Je voyage simplement en souvenir entre tous ces morts (C. Niyonsaba, J. Hatzfeld)
Cassius Niyonsaba, 12 ans, écolier
Colline de N’tarama
(...)
Mais ce que j’aime le plus, c’est passer des morceaux de temps dans la cour de l’église. A l’endroit où j’ai échappé aux massacres. Tous les jours je viens là, c’est sur le chemin de l’école. Le samedi et les vacances, je viens aussi. Des fois je pousse les chèvres de ma tante, des fois j’amène un copain avec une balle, ou je m’assieds seul. Tous les jours, je regarde les trous dans les murs. Je vais vers les casiers, je regarde les crânes, les ossements qui étaient ceux de tous ces gens tués autour de moi.
Au commencement, j’éprouvais une tendance à pleurer en voyant les crânes sans noms et sans yeux qui me regardaient. Mais peu à peu on s’est habitué. Je reste assis de longs moments, et ma pensée s’en va en compagnie de tous ceux-là. Je m’efforce de ne pas penser à des visages personnels quand je regarde les crânes, car si je me hasarde à songer à une connaissance la peur me rattrape. Je voyage simplement en souvenir entre tous ces morts qui étaient éparpillés et qui n’ont pas été enterrés. La vision et l’odeur de ces ossements me causent du mal et, à la fois, elles soulagent mes pensées. Elles me troublent la tête de toute façon.
Dans le nu de la vie, p.19















