NO ESCAPE (2015)
Instoppables, les frangins Dowdle... John Erick à la réal’, Drew au scénario: le binôme fonctionne depuis longtemps, et a accédé au renom avec des œuvres telles que le sur-buzzé THE POUGHKEEPSIE TAPES (2007) et DEVIL (2011) -chroniqués en ces pages-, mais aussi le remake de REC. (2007), QUARANTINE (2008), et le bien-nommé CATACOMBS (2014). Un CV plutôt bon, souvent axé found-footage, au fort goût d’horreur et/ou d’épouvante: les Dowdle aiment le cinéma de genre, celui qui inquiète, intrigue, et effraie. Dernier film en date, ce NO ESCAPE assez inattendu, qui partage pourtant un GROS point commun avec les précédents travaux du duo, à savoir l’exploitation d’un lieu précis, vecteur de frayeur: après l’Amérique infectée par un virus zombifiant, la ville marquée par un serial-killer, l’hôtel à l’ascenseur diabolique, et les catacombes de Paris, direction la Thaïlande pour un thriller-actioner en apparence différent de ce que l’on connaît des deux hommes. Alors, fini, l’horreur? Oui et non... NO ESCAPE pourrait paraître opportuniste, avec son casting étrange -l’amuseur Owen Wilson en premier rôle, le vétéran Pierce Brosnan en arrière-plan-, le sceau de Dowdle, la musique de Marco Beltrami, et la grosse prod’ Weinstein -ahum-: mais ce qui intrigue, c’est ce scénario d’expatriation, où un ingénieur américain embarque sa petite famille pour s’installer en Thaïlande, l’opportunité de carrière étant le tremplin pour la vie rêvée. Forcément, NO ESCAPE va vite instaurer une atmosphère d’insécurité: le film s’ouvre sur le meurtre du premier Ministre du pays, avant de nous montrer l’arrivée de Jack et sa famille en territoire inconnu. Pas de chance, le coup d’état a bien eu lieu, et c’est avec horreur que l’anti-héros découvre que la population locale est en pleine guerre civile: les Thaïlandais refusent l’installation des multinationales étrangères qui endettent leur pays, et se révoltent violemment contre Cardiff, LA société de waterplant dans laquelle Jack travaille. Seul problème, sa photo est médiatisée, et les thaïlandais réclament vengeance -et justice-: NO ESCAPE porte bien son nom, course-poursuite haletante au suspense palpable. Les frères Dowdle transforment vite le dépaysement en inquiétude, avec nombre d’éléments très bien trouvés: la barrière linguistique doublée à la situation de crise est mère de séquences stressantes, à l’image du contexte du long-métrage. Plus de téléphone, pas d’internet, il va falloir composer avec la rares plans de la ville et les encore plus rares habitants pacifiques grâce auxquels Jack va pourvoir préserver sa famille. Les membres de la Jack Family ne sont pas des héros, et la fuite est la seule option, entraînant avec lui sa femme et ses deux filles: l’action démarre à l’hôtel -tiens donc- où les Dowdle se lâchent totalement, avec une violence non-censurée qui perdurera pendant tout le film. NO ESCAPE, c’est des balles qui trouent les chemises et font gicler le sang, comme dans les eighties, et on ne peut que saluer l’initiative de montrer ce qui est cru et réel, là où d’autres jouent avec les angles de vue et les effets visuels pour avoir leur classification “tout public”: sortir d’un bâtiment où ça tranche à la machette à vue, en étant complètement désarmé, ça vous change un homme. Bref, la course-poursuite incessante comporte plein d’épreuves qui mettent la pression, du tank qui tire non-stop sur un immeuble, au “saut de la foi”, en passant par l’exil camouflé sur un scooter, où la petite famille traverse une marée de rebelles énervés: appréciable, NO ESCAPE approfondit ses personnages avec un rare équilibre, l’instinct de survie prenant toujours le dessus -le premier meurtre de Jack devant sa femme, ou cette dernière qui risque sa vie pour faire diversion-: et impossible de ne pas mentionner l’incroyable Pierce Brosnan, qui non content de nous faire un coup JAMES BONDesque à la Sean Connery dans ROCK (1996) en mode “british secret services”, crève littéralement l’écran. Encore plus beau gosse avec l’âge, le toujours charismatique Brosnan incarne le baroudeur Hammond, qui va dépasser le stade de simple “mec sympa” et se prendre d’empathie pour la famille de Jack: une chance inespérée certes, mais plus, l’importance de ses connaissances du pays, et de ses mœurs... Il est vrai que NO ESCAPE choque lors de son premier visionnage, et on aurait tort de réduire le Dowdle-movie à -encore une fois- l’idée de la parfaite famille américaine, seule contre une horde d’autochtones sanguinaires: pour ma part, je me souviens d’avoir douté du bon sens du long-métrage, à mon sens un peu “raciste”? Mais c’est en étant attentif aux détails que l’on comprend mieux NO ESCAPE, qui dresse une critique osée de l’abus de pouvoir américain, envahissant continents et soumettant les populations à l’immortel American Way Of Life: c’est là où le personnage de Brosnan/Hammond prend son importance, en évoquant à Jack les raisons “installées” de ce conflit en apparence complexe. Une justification logique loin d’être hors-propos: montrer ces deux extrêmes -la “famille parfaite” et les “thaïs barbares”- s’opposer, c’est clarifier la source du mal. Du coup, on garde un bon souvenir d’un Pierce Brosnan solide et badass, n’apportant pas que la caution “aventurier vétéran”, mais bel et bien un apport non négligeable au scénario: c’est qu’il en éclipserait presque Owen Wilson, le bougre... Bon, on se doute que NO ESCAPE n’est pas exempt de défauts, son dernier tiers versant de plus en plus dans le sentimental: certains clament au cassage total de rythme, d’autres approuvent l’hypersensibilité acquise par la famille de Jack au cours des épreuves traversée. Mis à part ce minime et discutable parti pris émotionnel, NO ESCAPE est un divertissement nerveux, inquiétant, qui diffuse à merveille cette ambiance dangereuse propre aux survivals -et autres zombie-movies-: on apprécie le grand spectacle, jamais gratuit, et desservant constamment le récit -la scène de l’hélico-. De plus, le parcours imprécis et changeant de Jack laisse la porte ouverte à de nombreuses idées de mise en scène -l’ambassade américaine ne va plus être l’objectif pour chercher refuge, et la bouffe locale est très bonne quand on ne sait pas ce qu’on mange pour survivre-: pourtant, on ne peut le placer près de l’indo-britannique THE OTHER SIDE OF THE DOOR (2016) par exemple, car NO ESCAPE ne comporte AUCUN ingrédient fantastique ou horrifique. Un essai transformé en réussite par les frangins Dowdle, mettant à profit toute leur expérience pour apporter à cet actioner ultra-violent ses lettres de noblesse, avec ce qu’il faut en termes de stress et de scènes-choc: cauchemar urbain effréné et sanglant en full-screen, on devine que les opinions politiques du duo seront encore plus appuyées dans leur prochain projet, qui abordera le cas de la reporter Dorothy Killgalen -période J.F. Kennedy, rencardez-vous-. Il serait donc temps de reconnaître le talent de la marque Dowdle, NO ESCAPE permettant aux fragiles de ne pas (trop) flipper, et aux allergiques de l’horreur de trouver chaussure à leur pied: quand compromis rime avec talent.
COURSE-POURSUITE /20