Effet sur le nombre hebdomadaire de cas en réanimation d’une stratégie de mesures intermittentes d’endiguement du Covid-19, dans un scénario concernant le Royaume-Uni. Imperial College COVID-19 Response Team Coronavirus : des modélisations montrent que l’endiguement du virus prendra plusieurs mois, par Hervé Morin, Paul Benkimoun et Chloé Hecketsweiler, 17 mars 2020 Poste 4 : le dernier (avec reprise de la fin du Post 3) L’équipe de l’Imperial College a donc imaginé une stratégie où les mesures de « suppression » seraient périodiquement allégées, puis réinstaurées dès que les cas se remettraient à menacer les capacités de prise en charge. A l’échelle du Royaume-Uni, elles devraient être en vigueur les deux tiers du temps jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible (ce qui n’est pas envisagé avant douze à dix-huit mois) et poseraient en pratique de grandes difficultés d’adaptation des structures collectives. « Notre principale conclusion est que l’atténuation n’empêcherait pas une augmentation des cas qui excéderait jusqu’à huit fois les capacités en lits d’hôpitaux et de réanimation, dans le scénario le plus optimiste », écrivent les chercheurs. Et même si l’ensemble des patients pouvaient être pris en charge, il y aurait encore 250 000 morts au Royaume-Uni et jusqu’à 1,2 million aux Etats-Unis. Pour Neil Ferguson et ses collègues, la conclusion est que l’endiguement de l’épidémie « est la seule stratégie viable actuellement. Les effets sociaux et économiques des mesures nécessaires pour y parvenir seront profonds. » Ils notent que plusieurs pays les ont d’ores et déjà adoptées, mais que même ceux qui n’en sont encore qu’à un stade précoce de l’épidémie sur leur sol « tels que le Royaume-Uni, devront le faire de façon imminente ». La France vient de le précéder sur ce chemin. Ces conclusions alarmantes font écho à des travaux du laboratoire Inserm-Sorbonne Université Epix-Lab dirigé par Vittoria Colizza (Inserm, Sorbonne Université), montrant l’efficacité et les limites des fermetures d’écoles et du développement du télétravail. « Réduire d’au moins 60 % les contacts » « Les fourchettes données par l’équipe de Ferguson sur le nombre de cas et de décès sont tout à fait en ligne avec nos modèles. Elle a pris en compte deux stratégies qui tiennent compte des politiques adoptées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, sans inclure le télétravail dans les mesures à combiner, comme nous l’avons fait », souligne la chercheuse. En France, les équipes de modélisation commencent à intégrer les données en provenance d’Italie, qui permettront de se rapprocher davantage de la situation française. « Dans quinze jours, nous verrons si les mesures qui entrent en vigueur en France marchent pour endiguer l’épidémie, mais le pic est encore éloigné. Elles devront rester en place suffisamment longtemps pour qu’une immunité de groupe soit présente dans la population afin d’éviter un rebond des infections. Nous travaillons à estimer quand il serait optimal de pouvoir les lever mais en attendant, il faut qu’elles soient strictement appliquées », insiste Vittoria Colizza. Dans son avis du 12 mars, le conseil scientifique Covid-19 notait que par le passé, des modélisations avaient « souvent fait des prédictions exagérées ». Mais la transposition des résultats de l’équipe de Ferguson à la France semblait limpide : « Sans même se placer dans des scénarios extrêmes, ni dans les scénarios “les pires probables” au sens des modèles mathématiques, des hypothèses intermédiaires faisaient déjà apparaître avec un degré de plausibilité élevé, un écart important entre le nombre de cas sévères nécessitant une réanimation avec les capacités hospitalières françaises, même augmentées par des mesures appropriées. » Lire aussi Coronavirus : le télétravail et les fermetures scolaires pourrait abaisser le pic épidémique de près de 40 % Pour éviter une vague de décès, les experts recommandaient des mesures « plus contraignantes », rappelant que « pour un virus comme SARS-CoV-2, il faut réduire d’au moins 60 % les contacts ». Les modèles de Neil Ferguson semblent avoir eu l’effet d’un électrochoc : le jour même de leur présentation à l’Elysée, le président de la République annonçait la fermeture des écoles, et dès le samedi celle des commerces, cafés et restaurants. Dans leur dernier avis du 16 mars, les scientifiques s’alarmaient cependant de « la non-perception d’une partie de la population de la gravité de la situation »,soulignant que les comportements ne s’étaient « pas suffisamment modifiés ». Quelques heures plus tard, le confinement général de la France était prononcé. Lire aussi Covid-19 : « L’enjeu majeur est de réduire les contacts entre les gens » Hervé Morin, Paul Benkimoun et Chloé Hecketsweiler












