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Mi son scordato.
Sul modello di J'ai oublié di Jacques Bens, scrivere una serie di frasi che comincino tutte con Mi son dimenticato o qualcosa del genere.
Mi son dimenticata il portafoglio con documenti, bancomat, carta di credito e tutti i Dirham in albergo il primo giorno del viaggio a Marrakech. Mi son dimenticata il portafoglio con documenti, bancomat, carta di credito e tutti i Pesos in taxi la primo sera del viaggio a Buenos Aires.
Ho dimenticato cinque sciarpe, dieci ombrelli, otto guanti, un anello d’oro di mia zia, tre libri, un cappotto, due cappelli, le chiavi di casa, le chiavi della macchina, le chiavi del lucchetto della bici, la borraccia piena d’acqua, la cartella dei documenti sanitari, tre paia di scarpe, la spesa, la password, il codice del bancomat. Mi sono dimenticata di andare a ritirare un piumino al lavasecco e un quadro dal corniciaio (se vado oggi chissà se li hanno ancora). Mi sono dimenticava di pagare il bollo della macchina. e probabilmente mi sono dimenticata tante altre cose in giro per il mondo che non ricordo più.
Mi sono dimenticata la risata di Bruno, mi sono dimenticata il vuoto e il dolore del mattino perché non era più con me, ho scordato che credevo che non avrei mai scordato.
Mi sono dimenticata il nome di quella signora gentile che mi portava le caramelle in ospedale.
Mi sono dimentica il finale dell’insostenibile leggerezza dell’essere.
Mi sono dimenticata come si chiamava la sorella di Ricky Cunningham in Happy days.
Mi sono dimenticata uno dei sette nani, uno dei sette peccati capitali, tutti e sette i colli romani e i sette re di Roma.
Mi sono dimenticata di andare a votare alle Amministrative la scorsa primavera.
Mi son dimenticata e non ricordo mai, seppure lo abbia rivisto tre volte, “1941 attacco a Hollywood”, non so perché non mi rimane in testa.
Mi sono dimenticata come si fa la sfoglia dei tortellini, la facevamo tutte le domenica dalla nonna, ma non ricordo più cosa si mette nell’impasto, il ripieno però me lo ricordo, lo comprava la zia in drogheria.
L’ART DE LA FUITE I. SUJET Un jour ou l’autre, chacun peut se découvrir une raison de fuir, bonne ou mauvaise : la peur, l’ennui, l’amour de la solitude, le désir d’évasion, le mirage des horizons lointains. Le drame, c'est que la fuite n’est pas toujours couronnée de succès : tel qui croit se délivrer d’une douloureuse servitude se jette parfois dans une tyrannie plus cruelle encore. La culture françouèse ne lui étant point étrangère, ce type aurait pu dire, comme Montaigne, qu’il savait bien ce qu’il fuyait, mais non pas ce qu’il cherchait. Cela ne l’empêchait pas de plier bagage. C’est ainsi qu’il trouvait communément, dans une prompte retraite, le moyen d’échapper à un événement désagréable ou à une situation qui lui paraissait sans remède. Puisant aux meilleurs auteurs, depuis le Yi-King jusqu’à Raymond Queneau, notre homme avait usé des différentes formes de départ, tant intellectuelles que physiques, tant réfléchies que précipitées. C’était simple : dès qu’il se sentait pris au piège, il s’en allait. Cela pouvait concerner le travail ou les mondanités, il ne faisait guère la différence. Il avait ainsi abandonné trois sources de revenus, cinq violons d’Ingres et sept ou huit logis. Les compagnes et les amis faisaient parfois partie du lot. Ses décisions étaient toujours inattendues et immédiates, jamais préméditées. Il n’avait pas de valise bouclée dans un placard, avec du linge propre, un rasoir de rechange et une demi-douzaine de brosses à dents. À chaque fois, il jetait hâtivement dans le premier sac venu ce dont il pensait avoir besoin, et il oubliait toujours quelque chose : un pyjama, des chaussettes ou son flacon de Green water, sans lequel il sentait sa barbe redevenir barbare. Il avait également mis au point plusieurs façons de prendre le large, suivant les circonstances ou la température de son humeur, depuis la tonitruante (rare, du reste), jusqu’à l’inaperçue, moins par sournoiserie, cette dernière, que par une répugnance native à se donner en spectacle. Comme les bavards ne manquent pas, il avait finalement appris que les réactions des gens sont diverses, et le plus souvent imprévues : certains s’offusquent, d’autres s’en tirent en souriant, le plus grand nombre ne s’aperçoit de rien. Au début, il croyait devoir s’excuser, par lettre ou par téléphone. À la longue, il finit par ne plus fournir d’explications à personne. Il avait deviné que l’exil est une affaire personnelle, qui a ses propres motivations, ses mécanismes, ses exigences, et qu’on ne peut le partager avec qui que ce soit. Plus tard, il comprit enfin que la fuite véritable est comme la musique : elle ne trouve son terme et sa résolution que dans le silence. — Jacques Bens, De l’Oulipo et de la Chandelle verte. Poésies complètes
Dans une lettre à Jacques Jouet du 28 janvier 1998, Jacques Bens s’est expliqué sur ce refus (tardif) de se dire poète : « La poésie des autres m’ennuie. […] J’ai dû admettre que leurs épanchements me laissent indifférent. Je saute des vers, je vais au plus court, je passe sur les états d’âme ; je veux savoir la fin de l’histoire. Et quand il n'y a pas d’histoire, j’abandonne. […] « Naturellement, c’est en racontant des histoires versifiées que les poètes se sont rendus célèbres jusqu’à Rimbaud et Mallarmé (même Baudelaire et Verlaine et, plus tard, Laforgue et Corbière en faisaient autant). C’est cette poésie-là que j’ai appris à aimer en apprenant à lire. Plus près de nous, Aragon, Prévert et Desnos m’ont conforté dans cette vision naïve. Puis, l’exemple de Chêne et chien m’a rempli d’enthousiasme, et a déclenché l’aventure de Chanson vécue. […] » — François Caradec, « Note », dans Jacques Bens, De l’Oulipo et de la Chandelle verte. Poésies complètes
OuLiPo. WORDS with BORDERS, from Words without Borders.
Do you know what we're talking about?
If you don't, and especially if you do, please take a look: The December 2013: Oulipo Issue.
j’ouvris les portes des autos devant la porte des palaces je livrai des porte-savon dans un triporteur à pédales je vendis des quotidiens qui heurtaient mes idées politiques je dispensai des prospectus vantant les charmes du striptize j’accompagnai sur un banjo une chanteuse mexicaine je vendis du tabac anglais sur les trottoirs à la sauvette je fis la plonge quatre jours dans un restaurant annamite je lavai les vitrines d’un fabricant de vélocipèdes au jardin d’acclimatation je donnai leur pitance aux singes je remplaçai le gardien-chef quand il attrapa la vérole on me prit comme figurant dans un film pseudo-historique je râpai des peaux de citrons dans une usine de sucettes pendant plusieurs journées d’hiver je remplis des sacs d’anthracite devant la porte d’un tailleur j’enlevai la neige à la pelle plastron blanc et papillon noir je fus barman place pigalle dans un chéqueur étincelant je mêlais des liqueurs étranges je revendis des clous rouillés je collai même des affiches à quelques jours des élections ça me rapporta quelques bosses et une forte indemnité je raccolai la clientèle dans le néon d’un cabaret mais j’avais trop mauvaise mine je réparai des crevaisons et vendis de l’essence au litre je jouai l’athlète en maillot sur une estrade dans les foires je dirigeai des provinciaux parmi les cires ridicules du musée grévin je portai les clubs des golfmen de la haute — Jacques Bens, Chanson vécue
JACQUES BENS •• CHANSON DE SYLVEBELLE
Musique : Paul Braffort Interprète : Annelies Braffort
je voudrais un mari marin je voudrais un mari qui porte l’odeur musquée poudreuse et forte de l’aquatique romarin je voudrais un mari marin je voudrais un mari salé je voudrais un mari qu’on goûte en pourléchant goutte après goutte les eaux de son front étoilé je voudrais un mari salé je voudrais un mari brisé un mari que la mer rejette du bout tordu de sa fourchette et que l’on pourrait repriser je voudrais un mari brisé je voudrais un mari noyé un mari que la mer abrite sur qui l’on jette marguerites et nénuphars pour la saint-dié je voudrais un mari noyé
— Merci M’sieu Trigano (théâtre, inédit)