Dans l’esprit d’un voisin, on est un voisin. Notre visage est celui d’un voisin. Si le voisin nous croise à l’autre bout du monde, il croise son voisin. Il pourrait nous croiser sur la mer, dans un avion, à l’hôpital ou sur Neptune, il croiserait son voisin. Si notre voisin nous croise en rêve, il croise son voisin. On est une chose dans sa pensée. Dès la naissance, on entre dans la pensée des autres. Le père avait vécu dans la pensée des autres. Il avait été regardé. Les personnes qui vivent sont regardées par les personnes qui vivent. Les enfants vivent dans la pensée de leurs parents et les parents dans la pensée de leurs enfants. Toutes les personnes ont été vues sur terre, elles ont été regardées. Quand elles sont nées, le médecin a touché leur ventre, les infirmiers ont mesuré leur crâne et leurs pieds. Quand une personne n’est pas regardée, elle n’existe pas, elle ne peut pas exister. Les personnes qui ne sont pas regardées n’existent pas. Les personnes aveugles regardent comme les autres, par le pouvoir de leurs mains. Toutes les personnes qu’on croise ont été regardées par leurs parents, par leurs tantes, leurs cousins, par un cheval, elles ont été regardées par leur amour un soir à la lumière, par leurs amis, par un chevreuil, en haut par les oiseaux ou de côté par un lézard.
Laura Vasquez, La Semaine perpétuelle, Éditions du sous-sol, 2021
















