C'était la fin. L'héroïne venait de lancer sa plus belle attaque, et son ennemi de toujours, son némésis, venait de mordre la poussière. C'était la conclusion d'années de guerre, de traquenard, de batailles éperdues, de haine et d'obsession. Elle le regardait mourir, étendu sur le sol. Il était couvert de sang, et sa poitrine se soulevait avec difficulté. Dans quelques minutes, quelques secondes, même, tout serait réellement terminé...
- Non ! cria-t-elle, et son cri se répercuta sur toute la zone du combat jonchée de débris après leur affrontement.
- Non ? dit-il, tournant faiblement sa tête vers elle.
- Reste en vie ! s'écria-t-elle en s'agenouillant près de lui.
- Ne meurs pas. Je t'interdis de mourir !
- De quel droit me donnes-tu des ordres ?
- Parce que j'ai gagné, donc tu dois m'obéir !
- Plutôt mourir ! C'est une question d'orgueil.
- Ne dis pas de bêtises. Fais moi voir tes blessures !
- Tu devrais les connaître, c'est toi qui les a faites.
- Et bien je regrette, voilà ! Tu es content ?
- C'est une petite consolation, je l'admets. Pourquoi veux-tu que je vive ?
- Parce que j'ai tout sacrifié pour cette guerre. Si tu meures, je n'ai plus rien.
- Cela est fâcheux, c'est vrai. Tu n'as rien dans la vie ?
- Tu sais bien que non ! Tu as tué mes amis et ma famille !
- C'est vrai, c'est vrai. Tu devrais peut-être m'excuser pour ça.
- C'est gentil, mais c'est un peu tard.
- Désolé pour ça, quand même.
- Merci. Et toi, tu as quelque chose ? Une femme, non ?
- Ah, non, non. Juste une ex-femme, mais c'était il y a longtemps.
- Non, pas d'enfants. Je n'ai jamais eu le temps d'y penser, tu sais, entre tous les plans machiavéliques pour te faire du mal...
- C'est vrai que ça prend du temps, les plans.
- Je me disais que c'était un peu comme mes enfants. Ça me faisait mal quand tu les déjouais.
- Ce n'est quand même pas comparable au meurtre !
- Peut-être pas... avec le recul, tu as raison, c'était sans doute une réaction démesurée. Mais bon, on est psychopathe ou on ne l'est pas, j'ai une réputation à tenir, moi.
- On ne dirait pas, comme ça.
- Que tu es psychopathe. C'est parce que tu t'excuses, on dirait qu'au fond, tu as un sens du bien et du mal.
- C'est exactement ce que je voulais dire !
- Tu t'excuses parce que tu m'aimes bien, au fond ! Si tu meurs, il ne restera plus personne pour m'aimer. Alors fais un effort et reste avec moi.
- Tu veux continuer la guerre ?
- Je ne sais pas... là, à chaud, je ne sais pas ce qui m'attends après, je t'avouerai que je suis un peu anxieuse.
- Je n'ai jamais pensé à ce qu'il y aurait après la guerre.
- Tu sais... ... ... ... ...
- Non, non, pas encore. Je réfléchis.
- À si je vais mourir ou pas. Ça fait longtemps qu'on discute. Je crois que le point critique est passé. Finalement, je crois que je ne vais pas mourir.
- Tu perds encore du sang.
- Oh, encore ? Je ne sens plus rien. J'ai un peu froid, en fait.
- Ah, non ! Non, tu ne vas pas mourir dans mes bras. Ce serait horrible.
- Ce serait une bonne fin, non ?
- Non, ce serait horrible. J'aurais une mort de plus sur la conscience.
- Évidemment, de mon point de vue, c'est un bonus.
- Je pourrais abréger tes souffrances et ce serait un acte de bien.
- Ah non, alors, ne m'achève pas !
- Tu dis ça parce qu'en fait, tu ne veux pas mourir !
- Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir... et si je me rendais compte de l'horreur de mes actes et que je ne pouvais pas le supporter ?
- Oui, ce serait bien, seulement tu n'y crois pas.
- Je me suis excusé, non ?
- C'était seulement pour m'impressionner. Je sais ! Il me reste un peu de magie. Je vais te soigner !
- Il te reste de la magie ? Je croyais que tu avais tout utilisé contre moi ?
- Tais-toi et laisse moi me concentrer.
- Ah ! J'ai réussi ! Comment tu te sens ?
- Je n'ai plus froid. J'ai encore un peu mal, mais ça passe.
- Tu as l'air un peu pâle.
- C'est parce que je suis un peu fatiguée. Je crois que je vais m'allonger.
- Mais tu es glacée ! Ne me dis pas que tu as utilisé toute ta force vitale pour me sauver !
- Mais non. Je vais juste fermer les yeux une seconde....
- C'est ça, et c'est toi qui va mourir dans mes bras. Hé ? Hé-oh ? Hé, respire ! Respire, tu m'entends ? Qu'est-ce que je vais faire, sans toi ? ... c'est trop tard, tu es déjà morte. C'était le sacrifice le plus stupide que je n'ai jamais vu. Ne crois pas que tu aies gagné pour autant. Je ne me repens pas. Tiens, je vais te le prouver ! Je vais égoïstement me tuer, pour gâcher ton acte. Il doit bien me rester un couteau quelque part... oui, là, dans ma botte. Adieu, très chère.
Il s'enfonça le couteau entre les côtes et se transperça le cœur du premier coup ; il mourut en quelques secondes. Ils furent changé en pierre et plus aucun combat n'eut jamais lieu à cet endroit.