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Inktober ; reckless (day 8 )
jour 8 - j'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
mes amis-amoureux je les ai comptés par dizaines
venus se glisser dans les plis de mon corps comme des ombres
à ramper en secret hors des sentiers tracés
mes amis-amoureux n'ont pas voulu mal faire
parfois même à travers la pénombre certains m'ont regardée
mais leurs mains anonymes m'ont brûlée de ce désir qui n'était pas le mien
et j'ai sombré plus d'une fois dans la torpeur des poitrines qui se taisent
c'est toujours l'histoire de l'étoile qui s'éviscère
et qui laisse son corps au bord d'une route
le souvenir hanté de la consistance de la lumière qui tombait par ta fenêtre
je suis certaine que ce jour-là tu m'as vue pleurer
mes amis-amoureux se fichent bien de si je parle ou de si je vis
d'ailleurs l'appellation d'ami est bien trop faste pour ceux
pour qui je ne crois pas n'avoir été plus qu'un bout de chair
mes amants-néants, mes poitrine vides, mes cœurs à dents
ces hommes à qui j'ai donné sans le savoir bien plus que mon temps
elle est finie depuis l'époque des amis-amoureux
et c'est une chance, une joie et un plaisir pour celle
qui n'avait jamais su se donner la parole
elle est close la saison de mon cœur qui s'ignore
je garde vos stigmates comme les coups que vous n'avez jamais osé me porter
ils traceront sur ma peau la carte des contrées où je n'errerai plus
je garde vos regards qui me transperçaient sans me voir
comme phare pour fuir l'amour fantôme que vous me promettiez
Eté
Avec le vent dansent Les feuilles et les pétales - L'été s'étire en silence.
Mon livre est-il végétal Si mon esprit s'y installe ?
/ Fabienne PASSAMENT. 2025
8. J'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
Le polyamour on en parle ? Ça fleurit sur les réseaux, les applis, dans ce monde chaotique à mille à l'heure. C'est un concept qui m'échappe. Mon cœur est pris, je n'ai plus de place. Je me résous à comprendre malgré tout. Plus personne ne veut de ce carcan bien comme il faut : avoir des devoirs familiaux, des traditions hypocrites. Je comprends qu'on veuille échapper délibérément à ce moule hétéronormé. Juste, je ne m'y retrouverais pas. Mais l'amour est si multiple, foisonnant, en perpétuelle reconversion. Pourquoi pas avoir deux amis et être amoureux des deux, c'est facile comme un gant de velours qu'on enfile, pas d'étiquette, pas de loi, se sentir un peu vivant dans un espace-temps aussi désordonné que le nôtre. C'est à l'image de notre mode de vie. Zapping, scrolling, ghoster, liker.
La Source
L’eau pure peut laver l’âme de la corruption, c’est connu. Et plus grande est la souillure, plus la pureté de l’eau doit être grande. Jusqu’au point où cette eau devient invisible à l’œil des profanes, qui ne la distinguent que par l’éclat des rayons de lumière miroitant à sa surface et qui semblent danser dans le vide. Pour la trouver, il faut remonter la rivière jusqu’à la Source. Ainsi se gagne le salut.
La rivière était profonde, au début de ton voyage. Large et pleine de courants traitres, de monstres aquatiques, de dangers sur la rive. Tu as commencé ton périple en bateau, comme tous les pèlerins. Les plus dévots tentent de nager, les plus pragmatiques se contentent d’ablutions régulières. La rivière a été trop souillée par tous que le sacré y soit encore présent, mais ça ne fait pas de mal de tenter, n’est-ce pas ?
Ramer vers l’amont est épuisant et ta voile ne t’a pas beaucoup servi. Tu as abandonné ton embarcation à la première cascade. Escalader sous l’eau était une entreprise folle, mais pour rien au monde tu n’aurais contourné l’obstacle. Cent fois tu es tombé, survivant par miracle, accueilli par l’eau tumultueuse plutôt que par les rochers acérés. Cent une fois tu es monté. Tu as fini par rejoindre le sommet.
Tu dors encore sur la rive, trempé, grignotant tes quelques provisions gâtées par l’eau et frissonnant de fièvre, déjà. Mais il n’est plus question de quitter le rivage pour chasser ou même cueillir quelques baies qui pourtant n’attendent que toi. La rivière est bien moins profonde à présent. Par moment, tu nages, mais souvent tu peux marcher. Le courant est violent, l’eau court le long de la pente raide de la montagne et danse joyeusement au-dessus des rochers traitres. Je te dirais bien de faire attention, mais écouteras-tu ? Tu n’arrives même pas à écouter le gémissement de tes pieds en sang, pauvres choses laissant des filets rouges derrière toi.
Tu n’es pas le seul pèlerin. Certains sont mieux préparés que toi et t’offrent de quoi manger, de quoi te soigner. D’autres sont morts. Leurs corps sont laissés à la rivière. On suppose que leurs âmes achèvent leur périple. C’est presque une solution de facilité. Ils doivent flotter, enfin libérés de l’eau glacée et des pierres tranchantes, ils dansent avec l’eau et volent librement jusqu’à la Source.
Tu n’es pas si libre. Pas encore. Ton esprit est de plus en plus embrouillé. Mais toujours pas assez pour m’entendre. Il n’y a qu’une idée dans ta tête, qu’une obsession : atteindre la Source. Être purifié. Lavé de tes souillures. Celles qu’on t’a infligées. Celles qu’on t’a dit d’infliger. Pour le plus grand bien. Pour l’honneur. Pour la terre qui t’a fait naitre et la gratitude envers les ancêtres. Toutes ces conneries. Au final, ce que tu veux laver, c’est la honte de n’avoir jamais dit non.
Tu t’imagines que ce petit mot était si facile, maintenant que tu ne l’as pas dit.
Enfin te voilà arrivé jusqu’à moi. Tu pleures. Comme tant d’autres. Et tu bois mon eau. Tu te laves avec. Honnêtement, tu en avais bien besoin. Tu ris. Tu chantes mes louanges. Tu sens le poids qui disparait de tes épaules, ta honte qui s’évapore, tes souvenirs avec. Tu te sens si heureux. Tu bois encore, jusqu’à ce qu’il ne reste rien de toi. Rien qu’une coquille vide hébétée, qui attendra la fin là, avec les autres, au milieu des cadavres.
Quelle pitié. Être la Source, l’eau si pure qu’elle en est invisible, et souillée dès mes premières gouttes dans ce monde. Je pourrais être une si belle rivière si on me laissait tranquille. Je crie, je hurle et je tempête, je fais gronder mes courants et aiguiser mes pierres, sans qu’aucun d’entre vous ne m’entende jamais. Même toi qui m’aimais si fort. Qui m’espérait tant.
Et toi, petit pèlerin qui monte en bateau pour commencer ton périple, entendras-tu ma voix ?
Premières courses aujourd’hui depuis le début du confinement et oui j’ai rajouté une bouteille de gin à la liste pour pouvoir me faire des gin tonic, on en est là !
éphémère
après l’école, les petits pavés gris servent d’ardoise aux enfants ; l’écriture à la craie lisible jusqu’à la prochaine pluie ; école de l’éphémère
© Pierre Cressant
8. Ephémère
30 jours pour écrire - Jour 8
J’ai des papillons au bout des doigts et des étincelles dans la tête. Pas le genre qui sont belles. Non, le genre un peu rebelles, un peu cruelles. Celles qui vous arrachent un cri lorsqu’elles atterrissent sur votre peau. De surprise aussi bien de douleur que de surprise.
Et les papillons. C’est beau les papillons. C’est éphémère, temporaire, tout sauf terre-à-terre.