Le poĂšme de saint François dâAssise
Je suis le saint, je suis celui qui fut
Un homme, trĂšs petit parmi les autres hommes ;
Et jâai seulement quelques pensĂ©es qui me couronnent
Et sâexhalent de moi avec un son confus.
Je suis cet Ă©ternel absent de soi-mĂȘme
Marchant toujours auprĂšs de son propre chemin.
Et mes Ăąmes un jour sâen allĂšrent, demain
Je me réveillerai dans une ville ancienne.
Je vous le dis, je suis lâerrant qui suis venu
Pour vous offrir lâimage dâun humble exemple.
Câest ainsi que je me quittai un vieux dimanche
Suivant le vol évangélique des angélus.
Et voici que jâadvins au cercle des esprits,
Ils dévalaient un cirque de petites collines ;
Et les herbes psalmodiaient toutes en sourdine
Au pied des Ăąnes porteurs dâesprits qui me sourient.
Je nâai plus honte de ma robe ni de mes mains
Qui mâappartiennent et vous appartiennent, mes frĂšres ;
Et ce jour-là je me déliai de la terre
Et des ondes passaient dans mon corps cristallin.
Autour de moi sâĂ©tend une ville dâagrĂšs
Dont les remparts sont comme lâeau des mers immenses,
Et voici que je retrouvai ce qui commence
Et le mot qui finit, et la terre dâaprĂšs.
Je nâai quâun visage de cire et je suis orphelin
Et cependant lĂ oĂč je vais il vient des Anges
Qui me découvrent le chemin du PÚre étrange
Dont le cĆur est plus doux quâun cĆur de pĂšre humain.
Recherchez-moi, je viens du royaume de paix,
De cette paix qui pĂ©nĂštre mĂȘme les pierres,
Et jâai pitiĂ© de cette incessante poussiĂšre
Dâos humains retournant Ă la terre brĂ»lĂ©e.
Je suis celui qui peut dissoudre lâĂ©pouvante
DâĂȘtre un homme et de sâen aller parmi les morts
Car mon corps nâest-il pas la merveilleuse cendre
Dont la terre est la voix par oĂč parle la mort.













