Tomber, encore
Dans un tourbillon glacial, elle avance coûte que coûte. Le chemin glissant rend sa marche malaisée et pourtant elle avance. Ce qui peut l’arrêter ? A peu près rien ni personne. C’est un combat qu’elle a décidé de mener, contre les éléments et le monde entier. Une détermination sans faille dans un corps d’un mètre cinquante, surplombée d’une tignasse rousse et épaisse qui, dans un timide rayon de soleil, illumine brièvement la lande. Elle essuie d’un geste machinal les larmes sur ses joues, au milieu de taches de rousseur. Point de tristesse pour autant, juste le vent et le froid qui ne l’épargnent pas.
Pas après pas, les heures se succèdent, la nuit s’avance. Aucune lueur, aucun village aux alentours. Il faudrait être fou pour s’aventurer dehors par ce temps, dans le brouillard, sur la côte escarpée qui plus est. Mais l’instinct de la rouquine la conduit vers une cabane perdue et délabrée qui, comme elle, a résisté jusque-là aux assauts du vent. Avec une gratitude intérieure, elle jette rapidement une peau de chèvre sur son dos et s’endort aussitôt. Dehors, la tempête de neige approche.
Au petit matin, sur la lande blanchie par les bourrasques de lourds flocons de la nuit, pas un bruit ni aucune âme qui vive. La cabane a rendu son dernier souffle. Elle s’est allongée mollement sur les rêves de vengeance de la jeune femme et sur son corps transi de froid. Avec pour seul témoin, la neige qui continue de tomber, encore.












