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Graeme Allwright - De passage (Leonard Cohen)
source : @cheminer-poesie-cressant
nos vies qui avec le recul forment comme un grand archipel, elles qui ne sont faîtes que d'îles éparpillées dans les méandres de nos mémoires, l’imaginaire flottant de nos futurs, la brillance pacifiée de nos présents, que nous rejoignons jusqu'à la dernière parfois avec délice, parfois avec peine, après des escarpements, des bordures, des vides, des liens fragiles, sur des embarcations victorieuses ou bien des radeaux de fortune
© Pierre Cressant
(lundi 20 février 2011)
Elle s'est d'abord accoudée à la rambarde du balcon. Je me souviens du regard qu'elle m'a lancé, de haut en bas, très lentement, j'ai surtout senti ses yeux sur mes genoux. Ensuite, elle s'est hissée sur le rebord, j'ai eu un peu peur qu'elle tombe en bas, mais elle a eu l'air stable. Le béton s'enfonçait dans la chair de ses cuisses pour y creuser un rectangle parfait. J'ai pensé que ma chair ne ferait pas la même chose, si toutefois j'avais réussi à garder l'équilibre. Cette fois, elle a regardé derrière moi, fouillant du regard l'appartement sombre.
-Je ne t'avais jamais vue ici.
-Non, c'est vrai, je suis de passage.
-Enfin, David m'a dit qu'il t'avait reconnue. Tu es déjà venue ?
-Oui, quand j'avais onze ou douze ans.
J'ai revu ma maigreur encore plus maigre, celle de quand j'avais le corps comme seché, comme un arbre à la fin de l'hiver qui attend que la sève monte. J'ai revu ce petit morceau d'été passé ici avec mes parents, juste au moment où Jeanne était partie en vacances. Je crois que mes parents n'aimaient pas vraiment sa compagnie. Ils avaient plutôt l'habitude de m'envoyer comme un colis sur l'île et de me récupérer, plus bronzée et plus triste. Ce petit bout d'été, c'est à dire trois jours en comptant mon anniversaire, avait été vraiment ennuyeux et terrible. J'avais brûlé au soleil du port, à la terrasse d'un café-restaurant. J'avais perdu ma sucette entre les rochers de la grève. La nuit, on avait une chambre à l'hôtel et je devais dormir entre papa et maman.
Je me suis demandée quand j'avais pu croiser David, et comment il avait pu se souvenir de moi.
-C'est fou qu'il s'en souvienne.
-Oui, hein ? Parfois les gens de passage marquent les esprits.
J'ai vu son sourire qui sonnait faux, et j'ai su qu'on avait dû se moquer de moi quatre ans plus tôt.
De passage
elle passait ses journées seule dans sa chambre ou seule dehors elle s´ennuyait un peu… Ce jour la elle retrouva son livre avec écrit dessus tous les types de personnes qu'elle a rencontré dans sa vie .Nul de ses amies ne la croyait, ni avait cru en leur existence. mais elle savait qu'elle se trouvait dehors avec son livre et entendu les bruits de pas de quelqu’un qui arrive derrière elle. Probablement, un autre désespoir de printemps qui tenait à soupirer devant elle. Bien qu'il lui tenait d'en glorifier de nouveaux amoureux pour ses levers du matin. Une lueur de lucidité lui parvint; elle referma aussitôt son livre; signant la fin des héros lus avec tant d'amour et de leurs passages retenus à coup de traits soulignés, pour s'enfouir aussitôt dans son siècle.