Dantec, alias Claude Goussard (1950-2018) Source
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Dantec, alias Claude Goussard (1950-2018) Source
Lire permettait de confronter des expériences nouvelles à des savoirs anciens.
Maurice G. Dantec - Babylon Babies
Claude Goussard (1950-2018), alias Dantec Source
Morand, Dantec.
Morand est l’auteur de la constriction, de la concentration de cent pages en vingt, il est l’homme d’une littérature du substrat et du résidus à sec après évaporation. Il applique la méthode de l'évangile. Son laconisme narratif excitera à dessein des commentaires prolixes, l'aphorisme appellera l’exégèse, l’ellipse suscitera la glose. L'aperçu d'un terrain suggère le panorama global. La synthèse contient en germe tous les développements laborieux, laissés à d'autres (lecteurs, critiques, universitaires etc). Morand pratique la frugalité des classiques. Quelques grands concepts président à tous les développements ; il suffit d'énoncer clairement ces concepts. Méthode proche du "pull" en marketing: pour élever le néophyte on nivelle par le haut.
Il fait court car sait avec Hegel que plus on gagne en extension moins on gagne en compréhension.
Dantec vient du Poulpe, de Giger, de la ligne brouillée. Dantec privé des classiques à l'école gauchiste glose car il a tout à prouver (milieu pauvre, sans réseau). Il progresse péniblement pour s'élever. Morand né dans un monde merveilleux passe facilement sur les lieux et les choses.
L’ellipse est le luxe des initiés sûrs d'eux mêmes qui trouvent toujours la table mise : ils sont rassasiés à peine ont-ils faim. Soulagés des fardeaux matériels ils peuvent jouir à fond de leur esprit. Ils ont le temps devant eux, et tirent de leur contemplation des maximes mieux aiguisées.
Cruelle séparation des élus et des damnés, qui donne aux premiers le succès parce qu'ils s'en sentent dignes et en privent les seconds parce qu'ils s'en sentent indignes.
La crise de 1917 puis celle de 1929 convainquent Morand d'une période de kairos, de temps accéléré qui rend caduque la mode des pavés de mille pages. Les gros cubes des Zola, Proust, Martin-Dugard de la génération précédente cèdent place à la brochure, à la nouvelle enlevée dont les feuilles servent aussi d'éventail. Quand l'œuvre est brève la lecture est rapide, et l'impression produite est longue.
L'ellipse est chez Morand le moyen de garder inviolé le point de catalyse de sa création littéraire. Céline son cadet s'inscrira dans la même tradition européenne du nord, de la réticence et de la pudeur, en proclamant "on circonscrit, on ne nomme pas", sorte de paraphrase du précepte d'Epicure "Cache le dieu que tu adores". C'est à la substantifique moelle que Morand fait référence quand il dit que la nouvelle est un os. Véritable scrabble en pages, chaque phrase y compte triple, et leur ordonnancement tout autant. Concentration des sucs dont la mémoire garde le goût longtemps, un goût si prononcé et si curieux que l'esprit veut en deviner l'origine comme l’œnologue capable de discerner dans la note de fruit de l'attaque non seulement le sol calcaire mais encore l'ensoleillement sud-est, le vent sec, la pente étagée, l'année etc. Morand toujours correct, lisse comme un fémur, laisse au lecteur le soin de mâcher des déductions parfois très subversives.
Ses remarques sur le vaudou comme le père de toutes les horreurs à venir démasquent une Afrique moins proche de la prétendue terre mère nourricière enseignée aux petits européens dès la maternelle, que de la sorcière, et dont la synagogue est la pointe avancée et la tête de pont jetée comme un corbeau d'abordage sur l'Occident sédentaire et naïf, mais aussi le début de l'Asie. Cette sorcière pratique une magie dangereuse, la « noire », qui s’oppose au monde européen des fées, des livres d’heures et des mines claires, toutes choses tenues en haine absolue par notre époque qui gît au pouvoir du malin, sujet traité à fond par Céline.
Morand cet occidental tout en dedans, mystique, laconique et profond répond aux critiques agacés du ton catégoriques de ces comptes-rendus toutefois exactes que "l'on peut voir rapidement et comprendre bien".
Au tribunal les charges d'accusation pèsent lourd sur Maurice Dantec : petite taille, français, pauvre, élevé en banlieue, né en 1958 donc trop tard pour jouir des trente glorieuses une fois adulte, élevé à Grenoble puis Ivry, trop loin des lycées du quartier latin et des restes de l'école classique mais à temps pour prendre de plein fouet l'aberrant freudo-marxisme des années 60-70.
Il commit tous les délits : la conversion au Christ, l'expatriation au Canada, jusqu'au crime ultime de réussir à s'extirper de sa condition d'origine qui condamnait des milliers de ses congénères à l’alcoolisme, au désespoir et au suicide sans postérité (plus aucun français n'habite les barres HLM d'Ivry-Choisy-Orly-Vitry, tous morts sans enfants, égorgés ou noyés dans l'alcool comme l'avait prédit Céline). En 1998, à 40 ans, le prolétaire Dantec avait vaincu la fatalité.
L'habitat
Dantec passé par Grenoble et le 94 fut témoin du saccage de son espace par le bâti en parpaing/métal et de sa société par la racaille d'en bas. Le moulin d'Ivry, la banlieue de Céline tournée gauche MJC puis racaille Mafia k1 Fry (Africa is the Future, pochette de Le combat continue).
En creux de cette sortie de la zone de confort : ronron parfait, malgré cent voyages au bout du monde Morand reviendra toujours poser ses bagages à Paris dans le quartier de la Tour Eiffel, pendant 80 ans. Parfaite continuité enfance-âge adulte, fidélité à la même école philosophique "ligne claire" : Schopenhauer élégant et ferme
Air, espace, lumière. Morand connut dans le quartier de la tour Eiffel ce que la France pouvait bâtir de mieux, mourut à temps pour ignorer son saccage par la racaille d'en haut. Espace ouvert, beaucoup de style qui est la race des immeubles, à l'époque où l'on bâtissait encore des immeubles de 1ère classe à Paris, bien avant le temps du bourrage des parcelles et de la découverte d'une "habitabilité" des caves, de la noblesse dégénérée et de la bourgeoisie oppressée reléguée toujours plus loin, plus sale. "Sympa les quais du canal!" etc ... Chacun se préserve de l'agression comme il le peut. Le pauvre fuit, le riche paie.
Méthode de travail
Dantec: un grand sensible aux intuitions toujours justes, mais mal aiguillé (mauvaises écoles, etc).
Morand avait lui les bonnes bases : un foyer uni, le jardin du dépôt des marbres, cette certitude des enfants de riche d'être appelé à des privilèges, le sentiment d'un destin. Pensez que le préfacier de son premier livre fut Marcel Proust quand le seul coup de pouce que Dantec reçut jamais vint d'un obscur surveillant de lycée d'Ivry et auteur de polars nommé Jean-Bernard Pouy. Le déterminisme de classe le veut : on ne choisit pas son groupe mais le groupe vous choisit. "Tu traînes avec qui est sympa avec toi" est la seule loi des cours de lycée, lieu où la terreur ultime est d'être rejeté du groupe.
La sensation : drogue contre sport
Dantec sombra dans la drogue pour continuer d'écrire et mourut abandonné à 58 ans. Morand apôtre du sport tint jusqu'à 88 ans, comblé des trois médailles mondaines : l'argent, les femmes, les honneurs.
Le shit, l'ecsta et le LSD fauchent dès 16 ans les jeunes français soudain sevrés d'une féérie de l'enfance que menace toujours plus tôt les écrans et l'étalement urbain.
Forcé dans l'âge adulte, sevré de l'émotion gratuite qui coule toute proche de la source lorsqu’on est enfant, l’homme adulte est soudain seul avec le néant pour vis-à-vis. La drogue le comble par accès direct à la sensation, sorte d'émotion sans objet. (puis toute la mouvance GoPro, "sensations fortes" etc), mais bientôt le détruit.
Drogues, sucres et mauvaises lectures : la fin terrible de Dantec abandonné, empoisonné. Sport, maîtresses, vitesse : la fin lumineuse de Morand foudroyé en pleine séance de gym au Crillon, à 88 ans.
Dantec a fait tout ce qu'il ne fallait pas faire: écrire sous psychotropes, appeler à la révolte contre la racaille depuis l'étranger, trop s'expliquer, donner trop d'interviews, et enfin croire aux compliments. L'intuition est sûre mais l'émotion intraduisible, la vertu déficiente comblée par la drogue tourne le génie en excité voire en énergumène. Et pourtant dans son Théâtre des Opérations, quelles intuitions cet homme avait!
Houellebecq l'avait prévenu dès 2005: “ "Nous vivons l'un et l'autre sur notre énergie nerveuse; cette énergie est grande, mais elle n'est pas illimitée, nous finirons par craquer et renoncer à traiter toute question politique."
LD
J’ai l’impression que sur beaucoup d’aspects, on est moins avancés qu’il y a trente ans, honnêtement.
Maurice Dantec, 2015
Les Blancs face au Mal
Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes.
Ephésiens, 6:12
Un bref retour sur les années 1920 pour comprendre que la haine anti-Blanc est l'expression d'autre chose. Probablement l'impression en creux de l'avancée de la technique (dès 1920-30 avec électricité, eau et gaz à tous les étages, voiture). Le Blanc comme père, mari et travailleur est rendu caduc par l'ingratitude de ses obligés et obligées désormais autonomes par félonie et ingratitude. Haute technologie et basse bestialité fraternisent étrangement en une convergence d'intérêts communs.
Puissance de deux grands auteurs des années 1920, de Lovecraft et de Morand, pour comprendre en période d'apostasie accélérée la fascination (répulsion mêlée d'attraction, comportement de la jeune femme devant le fascinus) pour les cultes sauvages des primitifs arriérés, forme sanglante et barbare du saint sacrifice non-sanglant de la messe. Le fils de Yog-sotot (Lovecraft, L'abomination de Dunwich) est crucifié, le cadavre du roi Mongkoû (Morand, La chèvre sans cornes) a les jambes rompues pour ne pas qu'il se relève). Le phénomène blanche à black (Charleston) procéderait donc d'abord d'une capitulation spirituelle nommée apostasie, qui potentialise alors l'efficacité des magies noires.
« Lovecraft retrouve ici une source fantastique très ancienne : le Mal, issu d’une union charnelle contre nature ».
Michel Houellebecq, Lovecraft: Contre le monde, contre la vie.
L'homme libre-penseur éclairé plaçant le catéchisme et les contes Serge le mytho au même niveau de suspicion, s'ouvre tout grand aux "arts premiers", aux cultes vaudous soudain riches de subtiles profondeurs insoupçonnées, au rock et à sa généalogie trouble, à l'insoupçonné sémiologie de chaque tam du tam-tam. La jobardise du bourgeois érudit qui se pâme sur "le sauvage si spontané" comme un forcené parti trop loin se met pour chercher l'équilibre perdu à adorer son contrepoint, est une chose vue et revue. Le son que produit le tam-tam ("mais non Papa, c'est un djeumbé!"), instrument rudimentaire, est forcément la réduction de la musique à sa plus pauvre expression: le beat, support hypertrophié de toutes les musiques depuis le plan Marshall (concept d'animation machinale du monde chez Clouscard dans Le capitalisme de la séduction, thème des danses africaines chez Houellebecq dans Les particules élémentaires), qui s'adresse au cerveau reptilien.
Et si ni le singe ni le robot ne savent créer une mélodie, tous deux savent très bien s'en approprier le prestige comme le levain pourrait s’approprier les mérites de la pâte: la boîte à rythme et le sampler ne produisent rien, mais imitent et reproduisent abstraitement la musique, et répondent admirablement au singe dans une dialectique du singe et du robot qu'avait mis en évidence le Dantec des TdO. Tous nos mœurs actuels seraient la face émergée de soubassements spirituels changeants comme d'imperceptibles plaques tectoniques dont nous aurions appelé à notre insu les bouleversements par le rejet de la religion de nos pères. Le monde veut nous divertir, et nous, nous convertir.
De même que le prolétaire envieux du supérieur et le bourgeois parvenu par des mensonges forment en fait une seule et même personne, l'homme de l'esprit critique sourcilleux qui se montre scrupuleux algébriste devant l'Evangile est le même qui fonce dans les fausses religions, les cultes arriérés, les mensonges épais des manipulateurs certes professionnels mais rendus par la crédulité de leur parterre, fainéants à monter un bobard trop bien ficelé. Rejetant la religion de la lumière, sur eux fondirent les ténèbres.
Ainsi prennent-ils pour premier ce qui est dernier, pour jeunesse et renouveau ce qui est sénile. Fatale conséquence de cet aveuglement surnaturel (Deutéronome chapitre 28, verset 28) ces docteurs en esprit critique mais analphabètes de l'intuition et du bon sens deviennent-ils stériles pour eux-mêmes et agents de prolifération pour l'envahisseur, gardiens intraitables du camp de concentration de leurs frères détenus européens et portiers "ouvreurs" serviles du pont-levis sur Gibraltar. C'est par mépris téméraire des forces invisibles et surestimation de l'esprit critique, déformation professionnelle, que l'observateur croit parfois au complot rationnel organisé. Ctulluh veille.
2019, la princesse royale de Norvège fière de narguer les derniers Blancs en s'affichant avec un chamane africain? Paris tous âges et classes confondus habillé en kids moulés Hanounah-PNL? Les plus scrupuleuses critiques rationnelles rejettent l’Eglise, mais pour foncer dans le vaudou l'heure suivante? Le plug de Vendôme, les perruches au bois de Sceaux, la population active sous shit et porno, Notre-Dame en flammes? Rien de tout cela n'étonne le lecteur de Magie Noire (1928) où chacun de ces phénomènes est prophétisé en toutes lettres, annoncé avec une prise de risque maximale. Mais sait-on encore lire? Que dire de ceci, rédigé 14 ans avant les faits: "Le mois qui suivit l'ouverture des hostilités entre les Etats-Unis et le Japon, après l'indécise bataille de Pearl Harbor", dans Le Tsar Noir, chapitre 3, paragraphe 2. Qu'est-il le plus facile? Alors pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir...
Si Lovecraft identifie le principe du Mal à un monstre qui embusqué dans les interstices des plans de l’univers, à “un conglomérat de globes iridescents toujours fluctuants, s'interpénétrant et se brisant”, Morand soumet au révélateur dans le premier chapitre de Rien que la Terre et dans Magie Noire une catastrophe qui avance comme un hydre aux têtes changeantes et renouvelables dans le temps. Les fléaux que nous voyons sont les protoplasmes d’assaut dont le Mal est le noyau décisif, et que la majorité des hommes terrifiés par sa puissance décident de servir (substrat du premier monologue de Kurz dans Apocalypse Now) à proportion de leurs capacités d'entendement. Ce culte au Mal se nomme vaudou ici, talmud là, il vit de la peine des Gentils, par leur sueur, leur sang et leurs larmes, il aime l'obscurité, le rembrunissement et l'oxydation, il avance comme la Bête Sauvage (Clouscard) qui cherche affamée des arpents vierges à salir c'est pourquoi son ennemie absolue est aussi l'objet de son désir souilleur : l'Immaculée. 40 années de pornographie démontrent que le personnage de la "grosse pute" remporte moins de succès que celui de la jeune nymphette innocente dont la rareté concentre encore plus anxieusement les avidités multipliées.
Mais on dit ça, on crie dans le désert...
Où est-ce qu’on en est réellement dans l’évolution « technique » dont on nous vante régulièrement l’explosivité ?
Maurice Dantec
Dantec fut le mal-aimé des lettres finissantes, le méconnu. Ses intuitions des TdO révélées exactes 20 ans après publication. Étonnants développements sur l'engendrement mutuel du robot et du singe, sur le progrès arrivé au bout des rails en butée et repartant en involution dans l'autre sens, son concept de camp-monde qui tourne en circuit fermé appelant à un surgissement de Dieu, sa prescience de la survie des idéologies totalitaires après leur apparente disparition historique (qui peut nier que l'Europe s'achemine vers un communisme déguisé après 1991?, “A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ? Le marxisme lui-même, trop vieilli, se décomposera en une multitude de néo-marxismes contradictoires.” disait Saint-Exupéry). Dantec catholique qui n'avait probablement pas lu Jean-Paul II avait l'intuition des "structures de péché" (Sollicitudo Rei Socialis, 1987). Comme beaucoup de français abandonnés au milieu des années 90 il fut pro-USA et pro-OTAN, lecteur des néo-conservateurs, se fourvoya complètement. Pur romantisme. Il attendait un imperium chrétien américain comme les hommes de 1830 attendaient Saint-Louis et eurent Louis-Philippe. Prenons simplement son premier Tdo, ouvrons-le au hasard : intuitions avérées vraies sur la déviation du progrès technique (p.234 édition Folio) rappelées par Laurent Ozon 15 ans plus tard, l'Amérique caucasoïde avant les Incas (p.235) etc, etc.
Et ceci sur “l’homme” moderne:
« Il est le sursinge capable très bientôt d'interconnecter les cellules de son cerveau avec des machines logiques à hautes performances. Bref un chimpanzé jouant avec une machine à écrire. Autant dire que ses probabilités de produire ne serait-ce qu'une ligne de Shakespeare, ou de Baudelaire, résistent à tous les ordres de grandeur. »