Je ne sais pas si c’est l’effet Hannah Horvath, dont la peinture creuse sur mon visage les contours de mes émotions, si cette toute petite dose d’alcool, si c’est le fait de ne plus vouloir dépendre mais d’embrasser sa solide solitude, c’est peut-être le fait de se rendre compte que les autres font leur vie et qu’on a pas pris de nouvelles, qu’ils s’éloignent et qu’ils n’ont plus besoin de vous, qu’ils vous chérissaient mais que vous êtes resté un peu en arrière, trop faible encore, pas assez accroché à la vie, encore à essayer de rattacher le wagon suivant, à la force des bras, sans outils ni expérience. Un peu cabossé, en somme, pas assez tanné, encore sensible au plus petit soubresaut du train. Le genre qu’on regarde en se disant : “moi à côté, ça va, j’arrive à m’en sortir”. Pas adulte, pas adapté, pas grandi, pas né. Toujours avec ce grand vide au centre du ventre. Cette impression d’éternel vanité, l’impression que tout se joue là et puis passer son tour, parce que de toute façon on fera jamais assez bien. Un vague désir d’enfant, l’envie d’appartenir à quelqu’un tout entier. Lui donner son amour, poser entre ces mains les fruits de notre coeur comme on se confesse, bazarder tout, déjà ça de pris, il saura que je l’aime. Être si loin des autres, et vouloir tellement s’excuser déjà d’être toujours en retard, de n’être pas assez, pas assez. Jamais assez sûr. Mais le coeur est toujours trop lourd à porter. Est-ce que certains meurent de n’être jamais nés ?