J’ai énormément aimé celui-ci, qui est un cousin du précédent.
Je ne sais pas si la réélection de Trump a pesé (je pense que oui), mais ce récit là est moins poignant (encore que, Billy qui erre c’est très dur, Billy qui n’est presque rien, dont la vie n’est qu’au conditionnel), mais carrément plus énervé que celui qui parle de Buffalo Bill.
Le ton d’Éric Vuillard est acerbe, il pétrit sa prose de formules hautement ironiques, il dézingue l’Amérique dans les grandes largeurs. Après le massacre des Indiens, c’est le règne de la confusion, de la débrouille, c’est l’ère des petites frappes hors la loi, surtout si elles traînent leurs guêtres dans des zones floues, sur les nouveaux territoires où, précisément, la loi n’est pas très sûre d’elle, ni très installée. C’est l’invention de l’opportunisme, et de l’économie de marché. Billy est né pauvre et malheureux, peu aimé, négligé, il est vite sur les routes à tenter d’échapper à une vie de merde disons le franchement. Il n’y échappera pas, malgré un semblant de grâce éphémère.
Il devient selon Vuillard (qui ne s’éprend pas de sa légende fabriquée après coup) le plus connu des desperados qui ne sont que les versions dégradées des self-made-mans. Dans un monde où l’argent est roi, soit tu gagnes, soit tu perds, c’est aussi simple que ça.
Quand les villes se créent, des shérifs sont élus. Les petites frappes d’avant deviennent des chefs, des éléments des forces de l’ordre. Car j n nouvel ordre, brouillon et confus, s’installe et les ardoises sont plus ou moins effacées. Billy sera du mauvais côté, mais pas plus coupable que ceux qui arborent l’insigne étoilée.
Vuillard appelle cette époque la « crémaillère » du capitalisme. Et on comprend bien que c’est de cette naissance sale, infâme, que viennent les autre infamies à venir, que le progrès matériel n’a aucunement fait progresser humainement une fois que les inégalités ont été bien installées. Les puissants d’aujourd’hui ressemblent étrangement aux puissants d’hier, la force de frappe en plus. Billy n’était qu’un orphelin là-dedans, un parmi d’autres, égaré, malchanceux. Il a fait partie de ces malfrats utiles à la création de ces simulacres de civilisation, puis il a été malchanceux, encore, courageux sûrement, puis oublié, et abattu.
Un destin non pas héroïque à célébrer sur petits et grands écrans, mais un être un peu effacé par le temps, comme sa photo délavée, qui mérite d’être remémoré pour ce qu’il représente, les oubliés et les futurs oubliés de l’Amérique en marche, ceux de l’envers du décor.
Un livre implacable et convaincant. Un livre plein de rage et de tristesse.