Les tournants dans notre vie
Prédication par Andrew Rossiter au temple de Villeneuve sur Lot le 18 janvier 2026. Esaïe 8.22b-9.2, Matthieu 4.12-23
Jeune pasteur, je suis arrivé à Southampton en Angleterre dans mon premier poste. J’ai été invité à la pastorale des pasteurs, où j’ai rencontré mes collègues Méthodistes, Baptistes, Anglicans, Réformés et Adventistes. «Raconte-nous l’histoire de ta conversion», ils m’ont dit. «Raconte-nous comment tu as trouvé le Christ et comment tu es devenu pasteur.»
«Eh bien...», j’ai commencé. Et puis il y a eu un silence. J’ai pris un peu de temps pour réfléchir à la question, et j’ai recommencé. «Eh bien,...» Et encore le silence.
Puis j’ai dit quelque chose comme: «Tu sais, c’est juste que ça a toujours été là, un sentiment de foi, de relation, de désir. Je ne me souviens pas d’une époque où ce n’était pas le cas.»
L’un d’eux a demandé: «Il n’y avait pas de jour ou d’événement particulier?» J’ai secoué la tête. Lui aussi. Ils étaient clairement déçus et peut-être même pas très sûrs de ma vocation.
«Aussitôt» - vous avez remarqué ce petit mot dans le récit de Matthieu? Toute de suite, sans attendre, sans hésiter. Simon et André n’ont pas dit, «Juste un instant, je vais finir ceci et je suis à toi». On dirait que le jour où Jésus se pointe, il faut immédiatement laisser derrière nous notre ancienne vie pour le suivre ailleurs. Marc, lui aussi, décrit le même scène. Alors, pourquoi j’ai du mal à croire que c’est passé exactement comme ça?
J’ai déjà entendu des récits comme ça, et peut-être c’est l’expérience que vous avez fait de votre conversion. Même si c’est vrai pour certaines personnes, ce n’est pas l’expérience normative, comme si toutes les conversions doivent se passer comme ça.
Certains personnes disent que la conversion est une expérience continue et régulière qui prend toute la vie. D’autres racontent une histoire de lutte et de doute, d’aller-retour, sans jamais être sûr de ce qui est entrain de se passer, le sentiment qu’il y a peut-être quelque chose, mais sans en être certain.
Après tout c’est notre histoire personnelle. L’histoire d’une relation qui commence quelque part, même si nous ne sommes pas conscients que c’est le début de quelque chose. Cette relation continue et peut être qu’elle grandit et devient autre chose, plus profonde, plus vrai, plus excitante. Il n’y a pas une seule façon ou une bonne manière de la vivre. Il y a probablement autant de façons d’être appelé, de trouver Jésus, d’être trouvé par Jésus, peu importe comment vous voulez le décrire, qu’il y a des gens. Il est unique et personnel pour chacun d’entre nous.
Donc, pour moi la question n’est pas comment cela s’est produit, mais qu’est-ce qu’elle produit et continue à produire en moi? Je ne pense pas que c’est une chose une fois pour toutes, et pour toujours. Toute notre vie est une conversion. Nous sommes toujours en train d’être convertis, façonnés et formés à la ressemblance de Jésus, encore et encore.
Et quand Jésus vient à nous et nous dit: «Suis-moi», ce n’est pas quelque chose abstraite et détachée de notre vie. C’est dans le contexte de qui nous sommes, dans les circonstances et les relations de nos vies. Notre relation avec Jésus est vécue dans les événements du monde, dans les relations que nous avons et à l’intérieur de qui nous sommes. Matthieu décrit tout cela dans son Evangile. Il ne décrit pas seulement la vie et le ministère de Jésus, mais aussi la formation continue de Pierre, d’André, de Jacques, de Jean et tous les autres.
Nous pouvons repérer les changements et les transformations de ses hommes et femmes autour de Jésus tout au long de son ministère. Les personnes ne sont pas les mêmes à la fin qu’elles étaient au moment d’entendre les Béatitudes, de voir le premier guérison ou d’assister à la multiplication des pains. Encouragés par leur mère, deux d’entre eux, Jean et Jacques, réclament les meilleures places. Plus tard ces deux ont continué la mission après la résurrection avec courage et fidélité quand l’Esprit est descendu sur eux à la Pentecôte.
Chacun de ces moments résonne avec les paroles de Jésus, «Suis-moi.» Chaque instant de nos vies est le jour de la première rencontre au bord de l’eau. Ces mots nous attendent à toutes les intersections de nos vies, à tous les tournants de notre histoire personnelle. Ici dans la lecture de ce matin Jésus dit deux phrases «Repentez-vous» et «Suivez-moi». Ce sont deux phrases qu’il prononce face à ces premiers disciples. Il ne donne pas d’enseignement, pas de discours, pas de persuasion. Simplement «Repentez-vous» et «Suivez-moi». Peut-être elles sont les deux faces d’une même médaille.
Quand nous entendons le mot «repentance», nous pensons, «Euh oh, quelqu’un a été mauvais. Quelqu’un ferait mieux de changer ses mauvaises habitudes.» Et parfois c’est vrai. Mais le mot repentance signifie bien d’autre chose qu’un changement moral, c’est une réorientation de toute la vie. C’est un tournant. Nous regardons dans une direction différente. Nous voyons avec de nouveaux yeux. Nous établissons de nouvelles priorités. Nous empruntons une nouvelle route.
Ces tournants viennent de beaucoup de manières différentes.
Parfois, ils viennent comme nous l’avons planifié, travaillé et espéré.
D’autres fois, ils sont complètement inattendus et nous prennent par surprise.
Parfois, ils nous apportent joie et bonheur.
D’autres fois, nous sommes remplis de tristesse et de perte.
Parfois, ils affirment tout ce que nous pensons et croyons.
D’autres fois, ils nous laissent confus ne sachant pas ce que nous croyons.
Vous avez probablement vécu toutes ces choses et plus encore dans les tournants de votre propre vie.
Quels sont ces tournants pour vous? Ces moments où, pour le meilleur ou pour le pire, votre vie a été transformée:
Déménager et commencer notre vie par nous-mêmes,
Tomber amoureux et se marier,
La naissance d’un enfant,
La mort d’un être cher,
Votre divorce,
Un succès ou une réalisation qui était vraiment significatif
Un rêve de longue date qui s’est finalement réalisé.
La liste continue. Ce sont les moments où un changement s’est produit en nous et dans le monde qui nous entoure. Tous différents, ils contiennent néanmoins un élément en commun: l’invitation de Jésus de le suivre.
Chaque tournant vient avec l’opportunité et la promesse du Christ de remodeler nos vies. C’est ce que Jésus a fait pour Pierre, André, Jacques et Jean. «Je vais te faire...», dit-il. C’est aussi ce qu’il fait pour nous.
Et ça se passe dans la vie qui est la nôtre. Jésus ne s’intéresse pas à une vie meilleure, ailleurs, parfaite ou particulièrement spéciale. Jean, Jacques, André et Pierre étaient dans leur lieu de travail avec leurs bateaux, filets, quota de pêche, soucis de familles et ainsi de suite.
Alors comment cela se produit pour vous? Quel est le moment de tournant cette semaine ou la semaine prochaine, cette occasion de repentance, d’une direction nouvelle?
Peut-être que vous savez exactement ce que c’est. Peut-être vous l’attendez avec impatience. Peut-être que vous l’avez vu passé, et décidé de fermer les yeux. Quoi qu’il en soit, c’est là et Jésus fait signe, il appelle, il désire. Il se tient là et il dit: «Suis-moi. Je t’ai choisi.»














