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Humour du moment : Le Pass Sanitaire 😁💉🤣 avec Franjo👍
Bel après-midi 🙋♀️
Premières lueurs sur Portsall, décembre 2020
Question de culture et de (dé)confinement?
Oyez! Oyez braves gens!
Dans ce brouhaha, dans ce flots de paroles et d’opinions, dans cette logorrhée de chiffres et d’informations, j’ai une question à poser. Une question aux artistes, aux organisateurs de spectacles, de concerts, aux programmateurs, et au public.
Introduction dramatique tout d’abord, pour tenter de donner du poids au grain de sable que je vais tenter de jeter dans la mare : depuis quelques jours, mes entrailles sont déchirées en deux. C’est physique, très précis, je la sens en moi. Une béance de 2cm de large derrière le nombril, de 35cm de haut, qui finit du côté droit de mon coeur. Un dilemme, au sens tragique du terme, me morcèle. (Certains me disent que ce n’est pas si grave, je n’ai pas le covid).
Maintenant, petite biographie, que vous sachiez un minimum de choses sur celui qui pose la question : je suis (entre autre, ce n’est pas si simple) chanteur, musicien, auteur et compositeur. C’est à dire que j’écris des chansons, et je les joue (je les jouais, jadis) sur scène, avec mon trio.
J’ai monté mon premier groupe de musique il y a plus de 20 ans à l’âge de 15 ans, au Tchad. Le Tchad, pays écorché depuis quelques semaines par des tensions internes. Ces tensions étaient déjà latentes quand j’y étais, malgré un calme relatif, sous la coupe d’un président dictateur. Et j’avais monté ce groupe : K’Lana (« trait d’union » en Sara, une des langues du Tchad, et langue maternelle du chanteur), avec des amis, pour transcender les différences, transformer la violence (la mienne d’abord, et celles d’autres autour de nous) en musique, en danses, en textes, en émotions et en relations.
J’ai la fierté d’avoir créé un des seuls groupes tchado-français de l’histoire, des blancs, des noirs, on chantait en Français, en Sara, en Arabe, en Anglais, en Sango.
On s’est battus pour ça, pour avoir de l’électricité pour répéter, pour jouer, pour trouver des instruments, des cordes de guitares, des lieux où faire nos concerts, pour réunir. Et avec d’autres jeunes, d’autres groupes, on a organisé un festival, tenté de créer des ponts entre les différentes communautés et des rencontres entre les femmes et les hommes, ceux de notre âge, et au delà. A notre échelle, nous avons réussi. Nous avons chanté et dansé, fait chanter et fait danser ensemble des humains de différentes ethnies, différentes couleurs, différentes langues.
C’est dans ce contexte que j’ai appris à faire de la musique, que j’ai composé mes premières chansons et que j’ai construis mon rapport au monde. Par la musique, j’ai trouvé un moyen d’entrer en communication avec mes soeurs et frères humains, et avec moi-même, par la musique, j’ai trouvé comment faire de mes tourments des mélodies, de mes questions des textes, de mes joies des rythmes, et de les chanter avec d’autres.
Par la musique j’ai trouvé comment recevoir, et comment donner.
Depuis, je suis revenu en France, c’est ici que je vis, que je produis ma musique, et que je compte remonter sur scène (un jour). Revenons donc à notre contexte français, « covidien » : vendredi dernier, j’ai jeté un coup d’oeil sur les conditions de déconfinement, et notamment sur ce qui nous concerne ici, les spectacles, les concerts.
Et j’ai découvert la magnifique invention de nos dirigeants : le pass sanitaire. C’est à dire que pour avoir accès à certains lieux, il va falloir présenter ce pass, avec trois choix possibles : une attestation de vaccination ou un test PCR de moins de 72h ou un certificat d’immunité.
Certes, dans le calendrier flou donné par le gouvernement, il ne concerne que les jauges de plus de 1000 personnes pour l’été. Mais en en discutant avec d’autres personnes du métier, nous craignons tous que ce pass sanitaire soit appliqué dans les salles de spectacles à la rentrée 2021, voire au delà. Ce n’est pas comme si depuis un an, les calendriers des différentes privations de liberté avaient été respectés. On peut donc projeter la généralisation de ce pass sans trop prendre de risques. Dans tous les cas, même s’il n’est que temporaire, le problème subsiste : il est mis en place pour les mois qui viennent.
Le coeur de nos métiers est de réunir. Comme je le disais précédemment, j’ai en tous cas construit mon rapport au monde et ma pratique de la musique sur cette fondation, et je sais que nous sommes nombreux à la partager.
Si on passe au delà de l’aspect purement organisationnel, et de la lourdeur des protocoles que cela implique, accepter ce pass revient à participer à un système de ségrégation. Je rappelle la définition de « ségrégation » : action de mettre à part quelqu’un, un groupe. Processus par lequel une distance sociale est imposée à un groupe, par rapport aux autres groupes de la collectivité.
La musique est pour toutes et tous. Les concerts sont ouverts à toutes et tous. Le pass sanitaire nous entraîne dans un mécanisme de séparation, de flicage et de fichage des malades, du public et des différents professionnels du secteur. Il y a ici un retournement de notre rôle et de nos professions : de créateurs d’émotions et de relations, nous sommes pervertis en auxiliaires du pouvoir, en kapos.
Après plus d’un an à l’arrêt, notre monde de la culture est exsangue, nous sommes à terre et n’avons qu’une idée en tête, moi le premier, reprendre les concerts et les spectacles, retrouver le public, rejouer, refaire de la musique, danser et communier.
Ce qui nous est proposé, c’est de retrouver l’exercice de nos métiers, au prix de notre collaboration, au prix de la substance et du sens de ce que nous faisons.
Voici donc enfin la question : le boycott et la désobéissance civile ne seraient-ils pas la voie à choisir?
Je me retrouve dans une posture qui me déchire : soit retrouver le public et jouer, vidé de l’essentiel de ce qui me porte sur scène, soit formuler et vivre l’appel absurde à renoncer à ces rencontres.
Les arts ont toujours eu quelque chose à voir avec la liberté, du moins les artistes le revendiquent. C’est le moment de vivre ce que l’on proclame.
J’appelle les chanteurs, les musiciens, les comédiens, les metteurs en scène, les programmateurs à refuser cette mesure de ségrégation dont on cherche à nous rendre acteur.
Et ce qui me fait le plus mal au coeur, j’appelle également le public à boycotter les spectacles conditionnés au pass sanitaire.
Désobéissons, créons des espaces qui échappent à ce contrôle. Jouons, dansons et déclamons nos textes dans les lieux privés et dans les terres ouvertes. Investissons les endroits et les possibilités qui ne nécessitent pas ce pass. Réduisons les jauges pour échapper à cette complicité liberticide.
Laissons-leur le pass sanitaire et les salles aseptisées, laissons leur le vide, les distances et les visages amputés, laissons-leur la mort.
Spectateurs, venez nous rencontrer, ouvrez-nous vos maisons, soutenez-nous, nous en avons besoin, et vous aussi.
Vivons.
Isaac Bonnaz
7 mai 2021
1 mois que je n’étais plus ressorti depuis l’épisode de la pharmacie. Aujourd’hui donc, juste une petite promenade de quartier de déconfinement qui aurait pu être presque sympa si j’avais pu voir quelque chose avec la buée sur mes lunettes grâce au masque... 😅👓😷
Girl inside my eye...
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