Fanal Parade Iéna Situation #3
Fanal Parade est le 3e volet de Iéna Situation, un cycle de recherche s’intéressant aux potentialités théoriques et artistiques du premier romantisme allemand. À la différence des deux premiers volets, Fanal Parade est une résidence d’une dizaine de jours à l’île de Sein dans le Finistère, et propose de réfléchir collectivement à la question de la représentation.
Une journée sénane avec :
Marianne Dupain Morgane Le Doze Raphaël Massart Matthias Odin Mathis Perron Janna Zhiri
—
Le voyage commence en bateau, où nous réunissons pour la première fois nos différentes réalités. Immersion dans le monde et découverte de l’île, l’Insula Seidhun, lieu des fées en breton. On y trouve les fées Morgane, élève de Merlin ; Ahès qui défia Ankou — la mort, ainsi que Dahut fille du roi Gradlon que son père voulait tuer pour l’empêcher de prendre le pouvoir sur la ville d’Ys, cité engloutie mythique sous l’île de Sein. Il y a aussi des Korrigs et des Teuz : Les Korrigs sont des créatures qui protègent les lieux, iels vivent dans les Landes de l’île. Les Teuz, elleux sont des génies domestiques qui vivent près des humains.
Touxtes ces esprits ont disparu·e·x·s, endormi·e·x·s par volonté de séparation de l’Empire. Iels se cachent maintenant dans ses brèches, dans les derniers espaces qu’il n’a pas encore investis. Mais iels ne se trouvent pas dans la « Nature » — et il ne faut surtout pas comme le voudrait Rousseau « revenir à la Nature » pour les trouver. Iels détestent la nature, c’est une invention de l’Empire qui a séparé les lieux, les animaux, les gens et la « culture » pour imposer son projet destructeur, normer, dominer et assécher. Iels conservent la mémoire de l’époque où il n’y avait que l’Unx, seulement la natureculture. C’était avant que l’Empire impose la doctrine de l’Être, la permanence des essences et la séparation. L’âme du monde était unie, en mouvement, générant différences et relations — pure immanence et joie.
Ainsi, Fanal Parade veut convoquer les esprits de Sein, apparitions évanescentes de l’Unx sur les terres arides de l’Empire. Mais il faut abandonner le regard que l’Empire nous impose, fissurer l’idéologie, et renoncer à notre pouvoir de séparation. Il faut commencer par nous défamiliariser, par « rendre le familier étrange ». Il faut reformuler ce que nous voyons — par le verbe et la figuration, pour changer notre perception et faire apparaître les brèches.
Une fois les fissures béantes, nous pouvons invoquer les esprits et, comme le veut Novalis : « unifier l’esprit à la nature ». Mais il ne s’agit pas de transformer la « Nature » à l’image des hommes, mais de s’engager activement en tant qu’humain·e·x·s comme part de l’Unx, de tisser du lien avec l’autre, multiplier les relations, et accompagner la joie dans sa bataille contre l’Être et la tristesse.
C’est donc par la pratique et non par la production — qu’on invoque les génies. La production les fait fuir, elle est production pour elle-même, hors-sol, au contenu indéfini, pure consommation de matière, violence faite au monde, pouvoir-sur et négation. Celleux-ci lui préfèrent les pratiques localisées et multiples, celles qui ne s’échangent pas mais se partagent, celles qui sont pouvoir-avec, joie et dépassement.
Ainsi, contre le projet moraliste et réactionnaire du retour à la « Nature », nous voulons appeler, avec Iéna au dépassement des grandes dichotomies (nature vs culture, humain vs nature, humain vs machine, esprit vs matière…) à la recherche d’une vie harmonieuse dont la relation est le centre. Dès lors, nous voulons aller par delà les divisions de l’artistique, du politique, de l’économique ou de l’environnemental. Pour cela, Fanal Parade est une invitation à partager un Art qui n’est pas production de marchandise, mais manière de raconter l’Unx, de se raconter, de s’engager dans le monde et d’unifier.
—
photos : Raphaël Massart
—
Du 8 au 16 Octobre 2022 @ Rue Saint-Guénolé, 29990 ÎLE DE SEIN.






