THE COLLECTOR (2009)
C’est avec un plaisir non feint que je chronique enfin THE COLLECTOR, premier chapitre d’un dyptique “à part” dans le cinéma, dont la suite est, sans surprise, le bien-nommé THE COLLECTION (2012): et si ces deux films de Marcus Dunstan valent le détour, c’est non seulement parce qu’ils sont uniques en leur genre, d’autant plus que le réalisateur n’a “que” trois longs-métrages à son actif -le dernier en date étant THE NEIGHBOR (2016). Il serait réducteur de classer THE COLLECTOR dans la catégorie “horreur”, tout comme de le réduire à une production d’”entre-deux SAW” (2004-20??), et ce malgré le fait que Dunstan soit également scénariste -la trilogie FEAST (2005-2009), SAW IV, V, VI et VII (2007-2010) ou encore PIRANHA 3DD (2011) et producteur -THE CANDIDATE (2010) à ses heures perdues. Certes, THE COLLECTOR s’inscrit dans la lignée du genre, avec ses codes -beaucoup de scènes sombres-, son scénario -une histoire presque en huis-clos-, mais SURTOUT par son emblématique antagoniste qui donne son nom au film, le fameux “Collector”: car si le personnage d’Arkin laisse à croire qu’il sera le héros de ce fait divers cruel, il est avant tout le repère du spectateur, qui va découvrir le charismatique bad-guy à travers lui. Et des bad-guys icôniques, ça n’existe presque plus: où sont donc passés les cinglés tels que Clarence Bodicker -ROBOCOP (1987)-, les sauvages à la Frank Zito -MANIAC (1980)-, les potes psychopathes de la famille Firefly -THE DEVIL’S REJECTS (2005)-? Certainement éclipsés par les mauvais méchants actuels: et quand on voit Jigsaw -pour ne citer que lui- qui est au fil du temps devenu une autoparodie ringarde, ça donne envie de chialer: et pourtant, au milieu de Jason qui galère à revenir sur les écrans et Freddy qui s’est fait violer dans le remake de 2010, le COLLECTOR se tient dans l’ombre, homme anonyme, serial-killer retors masqué et mutique, dont la cruauté et les motifs n’ont d’égal que son savoir-faire pernicieux et méthodique pour arriver à ses fins. Bon, stoppons le teasing de la hype, concrètement, c’est QUOI, THE COLLECTOR? Une réalisation à la caméra 16mm -ce qui explique le grain visible à l’image lorsqu’on le regarde en blu-ray-, permettant à Dunstan une mobilité et une visibilité dans les lieux sombres que la Sony HDW-F900, trop volumineuse, ne pouvait lui fournir. Un scénario à l’origine provenant d’un court-métrage co-écrit mais jamais réalisé, transformé en préquelle de SAW sous le nom de THE MIDNIGHT MAN, puis finalement adapté en “vrai” film. Un conte noir moderne et désespéré, où l’antihéros reste la victime permanente du Collector, et ce malgré sa rédemption salvatrice/prise de conscience humaine qui le changera au cours de l’histoire. Un pitch où cet ouvrier le jour/cambrioleur -Josh Stewart, impeccable en tous points- la nuit, va, par le destin, croiser la route du Collector, mystérieux serial-killer surdoué du bricolage, piégeant ses victimes dans leur propre demeure, avec nombre de pièges aussi inventifs que mortels -et non, ça n’est pas SAW, les amis-. Une mise en scène très très très esthétique, où le visuel, la musique, les thématiques, les twists, la mise en scène, et l’art de manier la caméra ne font qu’un, homogènes et indissociables: THE COLLECTOR est le premier long-métrage de Dunstan, et bordel, quel talent! La bande-son, composée par Jérôme Dillon -ancien batteur de Nine Inch Nails, qui cèdera sa place au grand compositeur Charlie Clouser pour THE COLLECTION, lui-même issu du milieu metal-, fait son effet, basée sur une rythmique tendue presque palpable favorisant un stress obligatoire durant le visionnage de THE COLLECTOR: en accord avec la personnalité froide et sans âme du tueur masqué, elle nous immerge dans le film avec une force rare. Les connaisseurs reconnaîtront les premières notes de Dead Bodies Everywhere de KoRn, en accord avec ce qui va suivre... Mais au-delà de l’ambiance, c’est l’acharnement du Collector qui nous glace le sang, plus que la douleur qu’il fera subir à ses proies: Arkin, piégé dans la maison de son employeur, ne pourra sauver personne face à l’organisation mathématique et imparable de ce braconneur collectionnant DES GENS (!) qu’il aura préalablement sélectionné selon des critères connus par lui seul. Âppatant ses victimes avec une étrange boîte, le Collector fait passer MacGyver pour un amateur du dimanche, à la fois créatif et impossible à contrer: si des des planches bloquent une fenêtre, des lames de rasoir bien positionnées vous dissuaderont très vite de les enlever; un faux pas, et vous tomber sur un plancher fait de pièges à ours; une envie de s’enfuir, et vous vous retrouvez découpé par une “toile d’araignée” géante faite de fil à couper les métaux -désolé, le jargon technique m’échappe-. THE COLLECTOR dresse le portrait d’un des psychopathes les plus cérébraux depuis Hannibal Lecter -SILENCE OF THE LAMBS (1991)- au cinéma, sauf qu’ici, c’est une version mutique de l’ex-psychiatre façon Michael Myers (HALLOWEEN (1978-2018) à qui on a affaire: ultra-angoissant, vous en conviendrez... Et quoi de mieux qu’un format “rapide” pour intensifier l’expérience de THE COLLECTOR, qui, scène post-générique indispensable comprise, atteint les 1h29 au compteur? Cruel, pervers, le Collector nous fige d’effroi, ses yeux brillants d’une lueur fantômatique au-dessus de sa bouche tordue, seules parties visibles de son corps: Arkin parviendra à lui arracher son masque, éphémère scène où Dustan choisira de nous montrer le visage du cambrioleur terrorisé plutôt que celui de son tueur barbare et calculateur. Un choix justifié et judicieux, ancrant THE COLLECTOR dans une ambiance mystique, bien que réaliste: qu’a vu Arkin? Le Mal en personne, un visage brûlé, toutes les théories sont possibles: quoi qu’il en soit, le Collector a choisi son “élu” pour THE COLLECTION. Et ça noue le ventre, bloque notre respiration, et fait sacrément peur. Oui, c’est ça. LA PEUR PURE, qui tétanise, de par l’aura maléfique de cet anonyme terrifiant, de par son existence même.
PEUR /20