Artiste insaisissable de la pop indé frenchie, disparu plusieurs années, sans donner d’adresse, avec son groupe ovni, presque mythique, HYPERCLEAN, dont les membres sont aujourd’hui parsemés dans d’autres fabuleux projets tels que Tame Impala, Aquaserge, Moodoid, Stéréolab ou Julien Gasc et les Gasquettes. Frédéric Jean (dit Artiste) est mis en avant par l’excellente collection La souterraine avec un recueil d’inédits faits de démos brutes-de-décoffrage, d’essais de voix, et de trois perles récemments enregistrées que sont “La langue”, le dé-Dali-que “Grand Escalier”, ou encore le sulfureux “Pénis” - interdit aux moins de 16 ans, déjà relayé par le Mouv et France Inter en l’espace de trois semaines après sa sortie. L’album est ici
Fondateur du soit disant “zou-réalisme”, directeur de l’association pour la conquête spatiale en milieu associatif, cet artiste multifacette au parcours chaotique vous est présenté ici sous la forme d’un petit interview réalisé début mai 2014. Le Collectif Génial http://www.genial.pro Frédéric, en 2004 tu es “découverte du printemps de Bourges”, tu signes chez Microbe Records, puis rapidement repris en license par Warner en 2006, entre temps on te voit voit sur les tournées de Brigitte Fontaine, Katerine, ou encore les Wampas et puis en 2007, disparition ! Que s’est il passé ? F : Ben je pense qu’on était trop barré. Ça a marché très vite car on était bon sur scène. On avait ce coté groupe de rock arrogant qui agace et qui plait à la fois. J’ai des super musiciens que tout le monde me jalousait, moi, je faisais le clown et ça marchait, c’était le bon mélange. Par contre, on était juste vraiment pas fait pour bosser pour l’industrie du disque. Avec Warner ça ne collait pas du tout. Eux c’était surtout des commerciaux qui n’avaient pas du tout la même culture que nous. De plus ils se sont pris une grosse claque avec l’essor d’internet, du streaming, du téléchargement. Du coup, pour nous, les conditions étaient assez précaires, on a eu droit au strict minimum. C’était pas des marrants et ils attendaient de nous qu’on soit un bon petit produit - nous, c’était tout l’opposé. Ils nous parlaient de stratégie de com et moi ça me sortait par les oreilles. On avait vraiment soif de poésie, de spontanéité, on avait surtout envie de s’amuser. Coté médias on avait du mal à jouer le jeu. On était peut être trop en réaction, pas à l’aise avec le coté factice de ces relations “promo”. Certains de mes musiciens refusaient les passages radios ou même d’être pris en photo. enfin c’était le bordel ! On rendait fous les gars de chez Warner. Je me souviens un passage France 4 où Julien et Benjamin avaient absolument voulu jouer masqués. En 2007, les démos que je proposais pour le nouvel album n’intéressèrent pas la maison de disque et cela mit fin à notre collaboration. On retrouve justement certains titres dans l’album Tata ou encore dans la Mostla Tape de cette année. Alors justement, en 2009, tu sors un album, mais personne n’en entend parler ... F : Haha oui pour le coup on est vraiment devenu un groupe maudit. Le label qui nous avait signé à l’époque a fermé boutique quasiment au moment de la sortie, il n’y a jamais eu de com sur cet album, et pour comble, le distributeur, Discograph, a coulé et fait détruire les stocks sans me demander mon avis. et c’est même pas une blague! mdr. (le lien digital: http://www.hyperclean.net/tata) Pourtant on vous voit sur les Francofolies de la Rochelle en 2012 et sur quelques autres festivals de temps à autre, donc ça continue ? F : Ben oui mais sans maison de disque et donc sans tourneur, je continue nécessairement à écrire, même si depuis je vis surtout avec les boulots que je fais à coté... on joue quand on nous appelle ! Ces deux dernières années (en fait justement depuis les francos) j’ai tourné avec un conte pop semi improvisé appelé “Je suis mort etc” . Cinq chansons jalonnent une performance de 40 min d’improvisation avec deux musiciens (E.Sornin de Forever Pavot à la batterie, B.Glibert à la basse). Une partie chantée, une partie racontée en impro . La mostla Tape c’est quoi alors ? F : C’est Benjamin Caschera de Almost Musique qui a vu le conte pop d’Hyperclean aux Trois Baudets l’an passé. Il travaillait déjà avec Aquaserge - dont Benjamin Glibert , notre cher bassiste guitariste fait partie - et il m’a proposé de faire un recueil de singles inédits sur sa collection de la Souterraine en piochant dans des titres récents et des vielles démos que je n’avais jamais sorti. C’est ça la mostla Tape et je suis vraiment content des retours qu’on a. ça c’est chouette. Et après ? Une sortie de “Grand Escalier” en 45T en double face avec Chevalrex chez Objet Disque(1) prévue pour bientot. Sinon finir la version disque du conte. Sortir de nouveaux singles en cours d’année. M’occuper de ma petite famille. Trouver un nouveau tourneur pour faire des dates et colporter la joie qui m’habite de part le monde. Et peut être ... pourquoi pas ... un jour, racheter le chateau familial ou l’assiéger. (1) http://www.objetdisque.org _________ Ton parcours en quelques mots ? En musique je suis autodidacte. j’ai d’ailleurs mis longtemps à me définir comme musicien, ce qui me plaisait surtout c’était le coté performance. Petit, j’ai découvert la musique avec Mickael Jackson, Iron Maiden, les Beatles et je me prennais pour Madonna. À L’adolescence c’était Zappa, Dylan, Neil Young, Pink Floyd, Led Zeppelin. J’ai fabriqué ma première guitare électrique à l’age de seize ans et j’ai commencé à commencé avec ça. Ensuite j’ai touché un peu à tous les instruments... batterie, piano, guitare, etc . Pour mes premiers groupes et premières chansons, c’était plutot influences indé 90, genre Fugazi, Nirvana, Tortoise. Je jouais aussi beaucoup dans la rue, ce qui m’a appris un rapport au public très direct, très frontal. Je me suis aussi nourri d’expériences avec des compagnies de théatre. Je suis très attaché à l’aspect performance, à l’improvisation sur scène, et surement du fait d’avoir baigné dans un univers de théâtre étant petit, tant par mon père Christian Jean, metteur en scène et régisseur lumière que sa compagne la comédienne Dominique Blanc. Mon gout pour la chanson vient aussi beaucoup de mon grand père maternel, René Dulac, qui animait des bals dans le lot dans les années 50/60 et que j’entendais souvent pousser la chanson à la maison, un espèce de fou chantant à sa façon. Depuis 2000, je suis aussi batteur dans un projet instrumental - UEH - ( http://uehmusic.net ) avec qui nous avons signé une série d’albums sur le label japonais Acid Mother Records. C’est par ce biais que Makoto Kawabata a découvert mes chansons et m’a proposé en parallèle de sortir mon premier disque ! Frédéric / Frédéric @ AMT Records C’est ensuite en rencontrant ceux qui ont formés Hyperclean avec moi que je me suis vraiment ouvert à la pop. D’abord avec l’arrangeur Olivier Cussac, puis avec Julien Gasc, Benjamin Glibert, Ludovic Dulac ou Julien Barbagallo, aujourd’hui membres d’Aquaserge, Tame Impala, Stéréolab etc. Depuis, Hyperclean c’est mon principal projet musical, à part quelques collaborations pour l’image ou le théatre, notamment avec Eric Neveux et Philippe Calvario. Les sites: http://www.hyperclean.net http://www.zourealisme.com