La saison 1 de Handmaid’s Tale est la plus belle chose et la plus terrifiante que j'ai pu voir cette année. Dix photos, dix couleurs, dix cadrages qui portent l'esthétique et le sens de cette dystopie glaçante. 1 : le visage de June, c'est-à-dire celui que lui prête Elisabeth Moss est capital. Sur lui se lisent l'horreur de son sort, les tempêtes intérieures que son cœur courageux endure pour traverser un destin impossible pour espérer retrouver les siens. L'actrice a une façon de cligner des yeux sans totalement joindre les paupières qui vaut mille discours ; son sourire à peine esquissé vise la neutralité voulue, celle qui la protège. 2 : les lumières tamisées de la chambre de “La Cérémonie”, qui n'est autre qu'un viol légitimé par un passage de la Bible et validé par l'épouse stérile. L'image est atroce malgré le cosy cossu de la chambre des notables de la ville : l'ultra symétrie accentue la rigueur dictatoriale du régime en place, et le corps féminin devient absurde, monstrueux ; deux corps pour une femme, pour une seule mère. Équation impossible, symbole de l'absurdité de l'entreprise de la nation : faire des Handmaids les utérus du pays, les réduire à cette position utilitaire, nier le reste de leur individualité. 3 : le lustre que contemple June, pendant l'acte sexuel subi, dans un moment de dissociation qui lui permet de supporter l'outrage physique et moral qu'elle endure. Le bleu profond du plafond la fait dériver sur des pensées réconfortantes liées à son passé, heureux mais perdu, comme un ciel sous cloche, fermé. 4 : le jaune pâle de la fenêtre de la chambre de June où elle passe beaucoup de temps, où elle est même recluse en cas de punition. Lieu de solitude sans pour autant être celui de la tranquillité. 5 : le vert de la tenue de Serena et des mères qui ont recours aux Marthas, les aspirantes mères ; ici, maîtresse de maison soumise, épouse dévouée mais blessée, humiliée d'être stérile, obsédée par son désir d'enfant qui la rend violente et cruelle. Un personnage d'une tristesse immense. 6 : un sourire ironique de June que l'on aperçoit à peine quand elle reçoit le cadeau de Serena, dans le miroir de la danseuse rose qui s'anime quand on ouvre la boîte. June saisit parfaitement le symbole : c'est en effet d'elle qu'il s'agit, comme le miroir le suggère, une poupée emprisonnée dans une boite, qui ne danse que quand on le lui intime et que l'on range quand elle a fait son tour. 7 : plongée sur les Handmaids regroupées, d'habitude si ordonnées… le rouge de leurs robes qui indiquent leurs menstrues et donc leur fertilité, le blanc de leurs bonnets qui ramènent ces femmes à leur servilité et leur soi-disant côté béni et sacré. Uniforme éclatant qui pourrait bien leur donner la volonté de devenir une armée… 8 : le regard possesseur de l'homme sur sa servante, le regard fuyant de la femme désirée qui sait qu'elle ne peut dire non et se force à sourire pour ne pas être désobligeante. Violence interne et contenue dans ce moment intense, en transit bleu électrique vers un lieu interdit, où les femmes sont encore et toujours des objets. 9 : plongée encore, sur les mains des servantes qui choisissent des oranges, denrées rares dans ce monde abimé par la pollution, lors de leurs courses (seules sorties tolérées), moments de sororité anxieuse où elles peuvent échanger quelques mots entre les “Béni soit le fruit” et autres “Que le Seigneur ouvre”… au risque de leurs vies parfois si elles s'écartent du chemin qu'on leur a tracé. Elles sont observées, épiées, elles sont constamment sous l'œil de l'autorité (“Under his eye.”). Ce regard est écrasant, il surplombe tout, d'où les nombreux plans en plongée. 10 : des pastilles de lumière d'une fête de la vie passée, de la vie heureuse, d'une vie moins archaïque, où le futile et la joie étaient permis, et surtout où la liberté était possible, où une famille se fondait par amour et avec spontanéité.














