Le PG #6 - L’« écosocialisme » du PG, le renouveau de quel socialisme ?
Tout en chassant sur les terres de l’extrême droite, le positionnement politique du PG est celui de la gauche de la gauche. Il cherche donc aussi à rassembler les électeurs des Verts, du PCF, les électeurs de gauche qui sont critiques vis-à-vis de la société capitaliste, en en déplorant les excès sans pour autant la remettre en cause. Pour eux, l’argumentation est la suivante : « II n’est plus possible de réformer l’UE. L’heure est à une refondation totale de l’Europe. (…) il faut rendre à l’égalité, la liberté et la laïcité leur rôle moteur et conjuguer socialisme et écologie dans un projet écosocialiste. »
L’écosocialisme du PG se veut un « projet global », un projet de société. Un projet bien à la mode à la gauche de la gauche puisqu’il a contaminé y compris une partie du NPA, qu’il est fourre-tout et que chacun peut y mettre ce qu’il veut. « L’écosocialisme est un nouveau projet politique réalisant la synthèse d’une écologie nécessairement anticapitaliste et d’un socialisme débarrassé des logiques du productivisme. Il permet ainsi la jonction des grands courants de la gauche dans un nouveau paradigme politique. » [5]. Les écosocialistes veulent « renouveler le socialisme », mais le socialisme de Mitterrand, pas celui de Marx et de Lénine : « Le socialisme a toujours visé l’émancipation de la personne humaine. Elle passe par le partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation globale de chaque femme et chaque homme. Ce programme est toujours le nôtre. Mais nous savons dorénavant que l’émancipation ne peut être atteinte par la croissance sans fin : l’écosystème qui rend la vie humaine possible ne le permet pas. Ce constat oblige à définir un nouveau modèle de progrès en rupture avec le système capitaliste. (…) Cette nouvelle conscience et son programme d’action sont l’écosocialisme. Ses méthodes sont la radicalité concrète, la planification écologique et la révolution citoyenne. »
L’objectif du socialisme « écosocialiste » est l’émancipation de la « personne humaine ». Un objectif certes juste en soi. Mais le capitalisme est ainsi fait que l’émancipation de l’humanité ne peut se faire qu’au travers de l’émancipation des travailleurs, c’est-à-dire par la révolution sociale des opprimés, des exploités, s’opposant aux exploiteurs. Une émancipation que l’« écosocialisme » du PG élude soigneusement. Dans ce socialisme-là, il n’est ainsi pas question de l’expropriation des capitalistes, ni du contrôle des travailleurs sur les entreprises, mais on y discourt sur le « partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation ». La méthode d’action n’est plus la révolution sociale, ouvrière, ayant pour objectif la propriété collective des moyens de production sous le contrôle démocratique des travailleurs, mais « ses méthodes sont la radicalité concrète, la planification écologique et la révolution citoyenne ». Les promoteurs de l’écosocialisme ont en fait soigneusement vidé le socialisme de Marx de tout contenu révolutionnaire, de tout contenu de classe et de toute notion de lutte de classe. Il est vrai qu’ils sont de cette famille qui se dit encore socialiste, mais qui a trahi et rompu avec le marxisme il y a tout juste 100 ans, en 1914, et qui depuis a fourni à la bourgeoisie, de Blum à Mitterrand, plusieurs générations de loyaux gestionnaires. Ces socialistes-là reprochent à Hollande, leur descendant direct, d’avoir rompu avec Mitterrand et d’être devenu « social-libéral », c’est-à-dire en fait de gouverner sans fards pour le compte des riches, alors que Mitterrand et Blum y mettaient, quelquefois, les formes. Une querelle de famille en quelque sorte, mais d’une famille bien étrangère au mouvement ouvrier et au marxisme.
Quant à la « radicalité concrète » écosocialiste, elle sert en fait à exprimer un programme électoral de gouvernement, dans le cadre du système capitaliste. Ainsi « les aides aux entreprises seront soumises à des règles strictes (dans le cadre de la “planification écologique” et de la “règle verte”, NDLR). Elles seront modulées en fonction du niveau des exigences sociales et environnementales qu’elles respecteront (réduction des temps partiels imposés, des écarts de salaire par exemple). Le pôle financier public fournira un crédit bonifié aux entreprises pour l’emploi, la formation, la recherche et le développement sur critère d’utilité sociale et environnementale des investissements et de la production. Nous soutiendrons les politiques d’investissements des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles. Nous favoriserons la relocalisation des activités et les circuits courts de distribution. Nous renforcerons la présence de l’État dans le capital d’entreprises stratégiques pour leur sauvegarde et leur développement. » [6] , etc. Ainsi, ce ne sont pas tant les subventions au patronat qui gênent les écosocialistes du PG, mais la manière dont elles sont distribuées.