J’ai pas publié depuis des mois. Voici un petit inktober. #14

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J’ai pas publié depuis des mois. Voici un petit inktober. #14
Asexualité : résistance queer et féministe
J’ai fait une affiche pour illustrer ma pensée sur l’asexualité (et toutes les identités du spectre) comme résistance féministe et queer! Je pense plus précisément à la situation spécifique des femmes asexuelles/ace (peu importe l’orientation romantique) qui font face à une cumulation d’oppressions, mais nécessairement les aces de tous les genres y font face également :
- Patriarcat (où les femmes/personnes féminines sont opprimées/appropriées par les hommes) se nourrissant de ;
- L’hétéronormativité (où l’hétérosexualité est la norme attendue et supérieure à toute la gamme de sexualités possibles) se nourrissant de la ;
- Sexu-normativité (où la sexualité est la norme attendue/vue comme “naturelle” et est supérieure à l’asexualité).
Si plus de lectures vous intéresse :
Pour plus d’infos sur “sexu-société” et l’impératif sexuel, voir cette entrevue avec l’auteure Ela Przybylo.
Pour pour d’infos sur “sexual normativity”, voir cet article (version non-finale mais disponible gratuitement) de CJ Chasin et ces autres publications.
Autres auteures :
Qui ont pensé la contrainte à l’hétérosexualité et l’oppression des femmes qui en découle : Adrienne Rich, Paola Tabet, Monique Wittig
Qui ont pensé le système de hiérarchie des désirs et des sexualités : Gayle Rubin et Eve Kosofsky Sedgwick.
------------------------------------ PS : C’était dans le cadre d’un cours, alors c’est vraiment full académique, sorrayyy! Je vais faire de mon mieux pour pondre un zine sur l’asexualité/féminisme avec une amie cet été pis ça va être plus concret promis. :P
PPS : Pour plus d’infos sur l’asexualité, graysexualité, demisexualité, etc. voir AVEN-fr et AVENwiki.
PPPS : En rappel, pourquoi le gâteau dans un poing féministe?
j'adore trop ce que tu publies,oh lala :o ,j'ai pas les mots, sérieux merci merci merci et merciiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Hey, un grand merci à toi! Contente que mes mots ne tombent pas dans le vide et tant mieux si tu apprécies ce que je reblogue. Je vais regarder ton blog aussi. :)
Sur l’injonction d’aimer les hommes
Cette période de l'année où il faut rassurer les hommes qu'ils ont une place (ne l'ont-ils pas déjà dans tellement de domaines?) dans le féminisme et qu'on les aime.
Votre place : Prendre moins de place. Déconstruire votre égo de mâle. Arrêter de faire des blagues sexistes (même si c'est "ironique" dude). Laisser la place aux femmes. Écouter les femmes. Lire les femmes/féministes. Partager les paroles de femmes/féministes. S'assurer que les conversations sur le féminisme ne tournent pas autour de vous.
Vous aimer? Vous détester? : Je déteste le patriarcat avant tout. Mais ce système, j'ai beau le détester, il profite à plusieurs. Je déteste les hommes qui sont sexistes, violents, manipulateurs, mansplaineurs et/ou qui protègent les hommes sexistes, violents, manipulateurs. Donc, oui, ça nous arrive de vous détester.
Non, nous ne vous devons pas un amour et une compassion inconditionnelle.
Notre amour, notre travail de care : Nos règles!
Our love and care : our rules.
Refuser le coït, comme affirmation féministe
“Le coït, c'est comme manger de la viande d’animaux morts; à force d’éloigner cette pratique de notre vie, on en est toujours plus dégoûtée.”
Quand j’ai sorti ça la première fois sur internet, c’est clairement pas tout le monde qui avait compris ce que je voulais dire. Moi, ça me faisait rire. J’ai l’impression que quelques femmes avaient pu faire un lien avec leur vécu. J'avais mis d’autres ami-e-s mal à l’aise. On m’avait d'ailleurs traité de sex-negative. Je m’étais alors dit que si l’anti-coïtocentrisme c’est sex-negative, alors les végés sont certainement food-negative.
Mais voilà, ça manquait de nuances et d'explications. Je souhaite affirmer que j'en ai marre du coïtocentrisme et du phallocentrisme (sexualité centrée sur la pratique coïtale et le phallus) de notre imaginaire sexuel collectif et des impératifs sexuels attendus des femmes.
Je ne suis pas contre le coït, mais…
En fait, oui, je le suis. Je suis contre le coït dans ma vie et ma sexualité.
Dans mon cheminement politico-sexuel, mon affirmation asexuelle (gray-asexuelle [1]) et féministe est liée à mon refus du coït. Dans mon parcours, il y eu la découverte de mon orientation sexuelle après 5 années de questionnements et la découverte du féminisme (qui commence d’abord par un questionnement sur la sexualité « féminine », sur les inégalités genrées de plaisirs sexuels). À travers ces deux cheminements, j’en suis venue à affirmer mon orientation et à politiser mes pratiques sexuelles et asexuelles.
Gray-asexuelle et féministe
D'abord, être sur le spectre de l'asexualité ne m’empêche pas d’avoir un point de vue sur le sexe et d’y réfléchir très souvent. Le sexe porte une signification particulière dans mon expérience personnelle, puisque je l'ai vécu comme une imposition plutôt qu'une libération. Toutefois, sachez qu'il n’y a pas de lien causal ou “naturel” entre le fait d’être asexuelle (ou gray ou demi) et de détester/sortir le coït de sa vie. Prenons par exemple des féministes lesbiennes radicales qui ont critiqué le coït comme une arme symbolique et matérielle du patriarcat. Il y a aussi des lesbiennes qui adorent le coït et certainement des femmes hétérosexuelles qui aiment ça. Aimer le coït, c'est super pour celles qui aiment ça! Ça n'enlève rien à leur féminisme. J'aimerais plutôt pointer qu'être une femme hétérosexuelle ne signifie pas adorer le coït, même si c’est ce que l’hétérosexisme voudrait nous faire croire. Bref, l’orientation sexuelle et les pratiques sexuelles sont des choses différentes et ça ne devrait jamais invalider notre orientation sexuelle.
Je suis féministe et je refuse de pratiquer le coït. Je le refuse parce que cette pratique ne me fait pas plaisir. Ça peut paraître simple, mais pourtant ça ne l’est pas vraiment. Tout d’abord, parce que le sexe n’est jamais totalement un choix personnel. Les scripts et normes sexuelles envahissent et influencent nos vies. La sexualité est donc en partie socialement organisée et n’arrive pas naturellement. Ensuite, ce n’est pas si simple lorsqu’on nous apprend que le couple hétérosexuel est la chose à suivre pour les femmes, que le coït vient avec, qu’il est inévitable et qu'il est le “bon sexe” mature. Et surtout, lorsqu’on nous apprend qu’il faut faire plaisir aux hommes et même qu’il nous faut un homme.
Je le refuse parce que je m’y suis forcée trop souvent puisque je pensais que c’était la chose à faire. J'avais appris qu’être une femme en couple hétéro, ça devait faire ça. Fuck ça.
En tant que gray-asexuelle, je refuse tout sexe que je ne veux pas vraiment. Étant dans la zone grise de l'asexualité, il m'arrive d'avoir des désirs sexuels : le coït n'en fait tout simplement pas partie. Je mérite de me posséder entièrement, dans tous mes non-désirs sexuels. Évidemment, ceci vaut pour toustes, peu importe notre orientation sexuelle. Les non-désirs sexuels doivent toujours primer puisque imposer des désirs sexuels sur quelqu’un-e, c’est de la violence sexuelle.
(A)sex-positive
Comme je l'ai dit plus tôt, être une femme, être féministe, de toute orientation sexuelle, et aimer le coït ne sont absolument pas des choses incompatibles. Je souhaite être dans une démarche positive de la sexualité. En même temps, il est primordial que le féminisme soit aussi “(a)sex-positive”, c'est-à-dire qu'il n'oublie pas de valoriser la possibilité que des personnes n'aiment pas, peu, ou jamais le sexe ou certaines de ces composantes.
Comme une grève
C’est donc un peu comme une grève, semi-individuelle, parce que je suis certaine que je partage tout de même ce combat avec certaines femmes hétéro, lesbiennes, bi, pan ou asex. Je fais une grève du coït en tant que symbole de la norme hétérosexuelle et réalité matérielle qui ne m’apporte aucun plaisir et qui est centrée sur le plaisir phallique masculin.
Parce qu’au final, ce qui importe, ce n'est pas de pratiquer le coït ou non : c'est de savoir que nous ne sommes pas tenues de le pratiquer si on n'aime pas ça,
Parce que personne ne doit de sexe à personne,
Parce que refuser une pratique sexuelle qui ne nous fait pas du bien dans un monde où la culture du viol et celle du compulsory sex (“sexe obligatoire”) sont omniprésentes, c'est subversif, Je refuse de pratiquer le coït et la fellation.
[1] http://www.asexuality.org/wiki/index.php?title=Gray-A_/_Grey-A et http://www.asexuality.org/fr/wiki/index.php?title=Zone_grise [2] Mon petit dessin dit “À bas l’hétéropatriarcat, un coït de moins à la fois”. Cette tactique ne concerne que moi. Si elle vous rejoint, libre à vous de la revendiquer!
On s’en criss que Mike Ward soit un “bon gars”
Vous en avez sûrement entendu parler. L’affaire Mike Ward fait les manchettes de l’internet depuis quelques jours puisque la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a décidé de poursuivre Mike Ward pour discrimination envers Jérémy Gabriel. L’humoriste avait ri du physique du jeune chanteur dans un spectacle de 2010. Plusieurs humoristes se sont mis derrière Ward. Plusieurs fans d’humoristes ont décidé d’emboîter le pas, en disant vouloir se battre pour la « liberté d’expression » aux côtés de Voltaire.
Cette « affaire » me met en rogne et je vais vous décortiquer pourquoi.
Sur le sens de sa blague et l’impact social de l’humour
J’ai entendu qu’il fallait interpréter sa blague comme une critique de notre société. Selon Nathalie Petrowski, « Or, à travers ses blagues de mauvais goût, c'est précisément ce marketing et cette exploitation d'un enfant handicapé à des fins commerciales que dénonce Mike Ward. Quand il s'écrie: «Il meurt pas, le petit tabarnak!», il ne souhaite pas une seule seconde la mort de l'enfant. Il dénonce l'opportunisme crasse de son entourage qui a brandi le spectre de sa mort à venir pour faire mousser sa carrière. » Je suis prête à l’accorder, je suis plutôt certaine que Mike Ward ne souhaitait pas la mort du jeune chanteur. Toutefois, je doute fortement de l’interprétation faite par Petrowski, et cela en partie à cause de l’impact qu’aura la blague.
Ces blagues sur Jérémy G. seraient donc « transgressives ».
Face à cette affirmation, laissez-moi prendre une minute pour être en criss.
J’ai vu beaucoup plus subversif comme humour, mettons.
À mon sens, la subversion en humour devrait avoir un minimum d’impact… subversif. C’est-à-dire qu’elle devrait pointer, critiquer ou déconstruire (un minimum) les systèmes de domination, et non les reproduire. L’humour subversif ne devrait pas amener le public à se complaire dans un statu quo.
Au final quel fut l’impact des blagues de Mike Ward sur la société et les individus? C’était pendant les heures suivant les spectacles de Ward que Jérémy Gabriel recevait le plus de messages haineux lui demandant sa mort, se moquant de son physique et lui suggérant son suicide.
C’est un bon exemple qui nous permet de voir que l’humour a un impact social réel et qu’on ne peut pas l’ignorer. Admettons que Petrowski aille raison sur le sens que Ward donnait à sa blague, on peut être certain-e-s que personne ne l’avait compris ainsi. Et que beaucoup de monde est cave.
Humour capacitiste
Sur quoi l’humoriste se base quand il rit de Jérémy Gabriel ? Sur son handicap. WOW. Such originalité. J’imagine que c’est ça dire les « vraies affaires »? Taper sur une personne qui fait partie des personnes les moins privilégiées de notre société? Le québécois moyen s’en tape les cuisses. C’est pourquoi j’avancerais alors que la blague de Ward n’était en rien subversive pour en fait verser dans un système de domination : le capacitisme. Je vais vous donner une définition de ce concept, possiblement nouveau pour vous :
« Le capacitisme est une forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap. Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne capable, sans handicap, comme la norme sociale. Les personnes non conformes à cette norme doivent, ou tenter de s'y conformer, ou se trouver en une situation inférieure, moralement et matériellement, aux personnes valides.
Dans ce système de valeurs et de pouvoir, le handicap est ainsi perçu comme une erreur, un manque, un échec, personnels ; et non pas comme une conséquence des événements de la vie ou de la diversité au sein de l'humanité. La Convention relative aux droits des personnes handicapées définit l'absence d'accommodement raisonnable en faveur de personnes non valides comme une discrimination basée sur le handicap. »
Vous pourriez me répondre que les personnes qui ont intimidé Jérémy Gabriel à l’école, sur le web et ailleurs l’auraient fait même si Ward n’avait pas fait ses blagues. Je vous l’accorde, Mike Ward n’a pas inventé le système capacitiste. Sauf qu’il a surfé sur ce système pour faire des blagues dans un show avec lequel il se faisait du profit.
Si oui, en effet, on est une belle gang d’hypocrites qui sommes prêt-e-s à donner de la place médiatique à un enfant par “pitié” (c’est déjà un problème) pour son handicap mais qu’en cachette on préfère rire de son physique, ce n’est certainement pas la blague de Ward qui a déconstruit ce cycle.
Je refuse donc l’idée que de dire, et je paraphrase, "meurs esti t’es laid", c’est du second degré pour dénoncer le capacitisme de la société.
Et si l’humoriste est une bonne personne?
Mike Ward est un bon gars. C’est le meilleur pire argument que j’ai pu entendre ces derniers temps. Quoique c’est souvent ce même argument qu’on nous sert lorsqu’un dominant est appelé à admettre des torts commis et/ou à faire réparation pour ces derniers. Après tout, si Jean Barbe est un gentil chroniqueur et qu’en plus il est progressiste, ça devrait excuser le harcèlement sexuel et raciste qu’il a commis.
Alors oui, on s’en criss que Mike Ward soit un “bon gars”. Ça n’excuse pas la liberté d’exprimer votre domination. Oups, la liberté d’exprimer une blague oppressive. En plus, les gens ont tellement le “bon gars” facile. Laurent Paquin y est allé d’un témoignage larmoyant sur Facebook où il nous rappelait que son collègue et ami humoriste est une bonne personne parce qu’il donne souvent de l’argent aux itinérants et qu’il ose même avoir une discussion avec eux! Quel don de soi. Après tout, nous on peut continuer à les regarder de haut ces itinérants et à se dire qu’ils l’ont bien cherché. Mais ce qui m’a fait le plus sourciller dans le statut (de marde) de Paquin, c’est l’idée qu’une chance que Mike Ward est là pour les femmes humoristes! Il est tellement un bon gars qu’il va même jusqu’à « suggér[er] [...] qu’il y ait toujours des filles dans la liste des invités. ».
Apprécions ce moment d’hypocrisie et de non-féminisation...
Tabarnak de boy’s club d’humoristes de marde. Ils sont tous là à se complaire dans la marde qu’ils ont fait du métier d’humoriste pis ils vont jusqu’à défendre Mike Ward en disant qu’il est un exemple pour la place des femmes en humour? Laissez-moi vous rappeler que Ward aime tellement les femmes, qu’il participait à l’émission Testostérone pour nous y rappeler pendant 4 ans que les femmes ne sont que des objets sexuels et niais. Mais bien sûr, s’il avait fait ce show d’humour « pour hommes », c’était un deuxième degré pour dénoncer le patriarcat. Après tout, il y a tellement peu de boys club autour de nous qu’il fallait bien en faire un concept original de télévision! Une chance qu’il est là pour suggérer qu’une femme par spectacle d’humour, c’est sûrement paritaire...
La fuite dans le second degré
Bref, l’industrie de l’humour me fait chier, la supposée défense de la “liberté d’expression” me fait chier et l’aveuglement face à l’impact social de l’humour me fait chier. L’humour est une arme. Que vous le vouliez ou non, que vous riiez ou non, l’humour est une chose sérieuse et a des conséquences réelles sur le monde. Le monde de l’humour ne se fait pas en vase clos. Il s’appuie directement sur notre monde et même l’humour absurde s’y appuie puisque si quelque chose paraît absurde, c’est parce que quelque chose paraît “logique”. L’humoriste n’est donc pas exempt de conséquences sociales. À chaque fois que vous vous cachez derrière le « second degré », j’ai mal à mon humour.
Ah oui, et si vous pensez que Mike Ward m’offusque parce qu’il est vulgaire, j’espère que vous aurez remarqué que je m’en criss de la vulgarité. Je m’inquiète du fond des blagues et non du ton sur lequel elles se font.
...
EDIT : Voici d’autres textes intéressants sur l’humour, la représentation médiatique, le handicap et le cas Ward écrit par le blogueur Kéven Breton. Et pourquoi pas un épisode de AMI-télé qui aborde la question des propos discriminatoires, le droit à réparation, le seuil de gravité, l’atteinte à la dignité dans le cas des blagues de Mike Ward sur Jérémy Gabriel. Et puisque le jugement du Tribunal des droits de la personne est sorti, je me dis que Ward pourrait prendre ça avec une bonne d’ose d’humour et apprendre à rire de lui même un peu.
Vu à l’UQAM
des commandos masqués qui arpentent les corridors de l'UQAM, qui perturbent les cours, qui crient des slogans, chantent des chansons, intoxiqué-e-s par l'alcool...
Mais où est le SPVM?
Oups, c'est juste des initiations.
Jean Barbe est antiféministe.
Dans son dernier texte visant à présenter à "version des faits", il ne cherche pas à protéger le "bon" (à ces yeux) féminisme des féministes trop "radicales" (à son goût).
Il cherche à protéger ses privilèges d'homme blanc adulte aisé.
Et ça, ce n'est pas une démarche pro-féministe ou féministe. C'est de l'instrumentalisation.