home alone de Ciaran Foy avec Aneurin Barnard, James Cosmo, Wunmi Mosaku, Amy Shiels, Jake Wilson, Ian Hanmore et Ingrid Craigie. Scénario: Ciaran Foy. Musique: tomandandy. Montage: Tony Kearns et Jake Roberts. Photo: Tim Fleming. Durée: 1h24 - 2012 - 6/4/13 - GRANDE-BRETAGNE/IRLANDE - TF: "Citadel"
Si vous vous êtes réveillés d’humeur joviale, sifflotant de bon matin une guillerette ritournelle, que vous dansez sous la douche, que vous vous sentez prêts à partager votre joie de vivre avec tous vos amis en vous fendant d’un statut Facebook façon « c’est trop youpi aujourd’hui, la vie est belle, en plus c’est le week end, non mais lol quoi, je kiffe trop ma life, kikoo bisous ! », ne regardez pas Citadel dans la foulée, vous risquez le choc thermique tellement le film est à l’opposé de vos papillons dans la tête et de votre cœur qui fleurit comme une marguerite au soleil.
Citadel est glauque. En rédigeant le scénario, Ciaran Foy, également réalisateur, devait plutôt poster des « misère, chômage, racisme, c’est bon les gars on a compris, le nouvel Holocauste est pour bientôt » comme statuts Facebook. Il aurait grave pas liké le vôtre.
La première séquence nous montre un jeune et joli couple qui quitte définitivement leur appartement situé au 11ème étage d’une tour sordide dans une cité sordide d’une banlieue sordide.
Lui est amoureux, elle est enceinte jusqu’au cou, ils nagent dans le bonheur mais voilà, alors qu’il est en train de charger des affaires dans sa voiture, on distingue par un reflet sur la portière (très chouette trouvaille aussi efficace que toute simple), trois silhouettes encapuchonnées qui pénètrent le hall de ladite tour.
On sait que ça va sentir le boudin mais on se doute pas encore à quel point.
Tommy (c’est le nom du garçon) est coincé dans l’ascenseur (défaillant, forcément, on est dans la tour d’une téci) tandis que les trois silhouettes, visiblement des enfants, attaquent sa chérie.
Panique, terreur, course dans l’escalier pour tenter de la sauver mais trop tard, quand il retrouve Joanne (c’est son nom à elle) elle a bien morflé et une aiguille sale est plantée dans son ventre rond. Comme ça, gratos, sans raison, violence sauvage et motivée par le seul désir de détruire.
Normalement, si vous avez lu ce résumé vous êtes déjà moins kikoo lol qu’avant.
Bon, le bébé va survivre mais pas Joanne qui, après 9 mois de coma, sera débranchée lors d’une scène sobre et réussie, laissant Tommy seul avec sa gosse.
Sauf que Tommy n’est pas sorti indemne de l’attaque : il est devenu méchamment agoraphobe et ne peut plus sortir de chez lui sans rouler des yeux, transpirer à grosses gouttes et se répéter en boucle un mantra new age « sens ta peur et laisse la passer ».
Donc oui, c’est glauque, c’est éprouvant, la caméra à l’épaule de Ciaran Foy qui colle au plus près de Tommy (Aneurin Barnard, très concentré sur le « je fais hyper bien le mec terrifié ») et/ou aux décors sinistres et désolés de la cité d’Edenstown (ah ah, ironie)retranscrit de façon efficace la sensation de paranoïa urbaine, le tout saupoudré d'une BO signée tomandandy, très portée sur les notes aiguës de piano et de violon tristes à t’en faire chialer un skinhead de retour de la manif pour tous et baignant dans une lumière blafarde, des obscurs très sombres et du jamais lumineux, je peux vous dire que ça vous met pas la tête en joie.
Si en plus vous regardez Citadel dans un train et que votre voisin bouquine à la fois un livre sur Sarkozy et un numéro du Point spécial Hitler…
…il ne vous reste plus qu’à faire comme le petit bout de chou en face de moi et hurler vos pleurs pendant tout le trajet.
Mais oui, c’est construit de façon à donner envie d’en savoir plus, d’autant que Ciaran Foy a trouvé une idée plutôt habile : traiter façon conte horrifique la violence dans les banlieues.
En réduisant les racailles à capuche et la délinquance des mineurs à des silhouettes déshumanisées, sans visage, qui « sentent la peur », « reniflent les victimes », sont de « vrais prédateurs" et n’ont visiblement d’autre but que commettre des actes de sauvagerie gratuite, le film flirte avec le fantastique et joue avec les codes du genre. La cité semble coupée du monde, un seul et unique bus par jour fait le lien avec le reste de la civilisation comme un pont dont il ne faudrait pas rater la brève brèche qui permet de traverser, tout le mobilier urbain, la moindre baisse de tension électrique, les bruits de verres brisés au loin, deviennent inquiétant, source d’angoisse, surtout pour Tommy (et donc pour le spectateur) et même si c’est un peu démago, traiter l’insécurité en la faisant correspondre à l’univers d’un slasher, ça fonctionne plutôt pas mal.
Parce que ça rame quand même pas mal. A part nous montrer que Tommy a vraiment très très très peur, qu’il galère seul avec son bébé et que cette cité est vraiment très très très inquiétante et très très très isolée, Ciaran Foy ne nous raconte pas grand-chose et comme il n’a pas le talent d’un Polanski pour rendre fascinant l’enfermement d’un personnage prisonnier de ses propres peurs, on baille un peu.
Il faut du temps pour que Tommy rencontre enfin James Cosmo qui joue un prêtre pas très catholique qui jure beaucoup et qui visiblement, en sait pas mal sur les agresseurs de Tommy.
Et là, deux visions s’affrontent. Celle du prêtre qui considère que les gamins violents qui vivent dans la tour sont des démons et qu’il « faut faire cramer ces enculés » et celle de Marie, l’assistante sociale, qui estime de son côté que la seule chose dont ces « enfants défavorisés » ont besoin c’est « d’un peu d’amour ».
C’est caricatural certes, mais intéressant d’amener dans l’histoire un débat qui pourrait représenter en France l’opposition droite/gauche en matière de lutte contre la délinquance. Peut-on excuser des criminels lorsque ceux-ci sont encore considérés par la loi comme des enfants ? A-t-on affaire à des monstres ou à des victimes ? Comment gérer les comportements violents chez des gamins, par la répression ou l’éducation ?
Les arguments sont bien évidemment trop grossiers mais on reste curieux de voir de quel côté Ciaran Foy va décider de trancher et quelle sera sa position vis-à-vis d’une violence qu’il a choisi de traiter.
A 50 minute de film (sur 84…) Citadel démarre enfin en basculant sans ambiguïté dans le fantastique pur et dur.
Terminées la symbolique, la métaphore, finie la zone d’ombre qui entoure les agissements des crevards qui ont attaqué Joanne et son bébé, le doute quand à la capacité de Tommy à faire le distinguo entre ses frayeurs personnelles et la réalité de ce qu’il vit, à la poubelle la délicate limite entre réalisme et fantastique (qui marchait si bien dans des films tels que Assaut ou Nid de Guêpes), désormais ça rigole plus, le discours rationnel et rassurant de l’assistante sociale a disparu en même temps qu’elle s’est pris un grand coup de latte dans la gueule : désormais on est du côté du prêtre et on doit donc combattre rien de moins que des démons.
Et des vrais hein, avec démarches de morts-vivants hurlements stridents de monstres science-fictionnesques et visages abimés de zomblards blafards.
A partir de là, c’est la bérézina. Le peu d’intérêt que le film conservait en dépit de son rythme ultra lent vole en éclat, et tout ce qui était jusqu’ici sur le fil du rasoir vrille dans le gros n’importe quoi maladroit, grotesque et stupide.
La légende de la prostipute junkie qui serait à l’origine de la naissance de jumeaux maléfiques qui furent les premiers « enfants-démons » est d’un ridicule absolu (en plus de permettre à Foy de ne pas prendre position à propos de ses « méchants », ceux-ci étant devenus ce qu’ils sont à cause d’un environnement hostile) mais la révélation comme quoi le prêtre en est en fait le père, dépasse d’encore plus loin tout ce qu’il est possible d’imaginer de plus con.
Le discours déjà très redondant sur la peur qui rend visible aux yeux aveugles des démons devient carrément insupportable à force d’être asséné constamment (avec en prime cet échange atroce : - A quoi ressemble la peur ? – Elle est rouge. – Et moi je suis comment ? – Ecarlate.) et le chef op a dû déserter le plateau durant les vingt dernières minutes puisqu’on ne voit plus rien, enfermés dans l’obscurité de la tour.
Comme ni les comédiens (Aneurin, en plus d’avoir un prénom vraiment pourri, est désastreusement monoexpressif), ni la mise en scène, ni les effets horrifiques (très rares et très soft), ne rattrapent le vide absolu du scénario, on sombre, consternés, dans le médiocre, et le médiocre dans sa forme la plus déplaisante : le médiocre qui se croit malin, qui se prend très au premier degré, hyper sérieux, persuadé d’être en train d’accoucher d’une œuvre capitale… Y’a rien de plus déprimant que ce genre de médiocritude.
Alors se taper un spectacle glauquissime mais pour au final déguster un bon film, je veux bien, mais là, errer 85mn dans Déprime Land pour se faire avoir sur la fin par un coup d’esbroufe totalement raté, ça fait bien chier, et ça donne envie de se rincer la tête et se changer les idées en allant, par exemple, se balader à la mer histoire de respirer un air moins vicier, de fouler du pied la douceur du sable et de profiter d’un paysage beau, sympa, enjoué, vivant, généreux, appétissant et bien rond, histoire de retrouver les couleurs de la joie de vivre et du statut Facebook débile.