Les mineurs piémontais dans les recensements de La Londe (partie 2)
Je me propose de poursuivre mon étude sur les familles de Piémontais venus travailler aux mines des Bormettes. Je vous présente cinq autres familles parmi les mineurs présents en 1906 à La Londe qui étaient également présents en 1901 ou en 1911. J’ai choisi des mineurs aux noms de famille tous différents et originaires de communes différentes du Piémont.
6) Bernardin LOVERA
recensement de 1901 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1906 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
Bernardin LOVERA est né le 9 décembre 1866 à Valdieri selon son acte de mariage célébré le 6 avril 1891 à La Londe (fraction de Hyères). Il a épousé Marie LOVERA qui est née le 11 août 1868 au même endroit. Bernardin exerçait la profession de mineur et quatre de ses collègues ont été témoins à son mariage. Il s’agit d’Antoine et Baptiste RABBIA, de Baptiste GIRAUDO et de Joseph LOVERA qui ne sont pas parents avec les mariés.
Leur fille Marie est née le 29 avril 1892 à La Londe. Pour la naissance d’Anne Rose, le 9 février 1894, Marie est allée accoucher à Valdieri alors que son mari était resté travailler en France. Bernard dit Bernardin et Marguerite sont nés à La Londe respectivement le 12 février 1896 et le 22 juillet 1899. Sur les trois actes des enfants nés en France, Bernardin était mineur.
Dans le recensement de 1901, en plus de Bernardin et de Marie et de leurs quatre enfants vit également au foyer un cousin Marcelin LOVERA né vers 1873. Ils demeurent place de la Mairie.
Dans le recensement de 1906, Bernardin et sa famille habitent rue de l’Eglise à La Londe. Il a bien quatre enfants mais son fils Bernard est inscrit sous le prénom Emma ! et les dates de naissance de Marie (1890 au lieu de 1892) et de Rose (1895 au lieu de 1894) sont incorrectes.
Au recensement de 1911, la famille LOVERA habite à Ramatuelle, dans le quartier de la Liquette. Bernardin est dit cultivateur mais il semble encore travailler à la mine comme précisé dans l’acte de mariage de sa fille Anne le 30 octobre 1911 avec Célestin COURCHET. Quelques jours plus tard, il déclare la naissance de son petit-fils Gabriel, né le 9 novembre 1911 et se dit mineur, Gabriel a été mis au monde par Marie, la fille aînée de Bernardin.
Le recensement de 1916 à Ramatuelle n’a pas été mis en ligne. En 1921, Marie LOVERA, l’épouse de Bernardin vit seule à Ramatuelle avec son fils Bernard et son petit-fils Gabriel, elle habite dans le quartier des Aiguiers. Une recherche dans les tables décennales de Ramatuelle nous permet de savoir que Bernardin est décédé le 26 décembre 1919. Son acte de décès précise qu’il est mort à son domicile à 8 h du soir et il est toujours qualifié de mineur. Il avait seulement cinquante-trois ans.
Ses deux filles Marie et Marguerite se sont mariées en 1921, Marie le 14 mai à Marseille avec Jean DESBIAUX qui a reconnu le petit Gabriel et Marguerite le 2 août à Ramatuelle avec Fernand LAMBERT. Bernard s’est marié le 26 avril 1924 avec Jeanne FORNERIS.
Marie LOVERA, l’épouse de Bernardin a obtenu la nationalité française 26 novembre 1933 alors qu’elle demeurait toujours à Ramatuelle. J’ignore quand elle est décédée.
ligne de vie réalisée grâce à l'aide de Gemini
7) Joseph NICOLINO
recensement de 1901 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1906 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1911 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1921 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1931 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
Je rencontre pour la première fois le couple Joseph NICOLINO et Marie BARALE sur l’acte de naissance de leur fils Jean Etienne le 13 octobre 1900. Le père est né à Valchiusella, la mère à Valdieri, lui a 29 ans, elle 27 ans et ils sont dits mariés. Ils sont toujours présents à La Londe lors du recensement de 1901. Ils habitent place de la Mairie et hébergent deux cousins de Joseph qui sont également mineurs aux Bormettes.
En 1902, le couple perd un petit Antoine, âgé de de trois mois, né à Valdieri. Sur l’acte de naissance de cet enfant né le 7 juillet 1902 sous le nom BARALE, je découvre que Marie est partie accoucher chez sa sœur Madeleine à Valdieri et qu’elle n’est pas mariée !
La recherche de son acte de naissance, à Valdieri m’apporte des informations. Marie BARALE est née le 30 mars 1872 et une mention marginale indique qu’elle s’est mariée à Joseph NICOLINO le 27 janvier 1903 au Consulat d’Italie à Toulon.
Lorsque Marie Anne naît le 5 janvier 1904, son père est sans profession et sa mère journalière. La petite fille meurt à l’âge de huit mois, le 27 septembre 1904. Marie met au monde une autre fille prénommée Jeanne Marie le 17 juillet 1905 que l’on retrouve sous le prénom de Constance dans le recensement de 1906. Joseph est à nouveau mineur.
Une nouvelle naissance se produit en 1907, il s’agit de celle de Constant qui ne vivra que l’espace de quatre mois (né le 10 mars, mort le 13 juillet). Joseph est alors journalier et Marie sans profession.
En 1911, Joseph est vermicellier chez Antoine OTTONELLO, fabricant de pâtes alimentaires à La Londe. En 1921, il s’est installé à son compte pour devenir bûcheron et il travaille avec son fils Jean. Mais sa femme et sa fille ne sont plus présentes. Sont-elles parties en Italie ? Sont-elles mortes ? Je n’ai pas trouvé trace de décès entre 1911 et 1921 ni à La Londe, ni à Hyères, ni même à Valdieri. En 1931, Joseph vit seul. Il habite toujours place de la mairie, devenue place ALLEGRE André. Il est devenu cultivateur chez BARBARROUX sans doute après la mort de son fils Jean, décédé le 2 février 1930 à l’hôpital d’Hyères, à l’âge de trente ans.
Joseph NICOLINO est décédé à l’hôpital d’Hyères, le 15 février 1943 sans avoir demandé la nationalité française. Il est dit veuf de Marie BARALE Son acte de décès a permis de connaître sa date de naissance. C’est le 10 avril 1871.
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8) Antoine RINAUDO
recensement de 1901 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1911 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1921 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1926 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1931 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
Selon son acte de mariage qui a été célébré le 25 juillet 1892 à La Londe (fraction de Hyères), Antoine RINAUDO est né le 4 mai 1866 à Demonte. Son épouse, Catherine FALCO est originaire de la même commune où elle a vu le jour le 21 juillet 1865. L’acte précise qu’Antoine était journalier et Catherine était cuisinière, domiciliée à La Garde-Freinet.
Leur unique fille, Anne Madeleine est née le 14 janvier 1898 à La Londe. A sa naissance, ses parents étaient tous deux journaliers.
Dans le recensement de 1901, la famille RINAUDO demeure route Nationale côté sud. Il est précisé qu’Antoine est manœuvre aux mines des Bormettes. Antoine et Catherine hébergent chacun deux de leurs frères qui sont employés à la mine, il s’agit de Jacques et Pierre RINAUDO et de Jacques et Pierre FALCO.
En 1911, Antoine est journalier sans autre précision quant à son employeur et il habite avec sa femme et sa fille dans le quartier Saint Honoré-Valcros.
En 1921, la famille RINAUDO demeure aux Bormettes et Antoine s’est déclaré mécanicien aux mines des Bormettes. Madeleine est journalière aux mines.
En 1926, Antoine et sa famille habitent dans le quartier de la fonderie des Bormettes. Il est dit journalier sans préciser s’il travaille aux mines des Bormettes.
En 1931, Antoine et Catherine demeurent chez le couple LE GAL qui n’est autre que leur fille Madeleine et son mari Jean LE GAL. Madeleine a épousé Jean LE GAL, originaire de Brest, le 28 février 1928 à La Londe. Ce dernier est métallurgiste chez SCHNEIDER, à cette époque, Antoine qui a 65 ans est dit retraité. Il serait plus exact de dire « sans activité » parce qu’en 1931, les pensions de retraite n’existaient pas encore. Il fallait travailler jusqu’à sa mort si on n’avait pas mis quelques petites économies de côté.
Antoine a passé quarante-cinq ans de sa vie à La Londe. Il est décédé le 24 août 1937 selon la date inscrite sur les tables décennales de la commune. Catherine FALCO s’est éteinte le 8 avril 1945 selon les tables des successions et absences mises en ligne sur My Heritage.
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La photo de leur tombe, dans le cimetière de La Londe, est visible sur Généanet. Madeleine les a rejoints le 25 décembre 1967, son mari Jean LE GAL étant décédé le 24 juin 1963. Henri OTT, le mari d’Yvonne LE GAL, fille de Madeleine et Jean est inhumé dans la même tombe.
tombe d'Antoine Rinaudo et de Catherine Falco, de leur fille Madeleine Rinaudo et de leur gendre Jean Le Gal et d'Henri Ott, mari de leur petite-fille Yvonne Le Gal, au cimetière de La Londe (source: Généanet)
9) Jacques VALLAURI
recensement de 1896 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1901 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1911 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
Jacques VALLAURI est présent à La Londe qui est encore un quartier de la ville d’Hyères dès le recensement de 1896. Il a 27 ans et vit avec son épouse de 20 ans, Béatrice DALMASSO et leur fils Giacomo âgé d’un an. L’acte de naissance de leur second fils, Jean Baptiste, né le 12 décembre 1897 nous permet de savoir que Jacques est originaire de Vernante et Béatrice de Limone-Piemonte.
Une recherche sur le portail Antenati nous permet de trouver l’acte de mariage de Jacques et Béatrice à la date du 29 novembre 1894 à Limone Piemonte. On y apprend que le père de Béatrice réside à La Seyne alors que sa famille est restée en Italie. Les pièces à fournir pour le mariage nous apprennent que Jacques est né le 2 janvier 1869 à Vernante et Béatrice le 15 mars 1876. Le père de Béatrice a donné son consentement au mariage via le Consulat d’Italie à Toulon et ne s’est pas déplacé.
Jean Baptiste meurt le 10 mars 1899 à quatorze mois. Jacques et Béatrice ont un autre petit Jean né le 13 février 1901 à La Londe. Le recensement de 1901 nous indique bien la présence des enfants Jacques et Jean dans le logement de la rue de la gare mais l’agent recenseur s’est totalement mépris à propos de la présence de deux femmes dans le ménage. Il a considéré Béatrice, l’épouse légitime comme domestique et une femme de deux ans plus âgée, Lucia BIANCOTTO, comme l’épouse qui exerce la profession de débitante. Il a inversé les rôles. Le recensement de 1906 nous confirme bien que Béatrice est débitante de boissons. D’autres enfants ont vu le jour : Marie le 25 août 1902 et Joseph le 1er décembre 1904. Dans l’acte de naissance de Marie, il est indiqué que son père est parti en voyage, il n’a donc pas pu déclarer sa naissance à la mairie. La naissance d’Antoine le 7 septembre 1903 semble invisible dans l’intervalle entre les recensements de 1901 et de 1906 puisqu’il est décédé à six mois, le 1er avril 1904. En 1906, la famille vit dans les baraques de la gare. En 1911, Béatrice est toujours cabaretière dans la rue des baraques.
Le 6 novembre 1910, Jacques et Béatrice et leur fils aîné Jacques, né en Italie, ont obtenu la nationalité française.
Dans le recensement de 1921, Jacques vit seul, rue de Rome. Une recherche dans les actes de mariage des enfants nous fournit une explication. Béatrice vit désormais à Toulon, au 44 rue Pasteur. Jean, le troisième fils, qui est ouvrier du port de Toulon épouse Joséphine ANTOINE le 8 mars 1924. Au mariage de Marie avec Antoine ORSINI, le 14 avril 1925 à Toulon, Jacques et Béatrice semblent domiciliés tous deux à Toulon. Néanmoins, dans les tables décennales de La Londe, parmi les mariages, se trouve la mention du divorce entre Jacques VALLAURI et Béatrice DALMASSO, prononcé le 1er juillet 1926.
Jacques a eu une carrière très linéaire, il a été mineur durant toute sa vie. Il est possible qu’il soit mort le 4 mai 1928 à Toulon mais je n’ai pas eu accès à l’acte donc je n’en suis pas totalement sûre. Béatrice est décédée le 31 décembre 1957 à Pignans.
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10) Joseph VIALE
recensement de 1901 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1906 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1911 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1921 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
recensement de 1926 de La Londe (source Archives Départementales du Var)
Une fois de plus, l’acte de mariage de Joseph VIALE avec Marie BRUNO, célébré le 9 juillet 1892 à La Londe nous donne les dates de naissance des époux. Joseph VIALE a vu le jour le 9 septembre 1866 à Gaiola et Marie BRUNO le 15 mars 1872 à Valloriate. Ils étaient tous deux journaliers. Ils exerçaient toujours la même profession lorsque sont nés leurs fils Barthélémy, le 20 août 1893 et Mathieu le 24 janvier 1895, tous deux à La Londe.
Au recensement de 1901, le couple VIALE habitait route Nationale, côté sud, et Joseph était machiniste aux mines des Bormettes. En plus de leurs deux garçons ils avaient une petite fille prénommée Marie, née vers 1897, peut-être à Gaiola, pour laquelle je n’ai trouvé aucun renseignement. Ils hébergeaient également Jacques VIALE, frère de Joseph et Arthur BRUNO, frère de Marie. Dans le recensement de 1906, une nouvelle petite fille vient agrandir la famille. Il s’agit de Marguerite née en 1902. Il est indiqué qu’elle est née à La Londe mais en réalité elle a vu le jour à Gaiola. En 1906, la famille habite rue de la Mairie et Joseph est électricien aux mines des Bormettes. En 1911, Joseph VIALE et sa famille habitent dans le quartier du Pansard et il est mécanicien aux mines des Bormettes.
Durant la Première Guerre Mondiale, Mathieu VIALE a combattu au 414e régiment d’infanterie. Il a été tué à l’ennemi le 5 octobre 1915 à Souchez près d’Arras, dans le Pas de Calais. Son nom est inscrit sur l’Anneau de la Mémoire au Mémorial de Lorette, sur le monument aux morts de La Londe et même dans l’église de la paroisse.
Dans le recensement de 1921, Joseph et Marie n’ont plus que Marguerite à leur charge et un nouveau petit garçon, prénommé Mathieu, né en 1918 à Gaiola ; bien que désigné comme leur fils, il s’agit vraisemblablement de l’enfant de Marguerite. Joseph est devenu manoeuvre aux mines des Bormettes et la famille habite dans le quartier des Bormettes.
En 1921, leur fils Barthélémy travaillait à La Seyne , il était riveur aux chantiers navals. Il a pu y travailler également durant la guerre 14-18 car les chantiers tournaient à plein régime pour contribuer à l’effort de guerre industriel. Barthélémy va se marier, en 1924, avec Cécile CECERE, née en 1902 à Boves.
Dans le recensement de 1926, Marie BRUNO vit à La Londe chez sa fille Marguerite VIALE qui a épousé Baptiste BERNARDI, journalier aux mines et qui a eu deux autres enfants, Juliette née en 1922 à Gardanne et Joseph né en 1925 à La Londe. Joseph n’est plus présent. D’après les tables décennales de La Londe, il semblerait qu’il soit décédé le 25 avril 1925 à La Londe et Marie le 4 mai 1926.
ligne de vie réalisée grâce à l'aide de Gemini
L’étude de ces trajectoires individuelles met en lumière le rôle essentiel de la main-d’œuvre piémontaise dans l’essor industriel de La Londe au tournant du XX° siècle. Ces familles, venues chercher une vie un peu plus facile dans les mines des Bormettes, ont formé une communauté soudée, comme en témoignent les liens de solidarité lors des naissances en particulier. Retracer leurs parcours, c'est rendre justice à ces travailleurs de l'ombre qui, entre intégration et conservation de leurs racines, ont activement bâti le paysage économique et social de la commune.
Si vous reconnaissez des membres de votre famille, si vous souhaitez que leur photo soit publiée, si vous avez des informations à me communiquer, n’hésitez-pas à me contacter : [email protected]










