J'ai un compte instagram dédié à l'autisme et l'antivalidisme pour les gens qui ne savaient pas :
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J'ai un compte instagram dédié à l'autisme et l'antivalidisme pour les gens qui ne savaient pas :
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Les personnes qui vivent avec des conditions, des limitations et/ou des handicaps sont tout le temps les cibles d’une intolérance générale.
Cette absence de considération est tellement ancrée dans le quotidien, qu’une grande partie de la population n’y songe même pas. Iels ne font que participer à la propagation des oppressions systémiques capacitistes en continuant leurs petits train train quotidien. Ni vu, ni connu.
L’impatience est si fréquente et banalisée. Une personne qui n’entends pas bien les propos d’autrui, qui fait répéter une, deux, trois pis quatre fois, ça dérange tellement de monde. C’est donc ben tannant cette maudite perte de temps de répétage. Et dans ce type de contexte, tous.tes finissent par s’exclamer automatiquement en coeur : « Voyons, t’es-tu sourd.e coudonc?!? »
Oui, peut-être que cette personne a effectivement des troubles d’auditions. Peut-être qu’elle a des acouphènes, une symphonie qui résonne dans ses oreilles à n’en plus finir. Peut-être que ça lui demande un effort intensif pour décoder des paroles. Pis le pire, c’est que ça se peut fort bien que les personnes avec qui elle discute soient déjà au courant de tout ça, si elles figurent parmi l’entourage.
Et savez-vous quoi?
Ce n’est pas pour ces autres que c’est le plus difficile, ces affaires-là.
N’avoir qu’à répéter des phrases est un privilège immense en comparaison au fait de vivre avec des troubles d’auditions.
Faire preuve de respect, d’ouverture et d’écoute est important. Sauf que c’est aussi primordial d’arrêter de se blottir la tête dans le sable, et d’enfin comprendre le rôle que tout le monde joue dans ces oppressions. Elles sont systémiques, ce qui veut dire qu’elles sont vécues dans tous les contextes par les personnes concernées.
Elles sont victimes d’inégalités, de violences, d’injustices, de préjugés pis de pleins de choses complètement inacceptables. Tout ça à cause de la société capacitiste dans laquelle nous vivons. Dans laquelle plusieurs personnes continuent allègrement de rabaisser les personnes marginalisées.
Les choses doivent changer. Tout le monde a un rôle à jouer.
#30JoursDeFoliesPassagères
Dessin numérique, 2018, Maude Bergeron
menaçait ses étudiants malades de pas pouvoir passer en année supérieure malgré leurs excellentes notes
Publiez votre témoignage #jeconnaisuneécole >>> https://jeconnaisuneecole.tumblr.com/ask
En tant que jeune personne handicapée, je vous demande à vous, spectateurs français : n’allez pas voir la comédie “Tout le monde debout !”.
Si la bande-annonce ne vous a pas convaincu du ton puant de cette production, laissez-moi vous expliquer ce qu’il en est :
Premièrement, Franck Dubosc semble incapable d’écrire une histoire d’amour entre une personne handicapée et une personne valide SANS mensonge et SANS faire passer la personne valide pour une personne handicapée. Des tas et des tas de gens handicapés vivent des histoires d’amour avec des gens valides avec une communication saine et honnête, moi la première.
Deuxièmement, il ne s’est pas foulé à caster une actrice handicapée et a, à la place, offert le rôle à Alexandra Lamy qui, d’après lui, sait “faire oublier le fauteuil”. Sa raison ? Il ne voulait pas baser toute sa promo sur le fait que le perso handicapé serait joué par une actrice handicapée. Son propos est tellement puant qu’il m’est difficile de le décortiquer sans y passer des heures. Mais, basiquement, s’il ne voulait pas baser sa promo autour de ça, il lui suffisait... de ne pas baser sa promo autour de CA. Caster une personne valide pour jouer une personne handicapée prive des acteurs et actrices handicapés de rôles qu’ils auraient pu interpréter. Combien de fois a-t-on vu des acteurs handicapés incarner des acteurs valides ?
Troisièmement, le trailer seul diffuse des idées dangereuses. Une personne qui se lève et sort son fauteuil de sa voiture n’est pas VALIDE. Une personne handicapée en fauteuil roulant peut parfois se lever, faire quelques pas ou marcher. L’entreprise est souvent trop douloureuse pour être supportable, d’où l’utilisation du fauteuil.
Mais, en montrant son personnage faire cette action et en tournant la scène au ridicule, Franck Dubosc perpétue un stéréotype dangereux et susceptible de causer de nombreux problèmes à des personnes handicapées.
Qui ne dit pas que le premier venu ne va pas jouer au “chevalier blanc” et harceler une personne handicapée parce qu’il l’a vu se lever de son fauteuil et, forcément, ça veut dire qu’il ou elle n’est PAS handicapée ? C’est déjà arrivé et ce genre de représentation ne risque que d’empirer les choses.
N’encouragez pas ce film. Dites non à ce genre de représentation du handicap. Soutenez les productions qui engagent des personnes handicapées pour jouer des personnages handicapées (la série “Speechless”, par exemple, a pour personnage principal un ado atteint de paralysie cérébrale et est joué par un acteur atteint du même handicap. Tous les personnages handicapés de la série sont joués par des acteurs handicapés).
Soyez plus critiques. Je ne suis moi-même pas en fauteuil roulant, mais je suis autiste et douloureusement consciente des dangers d’une mauvaise représentation du handicap. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens refusent de croire que je suis autiste parce que je ne “ressemble pas à Rain Man”. Ils ont peur de m’embaucher parce que l’autisme leur fait peur.
Quels messages véhiculent donc ce type de film ? Quel impact cela a-t-il sur notre société ? Vous ne devez pas rester passifs devant ce genre de choses. Boycottez ce film !
« Lève-toi et marche !! »
Une maison d'accueil spécialisée en Seine-et-Marne filmait ses patients autistes 24h/24h dans leur chambre sans leur consentement. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, s'est saisi du dossier.
[Reblog] Les croisements d’oppression — trolldejardin
[Reblog] Les croisements d’oppression — trolldejardin
Ici, je vais essayer d’expliquer au mieux un sujet qui revient beaucoup, et dont on doit toustes tenir compte. Particulièrement lorsqu’on essaye de lutter (à grande ou petite échelle) contre les LGBTQIAP-phobies, le sexisme, le capacitisme, etc. Les croisements, tout le monde sait ce que c’est à la base. C’est évident que, par exemple, il […] via Les croisements d’oppression — trolldejardin
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On s’en criss que Mike Ward soit un “bon gars”
Vous en avez sûrement entendu parler. L’affaire Mike Ward fait les manchettes de l’internet depuis quelques jours puisque la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a décidé de poursuivre Mike Ward pour discrimination envers Jérémy Gabriel. L’humoriste avait ri du physique du jeune chanteur dans un spectacle de 2010. Plusieurs humoristes se sont mis derrière Ward. Plusieurs fans d’humoristes ont décidé d’emboîter le pas, en disant vouloir se battre pour la « liberté d’expression » aux côtés de Voltaire.
Cette « affaire » me met en rogne et je vais vous décortiquer pourquoi.
Sur le sens de sa blague et l’impact social de l’humour
J’ai entendu qu’il fallait interpréter sa blague comme une critique de notre société. Selon Nathalie Petrowski, « Or, à travers ses blagues de mauvais goût, c'est précisément ce marketing et cette exploitation d'un enfant handicapé à des fins commerciales que dénonce Mike Ward. Quand il s'écrie: «Il meurt pas, le petit tabarnak!», il ne souhaite pas une seule seconde la mort de l'enfant. Il dénonce l'opportunisme crasse de son entourage qui a brandi le spectre de sa mort à venir pour faire mousser sa carrière. » Je suis prête à l’accorder, je suis plutôt certaine que Mike Ward ne souhaitait pas la mort du jeune chanteur. Toutefois, je doute fortement de l’interprétation faite par Petrowski, et cela en partie à cause de l’impact qu’aura la blague.
Ces blagues sur Jérémy G. seraient donc « transgressives ».
Face à cette affirmation, laissez-moi prendre une minute pour être en criss.
J’ai vu beaucoup plus subversif comme humour, mettons.
À mon sens, la subversion en humour devrait avoir un minimum d’impact… subversif. C’est-à-dire qu’elle devrait pointer, critiquer ou déconstruire (un minimum) les systèmes de domination, et non les reproduire. L’humour subversif ne devrait pas amener le public à se complaire dans un statu quo.
Au final quel fut l’impact des blagues de Mike Ward sur la société et les individus? C’était pendant les heures suivant les spectacles de Ward que Jérémy Gabriel recevait le plus de messages haineux lui demandant sa mort, se moquant de son physique et lui suggérant son suicide.
C’est un bon exemple qui nous permet de voir que l’humour a un impact social réel et qu’on ne peut pas l’ignorer. Admettons que Petrowski aille raison sur le sens que Ward donnait à sa blague, on peut être certain-e-s que personne ne l’avait compris ainsi. Et que beaucoup de monde est cave.
Humour capacitiste
Sur quoi l’humoriste se base quand il rit de Jérémy Gabriel ? Sur son handicap. WOW. Such originalité. J’imagine que c’est ça dire les « vraies affaires »? Taper sur une personne qui fait partie des personnes les moins privilégiées de notre société? Le québécois moyen s’en tape les cuisses. C’est pourquoi j’avancerais alors que la blague de Ward n’était en rien subversive pour en fait verser dans un système de domination : le capacitisme. Je vais vous donner une définition de ce concept, possiblement nouveau pour vous :
« Le capacitisme est une forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap. Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne capable, sans handicap, comme la norme sociale. Les personnes non conformes à cette norme doivent, ou tenter de s'y conformer, ou se trouver en une situation inférieure, moralement et matériellement, aux personnes valides.
Dans ce système de valeurs et de pouvoir, le handicap est ainsi perçu comme une erreur, un manque, un échec, personnels ; et non pas comme une conséquence des événements de la vie ou de la diversité au sein de l'humanité. La Convention relative aux droits des personnes handicapées définit l'absence d'accommodement raisonnable en faveur de personnes non valides comme une discrimination basée sur le handicap. »
Vous pourriez me répondre que les personnes qui ont intimidé Jérémy Gabriel à l’école, sur le web et ailleurs l’auraient fait même si Ward n’avait pas fait ses blagues. Je vous l’accorde, Mike Ward n’a pas inventé le système capacitiste. Sauf qu’il a surfé sur ce système pour faire des blagues dans un show avec lequel il se faisait du profit.
Si oui, en effet, on est une belle gang d’hypocrites qui sommes prêt-e-s à donner de la place médiatique à un enfant par “pitié” (c’est déjà un problème) pour son handicap mais qu’en cachette on préfère rire de son physique, ce n’est certainement pas la blague de Ward qui a déconstruit ce cycle.
Je refuse donc l’idée que de dire, et je paraphrase, "meurs esti t’es laid", c’est du second degré pour dénoncer le capacitisme de la société.
Et si l’humoriste est une bonne personne?
Mike Ward est un bon gars. C’est le meilleur pire argument que j’ai pu entendre ces derniers temps. Quoique c’est souvent ce même argument qu’on nous sert lorsqu’un dominant est appelé à admettre des torts commis et/ou à faire réparation pour ces derniers. Après tout, si Jean Barbe est un gentil chroniqueur et qu’en plus il est progressiste, ça devrait excuser le harcèlement sexuel et raciste qu’il a commis.
Alors oui, on s’en criss que Mike Ward soit un “bon gars”. Ça n’excuse pas la liberté d’exprimer votre domination. Oups, la liberté d’exprimer une blague oppressive. En plus, les gens ont tellement le “bon gars” facile. Laurent Paquin y est allé d’un témoignage larmoyant sur Facebook où il nous rappelait que son collègue et ami humoriste est une bonne personne parce qu’il donne souvent de l’argent aux itinérants et qu’il ose même avoir une discussion avec eux! Quel don de soi. Après tout, nous on peut continuer à les regarder de haut ces itinérants et à se dire qu’ils l’ont bien cherché. Mais ce qui m’a fait le plus sourciller dans le statut (de marde) de Paquin, c’est l’idée qu’une chance que Mike Ward est là pour les femmes humoristes! Il est tellement un bon gars qu’il va même jusqu’à « suggér[er] [...] qu’il y ait toujours des filles dans la liste des invités. ».
Apprécions ce moment d’hypocrisie et de non-féminisation...
Tabarnak de boy’s club d’humoristes de marde. Ils sont tous là à se complaire dans la marde qu’ils ont fait du métier d’humoriste pis ils vont jusqu’à défendre Mike Ward en disant qu’il est un exemple pour la place des femmes en humour? Laissez-moi vous rappeler que Ward aime tellement les femmes, qu’il participait à l’émission Testostérone pour nous y rappeler pendant 4 ans que les femmes ne sont que des objets sexuels et niais. Mais bien sûr, s’il avait fait ce show d’humour « pour hommes », c’était un deuxième degré pour dénoncer le patriarcat. Après tout, il y a tellement peu de boys club autour de nous qu’il fallait bien en faire un concept original de télévision! Une chance qu’il est là pour suggérer qu’une femme par spectacle d’humour, c’est sûrement paritaire...
La fuite dans le second degré
Bref, l’industrie de l’humour me fait chier, la supposée défense de la “liberté d’expression” me fait chier et l’aveuglement face à l’impact social de l’humour me fait chier. L’humour est une arme. Que vous le vouliez ou non, que vous riiez ou non, l’humour est une chose sérieuse et a des conséquences réelles sur le monde. Le monde de l’humour ne se fait pas en vase clos. Il s’appuie directement sur notre monde et même l’humour absurde s’y appuie puisque si quelque chose paraît absurde, c’est parce que quelque chose paraît “logique”. L’humoriste n’est donc pas exempt de conséquences sociales. À chaque fois que vous vous cachez derrière le « second degré », j’ai mal à mon humour.
Ah oui, et si vous pensez que Mike Ward m’offusque parce qu’il est vulgaire, j’espère que vous aurez remarqué que je m’en criss de la vulgarité. Je m’inquiète du fond des blagues et non du ton sur lequel elles se font.
...
EDIT : Voici d’autres textes intéressants sur l’humour, la représentation médiatique, le handicap et le cas Ward écrit par le blogueur Kéven Breton. Et pourquoi pas un épisode de AMI-télé qui aborde la question des propos discriminatoires, le droit à réparation, le seuil de gravité, l’atteinte à la dignité dans le cas des blagues de Mike Ward sur Jérémy Gabriel. Et puisque le jugement du Tribunal des droits de la personne est sorti, je me dis que Ward pourrait prendre ça avec une bonne d’ose d’humour et apprendre à rire de lui même un peu.