Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 13 août
Thème : la voix dans ma tête/maison
Une voix a fait son nid dans ma tête. Elle a l’air de s’y trouver bien. A croire que c’est sa nouvelle maison. Et non, elle ne me paye pas de loyer.
Elle ne s’est pas présentée, mais je l’appelle « la sorcière ».
Je ne l’avais pas, avant. J’étais une enfant sage. Une adolescente modèle. Une jeune femme bien sous tous rapports. On m’aurait donné le bon Dieu sans confession. Et j’en aurais pris soin.
Je ne sais pas pourquoi la sorcière est venue.
Peut-être parce que j’étais en colère. Les sorcières sont censées mourir dans le feu, mais celle-ci y est née, je crois bien. Le feu de ma fureur sur lequel j’ai tout de suite mis un couvercle, pour tenter de l’étouffer. On n’est pas furieuse quand on est quelqu’un de gentil. Et je voulais être quelqu’un de gentil plus que tout au monde.
Mais le couvercle n’a pas éteint le feu. Là-dessous, ça a bouilli, mijoté, mitonné, et la sorcière en est sortie. Maintenant, elle me parle.
« Dis-lui que tu n’en as rien à foutre » quand ma collègue me décrit pendant un interminable quart d’heure ce qu’elle a fait de son week-end. Je ne veux pas faire ça. C’est important d’écouter les gens et d’être attentive à ce qu’ils aiment.
« Dis-lui que s’il n’est pas content, c’est pareil, et que tu n’es pas payée pour ces conneries » quand mon chef me demande de faire plus que ma fiche de poste alors que je n’arrive déjà pas à gérer mes tâches en court. Je ne veux pas faire ça. C’est important de se donner du mal pour que toute l’équipe atteigne les objectifs et qu’on réussisse tous ensemble.
« Dis-lui que ça ne va pas et que tu veux qu’elle s’occupe de toi » quand ma mère passe en revue tous les petits soucis de chaque membre de la famille sans jamais prendre le temps de demander comment moi je vais. Je ne veux pas faire ça. Je ne veux surtout pas faire ça. Si jamais… l’idée même me donne des hauts-le-cœur. Réclamer ? Réclamer de l’attention ? Réclamer de l’amour ? Jamais je ne pourrais faire ça !
J’en mourrais si elle disait non.
Je ne peux pas prendre le risque.
La sorcière me fatigue. Elle prend ses aises, elle est chez elle dans ma tête, et elle commente. Elle ne se contente pas de me dire comment je devrais parler aux autres. Elle critique aussi la manière dont je me parle à moi-même. Toutes les excuses que je me trouve pour m’aplatir encore et encore.
La sorcière est née dans le feu. Elle ne mâche pas ses mots.
« Tu es vraiment un paillasson humain »
Ça fait mal, souvent, ce qu’elle me dit. Je tente de protester. De lui expliquer que je veux juste être gentille.
Il n’y a rien de plus important au monde que d’être gentille.
C’est mon seul espoir d’être aimée un jour.
« Et moi ? J’ai le droit de parler aussi ? Je ne veux pas être aimée, je veux crier jusqu’à ce qu’ils me foutent la paix. J’en ai marre de me faire marcher dessus. »
Non. Toi, tu n’as pas le droit de parler, et tu ne l’auras jamais. Tu es trop dangereuse.
« Ça ne marchera pas, tu sais. Personne ne fait de calin aux paillassons. Essaye d’être un nounours, au moins, si tu tiens à être gentille pour être aimée. Redresse la tête et sort un peu les griffes. Montre que tu en as dans le ventre. Que si tu te donnes du mal pour les autres, c’est parce que tu l’as décidé. Et que tu pourrais changer d’avis s’ils te traitent comme ça. Allez, essaie ! »
Si je le fais, je vais me liquéfier de terreur.
« Si tu ne le fais pas, je vais exploser de rage !»
Il faut qu’on trouve une solution.
« Oh, on est un ‘‘on’’ maintenant ? C’est bien, ça progresse. »
Je ne peux pas me débarrasser de ta voix dans ma tête, autant faire équipe.
« Exactement. On va faire une équipe d’enfer ! »
Il y a une voix dans ma tête. Elle y a élu domicile depuis un certain temps maintenant. J’ai pris en assurance depuis qu’elle est là. Je suis gentille parce que j’ai choisi de l’être. Si un jour quelqu’un va trop loin…
Je sais à qui je peux passer les rênes.