NO ES MALO PEDIR RECIPROCIDAD, HONESTIDAD, ATENCIÓN, RESPONSABILIDAD AFECTIVA; ES LO MÍNIMO QUE TODOS MERECEMOS, QUE NADIE NOS HAGA MENDIGAR SOBRAS DE AMOR HACIENDONOS CREER QUE SOMOS DEMASIADO EXIGENTES.
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NO ES MALO PEDIR RECIPROCIDAD, HONESTIDAD, ATENCIÓN, RESPONSABILIDAD AFECTIVA; ES LO MÍNIMO QUE TODOS MERECEMOS, QUE NADIE NOS HAGA MENDIGAR SOBRAS DE AMOR HACIENDONOS CREER QUE SOMOS DEMASIADO EXIGENTES.
Guérir notre vie divisée
Prédication par Andrew Rossiter à Clairac le 15 février 2026 Matthieu 5.21-37
Connaissez-vous le livre (apparu en 1947) et le film du même nom «La Vie Secrète de Walter Mitty»?
Il a été adapté plus récemment en 2013, le personnage a été repris par Ben Stiller (https://www.youtube.com/watch?v=S6b2BgmSPyQ). Walter Mitty vit une vie ordinaire, terne mais il rêve de vivre une vie pleine d’aventures. C’est quelqu’un qui vit deux vies à la fois, une en extérieur, devant tout le monde où il ne fait pas de vagues et l’autre à l’intérieur de lui-même où il est le héros qui sauve les gens. L’histoire est drôle et triste à la fois. Walter est incapable de trouver le sens de sa vie dans l’ordinaire de son existence. Il est continuellement tiraillé entre les deux réalités.
Nous avons tous vécu des instants où notre intérieur n’était pas en phase avec nos actes et paroles, où nos pensées et nos intentions étaient bien différentes de ce que nous avons fait. Bien entendu nous ne vivons pas nécessairement une vie d’aventurier mais par moments notre extérieure ne reflète pas ce que nous ressentons à l’intérieur.
Parfois, nous faisons bonne figure ou prétendons être quelque chose ou quelqu’un que nous ne sommes pas, mais nous savons que ce n’est pas vraiment qui nous sommes.
Quand quelqu’un vous demande comment vous allez et vous répondez: «Je vais bien», sachant que ce n’est pas la cas. Peut-être ce n’était pas le bon moment ou la bonne personne pour poser cette question ou vous n’avez pas eu envie de dire à cette personne ce qui se passe. De toute façon, il y avait une déconnexion et vous l’avez ressentie.
Un ami m’a dit que l’une de ses plus grandes craintes était qu’il soit découvert et que d’autres verraient qu’il n’était pas vraiment tel qu’il apparaissait.
Afin de ne pas blesser l’autre nous pouvons dire et faire les choses qui ne sont pas vraiment le reflet de qui nous soyons. Soit dans la vie de tous les jours, mais aussi quand nous parlons de notre foi.
Et dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus dit que parfois nous enfreignons la loi même lorsque nous sommes des gens gentils, polis et bien élevés, Mais parfois, en suivant les règles nous rompons la relation que la loi était censée maintenir et soutenir.
Si nous avons des lois et des règles, elles sont là pour maintenir les relations que nous avons. Les lois nous rappellent que nos relations avec les autres sont fragiles, et les lois nous viennent en aide de notre fragilité. Donc, quand Jésus dit: «Vous avez entendu qu’il a été dit... Mais je vous dis...», il veut nous faire sortir d’une lecture littérale de la loi. Il intensifie et élargit son application. Il rend l’aspect intérieur de la loi aussi important que l’aspect extérieur. Ou comme disait ma mère, «faire ce que tu dis et dis ce que tu fais» (mais bien entendu, elle le disait en anglais «do what you say and say what you do»).
Je pense que Jésus n’essaie pas d’être moraliste ou légaliste et je ne pense pas qu’il ajoute simplement à la liste des dix commandements encore une «tu ne feras pas». Je pense qu’il est plus intéressé par qui nous sommes, par notre authenticité, notre intégrité, et comment nous arrivons à exprimer tout cela dans nos relations avec les autres.
Je pense qu’il nous demande d’approfondir nos vies, de faire attention à ce qui se passe à l’intérieur. Parce que les choses intérieures que j’ignore, nie ou refuse de gérer peuvent apparaître à la surface, que malgré moi-même, je projette d’une manière négative sur les autres.
Je n’ai jamais eu l’intention de tuer quelqu’un. Je n’ai jamais rêvé de torturer ou de vraiment faire du mal à un autre, même si je peux penser qu’il ou elle mérite «une bonne raclée». Même devant une queue de poisson en voiture, je me contrôle. J’inspire, je commence à compter jusqu’à 10 (il m’arrive de ne pas pouvoir dépasser 3 parfois!), et j’essaie de dire et de faire ce qu’il faut. Mais je ne contrôle pas toujours ce que je pense. Comment ma colère peut-elle tuer ma relation avec un autre au point que je coupe tout contact afin que cette personne devient comme morte pour moi? Quelles sont mes pensées (et mes paroles) qui insultent ou qui ruinent la vie d’un autre? Et c’est ici que Jésus intervient: en quoi tout cela est une trahison de moi-même, un forme de cancer spirituel qui peut détruire ma vie?
Nous pouvons supposer que Jésus cherche à imposer une loi plus stricte, plus exigeante, mais je crois qu’il nous invite tout simplement à réaliser notre guérison et notre plénitude.
Dans la liturgie anglicane le culte commence avec cette prière:
Almighty God, unto whom all hearts be open, all desires known, and from whom no secretes are hid: cleanse the thoughts of our hearts by the inspiration of thy Holy Spirit, that we may perfectly love thee, and worthily magnify thy holy name: through Christ our Lord. Amen.
Dieu tout-puissant, à qui tous les cœurs sont ouverts, et tous les désirs connus, et dont aucun secret n’est caché: purifie les pensées de nos cœurs par l’inspiration de ton Saint-Esprit, afin que nous t’aimions parfaitement, et magnifions dignement ton saint nom: par le Christ notre Seigneur. Amen.
C’est intéressant que le culte ne commence pas en demandant à Dieu de nous changer, de faire en sorte que nous devenions de meilleurs chrétiens, mais le culte commence dans nos cœurs, dans nos intérieurs. Cette prière nous conduit dans nos cœurs pour voir ce qui est là et ce qui n’est pas là, et pour voir ce qui manque et ce dont nous aurions besoin.
C’est du cœur profond que nos relations naissent. C’est ici que je trouve l’amour. Mais c’est aussi là où je trouve la colère. C’est dans le cœur profond que je trouve ma fidélité, mais je trouve aussi mes trahisons. C’est dans le cœur profond que je trouve la compassion et l’indifférence, le pardon et la condamnation, ce qui est cassé et fêlé et la plénitude.
Je pense que Jésus veut faire tout cela avec nous et pour nous. C’est sa manière de parler qui nous choque, mais en même temps ses paroles percutent directement notre intérieur. Jésus nous tient devant la loi de ne pas commettre un meurtre, et nous demande de nommer notre colère, de plonger notre regard au fond de nos cœurs afin d’accorder les deux aspects de notre vie, intérieur et extérieur. Il fait la même chose avec l’adultère, quand je refuse la tentation de passer à l’acte, comment je regarde mon désir sexuel en face? Et quand je me contrôle de ne pas prononcer une parole blessante ou une insulte, comment aussi prendre en compte mon besoin de vengeance ou représailles? Comment je vis mon simple oui ou non sans vouloir ajouter autre chose pour prouver mes bonnes intentions? La loi de 1695 permettait aux Quakers en Angleterre de ne pas devoir jurer dans un tribunal et pendant longtemps leur «oui» suffisaient pour rendre leur mariage légal.
L’Évangile d’aujourd’hui nous offre la possibilité d’aligner notre vie intérieure et notre vie extérieure, de cesser de vivre une vie comme celle de Walter Mitty, et de vivre une vie nouvelle dans laquelle nous sommes plus pleinement nous-mêmes et plus pleinement vivants. C’est une vie dans laquelle notre oui est vraiment oui avec tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, et notre non est vraiment non avec tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. Pour ma part, si j’arrive à vivre comme ça… ça sera formidable. Qu’en pensez-vous?