Lumières, Civilisation, universalisme, droits des femmes, humanitarisme, démocratie, protection des civils… L'enfer aime à se parer des plus belles intentions. Victor Hugo et Jules Ferry ne défendirent-ils pas la colonisation au nom des idéaux républicains ? Alexis de Tocqueville, l'illustre intouchable que l'on sait, n'écrivit-il pas, dans De la colonie en Algérie, qu'il convenait de ravager la Régence d'Alger ? Kennedy n'a t-il pas autorisé l'usage d'armes chimiques pour « protéger » les civils vietnamiens ? Bush ne prétendit-il pas vouloir installer un régime démocratique lorsqu'il dévasta l'Irak ? La présence militaire en Afghanistan ne fut-elle pas, en partie, légitimée au nom de l'émancipation des femmes ? Cette Démocratie, que Vergès comparait à une « religion nouvelle », a le goût des massacres et des mensonges ! Il clama ainsi, dans La Passion de défendre (2008) : « Cette pensée universaliste n'a pas empêché les tenants des Droits de l'homme de pratiquer l'esclavage, de commettre le génocide complet des Tasmaniens, de chasser à cour les aborigènes d'Australie, de détruire les empires inca et aztèque, de pratiquer le travail forcé en Afrique, d'imposer l'importation de l'opium des Indes à la Chine. » Vergès fut, jusqu'à l'extrême, la mauvaise conscience de l'Occident, le reflet qu'il ne voulait pas voir, le caillou dans ses souliers si bien cirés.