LE TEMPLE MAUDIT
Le Temple Maudit
Prédication à Dieppe le 18 novembre 2012 par Andrew Rossiter
Daniel 12.1-3, Hébreux 10.11-18, Marc 13.1-8 Temps de l’Eglise 28 année B
Si vous avez perdu ou été volé votre portefeuille vous connaissez ce sentiment de colère et de perte. Bien entendu perdre de l’argent (s’il y en avait dans le portefeuille) et des cartes de crédit (qu’il faut annuler et puis remplacer) sont assez enrageants. Mais le pire c’est perdre les objets personnels ; le tout premier permit de conduire dont vous n’avez jamais fait le changement d’adresse, la photo jaunie des enfants, les bouts de mémoire comme la boucle d’oreille cassée et autre chose. Ce sont les objets qui n’ont aucune valeur pour le voleur mais qui représentent bien plus que ce que l’argent peut acheter.
Si ça ne suffit pas de perdre le portefeuille, c’est encore autre chose de rentrer chez soi et de trouver la porte ouverte, tandis que vous étiez certain de l’avoir fermer à clé avant de partir. Le désordre, la violation et l’agression d’un cambriolage ! Dans nos maisons il y a des salles de bains, les chambres et autres lieux privés et intimes, mais il existe un lieu qu’on appel en bon français « le living ». Le living est la pièce centrale de la maison, la pièce familiale. Là, se trouvent la télévision, la chaîne hi-fi, la pièce de rencontre, des nouvelles… Nos amis qui vivent au Danemark marquent la fin de la journée en faisant une grande théière dans leur séjour autour de 22h30. Les enfants (maintenant des jeunes adultes) rentrent et c’est le moment de faire le point sur la journée, de partager les nouvelles et d’échanger sur les projets des jours à venir.
Le living est cet endroit où la vie familiale se vit, c’est aussi là où en invitant des amis on prend l’apéro avant de passer à table, et puis le café en fin de repas. Cette pièce est le moyeu ou le pivot de notre foyer. Imaginons la violation de cet espace. Cette pièce qui est à la fois le lieu d’accueil et de rencontre, ouvert aux autres mais en même temps intimement familial.
Le texte de l’Evangile de Marc qui se trouve dans le chapitre 13, est au début de ce qui est considéré comme « le Petit Apocalypse ». Le chapitre qui parle de la fin d toutes choses à l’image du livre de l’Apocalypse à la fin du Nouveau Testament. En écho du texte de Daniel qui décrit aussi cette fin du monde. Le chapitre 13 de Marc commence au Temple de Jérusalem. Le Temple, c’est quoi au juste – c’est difficile pour nous d’imaginer l’importance de lieu. Nous avons tous regardé les plans à la fin de nos Bibles, nous avons tous (ou presque tous) construit des maquettes du Temple au temple de Salomon et carton et peinture dans l’Ecole Biblique. Nous connaissons cette structure immense et impressionnante qui était à la fois le centre de la vie religieuse et politique du pays. Qui était avant tout le lieu de sacrifice. Tous les jours les prêtes offraient des sacrifices, toutes les semaines le rituel était suivi, les jours de fêtes d’autres sacrifices étaient présentés. Tout ce rituel est derrière le texte de l’épître aux Hébreux, mais maintenant, nous dit l’auteur tous ces sacrifices sont terminés, parce qu’une fois pour toutes Le Sacrifice a été offert.
Difficile pour nous de réaliser l’importance du Temple pour Jésus et pour les juifs de son époque. Certes tout n’était pas parfait mais le Temple était le centre de l’univers juif, le seul endroit pour les sacrifices le moyeu ou le pivot de toute leur vie religieuse et familiale, leur « living ». C’est ici que le dialogue était maintenu avec Dieu, ici que la relation Dieu-peuple était entretenue.
Quand Jésus dit, « Il ne restera pas une seule pierre sur une autre », nous ne pouvons pas imaginer le choc de ces mots dans les oreilles de ses disciples. C’est l’équivalent de l’attaque de « nine-eleven » de la destruction des « Twin-Towers » à New York en 2001. Mais en pire. Le Temple était le cœur et l’âme du Judaïsme. Les « Twin-Towers » n’était que le symbole de la puissance et de la richesse des Etats-Unis, ce n’était pas l’âme de ce peuple.
Le Temple, ce living, concentrait tous les rîtes, les prières publiques, les offrandes et les pratiques sur ces autels embaumés par la fumée incessant d’encens. Et Jésus annonce à ces quatre disciples (qui sont les premiers à être nommés par Marc) que le cœur de la foi va être arraché, et que le monde religieux va s’arrêter et mourir.
A la place de ce cœur mort, Jésus annonce… lui-même.
Jésus indique que ce nouveau temple sera lui-même. Comment pouvaient-ils imaginer un tel bouleversement ?
Patiemment et avec douceur Jésus a essayé tout au long de son ministère (surtout avec ces quatre disciples) de les préparer. Rares sont les passages en Marc où Jésus envoie quelqu’un chez les prêtres ou au Temple. Face aux estropiés, aveugles, lépreux – il dit « amène-le à moi ».
C’est en tournant les pages du quatrième évangile où cet enseignement est le plus clairement exprimer :
Devant la soif, il déclare qu’il est l’eau vive
Devant le temple, il annonce qu’il est le nouveau temple
Devant le blocage, il annonce qu’il est la porte
Devant la faim, il dit qu’il est le pain de vie
Le living comme un espace physique est remplacé une fois pour toutes par le living d’une relation vivante. Le mot en français nous donne ce nuance pertinent car le mot « living » qui vient de « to live » en anglais, « vivre » est appliquer à la fois à un lieu est aussi un verbe.
Avec Marc nous accompagne Jésus dans sa dernière semaine, où il veut balayer toutes les barrières qui empêchent la vraie relation avec Dieu.
Bientôt il va enter dans le Temple, dans la cour extérieure pour chasser ceux qui échangent de l’argent, ce lieu qui est sur le seuil du living du Temple était un endroit de délits d’initiés digne des affaire de la Société Générale.
Puis Marc nous dit, « Au moment de sa mort le grand rideau qui est dans le temple se déchire en deux depuis le haut jusqu’en bas. » (Marc 15.38) Ce rideau qui séparait la cour intérieure du Saint des Saints, là où résidait l’Arche de l’Alliance est détruit. Il n’y a plus de barrière entre Dieu et les humains. Voici le prêtre sur son trône de croix qui offre le seul et unique sacrifice.
Nous n’avons plus à nous tourner vers les bâtiments pour chercher Dieu. Notre identité comme enfant de Dieu, membre de son peuple ne se définit plus par nos édifices, nos rites ou notre passé, mais parce que nous résidons en Christ.
Pour beaucoup la foi est un engagement esthétique ou intellectuel, une vie morale ou une quête mystique ou encore une manière de vivre – tous sont éléments de la foi. Mais la foi chrétienne est une relation avec celui qui dit « je suis ». « Je suis la vérité » dit que la vérité n’est pas une connaissance, un objet sacré ou la pratique d’un sacrement… mais une personne.
Le cœur et l’âme de notre foi n’est plus un temple, mais une personne et une communauté de personnes qui incarne cette personne dans le monde par la puissance du Saint-Esprit. Quand, petit à petit comme ces quatre disciples, nous apercevons la vie qui est offerte par cette relation, nous entendons, nous voyons, nous sentons, nous touchons, nous goûtons la vie comme pour la première fois. Une nouvelle manière de vivre s’ouvre devant nous.
Comme exprimé par St Jean Chrysostome dans une prédication sur le passage parallèle dans l’Evangile de Matthieu. Il place ces paroles dans la bouche de Jésus :
Je suis votre ami, je suis la tête et le chef du corps dont vous êtes les membres; je suis votre frère, je suis votre soeur, je suis votre mère, je suis votre tout. Ayez soin seulement de vous unir à moi très étroitement. Je suis devenu pauvre pour vous enrichir. J’ai souffert la croix pour vous racheter. J’ai voulu mourir et être enseveli pour vous tirer de la mort et du tombeau, et après être descendu pour vous au fond des enfers, je prie maintenant mon Père pour vous au plus haut des cieux. Vous me tenez lieu de tout. Vous êtes mon frère, vous êtes mon ami, vous êtes mon cohéritier et l’un de mes membres. Que désirez-vous davantage?
(http://jesusmarie.free.fr/jean_chrysostome_commentaire_evangile_saint_matthieu_5.html Homélie LXXVI)
Que désirons-nous davantage ?










