Val-Terreur 1 SUPERPRÉDATEUR: Étude des habitudes migratoires du Gulo volans et leur influence sur la sédentarisation et prospérité subséquente des peuples continentaux
Rapport commandé par l’Empereur en l’An 562 ab Urbe condita
Gulo volans, le glouton du ciel ou arkourangue, également connu sous son nom vernaculaire CAVIARDÉ, est une espèce de mammifère majoritairement carnivore. La bête aurait dominé les cieux adofariens plusieurs siècles avant l'arrivée de l’Empereur, puis aurait migré vers l’ouest– possiblement à la recherche de nourriture.
Pouvant mesurer jusqu’à trois mètres, l’arkourangue parvient à soulever son imposante masse grâce à ses puissants membres postérieurs qui génèrent l’impulsion initiale. Ses membres antérieurs supportent un patagium qui permet ensuite à l’immondice une ascension continue ponctuée de vols planés. La caractéristique la plus horrifiante de cette créature demeure sans contredit une troisième paire de membres situés aux commissures de son immense gueule et qui permet au glouton de déguster sa proie sans atterrir. De son immense gueule garnie de centaines de dents acérés surgit une longue langue que la femelle utilise pour partager des morceaux de sa proie avec ses petits qui logent dans une poche marsupiale jusqu’à la fin du stade juvénile.
C’est l’appétit insatiable du Gulo volans qui lui vaut son nom. En effet, une femelle seule peut décimer un village en une matinée– capturant aisément enfants et adultes dans les griffes de ses pattes postérieures et dévorant rapidement son butin avant de replonger pour un deuxième service. La panique engendrée par la visite d’une arkourangue décuple son efficacité puisqu'elle s’oriente avec une immense paire d’oreilles capables d’écholocation. Sans égard pour sa propre intégrité physique, la femelle entre dans une sorte d’état de rage et s’attaque d’abord aux proies les plus bruyantes, puis se posera finalement avant de passer le village au peigne fin. Plusieurs témoins rapportent que les spécimens juvéniles, maintenant de la taille d’un ours, s'adonnent aussi à cette activité avant de retourner dans le marsupium de la mère. Quelques témoins disent avoir survécu à une rencontre nez-à-nez avec le prédateur en restant silencieux, ce qui pousse plusieurs chercheurs à croire que Gulo volans est entièrement aveugle– ses six yeux seraient en fait des ocelles utiles à la régulation des systèmes cycliques et circadiens. Ces derniers théorisent aussi que l’arkourangue utilise les nombreuses cavités qui recouvrent son museau comme des flûtiaux émettant des ultrasons utiles à l’orientation, voire la communication entre individus.
Après avoir décimé les caravanes des premiers peuples et les cyclopéennes cités nordiques des Aedificiers, Gulo volans aurait migré des plaines arides du centre du continent vers l’ouest– toujours sauvage et inexploré. Moins d’une demi-douzaine d’attaques ont été rapportées depuis la Troisième Expansion– tous sur Val-Terreur à l’exception d’une étrange incursion d’un spécimen mâle dans La Capitale. Dépourvu d’ailes et affaibli par la faim, il fut rapidement capturé et envoyé au Colisée où il fut malheureusement complètement calciné durant les jeux.
La dernière attaque datant de la fin du siècle dernier, une quantité considérable d’historiens et d'anthropologues affirme que l’arkourangue est responsable de l’unification des Premiers Peuples dans les jungles méridionales, puis de leur sédentarisation définitive sur la péninsule adofarienne. En effet, l’envergure des ailes du Gulo volans est estimée à une quinzaine de mètres, rendant impossible son vol à travers l’épaisse canopée qui était maintenant le refuge de nos ancêtres. Les jungles étant elles-même dangereuses de par la quantité phénoménale des prédateurs qui l’habitent et des maladies que transportent ses insectes, les nomades durent mettre à l’épreuve de récentes innovations en matière de chasse et d’armement, elles-mêmes provoqués par une exposition prolongée aux attaques de l’arkourangue.
La Seconde Expansion s’est soldée par l’assimilation des archives aedificières, nouvellement propriété adofarienne depuis l’inclusion de ses propriétaires et des galeries souterraines qu’ils occupent dans l’Empire. L’étude de ces documents s’avéra nécessairement ardue; les aedificiers étant ecclésiastiquement dépourvus du droit de nommer proprement tout lieu, découverte ou invention– une superstition ouvertement ridiculisée par l’Empereur. C’est en comparant l’art pariétal des Premiers Peuples avec des poèmes aedificiers que les savants ont établi un premier lien entre les deux civilisation : c’est à cause de l’arkourangue que les Aedificiers, alors un peuple de surface, fuirent vers les profondeurs des montagnes septentrionales.
Si ce grand dérangement fut pour nos ancêtres l’étincelle nécessaire au développement de notre ambition, de nos plus grandes innovations et de nos cités; il sonna pour nos camarades du nord le glas marquant le début de leur déclin psychique dans les profondeurs de la superstition et de la démence.
Antide le vertueux, seizième jour du mois de Mars de l’An 563 ab Urbe condita






