« La désolation est à sa cadence maxima, le bannissement de Mnemosyne (…) d’où sourd la poésie. La poésie, ce sont donc les eaux qui parfois courent à rebours vers la source, vers la pensée comme pensée fidèle. » Pour Hannah Arendt également, la poésie est de tous les objets de pensée le plus proche de la pensée, le poème relevant plus de l’œuvre d’art que de l’objet, même s’il doit subir le processus de réification, devenir une chose tangible pour soutenir la mémoire. La poésie, la « vraie langue », qu’évoquent Scholem et Benjamin, l’art pour nous sauver du désert. C’est bien ce que semblent confirmer les notes manuscrites d’Arendt : « les seuls à croire au monde sont les artistes. La résistance de l’œuvre d’art reflète le caractère persistant du monde… »
Sylvie Courtine-Denamy, Préface au livre d’Hannah Arendt Qu’est-ce que la politique ?, Éditions du Seuil, 1995













