Mi-septembre, je me réveille au bruit de la pluie. L'automne apporte avec lui le froid et l'humidité. L'angoisse me met des larmes aux yeux, un changement de rythme, une mise à l'épreuve, je frissonne désorientée.
Je dors tellement mieux ces jours-ci à croire que tout va pour le mieux. À vrai dire, je souhaite que la nuit soit plus longue, que le soleil ne se lève pas. Elle ne me parle plus, plus de deux semaines d'exil. C'est lourd et suffocant. Je me retrouve dans une situation délicate, je n'ai pas assez de patience pour me taire ni assez d'éloquence et de sang froid pour m'exprimer. Je suis vexée, blessée, mais en même temps, je me sens mal et coupable. Suis-je si insupportable qu'on m'évite et qu'on trouve du confort en mon absence, l'idée de mon départ est elle si réconfortante. Je sens que je vaux mieux que ça, que je pourrais plaider ma cause si je trouvais les mots, mais on a déjà une mauvaise image de moi, mes actes et mes dires sont interprétés dans le pire des sens et à chaque tentative d'y remédier, je creuse sous mes pieds. Il n'y a rien de plus frustrant que d'être mal comprise, je vis avec eux, ils pensent me connaître, mais ils ont tort et ils ne le réalisent pas, mes pensées, mes intentions, mes sentiments, tout est déformé et perçu de façon tordue, ils projettent sur moi un être que je ne suis pas, qui ne me va pas.
Il faut vieillir pour être sage, c'est de ce fait que mon sentiment est tu à peine écouté. Pourtant, je connus mon père, et il n'a rien eu de sage. Avec l'âge vient une rigidité du jugement, un esprit renfermé et un aveuglement face à ses propres erreurs et défauts. Comme du verre qui, chaud, se courbe et s'étire à volonté, mais une fois refroidit, se fige, indéformable au risque de se briser en mille morceaux. Ma peine est donc illégitime, et mes émotions banalisées en caprices. Le plus je rejoue toutes ces scènes, le plus, je me sens misérable et humiliée, j'ai encore le goût de l'injustice amer sur la langue. Elle a tendance à s'emporter et ma résistance ne fait qu'aggraver les choses. Prête à nous brûler toutes les deux dans le feu de sa rage, elle alimente ses propres flammes. Je n'ai pas la douceur et la froideur nécessaire pour y faire face, je crie à mon tour. Mais où mène tout ça ? Nulle part. Il tourne et il tourne pour revenir au point de départ. Une terre infertile où rien ne pousse, une averse sur des dunes de sable, rien ne se crée et tout se perd. Et de la noirceur abyssale de la rancœur, le diable rit et son rire résonne jusqu’à mes oreilles.