“La culture est inséparable de la vie, elle n’est pas un objet détachable de contemplation ou de savoir, elle n’est pas un espace fermé (la galerie, le musée, l’université), elle n’est pas le rendez-vous du snobisme (les voyeurs), ni l’activité désintéressée des amateurs d’idées, mais le concret insoutenable, la chose (naturelle ou artistique) regardée en face, en plein soleil, la radicalité de la perception.
N’est pas culture, n’est pas art, dit Artaud, la disposition “dans des angles, des éclairages, des situations choisis” d’objets “qui ne brameront pas, ne pueront pas, ne schlingueront pas, ne péteront pas, ne cracheront pas, ne porteront pas de blessures, n’en recevront pas, seront extraits de leur ligne d’activité vivante par le fait qu’ils figureront dans une exposition vers laquelle tout le snobisme mondial se déplacera, lequel se garderait bien de risquer un atome de son être, pour changer quoi que ce soit à l’axe actuel de la réalité...”
On devine dans ce texte l’idée d’un art qui ne s’expose pas, mais se vit, auquel on n’est pas initié comme à un savoir ésotérique, mais qui se révèle à qui refuse justement les distinctions de l’apparence et de la vérité, de la surface et de la profondeur - le “sérieux” de l’idéalisme”.
Jacques Sojcher, Le professeur de philosophie, Fata Morgana, 1976