"Hors de la cuture populaire, l’éthos infantiliste domine aussi : en politique ou en religion, des jugements dogmatiques à l’emporte-pièce remplacent les complexes nuances de la réflexion morale adulte, et les stigmates d’une enfance éternelle sont imposés à des adultes qui s’abandonnent à la puérilité sans plaisir et à l’indolence sans innocence. D’où le goût nouveau du consommateur pour la vieillesse sans dignité, la tenue sans cérémonie, le sexe sans reproduction, le travail sans discipline, le jeu sans spontanéité, l’achat sans but, la certitude sans doute, la vie sans responsabilité, et le narcissisme dans le grand âge et jusque dans la mort sans une once de sagesse ou d’humilité. A l’époque où nous vivons, la civilisation n’est pas un idéal ou une aspiration, c’est un jeu vidéo."
Benjamin Barber, Comment le capitalisme nous infantilise, trad. Lise et Paul Chemla, Paris, Fayard, 2007











