Le temps s’enroule autour de mon cou comme une corde à noeud coulant. Parfois, je suffoque, parfois je respire à grand coup. A chaque seconde, j’attends celle d’après, tout en réalisant que celle d’avant est enfin terminée. Je suis bloquée dans celle du moment présent, laquelle se renouvelle sans cesse: torture paresse; supplice (dé)goûteux. J’en rêve et je n’y crois pas. Seules mes tripes qui tressaillent de temps à autre me rappellent à la violente vérité de ma force tenue. Il n’y a rien d’autre à faire qu’endurer dans le délice fugace du temps déjà passé et dans la fureur fébrile de tout ce qui a été perdu et piétiné. Même si tout était juste, mérité, en ordre, une petite parcelle de moi continue de crier au scandale, à l’erreur judiciaire, au crime contre mon humanité de soit-disant mal-aimée. Quelle est donc cette blessure originelle que je ravive dans le présent déguisé? Qui m’a laissée la première, si ce n’est moi et mes accès de colère mal digérée? Les larmes coulent sur mes joues alors que je revois les mains de ma mère, luisantes de gras, passer sur mon corps d’enfant déposé sur leur lit aux draps de toile de Jouy, la lumière grise d’une fin d’après-midi m’éclairant depuis la fenêtre sur le côté. Ou comme ce matin, dans la pénombre des lourds rideaux de feu, lorsque je sens enfin son corps tendre et chaud se presser contre mon dos encore rigide de la douleur de l’épreuve écoulée. Encore et toujours, tout se passe comme si de rien n’était, comme si, comme trop souvent, dans le silence, et dans la seconde du retour, il y avait beaucoup plus d’amour, et de temps, que ce que je ne pourrai jamais supporter.