Le soleil étincelant, en cette matinée du 20 septembre 2019, donne à cette rentrée un air d’été indien, près du canal Saint-Martin, Paris (Xe). Comme tous les jours, Anna (le prénom a été changé), consultante en communication de 42 ans, vient de déposer sa fille de 3 ans à l’école maternelle. Cette maman solo dynamique, brune aux yeux verts, se hâte jusqu’au jardin Villemin. Elle veut faire un petit saut au compost. Elle passe sous le porche d’entrée du square, rue des Récollets, et se dirige vers le bureau des employés municipaux. Soudain, elle entend une voix l’appeler. C’est son voisin, Abdelaziz A. « Il avait des yeux comme des billes, qui partaient dans tous les sens. Ça m’a glacé le sang. J’ai su qu’il allait se passer quelque chose de grave », se remémore la jeune femme.
Abdelaziz dit à Anna qu’il l’aime. Il veut coucher avec elle. « Je lui dis que j’ai déjà quelqu’un dans ma vie. Et là, c’est parti en vrille. » Selon le récit d’Anna, cet homme de 47 ans se rue sur elle, et l’étrangle avec son bras droit. « Je n’arrivais plus à respirer, mais j’ai réussi à appeler au secours. » Anna sent alors trois impacts sur son flanc gauche. Elle pense à des coups de pied, ou de genou. En réalité, ce sont des coups de couteau. « La suite, c’est très flou », confie la quadragénaire, en ravalant sa salive.
« Si des gens ne l’avaient pas interrompu, il m’aurait tuée »
[…]
« Je sais qu’il visait la gorge, pour me finir… »
[…]
Il était gentil, cordial.
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Six mois avant son agression, Anna est chez elle, lorsqu’elle entend des sirènes de police. Pendant toute la matinée, elle reste bloquée chez elle, comme tous les autres résidents de l’immeuble. Elle apprend qu’une tentative de meurtre vient d’avoir lieu dans le bâtiment. Abdelaziz en est le principal suspect. Mais il a pris la fuite. « Il y avait des traces de sang partout. Tout le périmètre était bloqué. » Elle apprendra plus tard que la victime était la voisine de palier d’Abdelaziz. Cette jeune femme, Sandra, avait contracté un mariage blanc avec le frère du suspect, mais elle voulait divorcer. Elle aussi avait failli succomber à ses blessures à l’arme blanche au thorax, à l’abdomen et au bras.
Entendue par la police quelques jours après les faits, Anna s’était abstenue de dire du mal de son voisin. « C’est dire comme j’étais naïve, soupire-t-elle. Ça m’avait fait complètement stresser. D’autant que je suis seule. Je ne me sentais pas en sécurité. »
Xavier Driencourt, qui a représenté les intérêts de l’Hexagone à Alger pendant plusieurs années, estime que Paris craint de se brouiller avec un acteur dans la lutte contre l’immigration clandestine et le terrorisme au Sahel.
La France doit avoir une position beaucoup « moins timorée » vis-à-vis de l’Algérie. Cela permettrait de tourner la page, 60 ans après l’indépendance de ce pays, et de construire une relation « équilibrée », estime Xavier Driencourt, ex-ambassadeur de France sur place.
« Les Algériens ne comprennent que le rapport de force. Il faut que nous aussi on ait un discours qui soit plus clair », dit-il dans un entretien avec l’AFP à l’occasion de la sortie de son livre « L’énigme algérienne ». Xavier Driencourt a été à deux reprises ambassadeur de France en Algérie, de 2008 à 2012 puis de juillet 2017 à juillet 2020, notamment durant le mouvement de protestation populaire du Hirak qui mit fin à 20 ans de règne du président Abdelaziz Bouteflika en 2019.
Selon lui, la France est « paralysée » vis-à-vis d’Alger de peur de « fâcher », subir des « mesures de rétorsion », perdre l’attention d’un acteur clé pour la sécurité au Sahel et la lutte contre l’immigration clandestine. « Il faut qu’on ait une position moins timorée, beaucoup plus forte », affirme le diplomate. « Nous avons trop souvent tendu l’autre joue après avoir reçu une gifle », écrit-il également. Les responsables politiques français « n’ont pas une vision lucide et saine de la relation bilatérale parce que l’Algérie c’est autant de la diplomatie que de la politique intérieure ». Ils doivent en permanence composer entre des intérêts contradictoires, ceux des rapatriés qui se cristallisent en partie dans un vote d’extrême-droite et ceux des Français issus de l’immigration algérienne qui ont toujours un regard tourné vers Alger, la capitale algérienne.