L'éviction du gouvernement, les polémiques de la rentrée, quid du Mouvement Montebourg?, lancement de LaPlateforme.co
Après deux semaines, alors que la poussière n’est pas encore complètement retombée sur la rentrée politique, tracons quelques perspectives politiques.
Manuel Valls a décidé de rompre son premier gouvernement. Remaniement comportemental sera la ligne de communication. En réalité, différence sur la ligne économique, et bien plus sur la ligne politique. L’enjeu du gouvernement est il de réaliser l’agenda économique décidé par d’autres depuis 2010 ou existe t il encore un espace pour autre chose ? Les évolutions nécessaires à la France sont elles le fruit d’une réflexion et d’une vision, ou la somme de contingences budgétaro-clientèlistes ? Le gouvernement vise-t-il à produire collégialement une vision sur un modèle de société ou s’agit il d’enchainer des décisions technocratiques en silo selon les contingences de l’agenda de communication ? Voilà, je crois les différences fondamentales qui ont conduit à cette séparation.
Le gouvernement s’est rétréci. A ce rétrécissement, certains ont cru bons d’ajouter une dose d’humiliation provoquant je le crois une fracture qu’il sera très difficile de combler. Pour certains d’entre nous, l’écart entre nos aspirations et le parti socialiste n’ont jamais été aussi grands. Enkystée dans des débats de gauche adjectivale, comme l’ont dit d’autres avant moi, ânonnant des doctrines et alignant des mots comme autant de talismans, qui n’ont rien à voir avec ni le réel ni les réflexions foisonnantes qui ont lieu en dehors, absorbée par une forte présence managériale qui est la seule qui ne décroit qu’après les défaites électorales (soit tardivement après l’apparition des racines de ces défaites), les universités d’été ont données un spectacle peu enviable mais assez fidèle du Parti Socialiste. Rendant plus décisif que jamais la question jamais tranchée mais toujours présence de notre place au Parti Socialiste.
Depuis celle-ci, beaucoup d’événements se sont enchainés, qui malheureusement ne permettent pas de rendre aussi fluide que prévu le tournant du quinquennat, sans que les sortants n’y soient pour quoi que ce soit. Deux stratégies mortifères sont à l’œuvre.
La première, ignorer le débat sur les institutions, qui ne date pas de François Hollande, qui se tranche normalement au moment des élections, pour le remplacer par une sorte de démocratie d’opinion où finalement toutes les armes seraient bonnes pour parvenir à ces fins. Le livre de Valérie Trierweiler a un contenu de roman. Il ne peut devenir le feu sacré de 45 éditorialistes et 20 politiques pour mettre en œuvre la fiction politique du Figaro de l’été dernier et faire démissionner François Hollande. Les institutions sont ce qu’elles sont et les élections sont là pour trancher les différends. C’est à ce moment là pour notre part, qu’il faudra nous exprimer politiquement sur François Hollande. Pour l’heure, il est le Président de la République, élu, légitime et ce débat sur le délitement institutionnel mériterait grandement de s’éloigner du sondage d’opinion.
La seconde consiste en une dramatisation de l’état de la gauche et de la menace de l’extrême droite. La gauche n’est pas un objet en soi telle une fleur à mettre sous cloche pour la préserver. C’est une vision de la société dont l’essence même est de ne pas se contenter de l’ordre établi (ndlr : je n’irai pas plus loin dans la qualification de la gauche, ce n’est pas le cœur du propos). Il n’est donc pas un peuple de gauche, ni même des hommes et femmes politiques qui seraient liées à « La » gauche. Cette stratégie chère au Premier Ministre est assez simple : elle consiste à rendre comptable prétendument toute La Gauche d’une politique décidée par une majorité sociologique très étroite. Le jeu est facile. Le pays est bloqué, c’est la faute à La Gauche de la majorité. Le péril de l’extrême droite est là, La Gauche doit se ressaisir. Subrepticement, tous ces procédés rhétoriques n’ont qu’un seul but, incarner La Gauche et substituer progressivement au légitimisme au Président de la République un soutien au Premier Ministre. C’est en effet toujours lui qui triomphe seule de La Gauche, lui encore qui tient les Institutions, résiste au péril de l’extrême droite. Pourtant le sujet n’est pas celui de La Gauche mais de reconstruire un projet de société pour ce pays qui ne s’accommode pas trop facilement des contraintes et des états de fait. Les faits sont des statistiques, les projets sont là pour faire changer ces statistiques, pas les incarner.
Le soutien au Président de la République et aux institutions est acquis. Dès lors il ne fait peu de doute que le Premier Ministre obtiendra la confiance de son camp. Tout ceci ne signifiera pas grand chose de plus que cela. Si les Français se demandent s’ils sont gouvernés par des cyniques, s’il y a finalement une ligne cachée quel que soit leurs votes, si l’entre-soi prédomine, si le politique est otage de la technostructure, si la communication surdétermine l’action, la réponse est oui. De volonté transformatrice il n’y a pas, sauf quand celle-ci correspond à l’agenda économique dominant. Je crois que Cécile Duflot en a bien décrit les mécanismes en ce qui concerne le logement. Il y aurait tant à dire sur le reste.
Pour notre part, nous reprenons le chemin du pays, et de la construction. Nous ne faisons plus partie de la majorité, ainsi l’a souhaitée le premier ministre, mais nous continuerons à construire autour d’idées que nous croyons justes, et nous espérons retrouver le chemin de projets partagés avec les électeurs. Retrouver le chemin des choix positifs autour de projets, et pas seulement du choix contre quelque chose.
Ceci passe par un devoir d’inventaire que nous devrons nous appliquer à nous même. Evaluer ce qui a fonctionné ou pas dans la confrontation des projets au réel. Faire évoluer nos propositions. S’interroger sur les compromis à passer pour peser de manière plus décisive sur ce qui nous semble fondamental. Déterminer les 5 actions urgentes et prioritaires qui permettraient ensuite d’ouvrir la voie à un changement de modèle de société plus lent et profond autour de l’émancipation de l’individu dans un projet collectif. Trois débats seront vifs. D’abord, il faudra évidemment nous interroger sur l’organisation de la société et le productivisme dans l’économie: deux questions symétriques de premier importance. Sur ce point, les discussions seront probablement vives et intéressantes au sein du mouvement. C’est probablement sur ce point que le droit d’inventaire s’exercera durement. Mais elles devront trouver une voie de compromis pour construire de manière équilibré notre vision de la société. Ensuite, les questions de politique étrangère seront centrales dans une période riche dans laquelle la doctrine du titulaire du Quai fera de plus en plus débat puisqu’elle conforte le virage sarkozyste, rompant encore un peu plus avec ce qui semblait être une « diplomatie française » (dès lors rentre t on dans un nouveau régime permanent ?). Les errements face à la honte de Gaza ne manqueront de faire débat. Enfin, les institutions dans ce qu’elles ont de grand (6eme République) mais aussi à notre petite échelle devront être débattues. La question de notre rapport au Parti Socialiste devra être posé. Ainsi d’ailleurs qu’aux partis politiques en général. Cette remise au travail aura lieu à Laudun l’Ardoise les 5 et 6 octobre, autour d’Arnaud Montebourg. Il n’y sera pas question de commenter les tentatives de définition de la Gauche chère aux éditorialistes, ni le péril de l’extrême droite cher au Premier Ministre, ni notre respect de sa fonction cher au Président de la République. Fermez le ban, laissez nous reprendre notre liberté !
Mais il est temps désormais de passer le cap du cadre militant, du leadership politique, si important dans la 5ème République, si contraignant pour élaborer un projet démocratique, et d’ouvrir porte et fenêtre dans l’élaboration d’un projet collectif. Si les décisions prioritaires sur le champ économique ne sont pas plus de 5, celles-ci ne sont là que pour ouvrir la voie à une modification des structures de la société, permettant à chacun de retrouver un espace conjoint entre ses aspirations individuelles et les projets collectifs. Il faut retrouver de l’énergie collective de faire des projets petits et grands. De redonner goût à l’action collective. L’action publique est un sport de combat collectif. Rien ne peut se faire sans les gens, et leurs idées. D’ou qu’ils soient, et d’où qu’elles viennent. Alors, nous avons décidé à quelques uns de lancer LaPlateforme.co. cet automne. Pour retrouver les voies et moyens de l’action. En 2014, les outils sont là pour se mobiliser rapidement : il suffit d’ouvrir un terrain de jeu collectif. Nous vous y invitons tous bien volontiers. Le travail et la mobilisation commencent. A gauche. Sans revendiquer La Gauche.
NDLR : pour comparer tout ceci avec les déclarations de M. Cheveux en 2011, il suffit de faire un tour sur son tumblr d'alors. (avec vidéos !) http://mossieurcheveux.tumblr.com