que cela renforcerait un peu plus l’idée qu’Aiden se faisait du beau blond qui lui caressait la joue. Mais il n’y avait qu’un moyen d’en avoir le coeur net. Alors il rouvrit les yeux, et prit la parole, gardant la main de Cyrius sur sa joue.
- Je sais que c’est pas vraiment le bon moment pour ça mais… J’aimerai m’expliquer sur ce qui s’est passé. Tu veux bien? C’est… C’est vraiment important pour moi.
Il avait dit ça sur un ton presque suppliant, certain que Cyrius balaierait sa demande d’un revers de main, voire d’une blague. Pourtant, Cyrius l’encouragea d’un signe de main. Ou plutôt d’une caresse sur la joue.
- Ce qu’il s’est passé, c’est que… à la base, je me lie pas facilement aux gens. Je leur parle difficilement, je crée pas de contacts avant qu’une longue durée se soit passée. Il n’y a que trois fois où je me suis senti bien immédiatement. La première et la seconde, ce sont avec mes deux meilleurs amis. Lester et Anita, dont je t’avais parlé. Et que je veux que tu rencontres quand on sortira d’ici.
Il s’interrompit, laissant planer cette phrase au-dessus d’eux, le temps que Cyrius assimile ceci comme une promesse.
- La troisième fois, reprit-il, c’est avec toi. Dès la rentrée à la NYADA, je t’ai rencontré, et on a discuté. J’étais un peu stressé, je connaissais pas New-York et j’avais personne pour me guider. J’aurai du être encore plus réfractaire au contact. Mais pas avec toi. Tout de suite je me suis senti… à l’aise. J’avais envie de te revoir, qu’on passe du temps ensemble… Et j’étais content de revivre ça une troisième fois. J’avais vraiment trouvé un ami.
Il fit une nouvelle pause, plus pour lui que pour Cyrius cette fois-ci. Il se revit, la première semaine à l’internat ou dans les couloirs, avec Cyrius à ses côtés, plaisantant, riant… Oui, ils avaient vraiment passé des bons moments.
- Et puis… je sais pas ce qu’il s’est passé. J’ai commencé à me poser des questions. C’est con je sais… il raffermit sa position auprès de Cyrius, cherchant la sécurité dans les bras du blond, mais j’ai toujours été comme ça. A me poser des questions sur tout. Et là c’était sur toi. Sur nous. Je me demandais si c’était normal d’être aussi proche de quelqu’un qu’on a jamais vraiment connu… Je me disais qu’à six ans, ou même douze ans, c’est compréhensible, on est plus jeune… Mais à dix-huit, je savais pas. Et puis je ressentais autre chose, sans savoir quoi.
Aiden soupira, il avait vraiment été con. Il s’en voulait tellement aujourd’hui…
- Je savais pas si j’étais amoureux de toi ou non. C’était le problème. Si jamais c’était le cas et que tu l’étais pas, je risquais de te perdre. Mais je voulais pas non plus me faire trop de mal en espérant des choses. Alors j’ai voulu réfléchir. Prendre du temps seul. Voir si oui ou non je t’aimais. Sauf que j’ai mal agi. Et je t’ai perdu. Pendant deux ans. Et je m’en veux tellement.
Tout à coup la réalité sauta aux yeux d’Aiden, et il se mit à trembler. Il se maudit pour son manque de contrôle, mais parvint tout de même à balbutier, avant de fermer les yeux pour se calmer.
- Et… et là, je me dis que c’est peut-être la dernière fois qu’on se parle et… et je me déteste pour avoir gâché ces deux ans.
Il souffla trois fois, retrouvant peu à peu son calme grâce à la main de Cyrius qui caressait toujours sa joue.
Avant, c’était les coups qui les liaient l’un à l’autre. Cyrius se souvenait que trop bien des plus violents de leurs échanges, quand sa haine destructrice prenait le dessus et le poussait à frapper de plus en plus Aiden.
Finalement, le blond se demanda si ce n’était pas tout simplement le contact physique qu’il recherchait lorsqu’il était avec Aiden. Avec sa main sur sa joue, caressant légèrement la peau mal rasée, Cyrius savait où était sa place. Ici. Contre lui.
Ses doigts étaient doux, apaisant Aiden au fil de ses paroles, l’incitant à poursuivre, le remerciant de ses aveux.
Cyrius avait enfin son explication. Celle qu’il avait attendu pendant deux longues années. Quelque part, il se sentait soulagé. Mais la vérité lui semblait d’une telle évidence, que c’est avec un sourire qu’il répondit dans un souffle :
- Je sais Aiden, je sais.
Oui il savait ce que le brun venait de lui avouer. Il sentait que c’était la vérité tout au fond de lui. Et que cette vérité, il la connaissait depuis longtemps, sans avoir voulu se l’avouer. Il ne chercha pas à se souvenir quand tout ça était devenu une telle évidence, mais si une date devait être apposée, elle serait certainement notée sur la date d’une soirée à Las Vegas plutôt mouvementée.
Le réalisateur se pencha vers le brun et l’embrassa. Une manière de lui faire comprendre qu’il était là, et qu’il ne comptait pas partir de si tôt.
Quand il se détacha de lui, Cyrius murmura à Aiden dans un souffle :
- Je serai heureux de rencontrer tes amis une fois sorti d’ici. Ensemble, intacts et surtout vivants.
Le blond posa sa tête contre le mur derrière lui, et glissa ses mains sur les avant-bras de son ancien ennemi.
- Parce qu’on va s’en sortir Aiden. Ce n’est ni la dernière fois qu’on se parle, ni la fin de deux années de gâchées. Quand on va sortir d’ici, ça sera le début de quelque chose de nouveau. .. Et entre nous aussi. On pourrait être ensemble. .. Hm .. Enfin.. Si tu veux.
Cyrius n’aurait pas pu formuler une meilleure réponse à la longue explication d’Aiden. Quelques mots, un prénom, un sourire. C’est tout ce dont Aiden avait besoin pour se sentir bien.
A son tour il sourit, et comprit que Cyrius et lui, ça durait depuis longtemps. Même pendant leurs affrontements, même pendant leurs échanges verbaux musclés. Il y avait toujours eu quelque chose de plus que la haine qui les aveuglait. Des sentiments sousjacents qu’ils n’avaient jamais pris le temps d’évaluer.
Mais qui maintenant ne demandaient qu’à s’exprimer.
Le blond se pencha vers Aiden et l’embrassa à nouveau. Etrangement, ce baiser eut une toute autre signification pour le californien. Maintenant qu’il s’était expliqué, qu’il avait vraiment livré cette partie de lui qu’il renfermait depuis plus de deux ans, il pouvait embrasser Cyrius l’esprit tranquille.
Enfin l’esprit aussi tranquille qu’il est possible lorsque des terroristes tuent des gens à quelques mètres de vous.
Une fois le baiser rompu, au grand dam d’Aiden qui aurait bien continué un peu plus longtemps, Cyrius annonça qu’il serait ravi de rencontrer Lester et Anita. Une fois qu’ils seraient sortis sains et saufs de cet enfer.
Aiden sourit faiblement, et répondit, même si sa voix était un peu plus éraillée qu’à son habitude.
- Tu verras, ils sont formidables. La preuve, ils ont réussi à me supporter tout ce temps. Et je te parle pas de ma soeur…
Il eut un petit rire nerveux, et se laissa bercer par les paroles remplies de promesses de Cyrius. Il acquiesça avec plus de conviction au fur et à mesure des mots rassurants du blond. Jusqu’à la proposition, qui le surprit et l’enchanta en même temps.
- D’accord. Oui, on va s’en sortir. Ils vont pas nous trouver. On va y arriver. Et on construira quelque chose. Tous les deux. Et… Oui, j’ai bien réfléchi à tout ça, et j’ai vraiment envie d’être avec toi. Comme un… Un couple.
Il sourit timidement à cette idée. Cyrius Millers et Aiden Lending. En couple. L’idée avait de quoi en faire sourire plus d’un. Mais le brun se dit que c’était dans l’ordre des choses après tout.
A son tour il embrassa Cyrius dans un souffle, lui communiquant la joie qu’il ressentait à présent. Et il eut envie de dire quelque chose de plus.
- Je…
Il n’eut pas le temps d’aller au bout de sa phrase car la porte de la salle s’ouvrit toute grande, livrant le passage à un homme cagoulé.
Oh putain de merde.
- Tiens tiens, mais on dirait que j’ai gagné le gros lot. Deux tapettes, rien que pour moi. On va bien s’amuser mes princesses. Allez, on se lève les tafioles, et que ça saute. Vous vous enculerez plus tard.
Aiden ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Grosse erreur.
- Qu’est-ce qu’elle a la naine? Ça lui plait pas ce que je dis? Elle est vexée?
Aiden ne répondit pas, réfléchissant à la meilleure manière de protéger Cyrius du danger qui les menaçait.
A vrai dire, aucun plan n’était réellement envisageable à l’heure actuelle.
- Alors, qui fait la meuf entre vous? Toi, la Naine, ou toi, la Grande Blonde?
Une nouvelle fois, Aiden ne répondit pas, mais Cyrius ne se priva pas lui.
Enfin, ils y étaient. Au point du non retour. La haine était définitivement derrière eux, et s’ouvrait alors une ère de paix, doublée de l’expression de leurs réels sentiments.
Même si ce n’était ni le lieu, ni le moment, une partie de Cyrius se sentit presque euphorique de l’acquiescement d’Aiden, et de la tournure que prenait les choses. Parce que dans un dernier baiser, il se sentit plus fort, et il se sentait capable de tout surmonter. A la fois cette situation d’enfer au sein même de l’école qu’il vénérait comme une force mystique capable de l’envoyer au sommet, et aussi face à sa propre maladie qui le rongeait de seconde en seconde, depuis trop longtemps.
Aiden devenait timide sur ses genoux. Cyrius, lui, le trouvait de plus en plus adorable.
Il avait presque hâte de construire quelque chose avec lui. Puisque le brun avait accepté. Un couple. Idée un peu ridicule quand on les connaissait, et surtout en sachant leur passif, mais aussi remplie d’un sens nouveau.
Les yeux gris de Cyrius se firent plus attentif quand Aiden commença la phrase qu’il ne termina pas. Elle aurait pu, pourtant, venir conclure leur promesse et faire un peu plus scintiller l’orage lumineux du regard de Cyrius.
Mais la réalité n’est jamais bien loin. Celle amère, grave, qui brise tous les rêves et tous les plans. Appelez-ça comme vous le voulez, destin ou acharnement, peut-être même sadisme de ceux qui manipulent les cartes de nos vies, elle s’amuse toujours à nos dépends. Et apporte la preuve que quand la haine apparaît, elle ne disparaît jamais complètement. Elle se manifeste juste sous d’autres formes.
La porte s’ouvrit. Coupant Aiden dans sa phrase, faisant éclater la bulle de joie précaire qui venait de naître autour des deux tout nouveaux amoureux.
Un des Hommes Cagoulés.
Cyrius ne fit pas attention à ses premières paroles. Ses mains accentuèrent leur prise, par réflexe, autour des bras d’Aiden, retenant un supposé geste pour se relever qui ne vient pas. Tout ce que voyait le blond, lui, c’était l’arme de l’homme. Dans sa main droite.
Ils allaient mourir.
Aiden allait mourir. Et devenir un être avec le regard vide.
Cyrius ne pouvait pas le supporter.
Il se força à croiser le regard sombre de son petit ami.
Ce n’est alors que la portée des paroles de l’homme le fit relever la tête. Aiden ne réagit pas. Mais le sang de Cyrius ne fit qu’un tour. Un rappel de la question de Liam, dans la réserve, face à d’autres fous armés ? Non, dans celui-ci vibrait une haine que le blond ne tolérait pas.
- La Grande Blonde t’emmerde connard. A part si t’es intéressé par un plan à trois que tu n’auras jamais, tu peux aller te toucher la prostate seul avec ta question de merde.
Ce n’était certainement pas le meilleur moyen de faire profil bas pour essayer de passer entre les mailles du filet et ne pas mourir. Cyrius le savait. Il s’en voulut immédiatement.
Il venait de les sacrifier.
Puis, tout s’enchaîna. Le blond força Aiden à se relever, le suivant de peu, avant de se positionner devant lui, faisant ainsi barrage de son corps entre l’homme armé et son petit ami. Avant de se tourner vers le canon de l’arme, il vola un baiser au brun, rencontrant son regard sombre. Une simple caresse et un sourire confiant. Si ça signifiait sa fin, il refusait que ça soit aussi celle d’Aiden.
Cyrius croyait en la bonté de l’être humain. Il pensait fermement que les valeurs chevaleresques où il avait été baigné toute son enfance, existaient aussi chez les autres.
D’un calme olympien, et malgré les protestations d’Aiden, il resta devant le brun. Etablissant un dialogue muet avec l’homme armé. Par le regard. Il le suppliait.
- Tuez moi. Et partez. Vous pouvez toujours dire à vos collègues qu’il n’y avait que moi ici, que j’ai été insolent, mais que je suis mort. Le ménage a été fait, vous avez gagné. Mais il n’y avait que moi ici..
Un instant de battement. Et le canon de l’arme se pointa automatiquement vers le front de Cyrius.
- Attends une seconde, s’il te plaît, dit Aiden à l’homme cagoulé, qui acquiesça. Mais ça va pas de sortir des conneries pareilles? Ce gars a un flingue. Tu veux pas réfléchir avant de dire ce genre de trucs?!Aiden frappa l’épaule de Cyrius. C’est bon, tu peux reprendre ton air menaçant, ajouta-t-il, à l’annonce dudit gars avec le flingue.
Voilà comment Aiden aurait aimé réagir à la provocation de Cyrius. Si tout ceci n’avait pas été aussi sérieux. Aussi grave. Et surtout aussi mortel.
Si son côté raisonnable avait envie de hurler des insanités contre la folie du blond, le côté moins réfléchi de sa personnalité avait envie de valider la réplique cinglante de Cyrius. Evidemment, le canon pointé sur leurs personnes rendait le côté raisonnable plus fort.
La suite s’enchaîna assez vite. Une fois tous les deux relevés, Cyrius se plaça face à Aiden, le protégeant de l’arme. Trop ébahi pour réaliser l’acte de Cyrius, le californien n’esquissa aucun mouvement, jusqu’à ce que Cyrius se retourne pour l’embrasser, l’ancrant à nouveau dans la réalité.
- Mais qu’est-ce que… Cyrius lui intima l’ordre de se taire, mais Aiden n’étais pas prêt à obéir. T'as cru quoi Millers, que j'étais ta princesse à sauver? Arrête tes conneries et bouge de là. N'espère même pas te sacrifier…
Aiden eut beau protester, le blond resta insensible à ses réclamations, faisant la sourde oreille, tourné vers l’homme qui braquait son pistolet sur eux. Puis Cyrius prit la parole, et Aiden déglutit en entendant sa demande.
Il avait vraiment prévu de se sacrifier. Sauf que ça, Aiden était tout sauf prêt à l’accepter. Il ne venait pas de retrouver Cyrius, d’avoir enfin compris ce qu’il ressentait pour lui, pour le perdre à nouveau, et définitivement, cette fois-ci.
Une diversion, Aiden, trouve une putain de diversion!
Les mains le long du corps, Aiden sentit son téléphone dans sa poche. Doucement, pendant que Cyrius continuait de parler, il le sortit et le mit dans sa main. Aiden attendit que ce soit le bon moment. le timing allait être serré, et il n’avait pas intérêt à se planter.
Il souffla trois fois, et attendit que Cyrius ait fini de parler. Aussitôt qu’il vit le pistolet pointer vers Cyrius, il passa à l’action.
De sa main gauche, il jeta son téléphone contre le mur, produisant un “crac” de l’appareil. Dans le même temps, de sa main droite, il poussa violemment Cyrius sur le côté droit.
Il entendit le coup de feu partir, mais aucune conséquence ne se fit sentir, ni chez Cyrius, ni chez lui. Aiden bénit le ciel de leur avoir envoyé un tireur aussi mauvais.
La suite, Aiden ne la vit pas passer, tout se déroulant trop vite pour lui. La seule chose qu’il vit, c’était Cyrius se jetant sur le tueur pour lui prendre son arme. Rien d’autre, si ce n’est l’homme à terre, immobile.
Ils avaient gagné. Ils s’en étaient sortis. Vivants. Et indemnes. Aiden n’osait pas y croire. Il offrit pourtant son plus beau sourire au blond qui venait de leur sauver la vie.
- On… T’as réussi à l’avoir! Il faut qu’on bouge maintenant. Allez viens!
Il remarqua que Cyrius ne souriait pas lui. Et cela l’inquiéta. Etait-il touché? L’homme avait-il réussi à l’atteindre sans qu’Aiden ne s’en soit aperçu?
Le californien esquissa un pas en direction de Cyrius lorsqu’un voile noir passa devant ses yeux, et qu’il perdit l’équilibre, s’écroulant au sol. Il mit les mains en avant pour se rattraper, et ne put s’empêcher d’émettre un cri de douleur lorsqu’elles touchèrent le sol, le choc se répercutant dans son épaule droite.
Il ferma les yeux, attendant que la douleur passe, puis rouvrit les yeux, et vit avec stupeur que des gouttes de sang tombaient au sol. Ses yeux suivirent instinctivement la direction des gouttes de sang et il comprit qu’elles provenaient de son propre corps. De son épaule plus précisément.
La balle avait bel et bien atteint une cible.
Prenant conscience de sa blessure, et de l’immense tâche de sang qui s’élargissait encore sur sa chemise, Aiden frissonna de peur. Il allait mourir. C’était obligatoire. Les secours ne seraient jamais là à temps, et on ne pouvait pas stopper l’hémorragie.
Il allait mourir. Lui, Aiden Lending, allait mourir.
Des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Il ne voulait pas mourir. Pas maintenant. Et pas tout seul. Une seconde. Il n’était pas seul. Cyrius était là. D’ailleurs, il était agenouillé à côté de lui, et il le tenait dans ses bras.
Cyrius était là, et il était vivant. Aiden releva la tête vers lui et l’examina. Non, il n’était pas blessé. Il allait bien. Au moins l’un d’entre eux allait s’en sortir. Aiden ne put s’empêcher de sourire faiblement. C’était déjà ça de prit.
Etrange, comme le cerveau réagit vite, une fois que l’information lui a bien été transmise. Aiden eut brusquement très chaud, puis très froid, puis de nouveau très froid. La sueur qui perlait sur son front n’arrivait pas à réguler correctement la température corporelle de l’étudiant.
Aiden voulut parler, mais plusieurs fois sa voix lui fit défaut, et il dut s’accrocher au bras de Cyrius pour trouver la force de prendre la parole.
- Promets moi… promets moi que tu vas t’en sortir. Que tu vas sortir de ce merdier. Il sentit des gouttes tomber sur son visage. Cyrius pleurait. Aiden se mordit la lèvre pour ne pas pleurer à son tour. Il ne devait pas. Pas maintenant. Cyri… arrête. C’est pas grave… Il grimaça de douleur lorsqu’un frisson le parcourut. C’était mon destin.
Il commençait à sentir le sang s’échapper de son corps maintenant. Formidable.
- Juste. Prend soin d’Isabelle ok? Dis-lui… dis lui que je suis désolé, que… Un voile noir prenait petit à petit place devant les yeux d’Aiden, et il ne distinguait plus Cyrius que de manière floue, je l’aime. Et Cyri… Je. Nouveau frisson. Nouvelle grimace. Accompagnés d’un gémissement de douleur. Je suis désolé de t’abandonner une nouvelle fois. Il ne le sentit pas, mais des larmes roulèrent sur ses joues. Pardon. Pour tout.
Il avait de nouveau très froid, et il savait que cette sensation ne le quitterait plus.
Dommage, lui qui détestait avoir froid.
Il sentit les bras forts de Cyrius le serrer contre lui, mais il ne se sentait plus la force de répondre à cette supplique muette. Peut-être que cette supplique n’était pas muette, d’ailleurs, mais il n’entendait plus rien d’autre que les battements de son coeur. Et ce froid. De plus en plus intense.
Cependant, Aiden ne pouvait pas partir comme ça. Il avait une dernière chose à dire. La même chose que ce qu’il voulait dire avant d’être interrompu par l’homme qui venait de le tuer.
Au prix d’un immense effort qui lui ôta le peu d’ouïe et de vue qui lui restait, Aiden ouvrit la bouche, et tenta de dire les deux mots qu’il avait en tête. Le dernier mot fut prononcé dans un souffle.
- Je t’aime.
Noir.
Son acte de bravoure n’en était pas un finalement. Cyrius ne le comprit pas tout de suite, mais ce qu’il avait prévu de faire sonna comme une autre condamnation que la sienne.
Il n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait.
Des protestations. Un silence. L’accord muet d’un regard. Le canon pointé vers son front.
A cet instant, il aurait dû mourir. Mais ce ne fut pas le cas.
Aiden réagit. Il eut un bruit contre le mur - un objet lancé ? -, et lui qui perdait l’équilibre, violemment poussé à l’opposé.
PAM.
La balle était partie. Il n’avait pas été touché.
Non. Cyrius profita de ce moment de diversion, du fait d’être intact, pour foncer tête baissée. Il ne réfléchissait pas. Il agissait à l’instinct.
Le blond sauta sur l’homme armé. Le coup parti. Son poing sur sa mâchoire, son genou dans son entre-jambe. Et les coups rendus au centuple. Pire que n’importe quelle échange musclé avec Lending. Dans un espace temps d’une dizaine de secondes.
Cyrius perdait du terrain. Il s’enfonçait. L’autre était trop fort. Trop expérimenté. Plaqué contre le sol, le canon était froid sur sa tempe.
Jusqu’à ce qu’il se retrouve avec l’arme dans les mains. Comment ? Pourquoi ? Cyrius ne savait pas.
Tout ce qu’il se rendit compte, c’est du bruit que fit le pistolet entre ses mains.
PAM.
Deuxième coup résonnant trop fort à ses oreilles. Le poids inerte à dégager de lui.
L’homme armé n’avait plus d’arme. Mais une tâche écarlate qui s’agrandissait de seconde en seconde au niveau du coeur. Et deux grands yeux vides qui fixaient sans le voir celui qui venait d’appuyer sur la gâchette.
Cyrius se releva, tremblant, lâchant l’arme, regardant ses mains couvertes du sang qui n’était pas le sien. Et il tourna la tête vers Aiden.
Rouge. Le sang était rouge. Sur ses mains, sur le corps sans vie à ses pieds et sur celui qu’il aimait. La balle qu’il n’avait pas reçu, était devenue la mise à mort d’Aiden.
Et Cyrius, pour le voir ainsi, cru qu’il allait à son tour mourir. Il le regarda s’écrouler au sol, incapable du moindre geste. Ses mains tremblaient de nervosité.
Il finit par tomber à genoux à son tour, pour le serrer dans ses bras, lui murmurer des paroles réconfortantes qu’Aiden n’entendait pas. Le supplier de rester. Le supplier de vivre. Le supplier. Encore. Encore.
Le sang coulait. Les secondes s’éternisaient.
Les larmes se mêlaient au rouge.
Cyrius ne promis rien. Il se contentait de caresser le visage de celui qui l’aimait, le voyant se vider de ses couleurs. Jusqu’à qu’il ferme les yeux. Jusqu’à la dernière seconde. Et qu’il murmure dans un souffle, un dernier souffle :
- Je t’aime.
Le réalisateur resta un instant interdit. Mais il ne sentait plus son souffle sur ses doigts quand il effleura sa joue, plus son pouls quand il tâta son poignet.
Etait-ce fini ?
Le vide de la pièce lui répondit.
Et il hurla. Pas de panique, pas de rage, pas d’incompréhension.
Il hurlait sa douleur.
- .. Non.. NON ! AIDEN ! NON !
Let's talk, for once (Aiden & Cyrius) (Complete)
Aiden, au début bien décidé à sauver son couple avec Pearl, décide d'aller parler à Cyrius pour mettre les choses au point entre eux deux. Il était loin de se douter de la tournure qu'allaient prendre les événements...
Aiden était rentré la veille au soir. Après une longue discussion avec Isabelle, il avait convenu de passer la nuit dans l’appartement de sa soeur, histoire de se remettre du décalage horaire et d’être en forme avant d’affronter Pearl, qui bien entendu, était en colère.
Et comment l’en blâmer?
Aiden s’en était voulu de s’être emporté contre la jeune femme par messages. Elle lui en voulait, et s’était servie de n’importe quel prétexte pour lui faire comprendre le fond de sa pensée. Aurait-il été malin, Aiden n’aurait pas réagit comme il l’avait fait.
Sauf qu’Aiden était en colère lui aussi. En colère contre lui-même, évidemment, au vu de ses agissements et de son extrême lâcheté, mais pas que. Il était en colère contre Cyrius, qui avait foutu un sacré merdier ce soir-là. En colère contre cette garce de Gossip N aussi, qui s’était fait un malin plaisir de tout révéler - oh bien sûr, son histoire n’était pas la seule à avoir fait les gros titres, mais la vie des autres, en ce moment, Aiden s’en fichait plutôt pas mal-
Si jamais il parvenait à mettre la main sur cette salope… Aiden avait déjà imaginé quelques plans assez tordus pour se venger.
Toute cette colère, le troisième année pensait l’avoir canalisée en lui, repensant sans cesse à la manière dont il aurait pu tout éviter. Ne pas boire pour commencer. Ne pas croisier Cyrius, pour continuer. Et pour finir, ne pas accepter qu’il fourre sa langue dans sa bouche. A chaque nouveau scénario qui germait dans son esprit, Aiden se maudissait un peu plus de sa stupidité.
C’est pourquoi il avait cru être capable de répondre à Pearl, et d’essayer de lui faire comprendre à quel point il s’en voulait. Ce qui était le cas. Peine perdue. Il avait suffit que sa petite amie - l’était-elle encore, rien n’était moins sûr - fasse une remarque sur sa soeur pour qu’il perde son calme.
Sûr que ça lui avait fait gagner des points…
Du coup, il avait coupé court à la discussion et ne l’avait même pas prévenue de son arrivée à New-York. Il était parti se coucher sous la pression d’Isabelle qui tenait à ce qu’il performe devant le recruteur le lendemain. Ce qu’il avait fait, d’une certaine manière.
En sortant de l’entretien avec McGomery, Aiden aurait pu contacter Pearl, lui donner rendez-vous pour qu’ils aillent enfin discuter de tout ce qu’il s’était passé. Sauf qu’il ne l’avait pas fait, et n’en avait compris la raison que quelques heures plus tard.
Avant de parler à Pearl, il devait parler à Cyrius. Aiden devait avoir toutes les cartes en mains pour être en mesure de s’expliquer auprès d’elle, et de se racheter. Car il voulait se racheter. Sincèrement.
Ainsi, après avoir subi de nombreuses remarques acerbes et moqueuses de la part d’autre étudiants auxquelles il prit grand soin de feindre l’indifférence, le californien apprit que Cyrius avait été retenu à l’hôpital depuis son retour de Vegas. Il ne sut rien de plus car toutes les informations qu’on lui donna se contredisaient.
Déterminé à avoir enfin une discussion sérieuse avec celui qu’il considérait comme son meilleur ennemi encore quelques semaines auparavant, Aiden se présenta à l’accueil de l’hôpital armé de son plus beau sourire.
- Bonjour madame, annonça-t-il lorsque son tour arriva enfin, je viens pour une visite.
- Oui, à quel nom?
- Cyrius Millers.
- Attendez un instant, déclara la secrétaire d’une voix nasillarde et insupportable. Enfin, après trois appels et une discussion entre filles plus tard, Aiden obtint enfin sa réponse. Il faut voir directement au service néphrologie. Troisième étage.
- Merci. Bonne fin de journée.
Se préparant à subir à nouveau une attente interminable au troisième étage, Aiden se recomposa un visage aimable à l’intention des secrétaires. A sa grande surprise, il était le seul à demander des renseignements. Et l’infirmière de garde beaucoup plus aimable.
- Bonjour, je viens pour rendre visite à Cyrius Millers. On m’a informé qu’il était dans votre service.
- Ah Cyrius! Oui on le connaît bien par ici. Vous êtes un ami? Il ne reçoit pas beaucoup de visites en dehors de sa famille…
- Que je vous explique rapidement. Cyrius, c’est simplement le gars qui m’a embrassé à Las Vegas et qui a probablement ruiné mon couple,répondit Aiden avant d’éclater de rire. Non je plaisante. C’est un camarade de classe.
- Je vois, dit la femme, partagée entre l’amusement et la surprise. Vous m’avez l’air d’être un spécimen vous aussi. Bien. Les visites sont autorisées jusqu’à 19h. Il est 16h45, je pense que vous avez largement le temps.
Aiden acquiesça en souriant, avant d’interrompre de nouveau l’infirmière déjà replongée dans ses dossiers.
- Excusez moi… mais je le trouve dans quelle chambre?
- Pardon, j’ai complètement oublié. Chambre 325. Au fond du couloir, sur votre droite.
- Très bien, merci beaucoup. Bonne fin de journée.
- De même.
L’apprenti acteur ramassa son sac qu’il avait posé au sol et avança le long du couloir. Au fur et à mesure qu’il s’approcha de la bonne chambre, ses pas se firent plus lents, ses mouvements moins décidés.
322… De toute façon, c’est lui avant Pearl.
323… Et tu veux te racheter auprès de Pearl.
324… Plus qu’une chambre. Sors tes couilles, Aiden, et avance.
325… Mais qu’est-ce que je fous là…
Aiden observa les alentours, prenant quelques secondes pour rassembler ses forces. Il souffla trois fois, et frappa à la porte.
Sans attendre d’invitation, il entra, et referma la porte aussi sec devant un Cyrius mi surpris, mi blasé. Après être resté un peu trop longtemps face à la porte, Aiden déclara avec beaucoup plus d’assurance qu’il n’en ressentait réellement.
- Salut. Bon, je t’explique le topo. A cause de toi, mon couple est sûrement mort et enterré. Alors j’attends des explications. C’est clair?
Concis, efficace. Ne manquait plus que la réponse du blond. Qui normalement devrait éclairer sa lanterne…
Cyrius se sentait mieux. La fièvre qui l’avait saisie, à la suite de sa réaction au nouveau traitement proposé par les médecins, était retombée. Une semaine dans les limbes étouffantes de son propre enfer. Ne restaient plus qu’une perfusion plantée dans les veines de son bras droit, et le bip incessant d’une machine mesurant son rythme cardiaque en bruit de fond.
Pourtant, on pouvait lire toute la fatigue dans ses yeux orage cernés d’une couleur bleuâtre. Ses joues étaient amaigries et, de temps à autre, ses longues mains fines tremblaient sans raison apparente.
Assis dans le fauteuil inconfortable à côté de son lit, Cyrius était en pleine discussion avec Cyndelle, la seconde de ses aînées. Cette dernière, vêtue d’une robe de soie rose clair, avait pris place en tailleur sur le lit qu’il occupait quelques minutes auparavant. Entre eux, sur une table un peu bancale, une myriade de feuilles de croquis s’étalaient. Tous avait été tracé d’une main ferme et experte. Des robes de mariée.
La conversation entre le frère et la soeur était assez animée, ponctuée de rires fréquents et de sourires constants. S’ils avaient décidés de participer activement aux préparatifs du mariage de Cyann et de Glenn, ils le faisaient à leur manière. Cyndelle dessinait la future robe de sa soeur, Cyrius la guidait en donnant son avis.
Cyrius se sentait bien. Bien mieux que depuis longtemps. Sa famille lui apportait toujours le réconfort dont il avait besoin.
Il saisit l’un des croquis, laissant son regard gris courir sur le tracé voluptueux de la robe s’y trouvant.
- J’aime beaucoup celui là Barbie. Je vois bien The Lawyer dedans, avec le drapé qui..
La porte s’était ouverte pour laisser passer la dernière personne que Cyrius s’attendait à voir ici. Et, soyons honnête, la dernière personne qu’il avait envie de voir à cet instant.
Aiden Lending.
Dans la suite incessante des battements de son coeur répétés par la machine derrière lui, il manqua un bip. Mais le visage du blond ne transmettait aucune émotion, encore moins en entendant ses paroles.
Au contraire. Sa voix n’était pas sèche, juste indifférente.
- Tiens, Lending… Tu permets, je finis ma conversation avec ma soeur. C’est un plus important que tes histoires..
Déviant de nouveau son attention sur Cyndelle, qui fixait Aiden avec un mélange d’ironie et d’amusement dans son regard aussi orageux qui celui de son frère, il lui adressa un sourire.
- Je disais donc avant qu’on nous interrompe.. J’aime cette robe. Mais..
Il fouilla dans la tonne de croquis et en sortit certains.
- Il faudrait rajouter cette ceinture sous la poitrine de celle-ci.. Et les fleurs brodées dans le dos de celle-là.. Tu ne crois pas ?
Le regard gris de Cyndelle se détacha enfin d’Aiden et se posa sur son frère.
- C’est une bonne idée Millers Boy. Mais je vais te laisser parler avec.. Ce machin. Il piaffe d’impatience, c’est assez drôle.
Ce machin, c’était Aiden.
La soeur d’Aiden sauta du lit gracieusement, enfila les Louboutin blanches qui traînaient près du siège de son frère, récupéra ses croquis dans son sac Prada hors de prix et embrassa la tempe du blond. Elle lui laissa juste le dessin de la robe qu’il tenait encore entre ses mains.
- Je te laisse celui-là. Repose-toi. Je reviens demain, et on continue tout ça au calme. Cyntia passera avec moi, pour récupérer le dessin de son tatouage.
Cyrius hocha la tête et sourit tendrement à sa soeur. Il ignorait toujours totalement Aiden, qui palissait à vue d’oeil.
Enfin, la soeur de Cyrius sortit de la pièce. Non sans se tourner une dernière fois vers les deux jeunes hommes qui commençaient déjà à se combattre du regard.
- Un mois, Millers Boy. Elle fixa Aiden avec un sourire étrange. Moins de trois semaines si tu t’y prends bien.
Si les bip de la machine s’emballèrent brusquement au rythme de la pulsation cardiaque de Cyrius, ils furent couverts par son brusque éclat de rire.
- Quant à toi.. Cyndelle plissa les yeux face au brun. Tu devrais apprendre que la couleur de t-shirt est passée de mode depuis au moins deux saisons, tu es.. J’ose même pas dire combien tu crains. Si un jour tu veux être digne de mon frère, va falloir faire des efforts.
Elle s’en alla la tête haute sous les rires encore plus forts de son frère cadet.
Cyrius hoquetait carrément sur place, les yeux pétillants d’une joie rarement affichée en présence d’Aiden. Il se força à respirer doucement, secouant ses cheveux blonds non coiffés qui partaient dans tous les sens.
Puis, il se laissa retomber dans son fauteuil, n’évitant pas le regard sombre. Il ne lui laissa même pas le temps de reformuler sa question.
"Moins de trois semaines si tu t’y prends bien."
- Alors.. Des explications ? Pourquoi je t’ai embrassé ? Parce que j’en avais envie. Si j’ai aimé ça ? Oui, parce que j’ai recommencé. .. Si j’ai envie de recommencer ? Ça, je ne te le dirais pas. A toi de voir.
Sa voix vibrait de défi. Et son sourire en coin ne faiblissait pas.
Comment planter son entrée de façon royale en dix leçons. Par Aiden Lending.
Leçon numéro 1: Rentrez dans la chambre d’hôpital de la personne qui a le moins envie de vous voir du monde.
Leçon numéro 2: Lancez un speech d’entrée que vous voulez convaincant mais qui ne l’est pas du tout, puisque votre voix tremble.
Leçon numéro 3: Ne vérifiez surtout pas que votre interlocuteur a de la compagnie…
Et merde.
Non seulement Cyrius n’était pas seul dans cette chambre - ce qui en soi était déjà plus qu’embarrassant - mais le visiteur était une deuxième Millers.
Est-ce que j’ai vraiment mérité de me fourrer dans un tel bordel?
Ouais, et pas qu’un peu.
Ta gueule.
Deux contre un. Aiden ne pouvait rien faire. Rien, à part attendre que le duo ait fini de s’amuser à ses dépens. Il ne put cependant s’empêcher de répondre
- Fais donc fais donc. Je ne voudrais pas faire de tort à un handicapé.
Le visage de Cyrius perdit soudainement l’indifférence qui le caractérisait pour se faire suspicieux. Que voulait dire Aiden par là? Etait-ce de la compassion, ou leur ancienne rivalité refaisait-elle surface?
En réalité, Aide montrait par cette pique qu’il n’avait plus l’intention de voir Cyrius différemment parce qu’il était malade. Désormais, il le voyait différemment pour d’autres raisons.
Des raisons qui n’avaient rien à voir avec ses reins. Mais plutôt avec ses lèvres.
Hum.
Finalement, le regard gris se fit plus doux, et Aiden vit que Cyrius avec comprit le message. Et qu’il en était satisfait.
Aiden quitta - difficilement - les yeux de Cyrius pour se plonger dans ceux de sa soeur, qui l’observait avec une drôle d’expression un peu moqueuse.
Le californien écouta à peine les mots du blond, car il affrontait la fille Millers du regard. Il avait l’impression que chaque partie de son être était passée au radar, comme si Cyndelle lui faisait passer un examen pour déterminer il ne savait quoi.
Qu’importe la nature de ce test, Aiden avait bien l’intention de le réussir. Alors il garda son regard plongé dans ceux de la blonde, sans réussir pour autant à masquer les légers tremblements qui faisaient tressauter sa lèvre supérieure.
Enfin, au bout d’un temps qui parut durer une éternité au petit brun, Cyndelle coupa tout contact visuel avant de se tourner vers son frère. Aiden retint difficilement un soupir de soulagement en entendant qu’elle s’en allait, le traitant au passage de “machin”.
Bah, il avait connu pire.
Aiden recroisa le regard du blond, pour ne plus le lâcher cette fois. Sauf lorsque la fille Millers sortit une phrase incompréhensible qui résonna étrangement aux oreilles de l’acteur. Il ne savait pas de quoi il retournait, mais il avait la désagréable impression que cela le concernait.
Impression renforcée par la dernière phrase de Cyndelle à son égard. "Si un jour tu veux être digne de mon frère, va falloir faire des efforts."
- Mais qu’est-ce que tu racon… commença-t-il. Trop tard, la blonde était déjà partie dans le couloir, emportant dans son sillage un éclat de rire.
Rire qui se répercuta dans la gorge de Cyrius, et Aiden fronça les sourcils. Qu’est-ce qu’il y avait de si drôle? Aiden ne comprenait pas ce qu’il se passait, et cela commençait à le faire tourner en bourrique.
Alors il se tourna vers Cyrius, fermement décidé à lui demander d’expliquer le pourquoi du comment, quand le blond commença à parler.
Les mots résonnèrent dans la tête du brun. Longtemps. Peut-être même un peu trop. Il fut prit d’un léger vertige et partit s’asseoir dans le lit de Cyrius pour ne pas perdre l’équilibre.
Pourquoi je t’ai embrassé ? Parce que j’en avais envie.
Il y avait donc quelque chose de plus profond que la haine qu’ils avaient ressentis ces dernières années chez Cyrius aussi. Le sentiment était réciproque.
Si j’ai aimé ça ? Oui, parce que j’ai recommencé. ..
Un fin sourire vint prendre place sur les lèvres de l’acteur. Ainsi, Cyrius n’était pas indifférent à Aiden. Mais le sourire mourut lorsque le visage de Pearl s’afficha dans son esprit. Pas bon, pas bon du tout.
Si j’ai envie de recommencer ? Ça, je ne te le dirais pas. A toi de voir.
Aiden n’était pas sûr de bien comprendre où Cyrius voulait en venir. Cette phrase le perdit d’ailleurs plus qu’autre chose.
En pleine réflexion, Aiden garda le silence de longues minutes, analysant chaque mot prononcé par le blond. Finalement, il se tourna vers Cyrius et déclara.
- A mon tour d’être honnête. T’es pas le seul à avoir aimé ces baisers. Le premier est gravé dans ma tête, et il repasse en boucle lorsque je ne fais rien. Le deuxième, je pense pouvoir dire que j’ai aimé aussi, vu que la seule chose dont je me souviens ou presque de cette soirée, ce sont tes lèvres collées contre les miennes…
Direct et franc. Un peu trop peut-être?
Il s’interrompit, car une sensation bizarre venait d’envahir son ventre. Un léger engourdissement dont il ne parvenait pas à déterminer l’origine.
- Mais voilà. Je suis avec Pearl. Je suis bien avec elle. Je lui ai fait du mal. Beaucoup de mal. Et je m’en veux. Je veux pas la perdre…
Il se tut à nouveau, conscient qu’il se perdait dans ses propos.
- Sauf que t’es là, que tu m’as embrassé, que j’ai aimé ça. Je suis perdu. Et c’est idiot. Le plus simple aurait été que je te parle plus, et qu’on se croise plus du tout. Sauf que je me suis rendu compte d’une chose.
Il plongea ses yeux dans ceux de Cyrius.
Je ne peux pas te détester.
Il y avait toujours leurs regards. Ce combat perpétuel entre l’océan gris et les profondeurs de la couleur sombre de leurs homologues. Un regard faisait passer tellement de chose, que Cyrius se surprit à ressentir un élan de douceur vers Aiden. Chose étrange. Parce qu’il comprit que sa pique, rien qu’avec son regard, n’avait rien de blâmable. Une manière de lui dire qu’il le considérerait toujours de la même façon. Et quelque part, ça soulageait le jeune homme blond de savoir ça.
Et surtout, qu’il ne laissait pas le brun indifférent.
Il fallait être aveugle pour ne pas percevoir son hésitation, ni les tremblements de ses mains ou des ses lèvres. Ses lèvres.
Cyrius avait envie de hurler. Il se sentait tout d’un coup comme l’homme le plus puissant du monde. Certes il avait été aveugle deux longues années, mais maintenant, il lui semblait que tout était désormais possible.
Jusqu’à l’instant où Aiden évoqua Pearl. Douche froide. Il ne voulait pas la perdre.. Et ça voulait tout dire pour Cyrius.. Que c’était lui qui le perdait. Mais c’était l’autre qui signait la fin de toute discussion, sans le savoir.
Lui qui venait tout juste de comprendre la réelle nature de ses sentiments à son égard..
La rage explosa de nouveau au fond de lui. Plus douce et plus tenue qu’auparavant. Plus acide et foudroyante aussi. Elle portait le nom de jalousie. Et c’était sa première rencontre avec Cyrius Millers.
Cyrius se mit à sourire encore plus. Mais ses mains aux traces encore bleuâtres sous la peau fine se crispèrent sur les accoudoirs de son siège.
Si Aiden avait fait attention, il aurait pu voir la lueur étrange aux fonds des yeux océans, qui s’assombrissaient un peu trop vite.
La voix pourtant, était douce. Amicale.
- Je comprends. Après tout, tu viens te faire rouler une pelle, enfin plus d’une, par ton pire ennemi. Tu aimes Pearl. Reste avec elle ! Pour moi ça ne comptait pas plus que ça. N’importe quel humain se sentirait perdu, Aiden. Alors.. Je comprends. On est jeunes, c’était une expérience comme une autre non ? Moi non plus je ne peux pas et je ne veux pas te perdre. On repart sur de bonnes bases ? Je ne veux pas dire qu’on sera tout de suite amis mais.. On peut tenter ?
Il lui tendit sa main droite avec un sourire, tirant sur la perfusion reliée à son bras.
Cyrius n’était pas stupide. Il vit bien que ses paroles contentaient d’un côté Aiden, et de l’autre le bouleversait. Mais le brun serra sa main, trop content de se sortir de cette histoire aussi rapidement et aussi proprement.
La main de Cyrius était glaciale. Sa voix brisée.
- Idiot.
Il le lâcha. Se renfonçant dans son fauteuil sans plus aucun sourire. Juste un océan de gris dénué d’expression dans son regard accrocheur.
- C’est ce que tu voulais entendre non ? Mais je ne pense pas ça du tout. J’en ai rien à foutre de Pearl. Je vais même te dire un truc, je l’ai déjà draguée. Et elle a accepté de venir boire un verre avec moi “si tu me promets, Cyrius, que jamais Aiden ne sera au courant”. Je suis ce qu’on appelle couramment.. Un fouteur de merde.
L’art de déstabiliser son adversaire, version Cyriusienne.
Cyrius croisa ses longs doigts fins sous son menton, le jaugeant du regard.
- C’est ça la vérité Aiden, et tu es pitoyable à croire que je veux vraiment renouer un semblant de dialogue ou d’amitié avec toi. Pourquoi ? C’est simple pourtant..
Fixer son regard au fond des yeux de l’homme à abattre. Sourire comme si tout allait bien, d’un sourire paisible, un peu charmeur, trop persuasif.
- On s’est toujours détesté depuis.. Depuis que t’as décidé de m’expédier de ta vie sans aucun remord. Sans aucune explication. C’était plus simple ainsi. Tu es pitoyable pour ça .. A toujours vouloir la facilité. Quand on affronte pas ses problèmes, ils n’existent plus, n’est-ce pas Aiden ?
Laisser le contraste s’opérer, entre un sourire trop doux, et des paroles trop acides.
- Se battre c’était facile. J’ai joué le jeu. Se battre, c’était te dominer encore un peu. T’appartenir. Inconsciemment. J’ai compris ça quand je t’ai embrassé dans la chambre de l’internat. Ce n’était pas vraiment de la haine finalement, tu ne crois pas ?
Voir les premières barrières s’écrouler, et le masque d’argile du visage se fissurer. Les mains de l’adversaire tremblent, essayant de se raccrocher à quelque chose.
- .. J’ai été clair pourtant dans mes messages Aiden. Je ne veux plus jamais te voir, et je ne change toujours pas d’avis. Toi, moi, c’est de l’histoire ancienne. Un truc qui appartient au passé. Las Vegas et toute cette - très - agréable séance de pelotage dans le couloir aurait eut lieu en première année, je me serais certainement mis à genoux devant toi. Pas pour sécher tes larmes pendant que tu me supplies de rester éternellement à tes côtés, comme tu as si bien su le faire au casino, mais pour te tailler une pipe digne de ce nom et te faire comprendre que je te veux. Là, maintenant, tout de suite.
Arrêter de sourire et se contenter de voir l’ennemi nager dans la plus jubilante des incompréhensions. Le voir se noyer dans un verre d’eau, et les murs de cartes à jouer de son château d’illusion s’écrouler sous une brise d’air.
- Tu ne peux pas me détester ? C’est beau Aiden, tu manies très bien les mots. Moi non plus je ne peux pas. Tu ne veux pas la perdre Aiden ? Pearl. Tu as des sentiments pour elle. C’est.. Mignon ? Adorable, vraiment.
Laisser tomber une bombe sur le champs de ruines. Explosion. Décomposition.
- Je ne battrais pas pour tes beaux yeux Aiden. Pas envie. Pas le courage. Pas le temps. J’ai d’autres combats à mener, dont un contre mon propre corps. C’est déjà bien assez épuisant pour que je te rajoute sur la liste de mes problèmes.
Apporter le coup fatal.
- Mais.. Si tu veux une explication à tout ça, je vais t’en donner une toute simple. Qui résume tout.
Vraiment fatal.
- Je suis amoureux de toi.
La version Cyriusienne était kamikaze.
Aiden était loin de se douter de la tempête qui s’apprêtait à lui tomber sur le coin de la figure. S’il avait su, probablement qu’il serait parti en courant, et qu’au lieu de changer d’Etat, il aurait changé de continent.
Tout commença pourtant plutôt calmement. Cyrius se mit à sourire à Aiden. Un sourire un peu étrange, certes, mais le blond souriait. Par naïveté, le brun mit la drôle de sensation que lui procurait ce sourire sur le fait qu’aucun des deux ne s’étaient adressé un signe amical depuis deux ans maintenant.
Les mains. Les mains de Cyrius auraient du être un premier signe alertant Aiden que quelque chose clochait. Mais les mots qui sortaient de la bouche du réalisateur ressemblaient tellement au Cyrius qu’il avait rencontré en première année qu’il voulait y croire.
Obnubilé par le discours parfait que lui servait le blond, Aiden en oublia de scruter attentivement le regard gris de ce dernier. Il en oublia de vérifier si ses yeux confirmaient ses dires. S’il avait eu un peu plus les pieds sur Terre, Aiden aurait vu l’ombre emplir le regard orage de Cyrius.
Au lieu de quoi, Aiden buvait les paroles de son ancien/nouvel ami. Oh bien entendu, il ne comprit pas très bien pourquoi Cyrius changa si brutalement de cap, annonçant que leurs baisers ne comptaient pas plus que ça. Mais l’entendre dire qu’il devait rester avec Pearl, et surtout qu’il n’avait pas non plus envie de le perdre… et bien c’était suffisant aux yeux du troisième.
Si bien qu’il serra la main que lui tendait le blond avec plaisir. Enfin, ils allaient pouvoir recommencer quelque chose tous les deux, qu’importe le temps que cela prendrait. Une poignée de main pour un nouveau début en somme.
Grossière erreur.
C’est lorsque Cyrius le traita d’idiot qu’Aiden comprit qu’il venait de se faire berner. Ce dont il ne se doutait pas, c’était la violence des propos que le blond assénerait.
Il commença par aborder le sujet de Pearl, annonçant qu’il n’en avait rien à faire de la jeune femme. Trop surpris pour réagir sur le coup, Aiden apprit aussi qu’elle avait accepté de boire un verre avec le blond à la seule condition que lui ne soit jamais mit au courant. Machinalement, son poing se crispa et de décrispa.
- Putain, et elle ose me parler de confiance, dit-il, plus pour lui-même que pour Cyrius.
Loin de lui l’idée de minimiser ses actes, mais cette information apportait tout de même une nouvelle perspective à la situation. Cyrius ne s’en était peut-être pas rendu compte dans sa hâte de descendre Aiden, mais il venait de lui donner une balle à tirer contre la jeune femme.
A déterminer s’il s’en servirait ou non contre elle lors de leur discussion.
Mais Cyrius était loin d’avoir terminé de régler ses comptes. Le blond croisa ses doigts sous son menton, et jugea Aiden pitoyable de croire qu’il voulait renouer avec lui. Le brun ne répondit pas, et attendit l’explication. Qui arriva aussitôt, accompagnée d’un sourire qui donna à Aiden l’envie de lui arracher le visage.
- T’as vraiment rien compris, répondit-il. Vraiment rien. Je t’ai demandé une chose. Une. De me laisser du temps pour réfléchir. Mais ça tu l’as pas compris, hein. C’était plus facile de rejeter la faute sur moi. Eviter les problèmes? Quel problème? Celui que tu t’étais créé avec moi?
Aiden s’était levé à présent. Il écoutait toujours Cyrius, mais refusait de rester silencieux face à ces accusations qui n’était pas toutes justifiées.
- A ton avis, pourquoi tu crois que je veux renouer avec toi? Par charité? Il renifla. Nan. Simplement parce que j’ai réfléchi, et affronté le problème comme tu dis. Mais ça, tu le vois pas, parce que ça signifierait te remettre en cause.
Sa bile déversée, Aiden se rassit, et laissa Cyrius reprendre son rôle de bourreau. Toujours avec son sourire exécrable. Le brun tressaillit lorsque le new-yorkais analysa leurs affrontements.
Ainsi, c’est comme cela que Cyrius voyait leur relation haineuse longue de deux ans. Comme un moyen de dominer Aiden. De le laisser lui appartenir. Comme s’il était trop gentil, et qu’il laissait son os à un chien un peu trop capricieux?
Les mains de l’acteur se mirent à trembler légèrement sans qu’il n’y puisse rien. Les paroles de Cyrius se gravaient au fer rouge dans son coeur, et oui, c’était douloureux. Mais le pire arriva quelques secondes plus tard.
Le choc des mots fut si violent qu’Aiden ressentit un vertige le prendre, et il s’accrocha à la barre du lit pour ne pas s’écrouler.
Je ne veux plus jamais te voir, et je ne change toujours pas d’avis. Toi, moi, c’est de l’histoire ancienne. Un truc qui appartient au passé.
- Menteur, dit Aiden. Tu mens. Sinon tu serais pas en train de me déballer tout ça… Menteur, répéta-t-il.
Aiden avait besoin de croire que Cyrius mentait. Qu’il disait cela uniquement pour tester Aiden, ou à la rigueur pour le blesser. Il était impossible que le blond raconte tout ça uniquement pour couper un à un les liens qui les unissaient.
La suite donna presque la nausée au jeune californien. Cyrius se servait de son blackout pour l’humilier. Et bien comme il fallait. En entendant la façon dont il s’était comporté ce soir là, Aiden aurait tout donné contre une pelle capable de l’emmener au trente-sixième dessous.
Malheureusement, Cyrius avait d’autres projets.
Dont celui de faire naître une incompréhension complète chez son interlocuteur. Pourquoi le réalisateur sortait-il des choses pareilles? Qu’avait-il envie qu’Aiden pense, exactement? C’était une question à laquelle le brun n’avait aucune réponse à apporter pour le moment.
Cyrius venait-il vraiment de lui dire que lors de leur première année, il avait eu envie de coucher avec lui?
Aiden secoua la tête, se promettant de revenir sur le sujet plus tard. Avant tout, il devait se concentrer sur les propos de Cyrius, qui n’en avait apparemment toujours pas terminé.
Après tout, après deux ans de silence…
Cyrius reparla rapidement de Pearl, et de l’envie qu’avait Aiden de faire ce qu’il fallait pour la garder près de lui. Son ton était moqueur, évidemment, mais puisqu’il avait avoué n’en avoir rien à faire d’elle, Aiden ne s’en formalisa pas.
La suite fit l’effet d’une bombe sur Aiden. Cyrius avait, semble-t-il, vraiment l’intention de couper les points avec le brun. Expliquant qu’il avait d’autres problèmes à gérer que leur relation chaotique. Aiden pouvait comprendre, mais ne l’acceptait pas.
- Et c’est moi qu’on dit pitoyable, commença-t-il.
Il n’acheva pas sa pensée car Cyrius lui proposa une explication. Qui résumerait tout ce qu’il venait de dire. Aiden ouvrit grand ses oreilles, attendant la sentence.
- Je suis amoureux de toi.
Autour d’Aiden, le temps s’arrêta. Tout restait immobile, et seul Aiden pouvait bouger. Du moins était-ce la sensation qu’il avait actuellement.
- Je suis amoureux de toi.
Cyrius se foutait de lui. Il n’y avait pas d’autre solution. C’était encore une horrible pique qu’il lui jetait à la figure. Oui c’était ça. Obligatoirement.
- Je suis amoureux de toi.
Et si Cyrius ne mentait pas? S’il disait la vérité? Après tout, l’intégralité de ce qu’il venait de dire était sincère non?
- Je suis amoureux de toi.
Aiden eut l’impression d’entendre du verre se briser autour de lui. Il tourna la tête pour voir d’où venait le bruit mais se rendit compte qu’il était en train de rêver.
- Je suis amoureux de toi.
Aiden pouvait-il envisager cette possibilité? Malgré Pearl, malgré sa volonté de tout arranger? Avait-il envie d’envisager la possibilité que toute la rancoeur qu’éprouvait Cyrius à son égard était due à l’amour?
- Je suis amoureux de toi.
Oui, Aiden était prêt à cela. Il le sut au moment même où il se posa la question. Comment pourrait-il y faire face? Aucune idée. Que se passerait-il avec Pearl? Bonne question. Mais ça n’avait plus d’importance.
Il était temps d’arrêter de se poser des questions sans arrêt, et d’agir. Au moins pour cette fois. D’arrêter de penser aux conséquences, et de vivre l’instant présent.
- Je suis amoureux de toi.
- Je te préviens. Je déteste les menteurs. Alors j’espère pour toi que tu as dis la vérité.
Sans attendre de réponse de la part de Cyrius, Aiden se leva hors du lit, et s’agenouilla devant la chaise du blond. Et sans se poser de questions, Aiden colla ses lèvres sur celles de Cyrius.
Ce baiser était un test. Un moyen de vérifier si Cyrius lui disait la vérité, ou s’il se moquait de lui.
Pour Aiden, ce baiser qu’il initiait signifiait qu’il abandonnait toute la sécurité dont il jouissait jusqu’à présent. Il n’aurait plus d’excuses, ni auprès de Pearl, ni auprès de Cyrius.
Les deux premières secondes furent atroces pour le californien, car il ne sentit aucun retour de la part du blond. Aiden commençait à croire qu’il s’agissait d’une immense erreur, et qu’il était bon pour fuir sur une île déserte, où personne ne le retrouverait jamais.
Aiden ou la vie sauvage. Ça sonnait plutôt bien.
Enfin, Cyrius rendit son baiser à Aiden. Une nouvelle fois, le temps s’arrêta autour d’eux. Il n’y avait plus qu’eux deux, en train de s’embrasser. Plus aucune barrière n’existait.
Aiden se mit complètement à nu dans ce baiser. Il s’y jeta tout entier, et cette fois-ci, rien ne l’empêcha de ressentir chaque instant. Pas d’alcool, pas de coup de sang, juste deux jeunes hommes partageant un moment unique.
Le baiser ne dura pas longtemps, mais cela avait été suffisant pour Aiden. Il se recula pour observer le blond dans son ensemble, et dit
- Tu es amoureux de moi.
Il n’ajouta rien sur l’instant, car il ne trouva rien à dire. Annoncer que lui aussi était amoureux était un mensonge, car il n’en savait rien. A vrai dire, on lui aurait demandé d’additionner deux et deux, il aurait été capable de répondre trois.
Petit à petit, il sentit son ventre s’engourdir de nouveau, et une sensation d’euphorie s’empara de lui. Un sourire vint éclairer son visage et un petit rire lui échappa des lèvres.
- Tu es amoureux de moi, répéta-t-il. Et je pense que ça me plaît.
Cyrius n’ajouta jamais rien aux réponses d’Aiden. Même pas un sourire, ni un haussement de sourcil. Il le laissa le traiter de menteur, déverser la rage que lui aussi accumulait. Parce qu’il voulait mener la danse. Et oui, c’est lui qui gagnerait ce dernier combat.
Parce qu’un combat, c’en était bien un qui se jouait à cet instant. Cyrius espérait bien le remporter, même si cela signifiait perdre toute dignité et toutes ses barrières.
La technique de désarmement final Cyriusienne semblait marcher. Le visage d’Aiden passa par toutes les couleurs de l’arc en ciel. Du blanc, au verdâtre, du jaune au rouge. Ses mains tremblaient, son regard se faisait fuyant.
Cyrius était le parfait maître de la situation.
Du moins, tant qu’Aiden restait assis et se noyait dans l’incompréhension.
Après, tout dérapa. La situation lui échappa… Complètement.
Parce qu’Aiden bondit du lit pour poser ses lèvres contre les siennes.
Tous les sentiments du brun passait dans cette caresse. Mais Cyrius ne réagissait pas, trop surpris, trop sous le choc. Il serrait juste les poings, inerte, les yeux écarquillés. Vissé dans son fauteuil.
C’était ça sa réaction ? Un baiser ? Seulement un putain de baiser ? Cyrius avait tout imaginé pendant les quelques minutes de son speech dévastateur. Plein de raisons de retourner à la haine. Aiden aurait pu s’enfuir, il aurait été lâche. Il aurait pu l’insulter, il aurait été odieux. Il aurait pu éclater de rire, il aurait été inconscient. Mais le résultat final était le même : chacun retournait à détester l’autre. Simplement.
Sauf que la caresse de ses lèvres sur les siennes n’avait rien d’une insulte. Que la lueur dans le regard sombre n’avait rien d’une fuite. Que le rire précédant son baiser n’avait rien de moqueur.
Deux secondes de vide total dans l’esprit de Cyrius.
Deux secondes et il s’avoua battu. A plate couture. Il venait de perdre le dernier combat Cyden. Et il en était heureux.
La technique Cyriusienne avait des failles. Aiden en était l’une d’entre elle.
Répondant au baiser, les bips incessants des machines s’emballèrent autour d’eux.
Tu es amoureux de moi. Et je pense que ça me plait.
Cyrius ne souriait pas. C’étaient ses yeux qui le faisaient.
- T’es con Lending, et tu resteras toujours un con. Un petit Nain chieur et puant. Et je te déteste, je te déteste, je te déteste.. Je t’aime mais je te déteste !
Il l’attira brusquement à lui, laissant tomber le croquis qu’il tenait toujours entre ses mains au sol, s’enfonçant dans le fauteuil. Tenant Aiden par le cou, Cyrius l’embrassa comme si sa vie en dépendait, le forçant ainsi à grimper sans cérémonie sur ses cuisses pour pouvoir se perdre avec lui.
- Je te déteste..
Cyrius avait de nouveau chaud, trop chaud, mais ça n’avait rien à voir avec la fièvre. Ou alors elle était d’une bien autre nature.
Sans pour autant rompre les baisers qui se succédaient les uns à la suite des autres, les mains à la fois glaciales et brûlantes du blond se perdirent dans les cheveux bruns de son ennemi, puis, sans aucune pudeur sous son t-shirt.
Et il tira dessus pour le lui enlever. Plongeant son regard orage dans celui d’Aiden, dans une supplique muette.
Il n’était plus à ça près.
Aiden n’entendit qu’à moitié le bruit des machines. Il avait à peine conscience de l’emballement de ces dernières. Il ne voyait qu’une chose.
Cyrius.
Le blond ne souriait pas, et d’autres qu’Aiden auraient eu l’impression qu’il était indifférent à ce qu’il venait de se passer. Que rien d’extraordinaire ne venait de se produire. Mais le brun, lui, voyait très clairement que Cyrius était affecté par le baiser qu’ils venaient d’échanger.
Ses yeux riaient. Et brillaient plus que d’ordinaire.
Cyrius parla ensuite. Très vite, comme s’il avait envie de passer à autre chose, ou qu’il se sentait nerveux. Aiden ne put s’empêcher de sourire. Son coeur battait plus vite, et tout son corps était parcouru de frissons. Il posa doucement la paume de sa main sur la joue du réalisateur et répondit.
- Je sais que tu me détestes. C’est ce qui fait que tu m’aimes si fort… Et qui me donne autant envie de rester ici…
Aiden n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit, Cyrius l’attirant à lui en lui attrapant les poignets. Perdant le contrôle de ses mouvements, le californien perdit l’équilibre et se retrouva perché sur les genoux de son amant.
L’acteur sentit une main lui attraper le coup, et les baisers se firent plus intenses. Plus passionnés aussi. Aiden peinait à retrouver son souffle, mais il n’en avait rien à faire. Les lèvres de Cyrius étaient devenues son oxygène, et il comptait bien s’y approvisionner encore longtemps.
Aiden sentit Cyrius rire et répéter qu’il le détestait, sans pour autant interrompre leurs baisers. Le brun sourit lui aussi et commença à prendre les devants, comme pour montrer que non, Cyrius ne le détestait pas.
Ce stratagème fit apparemment ses preuves car les mains du blond se perdirent dans les cheveux bruns de l’étudiant, tandis que les lèvres du réalisateur quittaient celles d’Aiden pour s’attaquer à son coup.
Aussitôt, Aiden sentit tout contrôle l’abandonner. Inconsciemment, Cyrius avait commencé à embrasser l’une des zones les plus érogènes de son anatomie. Fébrile, Aiden passa une main derrière la nuque de celui qui l’aimait pour l’encourager à continuer.
Cyrius s’occupa consciencieusement de son cou, et à chaque nouvelle zone qu’il embrassait, Aiden ne pouvait s’empêcher de gémir de plaisir. C’était plus fort que lui. Il ne maîtrisait plus rien, et n’avait plus conscience que d’une chose. Les lèvres et la langue de Cyrius s’amusant sur sa peau nue.
Soudain, les mains de Cyrius abandonnèrent son crâne pour se plaquer sous le T-shirt d’Aiden, sans aucune retenue. Le brun frissonna de plaisir en sentant les deux mains glacées du troisième année se poser sur son torse, le ramenant à une réalité un peu plus terrestre…
Aiden aurait continué sur sa lancée, prêt à se débarrasser de son haut, s’il n’avait pas entendu un bruit suspect prêt de la porte. Un bruit de chaussures à talons. L’information mit une seconde à parvenir à son cerveau, mais une fois comprit ce qu’il se passait, Aiden se releva précipitamment, sous le regard surpris de Cyrius.
A l’instant précis où Aiden se remit sur ses pieds, la porte de la chambre s’ouvrit, laissant place à une infirmière affolée. Il ne s’agissait pas de celle qui l’avait accueillie, mais Aiden put sentir l’inquiétude poindre dans sa voix.
- Tout se passe bien ici? Les machines auxquelles vous êtes reliées se sont subitement emballées et votre rythme cardiaque est grimpé en flèche!
- Tout va bien, ne vous en faites pas, répondit Aiden lorsqu’il vit que Cyrius ne s’était pas encore remis de leurs baisers précédents. On a discuté et ça s’est emballé. Ne vous inquiétez pas, je suis sûr que tout va bien. Pas vrai Cyrius?
L’utilisation de son prénom sembla sortir le blond de sa léthargie. Il regarda successivement Aiden, puis l’infirmière, avant de hocher la tête. La femme observa les deux étudiants, méfiante, avant de soupirer.
- Très bien. Mais allez-y doucement quand vous discutez tout les deux, compris?
Aiden répondit par l’affirmative et attendit le départ de l’infirmière pour se tourner de nouveau vers Cyrius.
- Heureusement qu’elle a rien vu. Ça l’aurait mal fait que je me fasse virer de l’hôpital tu crois pas?
Cyrius acquiesça rapidement avant d’attraper à nouveau Aiden et de l’embrasser à nouveau. Mais la fièvre était retombée du côté du brun, et il avait à présent une autre idée en tête. Il accepta un dernier baiser avant de se détacher du blond. Il se leva et alla attraper une chaise qu’il plaça à côté de celle de Cyrius.
- Attend. S’il te plaît. Il vit le regard surpris du blond et lui attrapa la main, comme pour lui montrer qu’il ne s’en allait pas. Je… Je sais que t’as dit que t’en avais rien à faire de Pearl, mais je suis encore avec elle… Officiellement. Cyrius haussa les sourcils d’un air moqueur, aussi Aiden continua-t-il son explication. Ecoute, c’est une fille bien. Vraiment. Elle mérite que je lui parle avant… avant que ça n’aille encore plus loin.
Doucement il commença à caresser la main de Cyrius. En silence. Pour la première fois, Aiden prit le temps d’observer la main du blond. De longs doigts fins, une peau très fine mais très douce à la fois. Aiden glissa ses doigts dans les siens.
Leurs doigts se mêlèrent parfaitement, et Aiden apprécia la sensation de tenir la main de Cyrius.
Comme un couple.
- Je peux te poser une question? demanda soudain le brun. Devant le regard interrogateur que lui adressa Cyrius, Aiden se jeta à l’eau. Depuis quand est-ce que tu sais que… que tu m’aimes?
En attendant la réponse, il plongea ses deux yeux sombres dans ceux, gris, de Cyrius, et se dit que s’y noyer ne serait peut-être pas la plus mauvaise chose qu’il pourrait lui arriver.
Cyrius se noyait. Il se noyait à chaque baiser avec Aiden, vissé dans son siège, le tenant serré contre lui. Le contact brûlait sa peau et sa tête lui tournait. Mais il ne s’était pas senti aussi vivant depuis longtemps.
Il en oublia totalement le lieu, ses longues journées de convalescence, les machines auxquelles il était relié, toute la haine de deux années bafouées.
Finalement, il n’y avait que cet être collé à lui. Que les lèvres contre les siennes, puis le cou qu’il embrassait et les gémissements qu’il tirait d’Aiden. Vraiment, le reste n’avait aucune importance.
Quant il tira sur le t-shirt du brun, un peu trop empressé, il se retrouva d’un coup seul. Aiden avait quitté ses genoux, en se passant une main dans les cheveux pour se rasseoir sur le lit.
D’abord mécontent, Cyrius comprit très vite la nécessité de ne pas protester quant une infirmière au regard affolé entra précipitamment dans la pièce. Pourtant, il continua de fixer Aiden, sans faire attention à celle qui vérifiait ses machines et son rythme cardiaque. Là non plus, il n’en avait pas grand chose à faire. La frustration la plus totale se lisait dans ses yeux.
Une fois l’infirmière partie - et il n’avait aucune idée de ce qu’elle avait dit et avait hoché la tête trop mécaniquement à l’entente de son prénom -, le blond attira de nouveau Aiden à lui. Si Cyrius tenta bien d’être encore un peu insistant, il se heurta rapidement au calme du brun.
Aiden prit une chaise et vient s’asseoir à côté de lui. Il osa même lui prendre la main, et très rapidement leurs doigts se mêlèrent ensemble. Le geste était étrange pour Cyrius, et il regarda l’union de leurs mains d’un oeil un peu surpris. Ce n’était pas désagréable, bien au contraire. Et ça ne faisait pas se calmer le rythme archaïque de son coeur.
Aiden évoqua une nouvelle fois Pearl. Le regard du blond se fit plus moqueur, alors qu’il commença à jouer avec sa main dans la sienne.
Sa voix était tout aussi amusée que son regard quand il s’exprima enfin :
- “Avant que ça aille plus loin” ? .. Tu veux que ça aille plus loin ? Mais Lending, je te veux maintenant moi.. Il effleura ses lèvres des siennes. S’enhardit de la lumière de surprise dans le regard sombre. Resta tellement proche de lui que leurs souffles se mêlaient. Maintenant. S’il te plait..
Cyrius jugeait avoir assez attendu pour ne pas profiter de son ennemi tout de suite. Il pensait aussi, qu’une relation sérieuse n’avait pas sa place entre eux deux. Ou du moins pas pour tout de suite. Il ressentait juste le besoin de rattraper le temps perdu.. Ou de réécrire ce qui avait été détruit deux ans plus tôt. Et il ne gardait à l’esprit que les soupirs d’Aiden quelques minutes plus tôt.
- Tu vas la quitter ?
Ce n’était pas tout à fait une question. Une bulle d’espoir pris place dans le ventre de Cyrius, qu’il tenta d’étouffer.
Les yeux clairs se fixèrent ensuite dans ceux d’Aiden, tandis que ses doigts dessinaient des cercles sur la paume de sa main.
Il n’hésita pas vraiment pour répondre à sa question. Ce fût plutôt un automatisme. Une évidence.
- Vegas. J’ai compris ça à Vegas.
Aiden dut se retenir pour ne pas se perdre à nouveau dans le doux baiser que déposa Cyrius sur ses lèvres. Pour ne pas presser un peu plus ses lèvres sur les celles du blond, et recommencer la même folie que les minutes précédentes.
Surtout lorsqu’il entendit ce que lui dit le réalisateur. Le brun frissonna à l’entente de ces quelques mots. Cyrius le voulait maintenant… Aiden aussi, mais il savait qu’à l’heure actuelle, c’était plus le désir physique que le désir amoureux qui parlait. La volonté de rattraper deux ans de distance avec l’être qui au final, n’aurait jamais pu rester son pire ennemi.
Leurs doigts parfaitement entremêlés le prouvaient. Il y avait quelque chose entre eux qui dépassait la simple compatibilité physique. Et Aiden comptait bien creuser dans cette voie.
Aussi tenta-t-il de se concentrer sur la main de Cyrius dans la sienne pour ne pas flancher. Dur, très dur. Le visage du blond était si proche du sien… Ces deux yeux gris, si beaux, si attirants… Les deux étudiants étaient si proches que leur souffle se mélangeait.
Sans même s’en rendre compte, il succomba une nouvelle fois à la tentation. Il embrassa Cyrius. Tendrement, Aiden partagea son air avec le blond. Il sentit tout ses poils se hérisser, et son corps frisonner de plaisir. Par ce simple contact, Aiden comprit que oui, il voulait aller plus loin avec Cyrius.
Et il comptait bien parvenir à ses fins. Cyrius l’aimait. Il le lui avait dit. Et répété. Aiden, quant à lui, savait que son coeur battait plus vite lorsqu’il tenait la main du blond. Alors, pourquoi ne pas tenter quelque chose avec le troisième année? Bien entendu, une fois, qu’il aurait tout avoué à Pearl.
C’est là que l’affaire se corsait.
Aiden prolongea le baiser jusqu’à ne plus du tout pouvoir respirer. Ce n’est qu’ensuite qu’il décolla ses lèvres de celles de Cyrius. Mais il conserva sa main enlacée dans celle du blond. Sentir les doigts du new-yorkais tracer des cercles sur le dos de sa main faisait battre le coeur d’Aiden un peu plus fort encore.
- Oui Cyri… Oui, je veux que ça aille plus loin. Tous les deux. Parce que ce je n’ai pas ressenti ça depuis très longtemps. Il commença à caresser à son tour la main de Cyrius. Et que je ne veux pas gâcher une occasion comme celle-ci.
Il s’interrompit, et embrassa la main de Cyrius. Un simple baiser du bout des lèvres. Il n’avait pas la moindre idée de la raison de son geste. Il lui avait juste semblé que c’était le bon moment pour faire ça.
- Mais avant, je dois lui parler, ajouta-t-il en parlant de Pearl. Je ne mériterai personne si je vais plus loin avec toi sans rompre avec elle. Parce que oui, c’est clair maintenant que je vais la quitter. Je me sens dégueulasse mais oui, il n’y a pas d’autre choix. Pas d’autre choix qui me donne envie en tout cas.
Il plongea son regard dans celui de Cyrius, les yeux bruns rencontrant les yeux gris. Le jeune acteur vit sa vision se troubler un peu et sut que ses yeux brillaient un peu plus que d’ordinaire. Les raisons étaient multiples.
Il s’en voulait d’abord, de faire une telle chose à Pearl après tout ce qu’elle lui avait confié. C’était odieux, et il le savait. Mais que faire d’autre, alors que devant lui, le propriétaire de ces deux grands yeux gris lui avait dit qu’il l’aimait.
Aiden avait fait son choix en tout cas.
Le brun baissa les yeux quelques instants à la suite de sa question. Il se sentait un peu égoïste de demander à Cyrius quand il avait découvert ses sentiments pour lui alors que lui-même n’avait pas dit à Cyrius qu’il l’aimait.
Mais lorsqu’il croisa de nouveau le regard orageux, Aiden put y lire de la douceur, et il n’en fut que plus ému. Un peu moins lorsque Cyrius avoua qu’il avait tout comprit à Vegas.
Fronçant les sourcils, Aiden scruta le regard du blond, tentant d’y déceler la moindre trace de malice et de moquerie. Mais il n’y avait rien d’autre que de la sincérité. Alors Aiden resserra un peu plus sa prise sur le main de Cyrius et demanda.
- Pourquoi Vegas? J’étais complètement fracassé… Comment tu peux t’être dit à ce moment là “Lui je l’aime” ? Il déglutit avant de continuer. Et d’ailleurs qu’est-ce qui s’est passé ce soir là? Je me souviens de rien… à part d’un baiser. Qui me retourne toujours quand j’y pense.
Il ferma les yeux et serra la main de Cyrius un peu plus fort, comme pour être sûr qu’il ne le lâcherait pas et qu’il serait toujours là.
Cyrius crût qu’il avait gagné le combat en sentant qu’Aiden lâchait prise et répondait à son baiser. Il s’enhardit un peu, se penchant un peu vers lui, tentant une nouvelle fois de l’entraîner vers un vice encore plus passionné.
Mais une nouvelle fois, l’autre résista et préféra centrer son attention sur leur deux mains enlacées. Un sourire presque agacé échappa à Cyrius.
- Je suis frustré. Ça y est. T’es chiant.
Il ne dit pourtant rien de plus, serrant encore un peu la main dans la sienne.
- .. Je ne veux pas gâcher un moment aussi.. Cyrius ouvrit la bouche pour sortir un mot qu’il ne trouva pas. Ses yeux brillaient de douceur. Et d’inquiétude aussi, peut-être. Mais, je ne veux pas.. Pas que tu rompes avec Pearl si tu ne le veux pas. Tu as des sentiments pour elle, j’en suis conscient. Et il n’y a peut-être pas de place pour un truc entre nous. Pas tout de suite. Il vit la douleur passer furtivement sur le visage du brun et secoua brusquement la tête. Sans lâcher sa main.Pas que je ne veux pas de quelque chose de plus que.. Ca serait trop tôt. Même si.. Son regard glissa sur ses épaules. .. Hm. J’ai besoin de temps. Toi aussi. Tu vois ce que je veux dire ?
Et Cyrius se mordit la lèvre, sous le baiser d’Aiden sur sa main.
Il essaya de se rappeler exactement comment il s’était dit qu’il aimait Aiden, plus qu’il ne le pensait. Aucun moment précis ne lui revint à l’esprit, à part le goût de l’alcool des lèvres d’Aiden sur ses lèvres.
- Je t’ai trouvé dans les escaliers du casino, entrain de ramasser les jetons que tu venais de faire tomber. Je t’ai aidé, au début, parce que je ne te reconnaissais pas. Et puis tu m’as dit.. Des choses que je ne pensais pas t’entendre dire. Et je ne sais plus bien comment et quand, mais ça a dérapé. .. Je te soupçonne même d’avoir un peu trop apprécié quand j’ai dû te fouiller pour trouver le pass de ta chambre quand je t’ai raccompagné après. .. Tu as des fesses très.. Quoi ? Me regarde pas comme ça ! Il eut un petit rire. .. Mais j’ai compris que.. La haine n’avait pas sa place, quand je t’ai vu complètement bourré. Tu étais tellement implorant, tellement.. J’aurai dû être.. Je ne sais pas ? Pour une fois, Cyrius Millers ne trouvait pas ses mots correctement. J’aurai dû être dégoutté de ton comportement. Je l’étais dans un sens. Mais j’avais surtout mal. Pour toi.
Aiden ne put retenir un petit rire lorsque Cyrius abandonna enfin l’idée de déshabiller entièrement le brun. Pas que cette idée le déplaise non… mais ce n’était définitivement pas le bon moment.
Pas encore.
- Frustré? Cyri arrête… T’as jamais couché avec un mec… T’as connu que les femmes, je me trompe? Alors avant de vouloir te jeter sur ma braguette, attends au moins un petit peu. Et si d’ici là, tu restes sage…,dit-il en murmurant près de son oreille, je te montrerai comment on la taille cette pipe que tu sembles tant vouloir me tailler depuis la première année.
Aiden éclata de rire. Apparemment, le blond ne semblait pas s’être attendu à une telle réaction de la part de son ancien ennemi. Toujours hilare, il posa sa seconde main sur celle de Cyrius qui venait de resserer un peu plus fort son emprise.
Le brun perdit son sourire et écouta le raisonnement du réalisateur. Sans jamais arrêter de tenir cette main, ou plonger son regard brun dans les prunelles grises du blond. Les mots qu’il prononça touchèrent beaucoup Aiden.
Il réalisa que la déclaration d’amour que lui avait faite Cyrius n’avait rien de paroles en l’air. Il était prêt à s’effacer pour qu’Aiden puisse recoller les morceaux avec Pearl. Le californien sourit faiblement en entendant ces mots qui réchauffaient son coeur.
La suite le refroidit un peu. Pourquoi Cyrius ne disait-il pas qu’il n’existait peut-être rien à construire entre eux? Alors qu’il lui avait dit qu’il l’aimait? Aiden était perdu, et commençait à se poser des questions. Tout ce qu’il venait de se passer n’était-il en fait qu’une immense mascarade?
Non, évidemment que non, et Cyrius s’empressa de s’expliquer. D’insister sur la nécessité de leur laisser du temps. Aiden ne put s’empêcher de sourire à nouveau. Puis de déposer un baiser sur la joue mal rasée de Cyrius.
Décidément, il était en train de devenir très tactile. Cette sensation, bien que nouvelle, n’était pas pour lui déplaire. Il caressa un instant la main du blond, ses yeux rivés sur celle-ci, avant de répondre.
- Ecoute… Ce qu’il vient de se passer là, jamais je l’aurais imaginé. Mais vraiment jamais. Tout est allé trop vite. Mais j’ai ressenti des choses que j’avais jamais ressenti. Des choses qui m’ont fait me sentir bien. Et vivant. Et que j’ai envie de ressentir encore. Et ces choses là… y a que toi qui me les as données. En quelques minutes. Ces baisers, ces… caresses sur ta main… ça m’a fait comprendre un truc. Que Pearl ne m’apporte pas ça…
Il se tut, acceptant lui aussi la réalité. Dure, mais aussi tellement douce…
- Une relation est si difficile à construire, et si facile à détruire,murmura-t-il, regardant le mur de la chambre.
Aiden acquiesça doucement ensuite, avant de reprendre sa réponse.
- Je dois, non je veux rompre avec Pearl. C’est horrible ce que je dis, je m’en rends bien compte. Elle mérite pas ça la pauvre. Mais c’est la vérité. Il se mordit les lèvres, et sentit la seconde main de Cyrius lui caresser l’avant bras. Et bien sûr qu’on a besoin de temps. Je te demande pas qu’on se mette ensemble ici et maintenant. Ça serait une connerie. Mais je pense qu’on peut essayer de voir dans quelle direction on peut aller tous les deux non?
Son ton était devenu un peu suppliant malgré lui, comme s’il ne supporterait pas un nouveau rejet de la part du blond. Il l’écouta ensuite raconter leur nuit à Vegas, soulevant un sourcil lorsque Cyrius parla de ses fesses.
Mais c’est la suite qui interpella le californien. Il avait été implorant? Mais de quoi parlait Cyrius? Et surtout, qu’avait-il pu bien lui dire pour qu’il en soit autant retourné?
- Alors comme ça on te supplie et tu craques, commença Aiden, essayant l’humour pour masquer sa nervosité. Il comprit que cela ne servait à rien de mentir lorsqu’il croisa le regard de Cyrius. Plus sérieusement… je ne me souviens de rien. Je sais pas ce que je t’ai dit, ce que j’ai fait… C’était si terrible que ça ce que je t’ai sorti.
Sentant soudainement le rouge lui monter aux joues, il baissa la tête vers ses genoux, respirant un peu plus difficilement.
- Je… je suis désolé pour ce qu’il s’est passé ce soir là. Vraiment.
Il garda les yeux obstinément baissés, par honte de croiser à nouveau celui de Cyrius. Jusqu’à ce qu’il sente un main lui remonter le menton, et qu’il se noie à nouveau dans ce regard.
Cyrius se tortilla un peu sur sa geste, plus pour masquer le rire qui naissait dans sa gorge qu’autre chose. La situation ne lui paraissait pas seulement étrange : elle était surréaliste.
La main d’Aiden ne quittait pas la sienne. Source de chaleur et de réconfort. Mais il y avait autre chose.. Autre chose qui le ramenait deux années en arrière. Quand tout allait bien. Quand tout allait pour le mieux.
Mais les paroles d’Aiden le firent brusquement se figer. Il ouvrit la bouche, surpris, et bafouilla un mot incompréhensible. Non, cet autre chose ne le ramenait pas deux années en arrière. Elle l’amenait vers un futur qu’il n’osait pas encore imaginer.
Et elle avait une essence physique, entre autre.
- Intéressant comme proposition.
Il retient un rire, qu’il perdit un peu à la suite des paroles d’Aiden. Lentement, il enleva sa main de la sienne.
- Non.. Non, tu ne comprends pas. Ça va trop vite Lending. On s’est détestés. Longtemps, avec des coups, avec des mots qui blessent encore plus. .. Même si il y a un truc entre nous.. Enfin, qu’il y a un truc de moi vers toi. On ne peut pas. .. Je ne peux pas.
Peut-être que Cyrius était terrifié en réalité.
- Tu vas trop vite. Je ne t’aurais rien dit, là, tu serais reparti après des paroles encore trop acides. Peut-être que tu m’aurais frappé, et j’aurai fait pareil. Tu serais ensuite voir Pearl, et tout aurait continué. Et je ne t’en veux pas pour Vegas. Tu étais bourré.
Le visage d’Aiden se décomposait. Et quelque part, ça faisait mal à Cyrius. Très mal. Mais il souriait, parce qu’il souriait toujours.
- Je ne pourrais jamais être simplement ton ami, Aiden. Parce qu’il aura toujours plus. Et beaucoup de passif. Mais je ne peux pas encore être.. Plus. Même imaginer être plus.
Le blond palissait à vue d’oeil depuis quelques minutes. Peut-être à cause de ses paroles, peut-être à cause de la fatigue qui le rattrapait aussi.
- Je.. Je ne veux pas que ça aille trop vite.
Son ton était presque suppliant. La fatigue l’emportait. La machine mesurant son pouls s’emballa très rapidement pendant une demie seconde.
Et ses mots étaient en totale contradiction avec les gestes qu’il avait pu avoir précédemment envers Aiden. Preuves de l’incompréhension totale où nageait le blond.
Lentement, Cyrius détacha sa main de celle d’Aiden. Le visage du brun se ferma légèrement, mais il laissa faire sans rien dire. Et écouta ce qu’avait à lui dire le blond, les yeux baissés sur cette main qu’il tenait quelques secondes plus tôt.
En silence, il laissa les paroles du troisième année le traverser. Evidemment qu’il avait raison. Que tout allait trop vite, et que ce n’était pas normal, vu l’état de leur relation. De plus, cela ne ressemblait pas à Aiden de dire des choses pareilles si vite. Lui qui avait toujours besoin de temps.
Alors pourquoi se montrait-il si entreprenant avec Cyrius? Pourquoi les paroles, si raisonnables et logiques, transperçaient Aiden comme autant d’aiguilles?
Pour ne pas effrayer le blond, le californien choisit soigneusement ses mots, mais il ne put s’empêcher de lui faire partager le fond de sa pensée.
- Tu ne peux pas ou tu ne veux pas? Devant les sourcils froncés du jeune blond, il poursuivit. A l’heure actuelle, je ne te demande pas de te mettre en couple avec moi. Je ne te demande pas non plus de le faire demain, ou dans la semaine. Je t’ai dit qu’on pouvait essayer d’avancer ensemble dans une direction. Alors tu ne peux pas ou tu ne veux pas? Sois clair, que je sache si je perds mon temps ou si je reste encore un peu.
Il était dur dans ses paroles, mais sa voix tremblante montrait qu’il n’avait pas envie de partir. Qu’il avait envie que Cyrius réussisse le test qu’il venait de lui proposer.
Aiden sentit son visage s’affaisser lorsque Cyrius développa sa pensée. Le brun n’apprécia pas la situation que décrivit le blond dans l’hypothèse où il se serait tut.
- C’est peut-être vrai. Sûrement même, sans te mentir. Mais pas sûr. T’aurais pas dit que tu m’aimais je… déjà ça aurait été con de ta part, parce que t’aurais manqué le reste… il sourit faiblement et vit qu’il avait arraché également un sourire à Cyrius. Mais surtout, je crois que je serais ressorti d’ici encore plus mal qu’en y entrant. Et j’aurais été exécrable avec Pearl.
Il ferma les yeux, s’apprêtant à livrer à Cyrius une chose qu’il n’avait jamais osé prononcer à voix haute.
- Tu ne t’en es peut-être jamais aperçu, mais tu as toujours eu plus ou moins le contrôle sur mes émotions, et ma façon d’agir. Si on s’était battu dans la semaine, tu peux être sûr que j’étais mal pour le reste du temps. Et avec ce que tu venais de me dire… je pense que j’aurais envoyé chier tout le monde.
Aiden laissa passer l’allusion à Vegas, profitant du reste de la conversation pour passer à autre chose.
- Non, vraiment, c’est mieux que tu me l’aies dit. Et ça nous permet de discuter, enfin.
Cyrius souriait, mais son sourire était faux, et au plus profond de ses yeux, se lisaient des émotions contradictoires qu’Aiden n’arrivait à lire entièrement. Mais sa voix, elle trahissait de la peur. Une peur qui envahit l’acteur jusqu’aux tripes.
A son tour, il attrapa Cyrius par le menton, et l’obligea à le regarder. Dans son regard brun, il n’y avait que de la douceur, de la gentillesse, et surtout une volonté de mettre le blond à l’aise.
- Hé Cyri… dit-il doucement. De quoi tu as peur en réalité?
Cyrius sentit la détresse dans la voix de Lending. Il l’a vit aussi se peindre sur son visage. Et ça lui brisait le coeur.
Mais il ne pouvait pas faire mieux pour l’instant. Il avait été plus sincère avec le brun qu’il ne l’avait été depuis deux années. Il lui avait tout avoué comme on déballe un objet explosif qu’on veut impérativement faire sauter. Et il s’était perdu dans un contact trop tentant.
Cyrius avait de quoi se sentir perdu.
Et le lieu ainsi que la réalité n’étaient jamais loin. Les machines reprenaient le contrôle sur son état, et la fatigue gouvernait de nouveau son royaume.
- Je.. Le blond hésita. Je ne peux pas. Pas encore. Mais.. Reste.
Il ferma les yeux, sans rien répondre de plus. Parce que rester dans la réalité, c’était de nouveau faire face à la couleur sombre des yeux d’Aiden. Et cette soudaine impression d’avoir avancé de quelques pas, mais d’avoir reculé par la suite, était tenace. Immédiatement. Par peur.
Un sourire passa sur son visage à la suite des paroles d’Aiden. Puis il ouvrit brusquement l’océan glacé de son regard.
Avait-il toujours eu un tel impact sur le jeune homme ? Voulait-il dire que d’une certaine manière, un lien avait toujours perdurer entre eux ?
Le coeur de Cyrius s’emballa, pulsation traduite une énième fois sur les machines de la chambre.
- .. C’est le truc le plus dément que tu m’ait jamais dit.
Aiden saisit le menton de Cyrius et le força à plonger son regard dans le sien. Le blond y lu un nombre incalculable de sentiments et d’aveux informulés, qui lui firent des fourmillements dans le creux du ventre.
Plongé dans le regard sombre, il répondit du tac au tac à sa question. Sans réfléchir.
De quoi avait-il peur ?
- De moi. De ça.
C’était tout ce qu’Aiden pouvait espérer tirer du jeune homme blond aujourd’hui. Avec douceur, les lèvres de Cyrius se posèrent éphémèrement sur celles du brun. A peine un contact, juste une légère caresse dans un souffle.
- Tu devrais y aller.. L’heure des visites est bientôt passée.
C’était déjà beaucoup pour Cyrius. Ses paupières se débattaient pour ne pas se fermer devant le brun.
La journée avait été riche. Un aveu, de nouvelles sensations, et de l’espoir dans la peur.
Cyrius hésita avant de répondre, signe qu’il ne prenait pas la question d’Aiden à la légère. Evidemment, Aiden aurait aimé qu’il réponde sans avoir besoin de réfléchir, mais lui qui passait son temps à ça ne pouvait décemment pas lui en tenir rigueur.
Son coeur fit une petite envolée lorsque Cyrius répondit enfin, annonçant qu’il ne pouvait pas. En soi, ces paroles constituaient déjà une victoire. Le blond ne refusait pas, il avait juste besoin de temps.
Et du temps, Aiden était prêt à lui en donner, tant que la porte ne se fermait pas devant lui.
Mais visiblement, Cyrius n’avait pas l’intention de claquer la porte au nez du californien. Puisqu’il lui demanda, non le supplia de rester. Avant de fermer les yeux, perdu dans on ne savait trop quelles pensées.
Doucement, Aiden posa sa main sur la joue du blond. Comme ça, sans aucune demande implicite. Juste pour montrer à Cyrius qu’il était là, qu’il restait auprès de lui.
Apparemment, l’aveu de l’acteur surprit l’autre troisième année, au vu du regard étonné qu’Aiden reçut en échange de ses paroles. Le bruit des machines indiqua autre chose qui fit plaisir à Aiden. Le coeur de Cyrius avait battu plus vite, signe que cela ne le laissait pas indifférent. Il sourit avant de répondre.
- Je sais. Je m’en suis rendu compte le jour où tu t’es écroulé devant moi. J’était au plus bas le reste du temps. Alors que j’aurais du m’en balancer. Mais non. Je m’inquiétais… Comique hein?
Non, ça ne l’était pas. Mais Aiden préférait cacher ses aveux par de l’humour, que Cyrius ne se rende pas compte à quel point il commençait à se sentir effrayé par ce qu’il disait.
Parce qu’Aiden recommençait à se poser des questions sur ce qu’il était en train de se passer. Lui qui était subitement redevenu spontané faisait machine arrière.
Lorsque Cyrius avoua qu’il avait peur de lui-même, Aiden ne put s’empêcher de hausser légèrement les épaules. Parce qu’il ne pouvait rien faire face à ça. C’était au blond de se retrouver, et de savoir ce dont il avait envie.
Même si les lèvres du californien semblaient l’attirer comme un aimant. Le baiser mit fin à la visite avant même que Cyrius ne le dise. Ce baiser volé dans un souffle montrait qu’il était temps pour Aiden de partir.
Il se leva, et embrassa légèrement Cyrius sur le front. Parce qu’il en avait eu envie, tout simplement.
- J’y vais. Repose toi bien et reviens en forme. Tu vas avoir des culs à botter en rentrant. Et je compte sur toi.
Il sortit ensuite sans se retourner sur Cyrius. Une fois dans l’ascenseur, il se regarda dans le miroir. Quelque chose avait changé dans son regard. Il le trouvait un peu plus lumineux.
Sûrement un effet des néons.
Mais quand il passa deux doigts sur ses lèvres, il sentit encore la saveur du dernier baiser.
Qui n’était rien d’autre qu’un prélude à leur histoire.




