Commentaires thématiques, André Breton, Francis Claude, Catherine Sauvage, Pershing, Musique, Léo et Madeleine.
a posté le 7 novembre 2013 à 23h14
Annie Butor parle d'André Breton dans son livre sur Léo et Madeleine (page 89 et les suivantes): le "pape du surréalisme" avait cité Léo Ferré comme "l'un des plus grands poètes de ce temps". Ma mère trouva son numéro de téléphone, le remercia, l'invita à dîner. Il accepta...Le soir venu, ce fut moi qui ouvris la porte. Tout de suite très chaleureux, il me fit un baisemain. Ce fut le premier de ma vie...Il revint régulièrement dîner le soir chez nous...Léo paraissait, chose rare, très intimidé et totalement sous le charme...Léo était très fier et très heureux...Ma mère était totalement énamourée. Elle ne s'en cachait pas, Léo l'était aussi. Ils avaient pour Breton une véritable affection, les échanges téléphoniques avec Saint-Cirq-Lapopie étaient fréquents et chaleureux...je n'entendais que qualificatifs laudatifs réciproques entre les deux hommes. La rupture fut brutale, douloureuse, définitive. Elle fut rapportée par Léo lui-même, reprise par de nombreux biographes. Je ne m'y attarderai pas...
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/810729-leo-ferre-au-sensationnalisme-du-livre-de-sa-belle-fille-je-prefere-belleret.html
a posté le 7 novembre 2013 à 16h05
Léo Ferré évoque André Breton (et Benjamin Péret) dans LES CHANTS DE LA FUREUR pages 871 et 872 puis 889: Nous rentrions chaque nuit, avec le chien, dans le désert Maillot/ Moi, je restais un petit moment sur la pelouse/ pour le pipi du chéri/ pendant que Mado se passait au lait de la démaquille...Nous rentrions chaque nuit/ dans cette maison douce où gouttait l'eau du robinet/ où tu prépareras les bons plats pour André/ et pour Benjamin/ dans cette cuisine un peu salle de bains.../ Quelle campagne ? Où ?/ Verneuil ?/ Pas encore, la chambre dans laquelle Breton dormait "comme dans une cerise"./ - Bonjour, Madeleine, cette nuit, j'ai dormi dans une cerise./ La veille, André, vous nous aviez lu Le Fils de Belzébuth...Quelle voix, vous aviez ! Quelle leçon de musique parlée, quel savoir était le vôtre, quelle magie dans vos syllabes descendant dans votre gorge. Vous mangiez la beauté comme on mangerait des cèpes, frais, crus, après la pluie...
a posté le 6 novembre 2013 à 22h23
Dans le Dictionnaire Ferré de Robert Belleret on trouve, concernant Francis Claude: étant son aîné de onze ans, Francis est un peu comme un grand frère pour Léo qui rame et est rongé par le doute. Ensemble Francis et Léo écrivent, sur un coin de table, L'île Saint-Louis, puis La Vie d'artiste, aussi autobiographique que prémonitoire: "Et mon succès qui ne vient pas/ Et notre pitance incertaine..."/ Annie Butor écrit, à propos de Francis Claude, pages 27 et 28 de son livre: Il venait souvent se joindre à nous et me transportait sur son dos en hennissant... C'est pourtant bien lui qui allait devenir peu de temps après le "Judas" de la chanson de Léo...Francis Claude dirigeait à cette époque Le Milord l'Arsouille, un cabaret où se produisait Léo. Il l'avait brusquement remplacé un soir par sa maîtresse Michelle Arnaud. Léo trahit amicalement et financièrement, se vengea, tout d'abord en écrivant cette chanson, puis en s'attaquant à la dame...
a posté le 6 novembre 2013 à 19h23
Léo Ferré LES CHANTS DE LA FUREUR pages 867 et 868: Judas l'indic/ Montrant du doigt le beau 28/ du Mont Pershing des oliviers à l'huile Esso/ dans le quartier des garages/ sur cette zone verte au paradis lunaparkiste...Judas il a envoyé le Gallois régler son compte à Ferré qui n'aime pas la chanson glougloutante et qui le dit...alors Ferré il a mangé l' morceau/ il a dit à Judas que sa cantatrice était une pétasse.../ Dans le bouquin d'Annie Butor on trouve, page 46: en rentrant de l'école, je trouvai la maison étrangement silencieuse, ma grand-mère livide, Pouta (c'est à dire Léo) itou, mais de maman point. "Elle se repose", murmura Léo peu convaincant. Je courus dans la chambre et découvris ma mère étendue sur le lit, le visage tuméfié. Le mari en question était bien venu pour "casser la gueule à Léo", il avait sonné, bousculé ma grand-mère, avait voulu se jeter sur l'artiste, maman s'était interposée pour défendre son homme, ce fut elle qui reçut le coup de poing...
a posté le 6 novembre 2013 à 11h56
Annie Butor écrit (pages 46 et 47) de son beau livre: je me rappelle avoir été choquée par la manière dont Léo parlait de Michèle Arnaud, d'une femme qui sans rancune apparemment continuera à interpréter ses chansons avec talent, et courage quand elle entamait une chanson antimilitariste, "Regardez-les", devant un public choqué, souvent réprobateur. Pendant toutes les années près de lui, j'ai pu constater qu'il n'épargnait aucune femme, aucune interprète, ses critiques étaient cruelles, quelquefois en public, mais surtout dans l'intimité...Une seule échappera toujours à sa vindicte: Catherine Sauvage. Véritable amie du couple, amie de chacun d'eux d'une manière différente: de Léo dont elle admirait le talent et qu'elle aida en contribuant à lui donner confiance dans ses textes, amie de ma mère dont elle admirait la générosité et le courage, mon amie dans la dernière période de sa vie..."Tu devrais écrire" me disait-elle.
a posté le 6 novembre 2013 à 01h15
Léo Ferré LES CHANTS DE LA FUREUR pages 856 et 928: on l'appelait encore Sauvage en ces temps de cinquante-trois, ma petite notre petite Catherine prie pour nous Catherine des chansons à fuir Catherine du genre je me mouille à fond Catherine la Grande comme l'Autre, un peu plus grande d'ailleurs, La Grande Catherine de Pershing, celle qui ne faisait pas le détail celle qui ne changeait rien à l'intro un peu canaille de Paris-Canaille celle qui ne risquait rien n'a rien et qui risquait tout, la Catherine rousse la petite roussette des Ferré en ces temps difficiles de cinquante-trois, la Catherine des caves de saintgermanouchet...Salve Caterina! ...faire le mot pour Catérina/ C'est Madeleine qui le fit, le mot/ ce qu'elle peut être fraternelle, Magdalena...Haut perchée la Catérina/ Je me souviens de sa chevelure du diable...et ses spartiates à marcher dans la nitroparole/ O sa statue quand elle lichait un p'tit ouisqu'/ en attendant la vocifération musiquée/ Tu te souviens, Catérina...
a posté le 3 novembre 2013 à 21h07
Léo Ferré, Les Années blêmes, Les Chants de la fureur, p855: En ces temps de cinquante-trois au mont des Oliviers Maillot/ vivait un artiste avec sa famille avec ses chiens/ en ces temps de 1953 monsieur Barclay des disques idem il se foutait pas mal du Ferré/ Ferré c'était de la chanson intellectuelle/ Ferré il vivait à Pershing des Oliviers et des garages/ Ferré il chantait dans des beuglants qu'il valait pas la peine d'y aller voir/ Ferré il plaisait à des journalistes en ces temps de 1953 des ratés comme lui...la fureur ça commence très tôt dans la vie d'un artiste et ça n'en finit jamais, j'ai la mémoire furibonde et la poésie qui claque qui claque comme une claque.
a posté le 3 novembre 2013 à 12h13
Annie Butor raconte, pages 33 à 35 de son beau bouquin: Ce boulevard Pershing, cette porte Maillot, aujourd'hui en partie avalée par le palais des congrès et le périphérique, furent pour nous trois notre refuge et notre paradis. A côté d'un porche aux pierres sales et croulantes, un café interlope que nous appelions le bistrot louait quelques chambres... De l'autre côté du porche, des odeurs d'essence s'échappaient d'un garage ouvert très tard la nuit...Notre maison paraissait sortir des Portes de la nuit. Ses murs lépreux lui donnaient l'allure d'un taudis...Maman et moi allions ainsi rendre visite à nos laborieux voisins, un cordonnier et sa nombreuse famille, les Kotsky...Un paradis fait de chaleur humaine, de solidarité, de rires, de problèmes d'argent partagé...Notre maison semblait être à la frontière de deux mondes: celui bien ordonné de l'avenue du Roule, de Neuilly...et celui plutôt zonard du boulevard Pershing...
a posté le 3 novembre 2013 à 00h50
On peut lire, page 881 des CHANTS DE LA FUREUR: il y a dix ans que je n'écris plus de musique/ j'ai dans la tête un vieux banjo de 1925/ En 89 je couperai la tête à JAZZ/ et à quelques autres/ à moins qu'on ne me la coupe, à moi, mais moi je ne m'appelle pas JAZZ/ je m'appelle TONTOLINO./ Pages 53 et 54 de COMME SI J' VOUS DISAIS, Maurice Frot écrit, parlant de Léo et de leurs virées avec Popaul: Une certaine folie, oui... et même assez chargée ! - mais, dit-on, qui vit sans folie n'est pas si sage qu'on croit. L'incontrôlable folie douce qui abreuve l'inspiration...Imprévisible, fantasque, déroutant, si inconséquent parfois qu'il en devient même un peu chiant. Sur une de ses tontolinades,"Tontolino !" lui jette alors l'un des deux ostrogoths (Tontolino ! Ainsi, enfant, le moquait l'une de ses tantes: en monégasque, petit sot). Sourire penaud et tête basse: oui, vous avez raison...la règle étant entre nous de tout se dire, sans fard, sans arrière-pensée, sans problème aucun.
a posté le 2 novembre 2013 à 23h10
Voici un monologue où Ferré parle de la MUSIQUE (pages 879 et 880 des Chants de la fureur): Tenez, pas plus tard qu'il y a un mois/ je suis parti au Canada/ eh bien, dans l'avion là-haut, où j'avais déjà à m'occuper de ma frousse/ il faut y aller en haut, tout de même/ eh bien, dans l'avion, elle était là, oui, et vous savez où ?/ pas à l'intérieur, non, au risque de prendre froid, la garce/ elle était à cheval sur le réacteur, le plus près de moi...elle était sur le réacteur et elle me disait...si tu ne me chantes pas à l'instant la troisième variation, au trombone, de la PASSACAILLE de ta 2ème symphonie, eh bien je fais sauter la baraque mon petit chéri/ alors vous pensez bien que j'obtempérais/ je chantais...c'était pas du très grand trombone/ mais ça lui suffisait, je le savais...elle est contente, très contente/ et puis elle m'embrasse/ dans l'avion, elle est venue m'embrasser/ ça a fait un peu bouger l'avion/ mais les gens croyaient que c'était des trous d'air/ il y a dix ans que je n'écris plus de musique...
a posté le 2 novembre 2013 à 16h22
Gilbert Sigaux écrit, pages 22,30 puis 18 de son petit livre sur Ferré datant de fin 1962: Léo Ferré, après sa rencontre avec Madeleine, écrit un opéra, LA VIE D'ARTISTE, que l'on jouera peut-être un jour mais qui fut refusé par la R.T.F comme par la Scala de Milan. Un poète famélique, un peintre tout en os, un éditeur de chansons, véritable pirate entouré de son armée, des créanciers et une dame sont les principaux personnages de La Vie d'Artiste, "satire des milieux de l'édition musicale quelque peu autobiographique"...Après La Vie d'Artiste, Léo Ferré composa LA CHANSON DU MAL AIME, oratorio lyrique sur le poème d'APOLLINAIRE...Madeleine Ferré collaborera à La Vie d'Artiste, à La Nuit (feuilleton lyrique), à La Chanson du Mal Aimé (et aussi à De Sacs et de Cordes), mettra en scène le récital triomphal de l'Alhambra. Elle est inséparable de la réussite du poète et du chanteur. Et c'est elle que l'on devine derrière les plus belles chansons d'amour de Léo Ferré.
a posté le 1 novembre 2013 à 16h39
Une partie du texte Les Années blêmes publié en 2013 dans LES CHANTS DE LA FUREUR figurait déjà dans Mon programme, brochure que Léo Ferré a imprimée fin 1968. Robert Belleret en cite un très bel extrait dans sa bio de Ferré(page 475): "Toi ma maison, je ne t'ai même pas vue./ Tu réfléchissais sans doute à la tristesse des loyers ou au loyer du doute qui n'a jamais de terme./ Je préparais déjà mes fêtes, mon opéra, ma caravane de bons chiens/ pendant que roulaient sur les rails, le nez en l'air/ les bons enfants des Républiques/ qui vont à Luna-barque/ voguer dans les musiques./ Ma maison pleine de ces clameurs perdues./ Des fois je me crois sur la vie, debout, à galoper sur les railways...Oh ma cagna des années blêmes !/ Oui des années...Maillot du Paradis Paris...(Voir aussi Les Chants de la fureur pages 840 et 842.)
a posté le 1 novembre 2013 à 01h15
Tontolino est un surnom affectueux dont Léo était parfois affublé dans son enfance(:d'après Robert Belleret). Voici un extrait des Années blêmes où ce surnom apparaît (pages 881 et 882 des Chants de la fureur): je m'appelle TONTOLINO/ quand j'étais petit, quatre ans, un jour après un gueuleton donné par ma mère à ses copines du quartier, je suis passé après tout le monde et me suis tapé tous les fonds de verres, du meursault, du corton, du champe, des liqueurs, j'étais beau/ je roulais comme une bille, dans la cuisine où ma mère, se doutant bien de quelque chose, m'avait appelé: - TONTOLINO, viens un peu ici/ Et TONTOLINO, j'aime autant vous dire qu'il n'était pas peu fier/ d'avoir liché les rogatons/ de s'être mis la Bourgogne dans la lippe/ de s'être embagué de merveilles...Tontolino, c'est un petit morceau de ma solitude/ la solitude des soûlographes/ et quand on a quatre ans et qu'on se soûle la margoulette/ ça vous marque un petit, ça !...
a posté le 31 octobre 2013 à 14h05
J'adore cet extrait du livre d'Annie Butor sur la préparation du passage de Léo Ferré à l'Olympia en 1955 (pages 72 et 73): chaque soir maman et moi lui faisions répéter tout d'abord les textes, comme à l'école, puis nous passions à l'épreuve suivante: le faire lever de son piano. Ma mère allait chercher un balai qu'elle coinçait entre deux chaises, puis installait Léo debout, en lui mettant entre les pieds une planche en bois. Il commençait à chanter a cappella et elle l'interrompait pour lui montrer quelques gestes à faire au bon moment...bref elle essayait de le mettre en scène. Il obéissait, avec application, puis, brusquement, se révoltait, c'était trop, les insultes pleuvaient, que dis-je les insultes, les menaces, et des plus graves, et en italien. On ne faisait pas dans la litote...Ce n'était pas "Je t'aime", mais "Je te tue !"..."Porca Miseria", hurlait l'artiste coléreux. "Quand c'est pas l'heur' des bis's dans l'cou/ Quand j'suis tout prêt à t'fout' des coups". C'est une chanson d'amour(: C'est un air.)