S’offrir un bouclard fidèle à l’idée que l’on s’en fait, sans chichi ni tralala, un lieu désiré en somme, mythe ou réalité ? Néophyte ou du métier, le tout, c’est d’y aller. Comme chez Les Darons.
Avec un tel blaze, on s’attendrait légitimement à découvrir un univers façon Gilles Grangier avec Jean Gabin en immarcescible figure patriarcale et Nadja Tiller en souris au destin tout tracé. Il n’en est rien.
Jadis, ici, se trouvait Les Cadets, extension gasconne de l’empire Belle Campagne, qui n’en finit plus de s’effondrer après avoir régné au début de la décennie. Cruauté du monde des caboulots où le parfum du jour s’étiole dès le crépuscule venu…
Cela dit, il faut avoir foi en sa bonne étoile pour tenter sa chance sur cette portion des quais, superbement ignorée du flot touristique et des habitués de Saint-Michel. Qu’importe, Éric et Sandrine, le couple aux commandes, flanqués de leur mascotte Rosy, n’ont pas tergiversé avant de franchir le cap et de se lancer dans « ce dernier projet de vie professionnelle » après des carrières bien remplies dans l’audiovisuel et la décoration, entre Oise et Paris. Bordeaux leur a fait des yeux de Chimène et en avant Guingamp pour un établissement atypique : comptoir vert à l’ancienne, marbre rose au sol, cuisine en longueur et ouverte et, enfin, un salon (l’ancien boulodrome) qui sent bon le mobilier d’époque, chiné avec amour. N’oublions pas la terrasse aux belles dimensions, complétant le ruban allant du pub The Black Sheep jusqu’à la Tencha en passant par la vénérable Taupinière et l’Imperio.
Soit cinq salles et cinq ambiances, Les Darons étant pour sûr la plus singulière car ni restaurant, ni bar, ni after, ni lounge, mais un lieu de vie où grignoter signifie ne pas se faire rouler dans la farine en voyant une planche à la con, dégueulasse et surtaxée, arriver sur la table, une fois commande passée. Non, ici, le chef s’appelle Margaux et s’évertue avec belle application à constituer une carte simple mais savoureuse, suivant l’humeur et les saisons. Soit terrine de campagne, rillettes de poulet, tapenade, brochettes de magret, bricks de légumes ou poulpe snacké. Les amateurs pourront aussi savourer son riz au lait et son « Mieux qu’un croque ».
Il faut dire qu’au départ – l’affaire a officiellement ouvert en novembre 2017 – Monsieur et Madame se faisaient les muscles sur une superbe trancheuse à jambon ; oui, ce genre de Ferrari à 8 000 € ciselant le prosciutto. Mais ils ont vite ressenti comme un reniement avec leur nature épicurienne. Apprécier les belles choses, se revendiquer gourmet et trancher du bandard… NON.
Idem dans le godet : Vedett à la pression et Pschitt à volonté. Plus sérieusement, côté spiritueux, c’est la Maison Désiré (800 références de whisky, 300 de rhum et des armagnacs de 1951 à nos jours) qui s’occupe de la sélection. Et, pour les vins, c’est la CUV qui choisit sans chauvinisme aucun (Côteaux du Pont du Gard, Minervois, Côtes de Gascogne, Côtes de Thongue). En résumé, le VRP en goguette souhaitant se rincer le gosier avec du Get 27 devra rebrousser chemin.
Prix tenus (de 6 à 9 €), DJ set chaque samedi (de 22 h à 2 h), expositions régulières1 et, cerise sur le gâteau, un babyfoot Bonzini modèle Eurobutt.
1. Linogravures de LizarQueen jusqu’au 13 octobre, puis le collectif Sens Aigü, du 18 octobre au 15 novembre.
Les Darons
12, quai de la Monnaie
Du mardi au samedi, de 18 h à 2 h.
Réservations 06 28 84 14 79
Goths on bikes...Video for Gesaffelstein‘s Viol directed Jérémy and Anto a.k.a Les Darons and shot in Paris. Thanks to the Headset Press for the heads up.