Le gif set du << Noemie pinching air >> . Voila .

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Le gif set du << Noemie pinching air >> . Voila .
L'humour peut être une arme pour des communautés discriminées mais, selon les humoristes et les expert.e.s interrogé.e.s par Komitid, il est à manier avec précaution.
J’ai rencontré des gens passionnants, entendu de très bonnes blagues et pu réfléchir à plein de choses en écrivant cet article !
Paru le 19/09/2019
Est-ce que ça intéresserait quelqu'un que je retranscrive ici les articles de Komitid (média français lgbt+) ? Je suis abonnée donc j'ai les articles premium, et je sais que tout le monde n'a pas l'argent pour, mais leurs articles sont vraiment intéressants
« Suicide-toi », « maladie »... Les élèves LGBT+ toujours confronté.e.s au harcèlement scolaire
(Publié en premium sur Komitid le 18 juin 2018)
Depuis le fiasco des ABCD de l'égalité en 2013, les moyens mis en œuvre pour lutter contre les LGBTphobies en milieu scolaire se font rares. Pendant ce temps, les élèves LGBT+ restent nombreux et nombreuses à souffrir au quotidien de discriminations et de harcèlement.
« Pédé », « tarlouze », « tapette ». Clément, un Angevin de 18 ans, s’en est pris plein la tête quand il était au collège : « On me traitait de « pédé ». On a refusé de boire après moi par « peur de devenir pédé ». On a menacé de me frapper à plusieurs reprises. Il m’arrivait de trouver dans mon casier des papiers avec écrit des trucs du genre « tu suces pour combien ? » ». Du harcèlement scolaire homophobe que le jeune homme dit avoir signalé à plusieurs reprises, mais sans résultat : « Disons que les insultes et les humiliations se faisaient de façon plus fourbe », explique Clément. « À un moment, j’ai compris par moi-même qu’il ne fallait pas que je me laisse abattre. »
Pour Christophe, 26 ans, le collège a aussi été un véritable enfer. « Tu devrais te suicider, de toute façon tu finiras comme ça » ; « Tu ne pourras jamais changer, c’est une maladie », « tu n’es pas normal » : lorsqu’il était collégien dans les Hauts-de-Seine, Christophe s’est vu reprocher pendant toute sa scolarité son comportement jugé « trop efféminé ». Empêché sans cesse de rentrer dans les vestiaires des mecs, insulté, humilié, il a été jusqu’à tenter de mettre fin à ses jours en prenant des anxiolytiques. « Ma mère m’a aidé à les recracher, nous a-t-il confié. J’ai réussi à être dispensé parce que c’était trop dur à supporter ». À coups de séances chez le psychiatre et d’antidépresseurs, Christophe a encaissé. Fin du collège, il a décidé de s’orienter vers une école de coiffure. « Non pas par passion, précise-t-il. C’était une sortie de secours. Moi, je voulais faire un bac littéraire ».
Absence de données
Selon les données ministérielles, 700 000 élèves sont ou ont été victimes de harcèlement scolaire, dont la moitié de façon très « sévère », pour reprendre la formule employée par le ministère de l’Éducation nationale. Mais aucune statistique n’est disponible quant aux élèves LGBT+. « Concernant les violences à l’école en général, il y a toujours un hiatus entre ce que l’institution scolaire déclare et la réalité des faits, en raison notamment de la réputation des établissements scolaires », explique à Komitid Johanna Dagorn, sociologue et chercheuse à l’Observatoire international des violences à l’école. « Mais il y a aussi évidemment une méconnaissance et un embarras autour de toutes les questions LGBT+. La lutte contre l’homophobie et la question du sexisme ont émergé il y a à peine dix ans ».
Clip réalisé par des élèves dans le cadre du concours « Non au harcèlement » organisé par le ministère de l’Education nationale
Un, deux, trois, Roi du silence
Outre les données officielles, le harcèlement scolaire en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre est un phénomène étayé par de nombreuses associations et syndicats d’enseignants. C’est le cas par exemple de SOS homophobie qui, dans son rapport 2017, a relevé une augmentation de 7 % des LGBTphobies en milieu scolaire. Des chiffres à nuancer, avertit Joël Deumier, président de l’association, interrogé par Komitid : « On a que très peu de témoignages. Cela montre bien qu’il y a une loi du silence qui persiste sur les LGBTphobies à l’école. Le harcèlement en général est tabou, d’autant plus lorsqu’il est lié à l’orientation sexuelle ».
Cette « loi du silence » transpire dans le témoignage de Marion*, harcelée pendant deux ans au collège. Insultes et moqueries lesbophobes, menaces, violences physiques… À partir du moment où la jeune fille s’est montrée une fois main dans la main avec sa copine en 4ème, les conséquences ont été immédiates et graves.
« Les filles ne voulaient plus me faire la bise le matin, je me faisais traiter de sale lesbienne, de sale gouine » raconte-t-elle. « Je me faisais bousculer si je frôlais quelqu’un ou frapper dans les vestiaires quand les autres filles pensaient que je les regardais se changer. » Marion n’a signalé qu’une seule fois, à son prof de SVT, ce qu’il se passait. « Il a engueulé tout le monde au début d’un cours, mais du coup c’était encore pire après. Il m’avait dit de revenir le voir si ça ne s’arrangeait pas, mais je ne l’ai pas fait donc il a dû penser que c’était réglé ». Pourquoi ne pas l’avoir fait ? « J’avais l’impression que je méritais tout ça », confie la jeune fille aujourd’hui âgé de 23 ans. Plutôt que de dénoncer, Marion a voulu fuir en demandant d’intégrer un lycée en dehors de son secteur.
Une violence qui vient des autres et qui s’intériorise
Ces témoignages frappent par la violence avec laquelle s’exprime les LGBTphobies en milieux scolaires. Si les motifs de harcèlement sont multiples, il apparaît que les élèves LGBT+ y seraient nettement plus exposé.e.s. Une analyse développée par la sociologue Johanna Dagorn : « Ce n’est pas une ou deux fois dans l’année, c’est régulier et récurrent ». Comment expliquer ce phénomène ? Pour l’universitaire, de l’école primaire au collège, derrière l’homophobie, « c’est quasiment à 100 % le sexisme qui est à l’œuvre. C’est ensuite au niveau du lycée que l’on a la question de l’orientation sexuelle qui entre en compte. Là, on va être à la fois sur la péjoration du féminin et la question de l’identité ».
Des élèves garçons jugés « trop efféminés », des filles « trop masculines » : la cour de récré ou la salle de classe s’inscrivent encore comme le théâtre privilégié d’une véritable police du genre. « Pour que la prévention de l’homophobie soit efficace, il faut une véritable politique publique qui permet de déconstruire les stéréotypes de genre qui sont à la source du sexisme et de l’homophobie », estime le président de SOS homophobie.
Cette pression normative liée au genre, Lazare, jeune garçon trans âgé de 28 ans aujourd’hui, en a fait les frais du CM1 jusqu’à la 3ème, et ce malgré un changement d’établissement quasi annuel : « J’avais la gueule de l’emploi, je suppose », lâche-t-il. « C’était sûrement à cause de mon apparence très masculine : j’ai toujours eu les cheveux très courts et une mâchoire très carré… », tente-t-il d’analyser. Résultat : des humiliations en série, des brimades au quotidien et tellement d’insultes que les élèves le connaissaient mieux par ses surnoms que par son prénom :
« On m’appelait « bonhomme », « Quasimodo », « camionneur »… Les élèves cherchaient par tous les moyens à savoir si j’avais quelque chose entre les jambes. À l’internat, j’étais obligé de me doucher le matin pour que les filles ne m’espionnent pas. J’ai demandé plusieurs fois à changer de chambre, mais les surveillants refusaient systématiquement. Ils disaient que c’était en raison de mes habits, de ma façon d’être. »
Pour Lazare, le harcèlement semble avoir été des plus sévères en raison du fait qu’il ne correspondait pas au genre que lui avaient assigné ses camarades. Dans son cas, ce côté « très masculin » a provoqué des réactions épidermiques. « Les personnes trans et intersexes sont beaucoup plus victimes de harcèlement dans la fréquence que toutes les autres populations. », confirme Johanna Dagorn.
Dans chacun des témoignages recueillis par Komitid, des aspects reviennent inlassablement. D’une part, le silence, parfois total, de la part des victimes. D’autre part, les raisons qui contraignent à rester silencieux : « J’avais l’impression de mériter tout ça », nous dit Marion. « Je me disais que j’avais un problème », observe Clément. Et ainsi de suite. « C’est de l’homophobie intériorisée et c’est à nos yeux le plus grave car la haine de soi peut conduire au suicide, même en l’absence de harcèlement. », témoigne auprès de Komitid Cécile Ropiteaux, coordinatrice du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, réseau qui regroupe un peu plus d’une dizaine de syndicats enseignants.
ABCD de l’égalité : terreur autour du genre à l’école
Cette forte imprégnation du sexisme dans les mentalités, dont les stéréotypes de genre font le lit, est un problème que le gouvernement précédent a tenté de prendre à bras le corps. Dans le cadre de la loi de refondation de l’École de la République en 2013, il y a eu une vraie volonté d’aller vers une école inclusive, de lutter contre les discriminations. « Mais devant une masse qui n’a pas respecté les valeurs de la République, on a reculé, et on recule encore », tempête Johanna Dagorn.
Difficile en effet d’oublier le fiasco autour des éphémères ABCD de l’égalité, ces modules pensés pour déconstruire les idées reçues sur le genre en primaire. C’est à l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes, que ce programme expérimental a été lancé dans dix académies durant l’année scolaire 2013-2014. Un dispositif pédagogique associé aux critiques sur les études de genre – la fameuse et inexistante « théorie du genre » – par une frange réactionnaire. Sauf que face à cette forte opposition, les ABCD de l’égalité ont été rapidement enterrés.
« On regrette que les ABCD de l’égalité aient été supprimés », peste Joël Deumier, de SOS homophobie. Johanna Dagorn, qui a fait partie de la délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, était au ministère lors de la polémique autour du sujet : « Ce sont les instructeurs et les instructrices d’académie qui ont d’abord été formé.e.s. Sauf que celles et ceux qui se sont retrouvé.e.s avec les questions légitimes des parents, c’est bien le corps enseignant. Et ils et elles étaient terrorisé.e.s car sans formation sur la question du genre, ça ne s’improvise pas. »
Najat Vallaud-Belkacem, invitée d’On n’est pas couché le 25 octobre 2014, s’exprime sur les ABCD de l’égalité
Face à cet échec cuisant, amplifié par les réactionnaires de La Manif pour tous, l’Éducation nationale est sortie totalement figée, paralysée. « L’institution refuse la question du genre depuis les ABCD de l’égalité. Nous n’avons plus le droit de prononcer ce terme alors que c’est la voie royale pour parler des LGBTphobies. », s’agace Johanna Dagorn. « Il y a toute une polémique autour du mot genre qui a disparu de l’Éducation nationale », confirme Cécile Ropiteaux.
Une campagne et puis s’en va
Pendant ce temps, les élèves LGBT+ continuent d’être en première ligne face aux stéréotypes de genre. Outre la campagne « L’homophobie n’a pas sa place à l’école » initiée en 2015 – et encore, on ne parle pas de LGBTphobies – pas grand chose à signaler. Pour Joël Deumier, l’Éducation nationale semble bien au fait de ces problématiques mais les outils pour lutter contre ne sont pas à la hauteur : « Il faut aller beaucoup plus loin », insiste-t-il. « Il faut sensibiliser et former beaucoup plus le personnel de l’Éducation nationale ». L’association qu’il préside s’occupe d’intervenir directement dans les collèges et les lycées.
En 2016, 22 000 élèves ont été sensibilisé.e.s à la lutte contre LGBTphobies grâce aux bénévoles de la structure. Une action de sensibilisation rendue possible par l’agrément du ministère et qui se traduit par une aide financière notamment pour couvrir les déplacements des bénévoles. « Sur un an, SOS homophobie fait au moins une intervention en milieu scolaire par jour. En deux heures, on s’emploie à déconstruire les stéréotypes de genre et les idées reçues sur les orientations sexuelles », explique Joël Deumier.
Mais pour Cécile Ropiteaux, du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, c’est dès la primaire qu’il faut intervenir : « On a facilement des débats sur les questions de société avec les enfants. Ils sont beaucoup plus ouverts d’esprit qu’à l’adolescence. » Le 12 mars dernier, après avoir été reçu par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, le Collectif a indiqué que la campagne « L’homophobie n’a pas sa place à l’école » sera renouvelée pour la prochaine année scolaire et que le groupe de travail sur les LGBTphobies à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) sera réactivé. Seulement, le Collectif a indiqué ne pas avoir obtenu le moindre engagement concernant la lutte contre les discriminations dès l’école primaire. « Les attaques réactionnaires contre les ABCD de l’égalité continuent de produire leurs effets négatifs sur le ministère. », a déploré le Collectif dans un communiqué. Et d’ajouter : « Une campagne et quelques actions autour du 17 mai, si elles sont nécessaires, sont loin d’être suffisantes. (…) C’est bien en s’attaquant en profondeur au système de genre et aux stéréotypes qui lui sont associés qu’on pourra faire reculer les violences et discriminations sexistes et LGBTphobes. ».
De toute évidence, si le travail des associations s’avère primordial, il ne peut se suffire à lui-même. « Notre travail est indispensable mais il ne peut pas remplacer une bonne formation des enseignants. Les pouvoirs publics ne peuvent pas se décharger sur nous. », alerte Joël Deumier. Formations, campagnes pour inciter les élèves à témoigner, le président de SOS homophobie attend des actes concrets. « Un.e jeune LGBT+ a 4 à 6 fois plus de risques de tenter de se suicider que le reste de la population. C’est donc une question de santé publique qui doit inciter les pouvoirs publics à prendre le sujet à bras le corps. Il faut montrer que l’État assure une présence physique et symbolique auprès des victimes. Il n’y a que comme ça qu’on pourra prévenir le harcèlement scolaire LGBTphobe », espère-t-il.
On serait malhonnête de ne pas mentionner le kit contre l’homophobie à l’école mis à disposition des équipes pédagogiques récemment. « On l’avait fait en 2013 mais il a été gelé au cabinet pendant deux ans et demi, souligne Johanna Dagorn. Et il s’agit d’homophobie, je ne vous parle même pas de transphobie. » Pour la chercheuse à l’Observatoire international de la violence à l’école, il faut absolument sensibiliser et prévenir autour des LGBTphobies : « Il faut une véritable prise en charge, aussi bien des victimes que des auteur.e.s mais aussi et surtout des témoins. ». Pour elle, le constat est sans appel, la France est en retard « mais ce n’est même plus le mot ». Avec les conséquences que l’on connaît : moins l’école est inclusive et plus les minorités trinquent.
*Le prénom a été changé
- Philippe Peyre
Quentin Zuttion : « J'adore les sentiments pathétiques, ce sont les plus vrais »
(Publié en premium sur Komitid le 19 juin 2018)
Celui qu'on appelait encore « Monsieur Q » il y a quelques mois vient de publier sa seconde bande dessinée et de terminer les planches de sa troisième. Rencontre.
À quelques jours de la sortie de sa seconde BD, Chromatopsie (éditions Lapin), Quentin Zuttion nous a reçus chez lui, dans le 18e arrondissement de Paris. Autour d’une tisane à la verveine, fenêtre ouvertes laissant entendre la musique de l’averse sur les pavés de la cour et cigarette à la main, il revient sur sa nouvelle oeuvre, son évolution et ses projets.
Komitid : Qu’est-ce qui t’a inspiré le format si particulier de Chromatopsie ?
Quentin Zuttion : J’avais beaucoup d’histoires à raconter et je ne me sentais pas capable de faire une longue BD pour chaque. C’est pour ça que j’ai choisi des saynètes plutôt et pour avoir aussi un panel de personnes très différentes en termes d’âge, de morphologie… Chacun de ces personnages a des questionnements différents mais qui se recoupent tous sur la question de leur propre corps et de leurs sentiments. Ce que je voulais faire, c’était trouver comment, corporellement, un sentiment qu’on n’arrive pas à expliquer peut se manifester. Pour ça, le dessin est pratique, puisqu’on peut tout faire, tout déformer. Ce sont onze histoires de personnes qui muent, qui se transforment, se métamorphosent…
Les couleurs, c’est plus un prétexte, en fait. Une des premières histoires dont j’avais écrit le scénario, c’était pour Pourpre, avec cet.te ado qui enfile la robe de sa mère et se masturbe sur fond de musique pimpant dans sa chambre, et à la base, je n’avais pas cette idée de couleur mais à la fin, sa mère lui dit « ça te va bien cette couleur » pour son rouge à lèvres, et c’est une phrase que je trouvais jolie. Donc je me suis dit que tous mes personnages devaient trouver la couleur qui leur va bien, ou qui ne leur va pas du tout, justement.
Depuis combien de temps travaillais-tu sur ce projet ?
J’ai commencé en février 2017, donc ça fait plus d’un an. Il y a eu une grande période où j’en n’ai pas fait du tout. J’en avais écrit six entre février et mai de 2017, et ensuite j’ai rien fait jusqu’à la rentrée qui a suivi. C’est à ce moment là que j’ai trouvé mon éditrice et on a fait les autres couleurs.
Est-ce qu’un projet comme ça c’est compliqué à pitcher aux éditeurs, ou bien y a-t-il une demande ?
Alors oui, c’était assez compliqué (rires). Parce que mon truc des couleurs ça donne un côté sympa et ludique, mais j’ai trouvé ce truc une fois que j’avais déjà huit-neuf histoires et au final, ce qui les lie, c’est très conceptuel, abstrait. Donc n’était pas facile à pitcher, ces histoires de décors en mutation, qui se cherchent. Mon seul moyen de les lier était de partir dans l’onirique et le fantasmatique.
J’avais présenté le projet à plusieurs éditeurs avant de trouver mon éditrice et dans le dossier j’avais fait un petit texte de présentation, assez médical, sur le thème de l’autopsie, puisque l’on parle autant de corps : ils vont tous s’ouvrir et s’analyser sous toutes les coutures. C’est pour ça que j’ai repris ce format pour la couverture et les chapitrages entre chaque histoires, où on est sur de la planche anatomique. J’aime bien ramener tout le côté fantasme à quelque chose de très organique. C’est quelque chose qui me rassure. On va te découper et on va regarder dedans. Si on pouvait le faire en vrai sans que ça fasse mal… ça m’arrangerait pas mal.
Sexualités LGBT+, fin de vie, genre, violences conjugales, grossophobie, chemsex… pourquoi avoir choisi de décortiquer ces thèmes là dans Chromatopsie ?
Parce que la plupart sont des sujets qui me touchent, certains pas personnellement et d’autres que j’ai pu vivre. Les situations que je n’ai pas vécues, c’est surtout venu de l’entourage. Il y a une seule histoire où c’est du témoignage, en quelque sorte : Orange. C’était le rêve d’une copine, et j’ai brodé autour, mais quand elle m’a raconté ça, même si je ne le subis pas moi-même, je voulais faire en sorte que ça parle au plus de gens possible. C’est pour ça que j’ai pris l’image de s’arracher la peau… Je pense qu’on est très nombreux sur cette Terre à avoir eu envie, à un moment, de changer de peau, de s’éplucher les pores.
À quel point est-ce que Chromatopsie est autobiographique ?
Presque toutes ces histoires ont une part autobiographique, on met toujours de soi. Après, les deux qui me ressemblent le plus, même physiquement vis-à-vis du personnage, c’est Blanc et Noir, deux histoires de rupture. Les deux plus abouties et les moins dans la démonstration, elles n’ont pas de « morale ». Blanc et Noir, surtout Blanc, sans texte sur une trentaine de pages, ça peut être toute une vie, c’est pas forcément un instant T. De plus loin, il y a aussi un peu de moi dans Rose et Jaune.
Pour Bleu, pas vraiment. Il y a un double niveau de lecture qui fait que les plus jeunes vont voir ça comme l’histoire d’un crush, avec les papillons dans le ventre. Et les plus averti.e.s y verront la thématique du chemsex. Vu que j’ai un public de 15 à 35 ans, ce ne sont pas toujours les mêmes choses qui sont perçues.
Quelle est ta couleur préférée ?
Ce sont tous mes petits bébés, je ne saurais pas faire un choix comme ça ! Je ne dirais pas que c’est ma préférée, mais celle dont je suis le plus fier, c’est Blanc. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. C’est, comme Noir, une histoire de rupture. Et là, je suis fier d’avoir pris ma part dans cette rupture. Elle m’a permis aussi de comprendre que « tout n’est pas tout blanc ou tout noir » justement, je suis content d’avoir compris certaines choses.
Avant, il y a encore deux-trois ans, j’étais très « nan mais de toute façon c’est tout de leur faute, c’est tous des connards narcissiques manipulateurs ». Mais non, pas toujours. On a le pervers narcissique assez facile aujourd’hui, j’ai l’impression… Et on a tous fait des manipulations sur les gens, j’en suis sûr. C’est inconscient tout ça. On est tous le monstre de quelqu’un, comme le dit la conclusion de Noir, on ne sait pas ce que disent nos ex de nous, à moins de rester ami.e.s, comment ils ou elles vivent après…
Blanc, c’est un témoignage de rupture avec beaucoup de recul, Noir, c’est un témoignage de rupture avec cinq jours de recul. Après une rupture, quand t’es dedans, c’est violent. Là j’avais un vrai besoin de le sortir, même si ce n’est pas ce que j’avais initialement prévu. Parce que maintenant, quand on parle de rupture, on a souvent que le droit d’en rire et sinon on nous dit qu’on est pathétique. Et je me suis dit que j’allais aller à fond dans le pathos. J’adore ces sentiments là, enfin, j’adore, c’est beau, même quand tu deviens un peu creepy tu vois. Moi je l’ai été. On se dit que c’est pas bien, mais à la fois, on n’a pas le choix : ton monde s’écroule ! Donc pardon, mais oui, on va être un peu creepy, et oui on va tenter quelque chose, tout en étant pitoyable… Et ces sentiments là, qu’est-ce que tu veux en faire ? Oui, si c’est sûr que si ça dure 5 ans, que tu le prends en filature, là y’a un problème, mais si ça dure deux semaines, ben faut pas s’inquiéter. Laissez-nous honorer nos sentiments ! Björk a dit « I did it for love so I honored my feelings ». Et elle a raison. J’adore les sentiments pathétiques, ce sont les plus vrais. Après oui, on grandit, on a du recul, mais sur l’instant, on a treize ans et demi, et on oublie tout ce qu’on a appris. Tout.
Parmi ces thématiques très prenantes, quelle a été la couleur la plus facile à dessiner pour toi ?
Rouge ! C’est un thème que je voulais aborder depuis longtemps, mais je voulais le faire de manière agressive, violente, trash, provoc’. Parce que je trouve que dans le coming out, il y a toujours une forme d’excuse, qu’on le fasse à n’importe qui il y a toujours ce moment « assieds-toi, faut que je te parle… », une forme d’excuse, de prise de pincettes pour ne pas brusquer.
Et ça, c’est un grand fantasme que j’avais lors des repas de famille où tout le monde ne savait pas… Me lever et leur crier dessus que j’adore bouffer de la queue et que je me sens jamais aussi puissant qu’avec une bite dans la bouche. Y’a quelque chose de jouissif là-dedans, d’avoir quelqu’un de vraiment pas d’accord en face. Regarde-moi comment je vais te dégoûter, et comment ça me fait plaisir de te dégoûter… C’est pour ça que je voulais commencer par celle-là. Et le symbole de la viande c’est parce que dans ma sexualité à moi, il y a un truc très bouffe, en fait. Et pour plein de monde on dit « toi je vais te bouffer, te bouffer la chatte, te bouffer le cul ». Le rouge, très sanguin, s’y prêtait.
J’avais ce scénar’ en tête depuis longtemps, je pensais le faire avec un garçon, et tout le dirty talk avec mes mots à moi, de pédé. Mais ça va tellement mieux à une fille je trouve. Donc j’ai fait appel à Diane Saint Réquier.
Comment avez vous travaillé, Diane et toi ?
En fait, toute la partie dirty talk, c’est elle. Le dialogue qui amène à cette scène là, c’est moi. Nous avons co-écrit cette histoire là. Je lui ai tout simplement demandé ce qu’elle écrivait en sextos à sa meuf, en lui disant que je tenais à ce que ce soit le plus réaliste possible, le plus elle possible, avec ses mots. Je l’ai choisie aussi parce que je sais qu’elle peut avoir un côté « agressif » pas dans le sens « méchante », mais « rentre-dedans », et parce qu’elle n’a pas peur.
Et puis j’aime quand le féminin, qu’on associe toujours à la douceur, devient un peu monstrueux. C’est pareil avec Orange. Mais au final, les histoires des meufs, cis, de la BD sont celles que j’ai amenées le plus loin je trouve. Après, il y a aussi eu un travail avec l’éditrice pour remasteriser quelques histoires afin d’ouvrir le propos vers quelque chose d’un tout petit peu plus universel, pour ne pas risquer de perdre la personne qui lit, l’inclure. On a retouché quelques fins, par exemple, par souci de compréhension. Parce que moi, si je m’écoute… Rouge, à la base, ça devait pas du tout se terminer comme ça. Dans mon idée de base – même si l’éditrice a bien fait car ça fait redescendre, ça adoucit – je voulais qu’une fois qu’elle était dans l’assiette, son père la découpe et que tout le monde en prenne une part. On a finalement choisi l’option où la gamine a fantasmé tout cet épisode un peu fou, mais c’est mieux. Parce que c’est ce qui nous arrive, en fait. On ne le fera jamais comme ça, notre coming out. On nous fera pas de steak, on se branlera pas avec.
La préface a été écrite par un certain Martin Dust, nom que tout le monde ne connaît pas encore. Pourquoi ce choix ?
C’est un ami artiste et je trouve qu’il écrit merveilleusement bien. Je ne voyais vraiment pas quelqu’un d’autre, sachant que je ne pensais même pas que cette BD serait préfacée, ce qui est rare. Lorsque mon éditrice m’a proposé, j’ai forcément pensé à lui. Martin a vu assez vite un côté un peu politique, de corps politiques, dans ma bande-dessinée et ça m’a plu de lui laisser dire ce qu’il avait à dire sur le livre. Il l’a fait, c’était très beau, j’ai un peu pleuré. Je ne pensais pas qu’on pouvait dire autant de choses sur cette BD mais maintenant j’ai encore plus de mots pour en parler.
Sur tes pages sur les réseaux sociaux, tu es récemment passé de Monsieur Q à Quentin Zuttion. Pourquoi ?
Parce qu’on grandit, Olga (Rires). J’avais envie de signer avec mon nom parce que je suis fier, je ne voulais plus me cacher derrière un pseudo que j’ai pris au tout début quand je travaillais sur mon blog et où on ne savait pas ce que ça allait donner. Je trouvais ça rigolo, Monsieur Q, parce que je parlais pas mal de cul oui. Après ça a bien changé… J’ai fait le changement au 1er janvier 2018, je pensais que ça poserait peut-être quelque soucis pour les personnes qui voudraient me taguer et puis bon, je me suis dit qu’on allait bien s’y faire hein. Je pense qu’en terme de crédibilité, mon vrai nom, c’est mieux aussi, même si Monsieur Q c’est mignon, et que plein de gens m’appellent « p’tit Q ».
Tu racontes régulièrement les galères du métier sur les réseaux sociaux, c’est quoi être auteur de BD aujourd’hui en France ?
Eh ben… c’est dur ! C’est très très dur. Moi, clairement, j’en survis plus que j’en vis. Il y a très souvent des moments où je n’arrive pas à joindre les deux bouts. J’ai la chance d’avoir une maman qui peut m’aider une fois de temps en temps, sans quoi je ne pourrais pas faire ça à temps plein. On est rémunérés par un à valoir quand on signe un contrat, la maison d’édition nous file une avance sur les droits d’auteur, et une fois que le livre est en vente, on commencera à toucher les droits d’auteur à partir du moment où l’à valoir sera remboursé par les ventes. D’une maison d’édition à l’autre, les à-valoir varient énormément.
À côté de ça, les milieux des salons et de la presse, entre autres, restent régis par la loi de la sacro-sainte visibilité : les gens pensent faire une faveur aux auteur.e.s et nous avons « la chaaance » d’être invité.e.s, donc on devrait s’en contenter. Dans ces cas là quand on demande une rémunération, on nous rétorque que de toute façon on trouvera une autre personne qui elle, sera contente de venir, et ne fera pas chier. Cela fait partie des choses qui tuent le métier.
Quand on est payé.e.s au lance-pierre par un magazine et qu’on négocie pour augmenter, c’est pareil. Ils trouveront toujours quelqu’un qui le fera pour le prix initial parce qu’on a la dalle, on n’a pas une marche de manoeuvre énorme et on tire les prix vers le bas. On est dans un cercle vicieux : les nouveaux qui débarquent prennent ce qu’on leur propose, tout de suite, sans chercher à toucher plus, et en face on en profite.
Et c’est quoi être auteur.e de BD LGBT+ et féministe aujourd’hui ?
J’aimerais bien dire qu’on ne veut pas nous éditer car on dessine des gouines et des pédés, mais je n’y crois plus trop. Là quand même y’a du changement et je pense que ce n’est plus vrai. Je me dis que si j’ai du mal aujourd’hui c’est surtout parce que je suis encore jeune dans le métier, et que plein de grosses maisons d’édition doivent penser que je ne suis pas prêt.
Je ne veux pas me cacher derrière autre chose. C’est triste et à bien à la fois, mais ces sujets commencent à être un peu trendy. Les éditeurs voient un filon sans doute, mais on ne va pas leur jeter la pierre : la société évolue et je comprends qu’ils veulent avoir des collections qui parlent de la société d’aujourd’hui. Ma BD de septembre, je ne sais pas si il y a 10 ans ça aurait intéressé quelqu’un…
Tu peux nous en dire un peu plus sur cette troisième BD qui sortira en septembre ?
C’est une BD longue cette fois-ci avec une seule histoire de 144 page sur l’adolescence d’un p’tit mec trans. C’est la première fois que je travaille avec une scénariste, Catherine Castro, journaliste à Marie-Claire, à partir du témoignage d’un p’tit gars qu’on connaît tous les deux. On passera d’un rendez-vous chez l’endocrino à une bataille d’eau avec son petit frère, de chez le coiffeur à sa première fois avec sa meuf. On retrace vraiment plein de moments de son adolescence, de ses douze ans à sa majorité, après le bac. Aujourd’hui, il a 17 ans, mais on est allé.e.s un peu plus loin.
Et après ? D’autres projets dans les cartons ou juste envie de dormir pendant mille ans ?
Alors, je vais dormir mille ans. Mais y’a bien un moment où il faudra que je retourne dessiner. J’ai une autre idée en tête pour après, je commence doucement les dossiers de présentation : je voudrais écrire l’histoire d’une jeune femme qui fait de l’escrime thérapeutique. J’ai découvert que ces groupes de femmes existaient il y a six mois. Elles y gèrent des problèmes de santé mentale ou des traumatismes et j’aimerais raconter une reconstruction via cette discipline jusqu’à la compétition. Le mouvement de l’escrime est très beau, chevaleresque, dansé, je pense que ça rendra très bien en BD.
- Olga Volfson
Komitid a rencontré l'un des membres du collectif Représentrans, Gabe Harrivelle.
Extrait de mon interview chez Komitid
Excerpt of my interview by Komitid
A l'occasion de la journée de visibilité lesbienne, le 26 avril, l'association Osez le féminisme ! (OLF) avait prévu de sortir un recueil de témoignages, « Naissances lesbiennes ». Confinement oblige, la date de parution a été repoussée à fin juin.