jesse: yeah, of course! 'm usually the one doing the riding in the other situation ~ very selective about who i top for. s'only a select few. i like my ego stroked on as many fronts as possible, onlyfans is a very good outlet. oh, i'll just identify as that then, does it matter how many times you eat meat? the simpsons hid in a mcdonalds? well there it goes, predicting the future again.
maddie: well that makes two of us, i'm no dom in the sheets. like i really enjoy a guy who can give me directions and know exactly what they want. hahaha you are crazy, i swear. i could never go on onlyfans, not even tinder. don't think so, no. what matters is the effort and who knows, maybe you end up been a vegetarian. i have a hard time leaving pizza behind. not sure if it wasn't krusty burger but they did on that episode marge kept making different outfits out of that chanel suit and then she buys a expensive dress for a ball. don't they always? best show ever.
so your daddy has been telling me about you and i figured a little princess deserved to be treated like such on Valentine’s and deserved a little gift. here is the catch tho: i thought about sending a flowers bouquet but what is the fun in that if flowers go to waste after a few days? instead i got you a little plant you can look after. it comes with the instructions and you can ask you daddy to read them for you. hope you have fun taking care of it and hopefully i get a chance to meet you in person soon so you show me your plants progress.
ps: my dear Jessie, thanks for being so kind to me, you definately cheered me up which didn’t think was possible and for that reason here is my contribution to the whole eat your weight in chocolate. i really hope the both of you have an amazing day. Mads x.
Complete : Because The Night Belongs To Us ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Lorsque Gossip Nyada lance la rumeur du suicide prochain de Jessie, Gabriel se précipite pour lui changer les idées. Il est loin de se douter que cette soirée va changer à jamais l'image qu'il a du deuxième année. Et c'est sûrement mutuel.
Comme tous les autres étudiants de la Nyada, Gabriel ne résistait pas bien longtemps à la sonnerie qui annonçait une nouveauté de Gossip N. Crainte d’être concerné par la rumeur, ou peur d’apprendre quelque chose de terrifiant sur un ami, il ouvrait chaque message l’estomac noué, et la respiration coupée.
Et cette fois-ci, il resta bouche-bée devant la nouvelle que la blogueuse venait de mettre en ligne. Et même s’il savait que toutes ses informations étaient à prendre des pincettes, il connaissait le principe : Gossip Nyada n’inventait jamais rien… Elle manipulait parfois la vérité, seulement.
Et parce que lui avait été témoin de la crise de nerf de Jessie, quelques jours auparavant, il ne pouvait pas prétendre que cette rumeur stupide n’était pas vrai. Il devait s’en assurer.
Gabriel se redressa, assis sur son lit. Il consulta l’horloge, qui annonçait un début de soirée encore frais. Puis, après quelques secondes d’hésitation, il se prépara rapidement.
Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’il se retrouva à toquer à la chambre de Jessie, un peu tendu. Il n’avait pas eût le temps de préparer un quelconque plan, et il n’avait aucune idée de l’état dans lequel il allait trouver le jeune homme.
Personne ne vint lui ouvrir pendant un moment, et le coeur de Gabriel commença à s’emballer. La possibilité que Gossip N ne se soit pas trompée était un peu trop douloureuse.
- Jessie ! C’est moi !
Il tambourina à nouveau contre le bois qui lui faisait face, et enfin, la poignée s’enclencha. Gabriel se recula, pour reprendre contenance, et Jessie apparut, la mine défaite, et les yeux un peu rougis.
- Je… Je dérange ?
A peine avait-il franchi le seuil de sa chambre, qu’une alerte réveilla l’ordinateur en veille de Jessie. Il posa le sachet en papier de la pharmacie sur son bureau, et se pencha en avant pour observer avec curiosité les dernières âneries made in Gossip Nyada.
Mais il blêmit au fil de la lecture, faisant dérouler le petit texte à l’aide de sa souris. Ses lèvres s’amincirent, et ses coudes eurent le réflexe de se tendre en arrière pour éviter de passer ses nerfs sur le reste de son mobilier électronique.
Un portable en moins, c’était déjà suffisamment embêtant.
Il s’approcha de la fenêtre, enjambant les affaires qui jonchaient le sol. Et il parvint à l’ouvrir après plusieurs tentatives infructueuses. L’air était un peu trop froid, et il brûlait le fond de sa gorge au rythme de ses respirations. Pourtant, il n’essaya pas de bouger. Il aimait cette sensation. Cette douleur agréable.
Mais ce moment d’accalmie fut écourté par un tambourinement contre sa porte. Visiblement, la personne qui le dérangeait avait perdu vite patience car elle ne tarda pas à baragouiner quelque chose que Jessie ne comprenait pas.
D’un pas trainant, il parvint à atteindre la poignée, et ouvrit au fameux visiteur. Gabriel sembla un peu désarçonné et Jessie pencha la tête.
Avant de soupirer. Il devait avoir une mine à faire peur.
- Non, tu déranges pas.
Il hocha la tête, avant de se décaler sur le côté pour le faire entrer. Gabriel sembla hésiter avant de s’exécuter.
Quand il lui fit de nouveau face, Jessie croisa les bras.
- Laisse moi deviner… T’es là à cause de ce qu’elle a dit.
Il désigna son ordinateur du doigt avant de sourire faiblement.
- C’est juste des cachets pour m’aider à dormir. Gabriel ne semblait pas se dérider alors Jessie reprit d’une voix plus douce. C’est promis. Et son ton se fit presque amusé. Tu veux voir mon ordonnance, peut-être ?
Si Jessie ne payait pas de mine, il ne semblait pas particulièrement agacé par la visite de Gabriel. Au contraire, il l’invita à entrer, avant de le confronter sur la raison de sa vitesse. Mais contrairement à nombre de leurs conversations différentes, il fit sans froideur, et le brun fut presque surpris de le voir sourire gentiment.
Le deuxième année ne tarda pas à justifier la présence des médicaments et après quelques secondes d’hésitation, Gabriel lui rendit son sourire.
- Non, c’est bon, je te crois…
Il se doutait qu’il devait avoir l’air un peu idiot, pour avoir réagit aussi vite, mais depuis la fusillade, il se sentait étrangement lié à Jessie. Et il préférait s’assurer que celui qu’il commençait à considérer comme son ami allait bien.
Gabriel jeta un coup d’oeil autour de lui, n’étant jamais venu dans la chambre auparavant. Et il remarqua rapidement l’état relativement lamentable de la pièce. Si les deux colocataires s’étaient installés confortablement, et que la petite pièce avait été arrangée très personnellement, elle était aujourd’hui ravagée, et le sol était recouvert principalement d’habits et de feuilles. Gabriel se garda de poser la moindre question, conscient qu’évoquer ce fait aurait été rappeler à Jessie l’absence de son meilleur ami, et il préféra glisser ses mains dans ses poches.
- J’étais aussi venu… Enfin, si t’as envie, hein. Et si t’as le temps.
Jessie l’interrogea du regard, et Gabriel se rendit compte que sa phrase n’avait pas grand sens. Il tenta un sourire un peu timide.
- Si t’as envie de sortir un peu… Histoire de … Sortir.
Il avait faillit dire ” te changer les idées “, mais il craignait que Jessie ne le prenne comme une marque de pitié de sa part. Car Gabriel était loin de faire cette proposition seulement dans l’intérêt de Jessie. Lui aussi, avait envie de s’offrir un moment de détente, et surtout, de connaître le jeune homme un peu mieux.
Et si cela permettait à Jessie de s’éloigner une soirée de cette chambre qui devait lui miner le moral, alors les deux y gagnaient, n’est-ce pas ?
La tension de ses dernières semaines s’était légèrement évanouie, et Jessie voulait oublier la conclusion de leur dernière rencontre, lorsqu’il lui avait exposé son idée d’aller rendre visible à l’assassin de Glenn.
Alors il continua de sourire, écoutant avec attention ce que Gabriel avait à lui dire. Il fronça toutefois les sourcils lorsqu’il lui proposa qu’ils se fassent une sortie ensemble, le soir même.
Jessie jeta un coup d’œil vers la fenêtre toujours ouverte, et se gratta la joue d’un air absent. La demande pouvait sembler banale mais étant donné le parcours étrange que sa relation avec Gabriel avait emprunté, il n’arrivait pas à se défaire de la tête que ce n’était pas naturel.
Qu’il faisait ça uniquement pour s’assurer que la prophétie de Gossip Nyada ne se réaliserait pas cette nuit.
- Je peux pas.
Il dépassa Gabriel resté dans le couloir pour attraper un tee-shirt roulé en boule, à l’extrémité de son lit.
- Comme tu peux le remarquer, j’ai du rangement à faire.
Il hocha la tête, affichant une mine engagée avant de se saisir du sac en papier qui trônait toujours sur son bureau.
- Et puis, j’ai mes pilules à essayer. Parait qu’avec ça, tu dors douze heures d’affilée sans broncher.
Il haussa une épaule, les yeux sur le côté.
- Mais le lendemain, t’as envie de vider tes tripes.
Ah les effets secondaires…
- Tu vois, chouette soirée en perspective.
Et il lui offrit un dernier sourire à peine plus convaincant que les autres.
Jessie ne sembla pas particulièrement enthousiasmé par la proposition de Gabriel, et il ne tarda pas à la refuser, prétextant la nécessité de ranger sa chambre et de prendre ses médicaments.
Le troisième année commença par acquiescer doucement, mais quand Jessie se tourna vers lui, pour lui offrir une mine qui trahissait un manque flagrant d’enthousiasme, Gabriel interrompit ses petits mouvements de tête.
Il tendit la main vers le sac qui contenait les médicaments de Jessie.
- Je peux ?
Après une seconde d’hésitation, Jessie accepta de lui céder, et Gabriel le posa rapidement sur le bureau derrière lui.
- T’as pas besoin de ça. Pas tout de suite. Et t’as pas besoin de ranger ta chambre ce soir non plus.
Il tentait de garder sa voix calme, et détendue.
- Après, je t’en voudrais pas de me dire que t’as pas envie de sortir avec moi.
La phrase sonna étrangement à ses oreilles, et il s’empressa de rectifier, d’une voix plus pressée.
- Sortir au sens sortir. Au sens soirée. Boire un verre. Faire quelque chose.
Il vit le regard de Jessie s’attarder sur ses pommettes rougissantes, et il tenta de se reprendre.
- Si c’est moi le problème, vraiment, je peux comprendre.
Gabriel se permit même un petit sourire compréhensif.
- Mais moi, j’ai décidé de sortir ce soir. Et si tu viens pas avec moi, je risque de me retrouver à moitié coma… Endormi, sur un trottoir.
Il s’était reprit à temps, et finalement, il n’avait pas l’impression de s’en sortir si mal que ça. Il se mordit la lèvre, dans l’expectative, mais les extrémités de sa bouche tendaient vers le haut. Et au fond de ses yeux, une pointe d’espoir subsistait.
Jessie aurait aimé que Gabriel se contente de ses prétextes bidons, et de son attitude un peu trop tendu, mais le jeune homme ne tarda pas à riposter.
Son ton était toujours aussi doux, et Jessie fit peu à peu retomber ses dernières défenses. Si Gabriel tentait peut-être de l’aider, il y voyait également une occasion de se changer les idées ensemble.
Et puis, sa maladresse le rendait un peu trop adorable pour qu’il puisse vraisemblablement faire acte d’un nouveau refus.
Son tee-shirt froissé passa d’une main à l’autre, dans l’expectative, et finalement il soupira, observant sa chambre d’un oeil distrait.
- Tu vas pas lâcher l’affaire, hein ?
Jessie se mit à sourire, un peu hésitant. Et Gabriel secoua la tête un peu trop sévèrement, ce qui ne rendait que la situation plus comique.
Le blond acquiesça, se rendant compte que cette présence lui avait fait déjà un peu trop de bien en aussi peu de temps.
Et il se décida, pointant du doigt la salle de bains.
- Tu me laisses me passer le visage sous l’eau pour me réveiller un peu avant ?
Il n’attendit pas une quelconque réponse de son interlocuteur, enlevant par la même occasion son haut pour attraper une chemise propre au dessus de son meuble.
Ses gestes étaient toujours un peu trop lents, mais il semblait plus décidé. Il continua de sourire à un Gabriel silencieux, tandis qu’il se dirigea dans la pièce d’à côté.
Là, il s’observa dans le miroir quelques minutes, juste pour apercevoir son teint laiteux et les deux lignes grises qui bordaient ses yeux. Et il laissa couler l’eau du robinet.
A vrai dire, se rafraichir ne suffirait sûrement pas à le maintenir en forme toute une soirée. Alors il ouvrit le placard à pharmacie près de la douche, et il attrapa l’un des bocaux entreposés sur l’étagère du haut.
Il y avait dissimulé l’une de ses réserves "en cas de coup dur". Il pencha le sachet transparent sur le côté, pour former une mince trainée blanche sur le côté du lavabo.
Il attrapa l’un des filtres posés près de son verre à brosse à dents, se pinça l’extrémité du nez, et se pencha suffisamment en avant pour aspirer d’une seule entreprise la ligne complète.
Sa consommation avait énormément augmenté depuis le week-end dernier. En général, il se limitait à deux fois par mois. Mais désormais… Désormais, il lui arrivait bien trop souvent d’y voir le seul recours de passer une bonne journée. Loin de toutes les responsabilités que son esprit semblait mettre un point d’honneur à lui faire endurer.
Jessie renifla un peu trop brusquement, et tourna sa tête en arrière.
Juste à temps pour apercevoir le reflet de Gabriel dans l’embrasure de la porte. Apparemment, il n’avait pas eu la patience d’attendre plus longtemps.
Et il le regardait presque incrédule.
Alors Jessie coupa l’eau, l’observant à travers la glace d’un air un peu désorienté, et il se retourna, le sourire en plus.
- Je suis prêt. On est parti.
Il passa devant le brun, semi-amusé, en ajoutant sur le ton de la confidence.
- Et je te préviens, c’est moi qui choisis où on va ce soir.
Il ferma la porte de la salle de bains derrière lui. Histoire de lui montrer une dernière fois qu’il serait malvenu de parler de ce dont il avait été témoin.
Jessie sembla hésiter, mais en l’absence d’un refus clair et précis, Gabriel garda espoir de parvenir à ses fins. Il attendit patiemment que son ami pèse le pour et le contre, jusqu’à ce qu’il semble se ranger à son avis.
Gabriel tenta de cacher sa satisfaction, mais il adressa un sourire sincère à son compagnon d’un soir. Et face à lui, Jessie semblait s’adoucir de minute en minute. Il acquiesça donc quand le jeune homme lui demanda une minute, et s’installa contre une des commodes qui meublaient la chambre, en tentant de ne pas écraser une pile de baskets au sol.
Il fut surpris par un mouvement à sa gauche, et son regard se tourna pour atterrir directement sur le torse nu de Jessie. Dans un réflexe un peu maladroit, il tourna sa tête de l’autre côté, pour fixer… Une lampe.
La porte se referma sur l’étudiant, et Gabriel en profita pour laisser son regard s’attarder sur les photos au mur. La plupart représentaient Jessie, ou celui qu’il savait être Cyrius. Ils étaient rarement seuls, et de nombreuses autres têtes blondes apparaissaient, au gré des moments capturés. Il eût une pensée pour Tyler, et tenta de trouver celle qui avait fait une si forte impression à son frère, mais à ses yeux, elles se ressemblaient toutes. Certaines semblaient même avoir été copiées-collées.
Sur cette idée plutôt amusante, Gabriel se retourna pour s’approcher de la porte. Il pouvait entendre l’eau couler, mais Jessie était enfermé depuis ce qui lui paraissait de longues minutes maintenant. Il voulu vérifier si la porte était dérouillée, mais elle s’entrouvrit silencieusement quand il la poussa doucement.
Jessie était penché au dessus au dessus du lavabo, et Gabriel eût juste le temps de le voir inspirer, une narine pincée de son index. Puis, la tête en arrière, il inspira fortement, et l’image prit sens pour l’étudiant.
Jessie ? Jessie se droguait ?
Avant qu’il ne puisse complètement intégrer l’idée, Jessie remarqua sa présence, et lui adressa un sourire un peu étrange. Et Gabriel se laissa chasser de la salle de bain, un peu sous le choc.
Mais son camarade lui fit comprendre que la conversation était close, et il n’était pas vraiment en position de sermonner Jessie. Après tout, il était venu pour passer une bonne soirée lui aussi. Prendre le risque de se mettre Jessie à dos était hors de question.
Alors, après de longues secondes de réflexion, Gabriel offrit un sourire un peu hésitant à son camarade.
- Alors ? Où est-ce qu’on va ?
Il était loin de s’imaginer ce que Jessie avait en tête pour eux.
Si Gabriel avait été l’initiateur de la soirée, c’était Jessie qui menait les rennes à présent. Devant la confusion de son ami, il ne put s’empêcher de faire une moue un peu plus mystérieuse que d’habitude.
- Ah ça…
Il s’approcha du brun, qui le regardait avec des yeux surpris, avant de s’apercevoir que Jessie passait simplement son bras contre son torse pour récupérer la clé de la chambre posée en hauteur, près du porte-manteau.
- Ça, c’est une surprise.
Il lui fit un clin d’œil, et entrouvrit la porte pour que son camarade s’engouffre à l’extérieur. Et il le suivit, un demi-sourire aux lèvres.
Dans la rue, Jessie avait de plus en plus de mal à se contenir. Ses jambes commençaient à sautiller toutes seules, et il tapotait son flanc contre celui de Gabriel quand celui-ci se faisait un peu trop silencieux.
Visiblement, leurs caractères étaient loin d’être semblables. Le brun aimait se fondre dans la masse, et jetait un regard un peu trop appuyé aux passants aux alentours. Le blond, lui, n’avait plus d’yeux que pour son camarade.
Il s’était mis en tête de désinhiber Gabriel. Parce qu’il n’y avait rien de plus triste qu’une personne qui faisait trop attention aux autres, avant de se concentrer sur le moment présent.
Mais plus il s’enfonçait dans les quartiers festifs de la ville, et plus la démarche du jeune homme se faisait réticente.
Il avait remarqué les hommes qui se tenaient la main de l’autre côté de la rue.
Il avait également fait attention à ce groupe d’étudiantes qui se montraient un peu trop tactiles pour de simples amies.
Mais Jessie lui sourit. Et Gabriel hocha la tête avant de continuer leur marche nocturne.
Finalement, le deuxième année dut le tirer par le bras pour lui signifier de s’arrêter devant un petit établissement qui ne payait pas de mine de l’extérieur. Seul un néon couleur rose fluo affichait le nom du club.
"The Cock"
Gabriel recula presque d’instinct et Jessie se plaça devant lui.
- Oui, je sais. Ça a pas l’air raffiné. Ni très hétéro. Mais je te jure que tu vas passer un bon moment.
Son camarade battait un peu trop vite des paupières alors il reprit d’une voix moins fébrile.
- Tu me fais confiance, non ?
Jessie resta particulièrement secret quand au lieu dans lequel il voulait emmener Gabriel. Et quand le blond s’approcha de lui avec un peu trop de mystère dans les yeux, le coeur du jeune homme s’emballa un peu.
Il mit quelques secondes à comprendre que ce n’était pas de la peur, cette fois-ci. Rien à voir avec leur discussion de début d’année, lorsqu’il craignait le moindre contact physique avec Jessie. Non, cette fois-ci… Cette fois-ci, Gabriel avait envie de savoir. Il avait envie d’embrasser cette soirée, et la compagnie de son ami. Et surtout, il avait envie de laisser tomber ces barrières ridicules qu’il avait battit pendant deux ans.
Alors, il suivit Jessie sans la moindre inquiétude.
Pourtant, au rythme de leurs pas à travers la nuit noire qui s’était emparée de New York, Gabriel déchanta lentement. Pourtant, la compagnie de Jessie, ouvertement joyeux, était agréable, malgré le silence qui s’était installé entre eux. Son ami ne cessait de lui jeter des coup d’œils, comme s’il cherchait à savoir ce à quoi pensait Gabriel.
Et à vrai dire, le brun ne pensait pas grand chose du quartier qu’ils remontaient à grands pas. Pas grande chose, parce qu’il refusait de trop penser à ce qu’il voyait de chaque côté de ce trottoir. Jessie se tourna à nouveau vers lui, comme pour vérifier qu’il était toujours partant, et devant son sourire enthousiaste, et sa mine enfin débarrassée de toutes ses inquiétudes, Gabriel ne pût qu’opiner. Oui, il suivrait Jessie Jusqu’au bout.
The Cock.
Enfin, au bout…
Les yeux écarquillés de Gabriel alternèrent entre le néon trop rose, et le visage enchanté de Jessie, tandis que ce dernier tentait de justifier son choix.
- C’est une boîte gay, commenta Gabriel, d’une voix atone. Une boite gay…
Tu me fais confiance, non ?
Son regard croisa celui de Jessie, et les deux jeunes hommes se fixèrent pendant de longues secondes. Car si Gabriel n’avait qu’une envie, et c’était celle de faire demi-tour, il était celui qui avait proposé cette soirée à Jessie. Et son ami en avait besoin.
Et puis, la confiance… Jessie lui avait accordé la sienne, à plusieurs reprises. Quand il avait baissé son arme. Quand il lui avait parlé de Glenn. Quand il l’avait appelé à la sortie du commissariat…
Et ce soir aussi, au fond.
- Ouais. Je te fais confiance.
Il leva les yeux vers le signe, une nouvelle fois, les lèvres un peu pincées. Puis, il secoua la tête, et fit un pas de plus vers Jessie. Après quelques secondes d’hésitation, il chercha quand même à se rassurer.
- Tu… Tu me laisses pas seul là dedans, hein ?
Jessie avait le sentiment que la réponse que Gabriel allait lui offrir était tout prête dans son esprit, mais qu’elle n’osait pas franchir les limites de ses lèvres.
Il continuait de regarder l’enseigne, comme s’il s’agissait du cadavre d’un pestiféré, et il finit par se fier au choix du deuxième année. Mais il ne tarda pas à lui faire part de ses craintes, dans le même temps.
Le blond passa ses mains dans ses poches de jean extérieures et pencha l’avant de son corps vers Gabriel, amusé.
- Je vais tellement me coller à toi que t’en pourras plus.
Son camarade hocha la tête, et Jessie l’attrapa par le bras pour le faire rentrer à l’intérieur.
L’établissement ne bénéficiait pas de vigile à l’extérieur. Un simple code était à fournir à l’entrée, et la porte leur était ouverte. Le deuxième année était plus ou moins un habitué des lieux depuis qu’il était arrivé à New-York mais sa rencontre avec Kenny avait fait baisser la fréquence de ses visites.
Pourtant, Mark, le colosse qui gardait l’entrée, se souvenait toujours très bien de Jessie. Il lui avait fait des avances, il y a deux-trois ans, et il n’avait jamais vraiment voulu lâcher l’affaire depuis.
Ce soir là, il jaugea Gabriel, les sourcils froncés.
- C’est moi ou Ken a vachement changé ?
Jessie tourna la tête sur le côté, et Mark comprit immédiatement.
- Oh, merde.
- Comme tu dis… Tu nous laisses entrer dans la salle ? J’ai un ami qui n’attend que de découvrir les joies de ton club.
Le vigile ne réagit pas tout de suite, et puis finalement, il grommela, tournant le pouce sur le côté pour leur signifier l’entrée.
Jessie lui sourit avant de pousser le dos de Gabriel vers la salle déjà bien enfumée. Elle était plongée dans une pénombre grisâtre, avec des lumières colorées qui éclairaient ici et là des corps masculins un peu trop rapprochés.
La musique eut le don de sonner Jessie, qui porta une main contre son oreille droite. Gabriel, lui, semblait obnubilé par le spectacle qui s’offrait à lui. Dégoût ou fascination, Jessie n’aurait su le dire.
- On danse ou on boit ?
Le jeune homme s’était rapproché de son ami, pour que sa voix domine le son électro qui écrasait leurs tympans.
Devant le choc qui ne semblait plus quitter Gabriel, Jessie se mit à rire et se plaça derrière lui pour lui attraper les deux épaules.
- J’ai compris. On va d’abord prendre un verre pour te détendre, hein.
Jessie ne se fit pas prier pour rassurer Gabriel quant à sa présence à ses côtés pour la soirée. Le jeune homme se demanda un instant si le choix de mots était délibéré, mais le blond semblait tout à fait innocent, dans cette petite bulle de joie que la poudre blanche semblait avoir créé autour de lui.
Et Gabriel aurait aimé y entrer, dans cette bulle, pour ne pas ressentir cette panique, qui commençait à monter en lui à l’idée de pénétrer dans la boîte de nuit. Mais Jessie mit un terme à ses tergiversions, l’entrainant par le bras, pour l’encourager à franchir les quelques mètres qui le séparaient encore de la porte.
Un homme à la carrure impressionnante bloquait le couloir, et Gabriel cligna des yeux de façon répétée pour s’habituer à l’atmosphère un peu trop lourde. Il entendait les basses, qui faisaient trembler les murs, mais il n’aurait sût reconnaître la chanson. Il ne prêta pas attention à l’échange entre Jessie et le vigile, trop occupé à tenter de jeter un coup d’oeil derrière eux.
Finalement, la main de Jessie vint se poser en bas de son dos, et il l’invita à avancer vers l’antre du loup. Au moment où ils franchirent les épais rideaux qui protégeaient le couloir de l’atmosphère étouffante, la musique éclata aux oreilles de Gabriel.
La musique… Et le reste.
Son corps entier si figea, comme s’il avait trop d’éléments à analyser à la fois. Ses paupières se plissèrent, tentant de distinguer entre les nuages de fumée des silhouettes qui se mouvaient un peu trop lentement. Il finit par écarquiller les yeux, tandis qu’il parvenait enfin à comprendre ce qu’il avait devant lui.
Il ressentit une sensation oppressante, sur sa poitrine. L’air était trop chaud, la musique trop forte, et le spectacle de ces hommes qui dansaient les uns contre les autres sans aucune retenue était trop déstabilisante.
Il n’entendit pas Jessie lui adresser la parole, le regard accroché à un couple qui semblait mimer le passage à l’acte contre le mur. Cette vision entraîna chez lui un profond malaise.
Ce n’est que lorsque deux mains se posèrent sur ses épaules qu’il reprit conscience. Il fit un bon de côté, paniqué, avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait que de Jessie.
Jessie. Jessie était là. Et il ne semblait ni choqué par ce qu’il se passait devant lui, ni dérangé par la réaction de Gabriel.
Le brun attrapa la manche de son pull, comme dans une dernière tentative pour ne pas le perdre de vue. Jessie sembla comprendre ce que ses lèvres ne voulaient pas dire, et sans perdre son sourire, il l’entraîna vers le bar, où quelques hommes, plus ou moins jeunes, sirotaient des boissons de toutes les couleurs.
Un coup d’oeil sur la droite apprit à Gabriel qu’il était apparemment courant pour le garçons aussi de montrer le maximum de peau possible. Il préféra ramener son regard sur Jessie, qui saluait le Barman avec enthousiasme. Le troisième année en profita pour se pencher vers son ami, et articuler à son oreiller :
- Fort. Il me faut un truc fort.
Il se recula, pour vérifier qu’ils s’étaient compris, et jeta un dernier coup d’oeil derrière eux. Ses yeux étaient toujours écarquillés, et ne s’était pas rendu compte que sa main n’avait pas lâché le poignet de Jessie.
Jessie saisit, à la vue des grands ronds qu’épousaient les lèvres de son camarade, qu’il n’était pas vraiment à l’aise devant cette scène un peu trop suggestive. Mais puisqu’il ne déguerpissait pas en courant, c’était déjà une petite victoire.
Lorsque Gabriel lui attrapa le poignet, il se laissa faire et il ouvrit la marche jusqu’au petit bar en bois ciré qui se trouvait à quelques mètres de la piste. Il restait seulement un tabouret de libre, entre un jeune homme avachi sur le comptoir accompagné de deux verres de gin tonic vides et un quarantenaire qui avait gardé ses lunettes de soleil sur le bout de son nez.
Il invita son ami à s’asseoir, ce qu’il fit, avec cet air toujours aussi craintif. C’était comme s’il découvrait un nouveau monde, ne sachant pas trop sur quel pied danser mais dont le fond des yeux reflétait l’avidité d’en savoir un peu plus. Même si lui-même n’en avait pas encore conscience.
Il s’adressa au barman de passage, se penchant vers lui pour atteindre son périmètre de service. Un nouveau apparemment. Mais il offrit un sourire suffisamment convaincant à Jessie pour qu’il se sente en confiance.
- Deux cocktails maison. Les moins chers si possibles.
Le garçon lui fit un geste que Jessie interpréta comme un clin d’oeil malgré la lumière tamisée. Mais le blond se fit alpaguer par un Gabriel dévisageant toujours aussi lourdement les hommes qui dansaient en face de lui.
"Un truc fort."
Jessie sourit et se pencha de nouveau vers le barman, empilant quelques verres sur la table de travail juste en face d’eux.
- Rajoute une autre dose d’alcool dans l’un des deux, d’accord ?
Et Jessie se recula pour obtenir l’attention de son ami.
- Tu viens danser un peu ? Le temps qu’on nous serve ?
Gabriel sembla secouer la tête, toujours aussi sonné. Alors Jessie se rapprocha de son oreille, pour couvrir le bruit tout autour d’eux.
- Bon d’accord. Mais je te réserve la prochaine danse.
Et il fit un pas sur le côté, enlevant son pull et déboutonnant sa chemise par la même occasion. Personne ne faisait véritablement attention à lui, de toute façon.
Et le club faisait la part belle à une certaine idée de la nudité.
- Tu me tiens ça ?
Et sans attendre une réponse, il jeta ses affaires sur Gabriel avant de rejoindre la piste de danse en sautant pour se mêler à une foule euphorique.
Il était temps de s’amuser un peu…
Jessie ne tarda pas à proposer à Gabriel de le suivre jusqu’à la piste de danse, mais le brun commençait à peine à réaliser ce qui se passait autour de lui, alors il déclina poliment. Son ami ne sembla pas s’en formaliser, mais quelques secondes plus tard, son souffle chaud venait effleurer l’oreille de Gabriel. Il lui promit une autre danse, et avant que le troisième année n’ait le réflexe de lui répondre qu’il ne comptait pas quitter le tabouret de la soirée, Jessie était en train de se déshabiller.
Jessie était en train de se déshabiller.
Le jeune homme se contenta de se débarrasser de son haut, et d’ouvrir rapidement les boutons de sa chemise, mais cela suffit à interpeller Gabriel. Il resserra rapidement sa veste autour de lui, indécis. Malgré la chaleur ambiante qui régnait dans la boîte, il ne se sentait absolument pas de découvrir le moindre centimètre carré de plus.
Jessie envoya son pull vers Gabriel, avant de disparaître dans la foule qui s’agitait à quelques mètres de là. Le brun tenta de le suivre des yeux, mais la tâche était impossible, et il sentit l’étau de la solitude lui tomber sur les épaules.
- Vos cocktails !
Gabriel sursauta, et se retourna pour faire face au barman, qui poussa vers lui deux verres bien pleins. Après quelques secondes d’hésitation, Gabriel en attrapa un, et le porta à ses lèvres. Sa gorge lui semblait plus sèche que jamais, et le liquide frais fut un soulagement de courte durée. Il préféra éviter de regarder la piste de danse à nouveau, pas certain de pouvoir faire face à ce spectacle seul. Non, regarder les bouteilles accrochées au mur, c’était bien mieux.
Il termina son premier verre très rapidement. Trop rapidement. Il jeta un coup d’oeil derrière lui, mais Jessie n’était nulle part aux alentours. Le cocktail allait se réchauffer, et il ne serait plus très bon… Non, vraiment, Gabriel avait toutes les bonnes raisons de le boire également.
Après ce second verre, il repoussa les récipients vides vers le barman, et trouva enfin la force de se retourner vers l’intérieur de la boîte. Les hommes qui ondulaient au rythme de la musique et au milieu des volutes de fumée étaient un spectacle étrange, et il pencha la tête de côté, un peu hypnotisé par le rythme des basses à ses oreilles.
- Hey !
Cette fois-ci, Gabriel parvint à ne pas sursauter. Il se tourna vers le jeune homme qui venait de s’installer sur le tabouret à côté de lui. Il ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans, mais ses cheveux peroxydés faisaient ressortir ses yeux trop clairs. Gabriel lui adressa un petit sourire, avant de ramener son regard sur la piste de danse.
Par un miracle auquel il ne s’attendait pas, Jessie apparut à l’extrémité du périmètre, à quelques mètres de lui seulement. Mais son ami était bien loin de se préoccuper de le rejoindre au bar. Il semblait plus omnibulé par l’idée de coller ses hanches à celles du garçon qui dansait face à lui.
- Tiens.
Gabriel tourna à nouveau sa tête vers son voisin, qui avait commandé deux verres, dont un qu’il poussa vers lui. Le brun fronça les sourcils.
- Non, je peux pas…
- T’as l’air d’en avoir besoin.
Son interlocuteur semblait toujours aussi détendu, un sourire flottant sur les lèvres, et Gabriel se sentit un peu mal-à-l’aise. Il venait de se faire offrir un verre. Est-ce que ce n’était pas une façon pour cet homme de…
- Je suis pas… Je suis juste venu pour…
Le blond éclata de rire, et sa main vint tapoter l’épaule de Gabriel.
- Bois.
Et son inconnu se laissa glisser du siège, pour aller danser lui aussi. Gabriel attrapa finalement le verre, et en avala de longues gorgées, pour tenter de se remettre de ce moment un peu difficile.
Entre la musique trop forte, la chaleur étouffante, et la quantité d’alcool qu’il venait d’ingurgiter en quelques minutes, son corps ne tarda pas à réagir, et il sentit ses joues se réchauffer. Le jeune homme passa une main dans ses cheveux, et son regard se posa à nouveau sur Jessie. Jessie, qui semblait beaucoup s’amuser. Jessie, qui riait aux éclats face à un inconnu, pendant que Gabriel attendait gentiment au bar.
Il commença à taper du pied, contre le tabouret, et il ouvrit sa veste un peu plus largement à l’a recherche d’air frais, avant de finalement la retirer, et la poser au dessus du pull de Jessie. L’alcool brouillait lentement ses idées, et avec elles, ses peurs. Lentement, il se laissa glisser du tabouret. Et quand ses pieds touchèrent le sol, il ferma les yeux pour inspirer profondément.
Réfléchir ne lui réussissait pas trop. Attendre ici non plus. Non, ce qu’il lui fallait… C’était rejoindre Jessie.
Ses paupières se rouvrirent, d’un coup, et son regard se fit plus déterminé. Il se mit à avancer, d’une démarche pressante et décidée. Jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à quelques mètres de Jessie.
L’inconnu continuait de se coller au blond, et Gabriel envisagea un instant de faire demi-tour. Il n’était pas certain de la façon dont il pouvait attirer l’attention de son ami, sans le gêner, ou se rendre ridicule. Mais une nouvelle idée lui vint à l’esprit, et il dut retenir son sourire.
Gabriel fit mine de tituber jusqu’au deux hommes, et bouscula maladroitement celui qui faisait face à Jessie. L’une des mains du brun vint attraper le bras de son ami, et il fit mine d’être désolé.
- Oups… Pardon…
Puis, il tourna la tête vers Jessie, un sourire malicieux au coin des lèvres.
- … T’avais dit que tu me lâcherais pas…
Il n’avait aucune idée de ce dans quoi il venait de mettre les pieds.
Jessie se faufila rapidement au centre de la piste, se collant d’un peu trop près aux corps dénudés qui l’entouraient. Non pas qu’il était à l’affut d’une quelconque proie, mais la salle était plutôt petite, et les gens trop nombreux. Si Jessie voulait danser, alors il fallait se mêler.
Pendant sa première année à la NYADA, quand ses pensées ne tournaient pas encore autour d’un seul prénom, le jeune homme avait eu l’habitude de fréquenter ce genre de lieux. Il aimait ce côté décomplexé qu’il n’avait jamais connu dans sa petite bourgade de Virginie. Il rentrait rarement accompagné mais flirter ne l’avait jamais dérangé. Bien au contraire. C’était toujours rassurant de plaire…
Rapidement, un jeune homme aux muscles presque plus gros que sa tête vint se serrer contre sa taille. Jessie lui sourit un peu maladroitement, et tenta un pas en arrière. Mais le manège continua jusqu’à ce que le blond perde patience. Il prétexta la proximité trop bruyante des enceintes, et il s’éloigna vers le bar qu’il avait délaissé depuis une bonne dizaine de minutes.
Mais une main lui attrapa l’avant-bras avant qu’il n’ai pu parcourir la moitié de son trajet. Jessie tourna la tête avec un sourire en coin, persuadé qu’il s’agissait de Gabriel mais un inconnu au regard brillant lui faisait front à la place.
Les cheveux coupés courts, et une barbe naissante lui adoucissait le visage. Il était plutôt mignon, et sa timidité le rendait moins effrayant que la moitié des corps qui les oppressaient.
Alors Jessie se laissa finalement tenter, et se rapprocha de lui. Le brun se laissait aller à des pas de danse loufoques qui eut le mérite d’amuser Jessie… pour peu de temps puisqu’il fut projeté sur le côté par un autre danseur. Qui n’était autre que Gabriel.
Le blond mit seulement quelques secondes à comprendre qu’il avait dû se faire plaisir au bar et il haussa les épaules face à l’excuse de son ami.
- C’était la seule façon de te faire venir danser.
Jessie se mit à rire, sans expliciter davantage ses propos, et il se mouva de plus belle. Voyant le reste du groupe sautiller sur place, il s’amusa à en faire de même. Relevant les bras pour que Gabriel le suive à son tour mais il ne semblait toujours pas assez décidé.
Bientôt, le brun fut ramener en arrière par deux étudiants à peine plus âgés qu’eux, qui s’amassèrent en face et derrière lui. Leur danse était un peu trop lascive pour un jeune homme qui peinait déjà à s’imprégner d’un univers peu familier, et il resta droit comme un piquet.
Jessie, qui assistait à ce spectacle en première loge, s’esclaffa une nouvelle fois.
- T’as l’air de plaire, dis moi.
Mais Gabriel fit à peine attention à sa remarque et il s’empressa de rejoindre Jessie une nouvelle fois. Il calcula mal sa trajectoire et se colla d’un peu trop près au blond.
- On nous regarde bizarrement.
Jessie s’était permis de parler moins fort, et le troisième année observa les alentours un peu trop rapidement.
- Je crois qu’il faudrait qu’on s’adapte…
Son ton s’était fait trainant, et avec un demi-sourire aux lèvres, il enleva sa chemise en quelques secondes. Puis il porta ses mains vers le bas de son camarade sans vraiment oser aller plus loin.
Dans les minutes qui suivirent son entrée en piste, Gabriel tenta de se mêler à la foule avec plus ou moins de succès. Habituellement, il se contentait de faire danser sa cavalière contre lui, mais dans la situation actuelle, tout était un peu plus compliqué.
Et quand deux jeunes hommes s’approchèrent un peu trop près de lui, il tenta de s’éclipser maladroitement. L’étudiant avait toutes les difficultés du monde à se faire à l’attitude particulièrement tactile des autres danseurs, qui n’hésitaient pas à s’approcher de lui, et à effleurer le bas de son dos. Dans sa hâte de se mettre à l’abri, il prit le parti de se rapprocher de Jessie, et termina presque dans ses bras. Pourtant, une partie du malaise qui s’était emparé de lui quelques minutes auparavant s’évanouit.
Si un jour on lui avait dit qu’il préférerait se coller à Jessie que faire quoi que ce soit d’autre…
Le blond s’adressa à lui, et Gabriel jeta un regard autour d’eux, ne comprenant pas vraiment ce qu’ils avaient fait de mal cette fois-ci. Après tout, il y avait bien un couple qui faisait … Des choses, à une dizaine de mètres de là.
Mais Jessie se recula, et se débarrassa de sa chemise, dévoilant un torse galbé que Gabriel avait déjà eût l’occasion d’apercevoir un peu plus tôt. Sauf que cette fois-ci, il n’était pas vraiment en état de contrôler ses réflexes, et son regard s’attarda un peu trop longtemps sur les abdos du jeune homme.
Jusqu’à ce qu’il sente les doigts de Jessie se effleurer la peau de son bas-ventre. Il baissa les yeux, et aperçut ses mains, qui s’étaient emparées du bas de son T-shirt immaculé. Pourtant, le blond n’avait fait aucun geste pour le lui retirer. Et quand Gabriel croisa son regard, l y lut une interrogation silencieuse. Malgré son état euphorique, et son aisance dans ce milieu, Jessie parvenait apparemment à ne pas perdre de vue les réticences de Gabriel.
Réticences qui ne faisaient pas vraiment le poids, face au regards étranges des autres danseurs sur son corps trop habillé.
Il acquiesça donc, et Jessie souleva le tissu, pour l’en débarrasser d’un geste rapide. Le contact de l’air moite contre sa peau nue soulagea un peu la fièvre qui s’était emparée de Gabriel, et il s’autorisa même un sourire soulagé.
La musique avait changé, et Gabriel reconnut aisément la chanson, un tube de l’année précédente. Il jeta un regard intéressé à Jessie, qui avait déjà adapté ses mouvements au rythme pop, et prit le parti de l’imiter autant que possible. Cet objectif en tête, il parvint presque à mettre de côté les autres hommes qui dansaient autour d’eux. Lui restait uniquement concentré sur son camarade blond, qui semblait de plus en plus joyeux. Et l’alcool aidant, un sourire naquit également sur le visage de Gabriel.
Ses mouvements s’améliorèrent lentement, et même s’il lui arrivait d’avoir de petits loupés - principalement quand ses yeux descendaient le long des épaules de son modèle, il commença à prendre un certain plaisir à ne danser que pour lui, et non pas pour faire virevolter un corps fin au bout de son bras.
La foule ne cessait de grossir, autour d’eux, et avec elle, l’espace de rétrécir. Malgré lui, Gabriel se retrouva de plus en plus proche de Jessie, et de plus en plus limité dans ses mouvements. Malgré tout, il continuait de prendre du plaisir, et si par moment ses yeux se fermaient, ce n’était que pour mieux ressentir l’intensité du moment.
Quelqu’un le poussa un peu plus en avant, et il atterrit directement contre Jessie. Pourtant, ses yeux restèrent fermés un instant tandis que son corps tentait d’analyser les sensations qui s’étaient emparées de lui. Sa peau contre celle du blond le brûlait d’une flamme agréable, qui provoqua un frisson le long de son dos, et le souffle de Jessie contre sa joue était une caresse agréable pour ses pommettes enflammées. Il finit par rouvrir les yeux, à la fois ivre et grisé.
- Je m’adapte bien ? Demanda-t’il, à voix basse, mi-curieux, mi-amusé.
Gabriel s’accorda un léger temps de réflexion avant d’acquiescer un peu gauchement, relevant les bras pour aider l’entreprise de Jessie. Et sa décision se solda par un sourire amusé, comme s’il voulait le convaincre qu’il ne regrettait pas.
Pourtant, quelques regards à côté s’arrêtaient déjà sur la plastique de Gabriel, et Jessie ne put s’empêcher de faire de même. La salle restait un peu trop sombre pour apercevoir les détails, mais les couleurs des spots du plafond zébraient certains endroits du torse athlétique qui lui faisait face.
Il réfréna son habitude de siffler un joli morceau, sachant pertinemment que le moindre faux pas pourrait faire paniquer le brun, et il lui demanda d’attendre une minute pour poser leur haut avec le reste de leurs vêtements près du bar. Le barman lui proposa de les garder derrière le comptoir et il se réinstalla rapidement au côté d’un Gabriel toujours un peu trop raide.
Les deux étudiants profitèrent d’une nouvelle musique pour s’harmoniser avec l’ensemble des autres danseurs. Il vit enfin du plaisir dans les yeux de son partenaire, alors qu’il suivait à la lettre les mouvements que Jessie pouvait opérer. Comme s’il s’agissait d’un rituel auquel il voulait s’initier. Comme si Jessie s’y connaissait mieux que lui parce qu’il était ce qu’il ne voulait pas être. Mais le deuxième année ne s’en formalisa pas. Et au contraire, son envie de profiter du moment présent se renforça.
Peu à peu la foule continuait de s’agglutiner autour d’eux et il devenait difficile d’éviter de se coller les uns aux autres. Alors naturellement, Gabriel se rapprocha de Jessie. Parce qu’il ne représentait plus l’ennemi ni l’inconnu désormais. Et le blond en était enchanté. Et lorsqu’il lui demanda s’il s’en sortait bien, Jessie ne put s’empêcher de se racler la gorge pour tenter de limiter les frissons qui le parcourait, son torse maintenu au chaud contre celui de Gabriel.
- Tu es parfait.
Il releva ses mains pour les poser sur les épaules du troisième année, faisant rouler ses pouces contre le haut de ses omoplates.
- Mais…
Il tenta un sourire, sans vraiment dévisager son ami.
- Tu devrais te détendre un peu plus.
Gabriel courba un peu son dos pour montrer les prémisses d’efforts mais la bataille semblait perdue d’avance.
Alors Jessie approcha ses lèvres de l’oreille de son camarade, collant un peu plus leur deux corps déjà humides au passage.
- Je connais un truc pour se détendre…
D’un coup de menton, il désigna la porte arrière du club, masquée sommairement par deux jeunes hommes et leur intention de revisiter l’endroit en maison close.
- Tu me suis ?
Et Gabriel ne perdit pas une seconde pour répondre.
Gabriel ne fit aucun effort pour se décoller de Jessie. Même s’il avait conscience que jamais il n’aurait accepté cette proximité entre leurs deux corps habituellement, il se sentait étrangement bien à cet instant. Comme si Jessie était l’élément qui lui manquait, sur la lignée de l’alcool, la musique, et la danse.
Le blond le rassura, et Gabriel lui sourit, toujours un peu ailleurs. Mais Jessie ne tarda pas à faire glisser ses mains le long des bras de l’étudiant, pour les poser sur ses épaules. Le geste, pourtant innocent, provoqua de nouveaux frissons sur sa peau moite, et il retint un soupir d’aise. Si le torse de Jessie dégageait une chaleur tout à fait confortable, ses mains étaient plus fraîches, et formaient un contraste saisissant avec la peau brûlante de Gabriel.
Gabriel tenta d’appliquer le conseil de Jessie, et fit rouler les muscles de son dos pour tenter de se débarrasser de cette tension. Mais ses tentatives restèrent vaines, comme s’il restait une part de lui, pourtant bien endormie par l’alcool, qui cherchait à garder contact avec la personne qu’il était habituellement.
Cette idée le fit sourire. La personne qu’il était habituellement… Il n’était plus très certain de vouloir l’être, si ça voulait dire se priver de ce qu’il ressentait à cet instant précis. C’était nouveau, effrayant, et un peu… Excitant.
Ce sentiment ne fit que s’intensifier quand Jessie vint s’appuyer à son tour contre lui, pour venir lui parler à l’oreille. Malgré la chanson tonitruante qui remplissait l’air autour d’eux, sa voix apparut très claire à Gabriel.
Et quand le blond se recula, le troisième année ne jeta même pas un coup d’oeil vers la porte qu’il venait de lui désigner. Non, son regard resta fixé sur ce visage qu’il avait tant craint de croiser pendant des années, et dont il ne parvenait pas à se décoller ce soir. Cette soirée n’avait de sens que si Jessie lui en donnait un. Alors, il vint à son tour approcher sa bouche de l’oreille du jeune homme, et sa réponse lui échappa d’elle même, naturelle.
- J’te lâche plus.
Il se recula, plutôt fier de lui, mais il ne parvint pas à décrypter le regard que lui lança Jessie. Néanmoins, le blond ne tarda pas à lui tendre sa main, grande ouverte. Et Gabriel la fixa quelques secondes, avant de s’en emparer, le plus naturellement du monde. Ils n’entremêla pas leurs doigts, se contentant d’une poignée plutôt basique, et les deux jeunes hommes parvinrent à s’extraire de la foule.
Jessie s’excusa rapidement, et lui demanda de l’attendre quelques secondes. Gabriel acquiesça, et patienta seul, contre un des murs qui réfléchissait la lumière. A l’écart de tous ces corps trop musclés, et sans toute la puissance de la musique, son euphorie commença à redescendre lentement. Et surtout, la prise de conscience arrivait, elle aussi.
Il jeta un coup d’oeil au bar, à quelques mètres de là, et après une seconde d’hésitation, il s’y rendit, de sa démarche un peu altérée par l’alcool. Il parvint à passer commande au barman, qui déposa devant lui deux petits verres d’un liquide ambré.
Gabriel porta le premier à ses lèvres, bien décidé à noyer à nouveau ses pensées dans cette sensation agréable et réconfortante. Il le vida en une fois, et repoussa le citron que l’homme avait posé devant lui.
- Pas besoin.
Puis, il se retourna, le second à la main, et sa langue recueillant les dernières gouttes du liquide sur ses lèvres. Il aperçut Jessie, qui venait de revenir à l’endroit où il était supposé attendre. Et lorsque le regard du blond s’arrêta sur lui, il lui fit un petit sourire, avant de boire le second shot, sans le quitter des yeux.
Contrairement à la scène qui s’était déroulée à l’entrée du club, Gabriel n’avait pas hésité bien longtemps avant de suivre Jessie hors de la foule. Le deuxième année lui demanda de l’excuser quelques instants, afin d’aller rejoindre Mark.
Ce dernier était en train de ramener un groupe d’ivrognes vers la porte principale, et il ne remarqua qu’au dernier moment l’arrivée de Jessie.
- Faudrait que tu me rendes un service.
Jessie avait essayé d’arborer son sourire le plus convaincant, se montrant à la fois tactile et charmeur. Le colosse ne tarda pas à manifester son intérêt, et finit par accepter la demande du blond.
Après un regard appuyé vers la salle de danse pour s’assurer que personne ne les observait, il passa sa main dans sa poche intérieure de blouson et déposa la transaction contre le torse brûlant de Jessie.
Le jeune homme la maintint avec une main, avant d’offrir un court baiser sur la joue de Mark. Il lui sourit une dernière fois et se mit en quête de rejoindre Gabriel près du bar.
Le brun semblait encore avoir abusé de l’alcool, et son sourire se faisait un peu plus étrange à chaque verre. Un peu moins contrôlé aussi.
Jessie s’approcha de son tabouret, posant ses deux mains sur les cuisses de son camarade par pure habitude. Il avait toujours eu ce réflexe, avec Kenny.
- Du courage en liquide… Je te fais si peur que ça ?
Il ne laissa pas à Gabriel le loisir de répondre et il l’attira contre lui pour le diriger jusqu’à la porte de sortie. Il poussa le battant avec un peu trop de force et dévala le petit escalier de pierres qui donnait sur la ruelle adjacente au club.
Elle était à peine éclairée, les seules lueurs rougeâtres provenant des spots du bar d’à côté. Jessie tourna sur lui-même pendant plusieurs instants pour profiter de cette fraicheur bienvenue, relevant la tête vers le ciel illuminé.
Gabriel était resté plus à l’écart et Jessie dut lui faire signe d’approcher, se laissant tomber contre le mur de briques qui faisait face à la porte du club par laquelle ils étaient sortis.
La dureté du mur lui racla le dos, mais il était bien trop euphorique pour penser à la douleur. Au contraire, un grand sourire continuait de soutenir son visage.
Et puis doucement, il sortit de sa poche de jean ce que Mark lui avait procuré. Un briquet. Et un joint déjà soigneusement préparé.
Gabriel s’était rapproché un peu trop lentement, et ses yeux ne quittaient pas les mains de Jessie. Le blond le regarda, un peu hilare, et passa le bout de sa langue sur l’extrémité du papier à cigarette.
Puis il reporta son attention sur son camarade.
- Me dis pas que t’as jamais essayé ?
Et il tapota le sol goudronneux juste à côté de lui.
Jessie s’approcha de lui à grand pas, tout en glissant quelque chose dans la poche de son jean. Gabriel n’eût pas le temps de réfléchir à ce que ça pouvait être, car son ami ne tarda pas à lui faire face, d’un peu trop près. Jessie s’adressa à lui, un brin moqueur, et Gabriel garda son regard accroché à celui du blond.
Avant qu’une réponse ne puisse se former dans son esprit, la main de Jessie s’accrocha à son poignet, et le jeune homme le tira en avant, pour qu’il le suive. Ils traversèrent le club, Gabriel tentant tant bien que mal de ne pas trébucher, malgré les effets des verres qui s’étaient additionnés.
L’air extérieur fut une bénédiction, et il s’immobilisa en haut des marches, foudroyé sur place par la différence de température. Il inspira profondément l’air frais, et lorsqu’il rouvrit les yeux, il dût patienter quelques secondes, que sa tête cesse de tourner.
Jessie était déjà descendu dans la petite ruelle et il fit signe à Gabriel de le rejoindre, tout en se laissant tomber au sol. Le brun commença à descendre les petits escaliers, d’un pas lourd et hésitant. Ces deux shots étaient une mauvaise idée, comme pouvait en témoigner son équilibre instable. Mais toute son attention était concentrée sur l’idée de se rapprocher de Jessie, pour la simple et bonne raison que le jeune homme était la seule personne en qui il avait confiance ce soir là.
Mais quand il commença à s’approcher de son ami, il distingua quelque chose, dans les mains du bruns. Quelque chose à quoi il ne s’attendait pas vraiment. Un joint. C’était à ça que faisait référence Jessie, lorsqu’il avait parlé de se détendre ?
Jessie sembla se moquer de son regard un peu méfiant, tout en lui signifiant de s’assoir au sol, à ses côtés. Gabriel tenta de plier ses genoux, mais il fut vite déséquilibré, et il se laissa glisser contre le mur, un peu maladroitement.
Gabriel atterrit un peu trop près de Jessie, et leurs flancs se retrouvèrent collés l’un à l’autre. La peau du blond avait été refroidie par l’air nocturne, et elle sembla juste agréablement tiède à Gabriel.
- J’ai jamais essayé, confirma-t’il, les yeux fixés sur le petit tube avec lequel Jessie semblait s’amuser.
Son ami ne tarda pas à le porter à ses lèvres, et il tenta de l’allumer, avec quelques difficultés. Gabriel resta immobile, les yeux fixés sur la flamme du briquet, qui venait lécher l’extrémité du joint sans parvenir à l’embraser. Et quand enfin, la manœuvre fonctionna, Jessie ferma les yeux, pour inspirer une longue bouffée de la fumée trop épaisse.
L’odeur dégagée par le petit cône était forte, et Gabriel fronça son nez, un peu incommodé. Pourtant, il ne parvenait pas à regarder ailleurs, omnibulé par les gestes parfaitement rythmés de Jessie. Porter le joint à ses lèvres, inspirer, l’éloigner, bloquer, puis laisser échapper la fumée.
Le visage du blond ne tarda pas à montrer des signes d’une euphorie plus douce que celle que la poudre lui avait offert. Et quand il tendit le joint à Gabriel, ce dernier mit quelques secondes à comprendre ce qu’il voulait.
- Moi ? Non, je …
Il chercha le regard de Jessie, et il ne fut pas surpris d’y trouver une certaine absence. Pourtant, il continua de se justifier.
- Je sais pas… Non, c’est pas…
En temps normal, Gabriel aurait été bien plus catégorique sur la question; Il n’avait jamais touché à la drogue, se limitant à quelques verres bien pleins en soirée. Et jamais il n’avait eût envie de tenter plus.
Mais la situation était bien différente. Tout avait changé, ces dernières semaines. Sa rupture avec Leïla, les baisers avec Jessie… Puis la fusillade, la mort, et le reste. Et ce soir, il était certain de ne plus être celui qu’il avait longtemps imaginé.
Alors il n’attrapa pas le joint. Mais il approcha lentement son visage de Jessie, pour ne s’immobiliser qu’à quelques centimètres de lui.
- Je sais pas faire…
Sa tête se pencha de côté, et ses yeux brillèrent d’un éclat nouveau. Presque sauvage. Et dans un souffle, il tenta :
- … Apprends-moi ?
Avec sa mine toujours aussi intriguée, Gabriel se posa aux côtés de Jessie. Le blond fut d’ailleurs un peu surpris de la proximité avec laquelle il s’était installé, sans essayer de se dérober sur le biais. Il semblait loin ce temps où ils s’étaient battus dans la salle d’attente de l’infirmerie.
Jessie savait que chacun de ses gestes étaient observés désormais, et il tenta de garder un sourire rassurant pendant de longues secondes. Pourtant ses mains tremblaient et il avait perdu quelques réflexes à cause des effets de la poudre. Mais il ne regrettait pas, c’était également grâce à elle qu’il passait un aussi bon moment, loin des noirceurs auxquels son esprit l’avait accoutumé.
Il releva le stick, plantant le filtre à l’extrémité de ses lèvres, avant d’allumer le briquet qu’il avait fait glisser contre ses doigts impatiemment. Le vent était frais et il empêchait la flemme d’embraser la fine feuille de papier. Il dut porter sa main contre son visage, pour faire barrage à tout obstacle et il relâcha finalement le tout lorsque la cime se décida à noircir.
L’habitude revint automatiquement, tandis qu’il inspira une première bouffée en plissant les yeux pour profiter pleinement de la sensation. La fumée épousa la forme de ses joues creuses, tentant en vain de s’immiscer à l’intérieur de sa gorge, et il resta ainsi pendant plusieurs secondes avant d’expirer.
Le cercle de vapeur charbonneuse se déversa devant lui avant de s’évaporer et Jessie laissa de nouveau place à un grand sourire. Il avait déjà l’impression de ressentir les premiers effets le calmer tandis qu’il reposait sa tête contre le mur derrière lui. Son dos s’enfonçait vers le sol, mais son attention se focalisa enfin sur son camarade à qui il tendit le cône.
Mais Gabriel refusa d’un geste de la main hésitant. Malgré cette soirée pleine de promesses, l’inconnu semblait toujours lui faire aussi peur. Pourtant, il prit l’initiative de demander de l’aide.
- T’app… Jessie se mit à rire, penchant sa tête en avant. Puis il observa de nouveau un Gabriel dérouté.T’apprendre ? Je peux pas donner des cours, moi !
Le brun sembla vexé de cette réponse, et il croisa un bras contre sa poitrine. Alors Jessie soupira, réfléchissant à ses dernières paroles avec plus d’attention.
- Bon, okay, attends…
Et il força le passage en opérant un nouveau rapprochement vers son ami.
- Un shotgun, ça te parle ?
Gabriel secoua vivement la tête, mais ses yeux restèrent plantés dans ceux de Jessie.
Alors le blond rapprocha son visage une nouvelle fois, et son ami eut un mouvement de recul immédiat.
- Va vraiment falloir commencer à me faire confiance. Tu veux apprendre ou tu veux pas ?
Jessie semblait le mettre au défi, et Gabriel garda ses lèvres pincées. Et finalement il réadopta sa position initiale.
Alors Jessie lui offrit un nouveau sourire taquin, avant de se réapproprier de nouveau la cigarette roulée.
Pendant un instant qui sembla durer une éternité pour les deux étudiants, Jessie s’enivra du doux poison qui lui brûlait agréablement la mâchoire et il rapprocha ses lèvres d’un Gabriel aux yeux trop vifs.
Le blond pencha la tête au dernier moment avant d’atteindre le visage de son camarade. Il n’était pas en mesure de savoir si le troisième année avait tenté de le repousser car déjà, il laissait épurer un filet de fumée dans l’ouverture que formaient les lèvres de Gabriel.
Petit à petit, il évacuait ce nuage gris de sa propre bouche pour l’insinuer à l’intérieur de celle de Gabriel. Et plus le blond forçait le baiser pour arriver au bout de son entreprise, et plus son camarade semblait péremptoire.
Ce ne fut que lorsque son dernier souffle se mélangea à celui de Gabriel, que Jessie se permit de reculer. Il passa sa langue sur ses lèvres un peu trop rouges, et il s’esclaffa en observant Gabriel continuait le manège qu’il avait tenté de mémoriser un peu plus tôt.
- Eh ben… En voilà un baiser pédagogique.
Dans un premier temps, Jessie se moqua un peu de la demande de Gabriel. Lui qui avait tant combattu son for intérieur pour parvenir à s’avouer qu’il avait envie d’essayer ne prit pas particulièrement bien ce refus. Et il ne chercha pas à le cacher, en se reculant, le visage froid.
Sa réaction lui obtint un peu plus d’égard, et son ami ne tarda pas à revenir sur ses paroles. Le blond combla l’espace que Gabriel venait de creuser entre eux, et lui proposa quelque chose que le troisième année ne connaissait pas.
Et quand Jessie s’approcha un peu plus encore, Gabriel eût un mouvement de recul qu’il ne contrôla pas. Comme si les tergiversions de son ami avaient réveillés en lui des réflexes que l’alcool avait endormi. Et il fallut que Jessie lui redemande sa confiance pour que Gabriel parvienne à se convaincre que tout irait bien.
Il voulait juste apprendre à fumer de l’herbe. Ça ne devait pas être si compliqué ?
Jessie se réinstalla, et il porta à nouveau le petit cône à ses lèvres. Il inspira lentement, comme s’il cherchait à remplir tout l’espace disponible dans sa bouche. Et quand il arracha la cigarette de ses lèvres, plutôt que de fermer les yeux, comme il l’avait fait auparavant, il se pencha vers Gabriel.
L’étudiant le fixa, un peu inquiet, mais le principe de ce qu’ils s’apprêtaient à faire lui vint facilement à l’esprit. Il attendit néanmoins que Jessie soit à quelques millimètres de son visage pour entrouvrit ses lèvres, comme une invitation qu’il avait longuement hésité à accorder.
Jessie laissa échapper un peu de la fumée qu’il avait emmagasinée, le temps de coller ses lèvres à celles de Gabriel. Ce dernier tenta de se concentrer sur l’air trop épais et tiède que son ami laissait doucement entrer dans sa bouche, comme si le reste était sans importance. Si des tas d’idées s’étaient bousculées dans son esprit jusqu’au dernier moment de l’approche de Jessie, une seule subsistait à cet instant : Accueillir ce cadeau, et ne laisser s’échapper aucune de ces précieuses volutes.
Gabriel pouvait sentir la bouche de Jessie, contre la sienne, tandis que le blond terminait d’expirer la fumée, mais il était comme anesthésié par brûlure que provoquait cet air nouveau contre sa langue et son palais. Et quand Jessie se recula finalement, il rouvrit les yeux, sans se rappeler à quel moment il les avaient fermés.
Il garda la fumée plusieurs secondes dans sa bouche, en se forçant à ne pas l’avaler, avant de former un cercle avec ses lèvres, pour la laisser se mêler à l’air froid de la nuit.
Il était un peu sous le choc d’avoir osé, et ses yeux un peu trop grand ouverts se levèrent vers le ciel criblé d’étoiles. Mais soudainement, la voix de Jessie s’éleva à côté de lui, et il tourna son visage vers lui d’un coup sec.
- C’était pas un baiser… Pas vraiment.
Jessie porta le joint à ses lèvres à nouveau, un sourire moqueur sur le visage, et Gabriel toussa un peu. Quand son ami décolla le cône de sa bouche, et le lui tendit à nouveau, il n’hésita qu’une seconde avant de s’en emparer.
Copiant les gestes qu’il avait pût observer, il porta la cigarette à ses lèvres, pour en prendre une nouvelle bouffée. La sensation fût différente. Moins forte, moins brûlante, et surtout… Moins intense.
Il aurait pût s’y habituer.
Gabriel se tourna à nouveau vers Jessie et il ajusta sa position pour sur sa tête repose contre le mur. Il observa en silence les gestes presque gracieux de son ami, dont le visage semblait enfin débarrassé de sa tristesse. Il ne restait qu’un peu de fatigue, et un éclat rêveur au fond de son regard.
- Ça va mieux ? Demanda Gabriel, à mi-voix.
Jessie se tourna vers lui, mais avant qu’il ne puisse répondre, le brun poursuivit.
- Parce que moi ça va mieux. Je crois.
Et il lui offrit un sourire sincère et ingénu, qui dénotait particulièrement avec le joint qu’il était en train d’approcher de ses lèvres.
A le seconde où Jessie reprit la parole, Gabriel le rembarra un peu trop sèchement. Mais le blond était suffisamment amorphe pour ne pas s’en formaliser. Après tout, son camarade pouvait en déduire ce qu’il voulait. Du moment qu’il ne lui gâchait pas son plaisir personnel par une nouvelle dispute.
Il avait l’impression de flotter, au fil de ses bouffés. Comme si la nuée qu’il expulsait de ses poumons venaient alimenter un nuage qui l’enveloppait. Les effluves lui picotaient le nez, mais il ne se privait pas pour les respirer davantage. Tout était bon pour surfer sur cette vague de bien-être.
Il avait aussi l’impression de sentir une chaleur soudaine lui caresser les bras, comme s’il venait de récupérer son pull laissé derrière le comptoir du bar. Quand il offrit le joint à Gabriel, il passa ses deux mains sur ses coudes et ramena ses pieds l’un contre l’autre.
Son sourire restait béat, avec cette impression étrange d’avoir trouvé une solution aux problèmes qui s’étaient accumulés sur le seuil de sa porte.
Et la question de Gabriel tombait à point pour faire le tri parmi les idées un peu embrouillées qui l’assaillirent.
- Ça va même super bien, en fait.
Sa voix était presque éteinte et ses mots trop lents, mais son attention restée obnubilée par ses chaussures abîmées.
- Merci… J’avais vraiment besoin de ça.
Il attrapa la tige des lèvres de son ami pour en profiter à son tour. Il avait l’impression que son corps en réclamait encore plus à chaque fois, et il inhala un peu trop fort.
Il se racla la gorge pour éviter de tousser et de perdre idiotement les premiers relents de la fumée, et déposa le bout des cendres contre l’une des briques derrière lui.
- Tu sais, je…
Et il se déporta sur le côté, avant de s’accrocher à l’épaule de Gabriel pour ne pas tomber.
- Je commence à me dire que je vais m’en sortir. Ouais. J’vais m’en sortir.
Comme un enfant un peu trop affectueux, il passa sa main contre le torse fiévreux de Gabriel pour l’entourer.
- Et tout ça, c’est grâce à toi. T’es un peu bizarre mais je t’aime bien, finalement.
Et il râla de rire, les yeux clos et les pommettes un peu trop relevées.
Gabriel fixa Jessie, intéressé par ce qu’il allait répondre, tout en inspirant à nouveau l’air chargé de la cigarette qu’il avait glissée entre ses lèvres. A chaque nouvelle bouffée, il en prenait un peu plus, un peu plus vite. Comme pour tester les limites de ce petit cône qu’il goûtait pour la première fois.
Et mêlé à l’alcool, les premiers effets ne tardèrent pas à se faire sentir. Sa tête, d’abord, qui lui paraissait lourde, et comme bloquée dans un sas dépressurisés. Mais son coeur, aussi, qu’il sentait battre contre sa poitrine, un peu trop fort. Ses lèvres semblaient parcourus d’un milliers de fourmis, et ses jambes ne répondaient plus correctement, alors qu’il tentait de les déplier.
Mais surtout, il y avait cette sensation. Celle qui lui collait un sourire sur le visage. Parce que toutes les pensées difficiles, celles qui ne voulaient pas quitter son esprit jusqu’ici, semblaient s’envoler avec les volutes qu’il laissait s’échapper. Son corps entier lui semblait plus léger, et l’air extérieur ne lui sembla plus si froid.
Jessie répondit à sa question, un sourire un peu absent sur les lèvres, et Gabriel agita sa main.
- De rien… J’suis content.
Il acquiesça avec un peu trop de force, et Jessie vint se coller à lui, tout en continuant à lui parler. Ses mains effleurèrent la peau de Gabriel, et il repensa au moment qu’ils avaient partagé, sur la piste de danse. Un nouveau frisson lui parcourut le dos, tandis que les images de la soirée se mélangeaient avec celles d’un couloir mal éclairé.
Il cligna des yeux plusieurs fois, pour se reprendre, et tourna la tête vers le visage de Jessie, qui était si proche de lui désormais.
- Je suis désolé… Pour tout… C’était pas cool. Je voulais pas te faire mal… Et je voulais pas t’embrasser… Et je voulais pas tout casser entre Kenny et toi.
Gabriel grimaça, trahissant une tristesse et une culpabilité qu’il n’avait osé confier à personne jusqu’ici. Il commença à faire jouer ses doigts sur sa cuisse, et il les fit remonter le long de son ventre, avant qu’il ne les fasse grimper sur le bras de Jessie, qui barrait son torse désormais. Il joua un instant sur la peau du blond, tout en humant une mélodie à voix basse. Puis, finalement, il laissa retomber sa main, et tourna son visage vers son ami.
- T’es un chic type, Jessie.
Le brun offrit un sourire sincère à son camarade, avant de laisser retomber sa tête contre le mur, avec un peu trop de force. Un craquement se fit entendre.
- … Aïe.
Après un court silence, les deux jeunes hommes furent pris d’un fou-rire, qui les agita pendant de longues secondes. Gabriel laissa son hilarité emplir la petite ruelle, sans autre pensée qu’il aurait aimé que le moment dure plus longtemps, et peut-être, ne s’arrête jamais. Mais quand son rire se tarit, il ouvrit de larges yeux vers le ciel.
- Il est tard. Et je crois que j’ai froid.
Car si la cigarette avait brouillé son ressenti de la température extérieure, les poils hérissés le long de ses bras ne mentaient pas, eux.
En s’exposant un peu maladroitement, Jessie avait apparemment laissé le livre des aveux ouvert. Gabriel en profita pour lui offrir des excuses qu’il n’attendait plus. Elles avaient peut-être un goût de trop peu, au fond, mais Jessie n’avait pas la force d’en demander plus. Il se contenterait de ces bafouillements. Gabriel s’était suffisamment fait pardonner en termes d’actes.
Le brun se laissa d’ailleurs aller à un débordement palpable, et ses doigts rencontrèrent la peau de Jessie. Grâce au petit cône qu’il faisait toujours rouler dans sa main posée au sol, ses sensations s’étaient démultipliées et cet effleurement suffit à lui donner l’impression d’un chatouillement insurmontable. Il se mit à rire trop fort, mais fut couper net par le compliment un brin étouffé que lui servait Gabriel.
Ils échangèrent un sourire, avant que le troisième année ne repose sa tête contre le mur sans contrôler la force d’immersion. Au lieu de s’inquiéter, les étudiants partirent dans un fou-rire qui en disait long sur leur état.
Mais c’est Gabriel qui reprit en premier ses esprits, et Jessie ne tarda pas à le soutenir dans sa prise de conscience.
- Je crois que je sens plus mes pieds.
Il bougea sa jambe, comme s’il était pris d’une crampe trop soudaine, avant d’ajouter à voix basse.
- Ah bah si, tiens.
Il pouffa nerveusement, avant d’essayer de se relever. La tâche fut plus difficile que prévue mais en prenant appui sur les épaules de Gabriel, il retrouva un équilibre précaire.
- Ça serait cool de vivre tous les jours sans tee-shirt n’empêche.
Le brun venait de le rejoindre, debout, et Jessie manqua de trébucher contre lui en posant ses mains contre son bas-ventre.
- Tu passes combien d’heures dans la salle de sports pour avoir ce résultat ?
Il avait une mine ahurie qui aurait pu faire mourir de rire Gabriel s’il n’était pas aussi stoned que lui.
Mais Jessie releva soudain ses épaules, et entreprit de monter le petit escalier en pierre, avant de porter son attention vers son camarade, un peu plus énergique.
- Faut pas qu’on tarde ! Déjà qu’on va mettre une heure à rentrer à l’internat…
Jessie soutint Gabriel dans sa réflexion, et les deux jeunes hommes se retrouvèrent à fixer le pied que le deuxième année agitait avec force. Puis, le blond tenta de se lever, avec difficulté. Il s’accrocha à Gabriel, et prit appui sur le mur, jusqu’à ce qu’il parvienne à se tenir debout sur ses jambes.
Gabriel l’imita, lentement, tout en écoutant d’une oreille distraite les réflexions de son camarade. Vivre sans T-shirt. Oui, c’était une bonne idée. Quand il ne faisait pas moins deux, comme à cet instant. Pourtant, quand son regard dévia à nouveau vers le torse de son ami, il ne trouva plus grand chose à répondre.
Pour ne rien arranger, Jessie fit un pas vers lui, et menaça de s’écrouler au sol, avant de poser ses mains avec une certaine vigueur sur le ventre de Gabriel. Le brun baissa les yeux, un peu fasciné par la taille de ses mains contre sa peau. Le contact était agréable, et il ferma les yeux quelques secondes, sans répondre à la question.
Mais Jessie ne tarda pas à s’éloigner à nouveau, pour grimper les marches d’une démarche presque trop légère pour quelqu’un qui n’était pas clair. Et Gabriel se décida à le rejoindre, plus lentement.
Quand le blond mentionna l’internat, et l’heure de marche qui les attendaient, Gabriel retint un grognement. Il se sentait lourd, et sa tête continuait de tourner par moments. Il se retint au bras de Jessie pour ne pas retomber en arrière, sur les escaliers en béton.
- Laisse tomber. C’est trop loin…
Il plissa les yeux, tentant de se rappeler où ils étaient exactement. Et il se rappela le chemin qu’ils avaient pris pour venir ici. Le même qu’il faisait tous les vendredis soirs. Un sourire trop large éclaira son visage.
- On est à deux pas de chez moi. On n’a qu’à squatter là bas…
Gabriel se reposa un instant contre le mur, et passa une main dans ses cheveux, avant de continuer, en fixant Jessie.
- Ma mère est à Washington, avec Ty… Y’aura personne. La clé de secours est dans le trou à gauche.
Il opina, et Jessie miroita son geste, très sérieusement, comme s’il savait lui aussi où était ce trou. Gabriel sentit la satisfaction l’emplir à l’idée de ne pas avoir à traverser la moitié de la ville à pied. Il franchit l’espace qui les séparaient, et posa ses mains sur les épaules de son ami, pour obtenir toute son attention.
- S’teuplait… Jessie… J’veux aller dormir. Y’a des lits… C’est tout près… Y’a même des oreillers !
Il ajouta son argument final très sérieusement, comme si c’était exactement ce que Jessie attendait, et tenta de faire des yeux de chiens battus à son ami, échouant sûrement lamentablement compte tenu de son état..
Alors même que Jessie fit remarquer le long trajet qu’il leur restait à parcourir pour pouvoir profiter d’une bonne nuit de sommeil, Gabriel s’opposa à une telle éventualité. Et il proposa qu’ils se rendent chez lui à la place. Jessie esquissa un sourire avant de comprendre qu’il était sérieux. Alors il fronça les sourcils, et adopta une mine un peu plus formelle.
Et pourtant plus le brun lui exposait la tangibilité de sa proposition et plus il était tenté de dire oui. Déjà parce qu’une marche d’une heure était un vrai repoussoir, mais aussi et surtout, parce qu’il était intrigué par ce qu’il pourrait découvrir là-bas.
Alors quand Gabriel posa ses mains sur ses épaules pour achever de le convaincre, Jessie finit par opiner à grands renforts de mouvements de tête.
- Des oreillers ? T’es sérieux ! Je peux pas refuser alors. J’ai toujours rêver d’en voir en vrai…
Un rire hilare termina la fin de sa phrase, et il se plia en deux pour se tenir le ventre.
Gabriel, lui, mit plus de temps à comprendre la subtilité, et resta un moment stupéfait par le spectacle que lui offrait son camarade.
- Non, sérieusement… Et Jessie se releva. Je sais pas trop bien. Je veux dire… C’est chez toi. C’est… chez… toi.
Mais Gabriel continuait de le dévisager, n’ayant pas l’air plus troublé que cela par ce que Jessie essayait de lui faire comprendre.
- Bon, d’accord. Je capitule.
Et ce fut finalement le troisième année qui ouvrit la marche pour récupérer le reste de leurs vêtements, payer ses consommations et sortir du club qui commençait à se vider progressivement, aux vues de l’heure tardive.
Dès qu’il le pouvait, Gabriel tentait d’éviter de frôler les corps qui se ruaient vers la sortie, mais dès que Jessie se rapprochait de lui, il lui offrait un large sourire.
La confiance était gagnée.
Ils ne durent marcher que quelques minutes avant de rejoindre un quartier désert qui masquait avec subtilité la misère qu’elle devait abriter. Ils s’arrêtèrent devant un grand immeuble, à peine éclairé, et Gabriel et Jessie s’y engouffrèrent sans ménagement.
Ils avaient beau faire un peu trop de bruit et se contenter de mettre leur doigt devant leur bouche pour se faire taire l’un et l’autre, de grands éclats de rire incontrôlés continuaient de résonner dans la cage d’escalier qu’ils remontaient.
Et ce fut avec une lenteur extrême qu’ils débouchèrent à l’étage où était situé l’appartement de Gabriel. Jessie observa le plafond avec intérêt, les mains dans le dos, tandis que son camarade cherchait la clé de secours là où sa mère la laissait d’habitude.
Un peu trop décontracté compte tenu de la situation inhabituelle, Gabriel s’affaira devant la serrure et parvint finalement à ouvrir la porte qui leur faisait face.
A peine le brun fut t-il déchausser que Jessie sauta sur le sofa du salon. L’appartement était plongé dans une pénombre un peu trop épaisse, et pourtant, le jeune homme se sentait comme chez lui, les jambes croisées et les mains calées derrière sa tête.
- Ton canap’ a l’air confortable. Ça va, je regrette pas finalement.
Et il se laissa aller à un autre petit sourire satisfait en direction de Gabriel.
Gabriel tenait particulièrement à convaincre Jessie du bien-fondé de son idée, et il resta un moment perplexe devant l’hilarité soudaine de son ami. Qu’avait-il bien pût dire de si drôle ? Il le promettait, il y avait des oreillers chez lui…
Son ami finit par reprendre son sérieux, et il exprima quelques doutes, sans que Gabriel ne parvienne vraiment à comprendre de quoi il parlait. Enfin, si. Il comprenait parfaitement les mots de Jessie. Il en questionnait simplement le sens.
Et finalement, sans qu’il n’ait besoin d’un seul argument de plus, Jessie accepta sa proposition et Gabriel laissa un sourire prendre place sur son visage. Il état ravi d’avoir obtenu ce qu’il voulait, même s’il ne se rappelait plus vraiment pourquoi il avait fait cette proposition à Jessie.
- Viens ! Faut qu’on aille chercher nos… Affaires.
Il entraîna son ami jusqu’au bar, où il glissa quelques billets à l’employé avant de se mêler à la foule qui sortait au compte-goutte dans la rue principale. La proximité avec les autres corps, pour la plupart dénudés, ne le mettait pas particulièrement à l’aise, mais son ivresse, et quelques regards en biais à Jessie, suffirent à lui permettre de rester de bonne humeur.
Une fois dans la rue, les deux jeunes hommes prirent la direction du quartier de Gabriel, d’un pas aussi vif que leur était le leur permettait. Le jeune homme tentait de guider Jessie dans la nuit noire, et pas une seule fois l’idée qu’il ramenait un garçon chez lui ne lui sembla déplacée. Ses pensées tournaient uniquement autour de l’idée qu’il n’allait pas tarder à pouvoir s’allonger, et que son état de plénitude actuel allait lui permettre de s’endormir comme un loir.
Si le quartier était plongé dans le noir, le hall d’entrée de l’immeuble où habitait Gabriel déversait un peu de lumière, comme un phare dans la nuit. Les deux jeunes hommes y pénétrèrent, déjà à moitié hilares. Et leur état ne s’améliora pas au rythme de leur ascension, durant laquelle Gabriel se retrouva plus d’une fois à bout de souffle, affalé sur les marches, à tenter d’éviter le regard de Jessie, responsable de ce fou-rire qui n’en finissait pas.
Au bout de ce qui lui sembla une éternité, ils parvinrent jusqu’à la porte de l’appartement familial, et Gabriel se mit à la rechercher de la clé que Monia laissait toujours dans une petite cavité sur le côté. Le verrou était ancien, et il dût forcer un peu pour que la poignée cède, dans un long grincement qui lui hérissa les poils.
Il enleva ses chaussures, dans un réflexe routinier, et Jessie lui passa devant, pour se laisser tomber dans le canapé du salon. Ni l’un, ni l’autre, n’avaient pensé à allumer la lumière, et il se fixèrent dans la pénombre, sourire contre sourire.
- J’te l’avais dit, commença Gabriel, d’une voix traînante. On est bien ici ! Il écarta les bras, et fit un tour sur lui-même, avant de se rattraper à la table basse. Mieux qu’à la Nyada. Au moins, on risque pas de se faire tirer dessus… Puis, son regard s’arrêta sur Jessie, et il fronça les sourcils. Tu dors pas là hein ! Ma mère va me tuer…
Il lui tendit sa main, et quand Jessie finit par l’attraper, il l’aida à se relever.
- Les lits aux invités… Les invités au lit…
Gabriel laissa échapper un gloussement qui se transforma en rire, tandis qu’il avançait dans le petit appartement. Il se cogna contre une gondole qui était recouverte de cadres photos, et jura en espagnol tout en tentant de les garder droits. Enfin, il arriva devant sa chambre, dont il ouvrit la porte pour Jessie.
- Tadam.
Il laissa le blond entrer le premier, puis, après une seconde d’hésitation, il le suivit à l’intérieur. Avec un geste un peu trop enthousiaste, il commenta :
- C’est mon lit. Et mes oreillers !
Lorsque Jessie tourna son visage vers lui, Gabriel lui offrit un sourire sincère et réjouit.
Jessie venait déjà de s’imaginer passer quelques heures sur ce canapé creusé par les années, l’enserrant en son sein. Il n’aurait qu’à quitter l’appartement au petit matin, et il remercierait Gabriel quand ils auraient tous deux les idées claires.
Pourtant, son camarade ne lui laissa pas le loisir de mener à bout cette pensée, puisqu’il le rappela à l’ordre en lui promettant une chambre. Jessie voulut refuser mais le regard de Gabriel laissait à penser qu’il prenait à coeur ce dévouement que sa mère lui avait appris et il lui fit signe de se lever sur le champ.
Alors le blond le suivit, les bras ballants et le regard hagard, se posant sur le mobilier plutôt chiche mais bien agencé. Les Olivera semblait accorder une grande importance à la famille si l’on en croyait la multiplication des cadres photos posés dans les deux couloirs adjacents qu’ils traversèrent.
Et puis soudain, Gabriel s’arrêta et ouvrit en grand la porte d’une chambre. Jessie passa le premier, et crut d’abord reconnaitre l’antre de Tyler. Avant que Gabriel ne mette fin à son enquête précaire.
- Ton lit ?
Il avait répété les mots de son ami en s’avançant au milieu de la pièce.
- Tu veux dire qu’on est… dans ta chambre ?
Il se retourna vers Gabriel qui acquiesça, les deux mains posées sur ses hanches, comme s’il était fier de partager son chez soi avec Jessie.
- Mais je vais dormir où ?
Le jeune homme désigna le matelas, qui épousait l’angle opposé à la porte.
- Avec toi ?
Jessie se sentait idiot à poser autant de questions. Mais il avait besoin de clarifier le tout. Il était à deux doigts d’exploser de rire. Pourtant la situation n’avait rien de particulièrement comique.
Mais il se sentait bien trop détendu pour se préoccuper d’un quelconque quiproquo.
- Mais généralement, je dors…
En boxer.
- Laisse tomber, je vais m’y faire. Et il se laissa tomber sur le lit, avant de ramener ses jambes contre la surface moelleuse. J’vais…
Il se colla contre le mur, posant sa tête contre l’édredon, avec un petit sourire en coin.
- T’as raison. Ils sont supers tes oreillers.
Mais déjà ses yeux commençaient à se clore.
Gabriel et Jessie se faisaient face, au milieu de la petite chambre que le brun habitait depuis presque dix ans. Le mobilier était limité - un grand lit, une commode, une armoire, et un bureau-, et le rangement laissait un peu à désirer, mais Jessie semblait omnibulé par bien autre chose.
Et quand son ami lui demanda de confirmer qu’ils se trouvaient bien dans sa chambre à lui, Gabriel acquiesça avec une certaine fierté, plutôt satisfait de lui-même. Il n’avait pas faillit à ses devoir d’hôte. Il offrait son lit à son ami, exactement comme on le lui avait appris.
L’idée que deux autres chambres vides étaient libres cette nuit là ne traversa bien entendu pas son esprit embrumé par l’alcool et le joint, et il fixa Jessie, un peu surpris par toutes ses interrogations. Tout lui semblait plutôt évident, à vrai dire.
Heureusement, son camarade ne tarda pas à s’installer sur le lit, sans prendre la peine d’enlever son pantalon ou de se glisser sous les draps. Gabriel pencha la tête de côté, avant de hausser les épaules pour lui-même. Il voulu faire un pas en arrière, mais Jessie se poussa contre le mur, laissant une large place à ses côtés.
Le troisième année resta un moment immobile, à fixer le lit, et cette place libre que Jessie venait de lui laisser. Une infime part de lui, celle qui était encore à peu près consciente, ne pouvait s’empêcher de penser à l’erreur que s’installer là pouvait représenter. A toutes les raisons qui auraient dût le pousser à reculer, à nouveau.
Mais Gabriel avait changé, ce soir là. Non seulement, il avait appris à connaître un Jessie qu’il ne craignait plus, mais qu’il commençait même à vraiment apprécier, mais en plus, il s’était frotté - au propre, comme au figuré - à un peu de nouveauté. Et le résultat n’avait pas été si terrible que ça.
Et puis de toute façon, il était épuisé. Alors, il se laissa tomber sur le lit à son tour, et installa l’oreiller derrière sa nuque. Contrairement à Jessie, qui s’était installé sur le côté il resta étendu sur le dos, les yeux mi-clôts,
- … Ça tourne.
Sa voix était faible, et il ferma les yeux quelques secondes, pour tenter de maîtriser cette impression de subir une balade dans une barque agitée par les vagues.
- J’aime pas quand ça tourne.
Jessie laissa échapper un petit grognement, que Gabriel prit comme une marque de soutien, et il acquiesça, en rouvrant les yeux.
- Bonne nuit Jessie.
Puis, ses paupières papillonnèrent quelques secondes, avant de faire le noir autour de lui.
L’obscurité ne dura qu’un temps, et elle fut vite remplacée par un feu brûlant. Des vagues rouges et oranges venaient lécher les murs autour de Gabriel, et il tenta de reculer, en vain. Son corps entier était bloqué, immobile, et invisible. Des voix résonnaient autour de lui, sans qu’il ne parvienne à en comprendre le moindre mot. Il tenta de crier, mais sa voix n’était plus qu’un mince filet à peine semblable à un soupir.
Il tenta de se débattre, encore, et encore. D’échapper au feu, et aux flammes qui rendaient l’atmosphère insupportable. Il avait chaud, trop chaud, et pour ne rien arranger, il y avait cette odeur, dans l’air…
Une odeur de poussière, et de peinture.
Puis, ses yeux se rouvrirent, et il laissa échapper un hoquet de surprise. Il tenta de se redresser dans le lit, mais son corps ne lui obéit pas. L’air était toujours trop lourd, et une partie de lui se demanda s’il était encore en train de rêver. Le bourdonnement dans ses oreilles était presque insupportable, et il tenta de secouer la tête, sans succès.
Ce n’est qu’à cet instant qu’il sentit le corps, contre lui. Il sentait une respiration, dans sa nuque, et surtout, un coude contre son épaule. Et il sentit son coeur s’accélérer malgré lui.
Bloqué. Il était bloqué. Prisonnier à nouveau. Il tenta de se débattre un peu, mais la prise de l’autre était trop forte. Son coeur manqua un battement, puis un autre.
Il allait mourir à nouveau.
Dans un élan de survie, il parvint à se retourner, et son corps tout entier repoussa l’autre un peu plus loin dans le lit. Son premier réflexe fut de se relever, et de chercher à s’enfuir. Mais son regard ne pût manquer la veste, au sol. Et tout devint clair dans son esprit.
Jessie. Jessie était là lui aussi. Et si Gabriel s’enfuyait, alors l’homme s’en prendrait à lui aussi.
Dans sa panique, il se retourna sur le lit, et laissa ses genoux venir bloquer l’homme de chaque côté. Et tout naturellement, ses mains vinrent enserrer le cou de sa victime.
La peur et l’émotion avaient rempli les yeux de Gabriel de larmes, et il ne parvenait pas à distinguer clairement le visage de celui qu’il tenait désormais en respect. Mais son esprit parvenait aisément à rappeler à lui ce visage, mué en une grimace de satisfaction. Le dernier qu’il avait vu avant de perdre connaissance.
L’homme avait commencé à se débattre, sous lui, et Gabriel n’avait pas l’expérience de son bourreau, alors ses prises étaient plus fragiles. L’idée qu’il pouvait tout à fait perdre à nouveau traversa son esprit, et il se rendit compte qu’il devait prévenir Jessie.
Jessie, qui dormait sur le canapé.
- JESSIE !
Sa voix n’était pas assez forte, pas assez puissante pour porter au delà de la chambre, et il sentit la panique augmenter en son sein. Il tenta d’appuyer plus fort encore sur la gorge de son adversaire, mais il tremblait comme une feuille.
- PARS ! JESSIE ! VA-T’EN !
Puis, dans un dernier souffle abîmé, il lâcha, presque sanglotant.
- Il va nous tuer…
La tête calée contre un oreiller bien trop confortable, les genoux ramenés contre son bas-ventre, Jessie laissa ses dernières forces le quitter pour laisser un sommeil réparateur prendre le relai.
Ses paupières closes, il s’imaginait être doucement emporté par les bras réconfortants de Morphée. Mais son subconscient ne lui en offrit qu’un plaisir partiel, comme si son esprit refusait de complètement s’abandonner vers les frontières de limbes fictionnelles.
Une impression étrange l’enveloppa. Ses sens continuaient d’être en alerte, et son corps entier se contractait sous la menace d’une ombre indistincte. Mais Jessie se retourna, encore et encore, faisant mouvoir les draps en dessous de lui.
S’il avait fait plus attention, il aurait entendu les paroles de son ami, couché à ses côtés. Il aurait ouvert les yeux et il l’aurait réconforté.
C’est normal que ça tourne. Ça finit toujours par passer.
Mais ses lèvres restèrent fermées, et il continua de chercher le sommeil en vain.
Ça finit toujours par passer.
Sauf que son dos se soulevait toujours un peu plus. Comme s’il cherchait à s’extraire du lit. Comme s’il cherchait à mettre Jessie à l’abri.
Oui mais à l’abri de quoi ?
Il était parfaitement bien, ici. Parfaitement en sécurité. Dans un appartement fermé à clé. Dans une chambre cosye. Sur un matelas qu’il partageait avec la présence rassurante de Gabriel.
Gabriel.
Un réflexe lui ordonna d’ouvrir les yeux. Parce que oui, désormais, il la ressentait parfaitement cette peur qui torturait son estomac. Qui lui faisait rater plusieurs battements. Il n’avait pas compris les signes. A cause de cette torpeur qui lui alanguissait ses muscles.
Alors son esprit se réveilla. Et ses paupières se relevèrent juste à temps pour voir deux grandes mains se jeter sur son cou.
Pourtant ses bras restèrent près de son corps pendant quelques secondes. Le temps qu’il comprenne.Mais qu’il comprenne quoi ? Rien de tout ceci n’était rationnel.
Son ami était en train de serrer sa gorge.
Et le dernier souffle qui s’insinua dans ses poumons lui rappelait la gravité de la situation.
- Ga… Mais il appuya plus fort, et Jessie releva une main. Bri… Il attrapa le bras tendu du jeune homme qui se trouvait au dessus de lui, et claqua sa paume contre sa peau. El.
Mais l’appelé continuait de serrer, un peu plus fort. Un peu plus violemment aussi.
JESSIE !
Pendant une seconde, le deuxième année crut que son camarade venait de reprendre ses esprits. Mais sa prise se resserra contre sa nuque, et Jessie fut incapable de sortir un son supplémentaire.
Il avait besoin d’air. C’était urgent. Mais il continuait d’observer la mort dans les yeux de son agresseur.
Il avait besoin d’oxygène. Juste d’une inspiration. Pour tenir un peu plus longtemps. En vain.
Il avait chaud. Comme si sa boite crânienne bouillait. Et des gouttes de sueur perlaient peu à peu son front plissé.
Finalement sa main lâcha le bras de Gabriel. Parce que sa panique lui donnait une force qui avait abandonné Jessie depuis bien longtemps.
Mais il continuait d’ouvrir la bouche, les yeux mouillés et le teint rouge.
Il allait rejoindre son frère. C’était fini. Juste comme ça. Juste comme ça…
Glenn.
Cette dernière pensée sembla lui offrir un semblant de répit. Une idée. Une idée qui le ramenait des années en arrière, lorsque son frère lui avait appris quelques notions de self-défense.
Malgré sa faiblesse, il parvint à concentrer l’ensemble de son énergie dans sa jambe droite. Il la releva, sans quitter du regard un Gabriel fou et terrifié à la fois. Et il entoura sa jambe à lui. Celle qui se trouvait juste au dessus de lui. Celle par laquelle il prenait un appui et un avantage considérable sur Jessie.
Et dans un dernier instant de courage, il tenta de pousser le jeune homme sur le côté. Parce que ses bras et ses mains rassemblaient la totalité de ses forces, il fut très vite déstabilisé et il tomba à la renverse. Il ne tenta pas de se raccrocher. Au contraire, sa chute le fit glisser hors du lit et il se retrouva dos au sol.
Jessie porta instinctivement les deux mains à son cou blessé, et il se releva bien trop vite. Sa tête l’élança, et la moitié de son corps ne répondait plus. Mais le soulagement avait pris le pas, et il continuait de haleter, incapable de faire correctement entrer l’air dans ses poumons. Comme si même maintenant, il prenait le mauvais conduit.
Sa tête se tourna progressivement vers un Gabriel complètement hagard, et il parvint à regrouper un ensemble de mots.
- Qu’est-ce qui t’as pris ?
Sa cage thoracique bougeait toujours disproportionnellement, et il était obligé de reprendre sa respiration à chaque syllabe mais il ne doutait plus que son ami l’écoutait et le comprenait.
- T’es malade ou quoi ?
Il avait crié bien malgré lui, d’une voix éraillée.
Gabriel serrait ses mains de toutes ses forces, mais son corps le trahissait par moments, et il n’était pas certain de parvenir à couper toute arrivée d’oxygène dans les poumons de son adversaire. Son esprit n’était tourné que vers une seule idée : Offrir à Jessie le temps de s’enfuir. De se sauver.
Combien de temps parviendrait-il à tenir encore ? Son adversaire ne se démenait plus, sous lui. Mais son expérience personnelle avait appris à Gabriel que le corps humain pouvait survivre de longues secondes sans cet air si précieux. Il ne lâcherait pas…
Il ne lâcherait plus.
Pourtant, et alors que l’homme n’avait plus tenté de s’enfuir depuis un moment, Gabriel sentit un mouvement contre son genou. Avant qu’il ne comprenne ce qu’il se passait exactement, il bascula sur le côté, et son dos vint heurter le sol dans un bruit sourd.
Il cligna des yeux, plusieurs fois, et se rendit compte que lui aussi avait coupé sa respiration. Ses lèvres s’entrouvrirent, à la recherche d’une inspiration qui ne vint pas. Et ses yeux fixèrent un point invisible devant lui.
La voix de Jessie s’éleva, à quelques mètres de là, et Gabriel écarquilla les yeux. Il chercha sa silhouette du regard, et il trouva son ami, à genoux sur le lit.
Jessie.
L’adversaire.
Gabriel parvint à se redresser un peu, sur ses coudes, et il fixa le blond, empli d’incompréhension. Venait-il vraiment de …
A entendre les reproches de Jessie, et à le voir au bord de l’extinction de voix, oui. Gabriel venait d’étrangler son camarade, en plein milieu de la nuit. Et si le jeune homme n’avait pas eût le réflexe de le déséquilibrer plutôt que de la combattre, alors il serait peut-être encore en train de lui écraser les voies respiratoires.
La vérité frappa Gabriel de plein fouet. Il avait été à deux doigts de tuer le jeune homme qui lui faisait face.
Lentement, il recula sur le sol, sans chercher à se relever, jusqu’à se retrouver contre la porte, à l’opposé de Jessie. Les deux jeunes hommes se fixaient, essoufflés, dans un silence plus lourd que jamais. Gabriel essuya sommairement ses joues, sur lesquelles la panique avait fait glisser quelques larmes.
- Je…
Il secoua la tête, le visage défait. Les images de ce qu’il venait de se passer tournaient et retournaient dans sa tête, et il pouvait encore sentir l’ombre de cette peur terrible qu’il avait ressenti au plus profond de son être.
- …Je suis désolé.
Il chercha le regard de Jessie, pour lui faire comprendre qu’il avait conscience de la gravité de ses actes, mais le jeune homme semblait méfiant. Alors Gabriel tenta de s’expliquer, son corps entier agité de frissons désagréables.
- C’était… Un cauchemar. Je crois. Je …
Il parvint à se relever, lentement, en s’aidant de la porte derrière lui, et ses gestes trop lents firent l’objet de toute l’attention de Jessie, qui était resté sur le lit.
Gabriel resta un long moment face à la porte, appuyé sur un de ses bras, à tenter de calmer son coeur qui s’était emballé. Son esprit n’était pas clair, et trop de questions se bousculaient pour qu’il parvienne à faire le tri.
Il était dangereux. Bien trop dangereux.
Il se retourna vers Jessie, le visage tendu.
- Je vais prendre le canapé. La… La clé de ma chambre est dans le tiroir de la table de chevet. Je comprendrais si tu voulais…
Il ne termina pas sa phrase, préférant s’enfuir, honteux et inquiet. Il referma la porte avec application, avant de s’éloigner lourdement, en direction de la cuisine.
Sur son chemin, il alluma chaque lumière qu’il croisa. Et une fois arrivé devant le robinet, il s’empressa d’humidifier son visage avec un peu d’eau froide.
Car s’il y avait bien une chose que Gabriel craignait à présent, c’était de retomber dans cette folie douce qui avait faillit faire de lui un assassin.
Sometimes I wanna slap in your whole face (…) You’re the only love I’ve ever known, but I hate you, I really hate you. So much I think it must be…
Haneul Kwon, que inferno de nome! Nunca sabia se deveria ser isso ou Daniel quando eu gritava com ele. Aquele infeliz só estava ocupando espaço mesmo. Ah, e como era um pentelho infeliz. Só implicava comigo, com meu jeito caipira, com minhas gírias, metáforas e comparações com meu doce e fedido lar. Implicava com minha grosseria e como eu conseguia ser nojenta e falar coisas inúteis ou desagradáveis em momentos errados. Implicava com os garotos que eu ficava e implicava quando eu o beijava. Ou quando eu o abraçava enquanto ele brigava comigo. Quando eu ficava muito séria, fazia piada do que não devia, ria da cara dos outros. Brigava comigo porque eu o chamava de japa, mas sempre me chamou de caipira.
Mas ouvir isso na sua voz eu nunca me ofendeu.
It’s such a shame for us to part… no one ever said it would be this hard. I’m going back to the start.
Cause I remember every sunset, I remember every word you said. We were never gonna say goodbye.
JÁ VAI TARDE! Talvez ele não deveria nem ter comparecido àquela detenção no segundo ano. Melhor, não deveria ter ido atrás de uma pirralha burra na floresta proibida, não deveria ter pegado na minha mão e compartilhado o meu medo consigo. Não deveria ter sorrido e bagunçado meu cabelo, não deveria ter ficado bem comigo depois de tudo em que eu o meti! Não deveria ter aparecido na ala hospitalar quando eu me machuquei no Quadribol, não deveria ter ido na fazenda e se molhar todo de leite por não saber ordenhar da teta da vaca, ou derrubado um ovo em mim. Ele não deveria ter me segurado quando eu estava para cair na lama dos porcos. Ou melhor, não deveria ter rido quando não conseguiu e caímos juntos. Não, ele deveria ter me visto entrando na floresta e seguido seu caminho para o dormitório. Deveria ter me ignorado na sala de aula nesses últimos sete anos, virado a cara e não socializando com a caipira nojenta.
I know life would suck without you. At the same time I wanna hug you I wanna wrap my hands around your neck. You’re an asshole, but I love you.
Ah, mas e eu? Eu não vou chorar, eu não choro. Mas talvez eu tivesse chorado muito nos últimos anos se ele tivesse virado as costas e não me seguido. Talvez, mas só talvez, Deus nos juntasse de um jeito ou de outro. Eu sei que Ele quer meu bem, Ele faria isso por mim. As coisas acontecem porque o Senhor quer, aquele infeliz vai ficar melhor longe de mim se é o que Ele fez acontecer. Quem sabe também Ele… Não. Não.
True love,
Não vai fazer falta também, o Daniel. Vou finalmente fazer amigos diferentes de só um infelizinho de coreano, não é? Ele tinha “ficantes” meio ridículas, senão ignorantes e meio lerdinhas. Eu tive uns namoros rápidos, mas nunca nada deu certo. Me separavam muito da minha vida, que eu tanto amei. Ou amo. Me separavam do meu amigo, basicamente. Ele tinha amigos, mesmo que alguns inimigos e pessoas que implicavam com ele. Implicavam não do jeito que eu fazia.
But you shouldn’t worry about what they say ‘cause they got nothig on you baby. Oh, there’s nobody even close to be like you.
Mas quando ele estava mal, quando ele achava que não tinha ninguém, ah, aquele infeliz estava muito errado. Se tinha alguém que, agora, eu com meus 17 anos de vida, conseguia me entristecer era ele. Aquele infeliz não sabe que poderia correr pra mim mesmo quando eu estou brava com ele? Eu sei que ele sabe que passa rápido. Não sabe que eu faria qualquer coisa por ele? O garoto tem sorte por eu ser controladíssima e super bem humorada e não enchê-lo de porrada quando reclamar da vida. I mean, enchê-lo de estrume. Quando reclamar dos dias de escola, dos dias em Hogwarts, das pessoas ruins.
…nothing else can break my heart like you.
Aquele infeliz sabe que eu não deixaria de implicar com ele por nada. O jeito dele é insuportável, dramático, impaciente, irritante, falante e ridiculamente engraçado…
…Mas o meu também é. Eu o irritava como ninguém mais, ele me suportava o xingando, mordendo, falando demais, gritando, brigando, sendo ridiculamente engraçada. Dizendo inconveniências sobre outros garotos com quem fiquei, sobre animais e suas fezes, sobre coisas femininas, sobre filmes, histórias, comidas, culturas… Sobre minha vida nada empolgante e privada. Eu o chamava de japonês, mesmo sabendo que veio da Coreia do Sul. Dizia sobre a Coreia ser um país só, mas sempre soube a diferença absurda que era de duas formas de governo e economia mesmo que governadas pelos mesmos olhos puxados. Aqueles olhos que eu sempre brinquei e fiz piada, imitei para deixá-lo estressado. Ele se irrita e eu rio, porque sei que ele tem conhecimento do meu jeito estúpido, bobo. Ele sabe que eu nunca o magoaria, mas nunca falaria isso pra ninguém. Não sou romântica, nem a amiga que alguém sonha. Mas se tem alguma coisa que eu aprendi com aquele infeliz é que não existe uma pessoa perfeita, existe aquela pessoa perfeita pra você. Aquela pessoa que ri quando você chora, aquela pessoa que te faz rir sem falar nada, que te faz sorrir ao pensar nos momentos que passaram, que te faz chorar escondido quando se sente mal e sozinho, te faz pensar se é mesmo amizade ou deveria haver um nome para isso que seja maior ainda que irmandade. Aquela pessoa que te faz acreditar que realmente existe alguém que te completa, que você encontrou aquele “outro como você” que dizem ter no mundo. Aquela pessoa que é incrivelmente igual e diferente a você, que te faz feliz mesmo longe, que mesmo quando te faz triste, está lá pra você.
You reflect me, I love that about you.
Ah, eu o odeio tanto por isso. Por ir embora, o odeio tanto pir me fazer ficar horas na cama do dormitório parada pensando nele. Me odeio tanto por isso. Por pensar demais nele, por gostar tanto dele. Me odeio por me odiar e odiá-lo, quando eu deveria perceber que em alguns meses isso ia acontecer, mas mais ainda por não mudar nada o que eu sentia antes. Mas eu só sei disso agora.
Quero voltar pra minha fazenda, não prestar NIEMs, não passar em nada, não fazer nada… eu nunca quis isso mesmo. Eu nunca soube o que realmente me fazia continuar aqui se eu não faço questão da magia. Não, eu quero meus animais, um marido, um filho e meu melhor amigo. Como eu sou ingênua pensando assim. Ele ia ter sua família, sua esposa. E me dói pensar nisso, agora me dói pensar que ele vai encontrar outra melhor amiga, outra pessoa que ele ame mais que eu. Me dói mais ter certeza que ela não vai amá-lo tanto quanto eu. Que ele vai fazer mais falta a mim do que meus próprios pais, do que meu próprio irmão fez. Mais que tudo, arrependimento me faz sentir ridícula. Mas eu só percebi o quanto amo o Niel quando aquele infeliz foi embora. Eu só queria ouvir a voz dele dizendo que ninguém que ele encontrasse seria como eu: uma caipira louca, escandalosa e nojenta. Mais que isso, sua melhor amiga, que faria tudo por ele sem pensar duas vezes. Só é tarde para chegar nessa ideia, Jessica. Você deixou aquele infeliz ir e agora lamenta.
Digo infeliz é no sentido pejorativo. No pior sentido como xingamento, mas eu poderia substituir por uma palavra pior. Só que em momentos de drama me obrigo a ser decente. Não sei por que, ele não merece o pouco de dignidade que estou lhe dando.
Estou sendo mulherzinha. Estou sendo fresca, dramática, mimada e sentimental. Agora eu sei como é ser como aquele infeliz. Ah, eu ainda mato o Niel.