© Pierre Gable 2017 http://pierre-gable.fr/
« tu crois aux fantômes ?
moi j’crois qu’c’est nous les fantômes puis qu’on l’sait juste pas. on croit qu’on est là mais en fait on est déjà plus là.
et en fait les fantômes c’est pas les fantômes, c’est les vivants qui cherchent à nous parler, ou à nous fuir…
moi j’parle aux fantômes, j’les sens souvent, ils sont là ils m’regardent, comme si c’était l’monde d’avant qui m’regardait, comme si c’était mon passé qui m’regardait, ceux qui sont morts qui m’regardent et qui m’parlent. alors j’danse avec eux parfois, j’danse avec mes fantômes, j’danse avec les morts. faut jamais les laisser mourir les morts, faut danser avec eux. puis si t’as l’air d’une folle c’est pas grave, toi tu parles avec les morts… faut jamais les laisser mourir les morts. y a qu’comme ça qu’on meurt jamais. faut les faire danser, faut leur parler. moi j’crois aux fantômes, j’les sens.
faut les faire danser, faut leur parler, faut les faire vivre encore les morts. y a qu’comme ça qu’on meurt jamais. faut les faire danser, danser le tango de la mort avec eux. tu veux qu’j’te montre ?
j’peux t’montrer si tu veux. j’peux t’montrer comment on danse avec la mort. mais non n’aie pas peur. j’vais pas m’laisser partir… j’vais juste m’envoler un peu, mais j’ai l’habitude t’inquiète, j’sais r’descendre.
j’parle aux fantômes. c’est comme ça qu’j’parle à mon père. mon père il est parti trop vite. puis on s’connaissait pas bien lui et moi. alors j’ai pas eu l’temps, pas eu l’temps d’lui dire, tu vois, les trucs qu’on doit toujours dire aux gens, comme ça quand ils partent, ben… ils partent pas sans rien dans leurs bagages pour le grand voyage. et nous on n’a pas bien eu l’temps d’se dire ces trucs-là. alors j’lui dis maintenant quand j’danse avec la mort. j’lui dis mes trucs de fille, puis j’danse avec lui, comme quand l’père il danse avec sa fille quand elle se marie, alors j’fais comme si j’me mariais tous les jours, comme ça j’danse avec lui tous les jours, mon père. »














