J’ai découvert Jérémie Moreau, enfin. C’est vrai que je ne lis pas beaucoup de BD, ni de romans graphiques, parce que j’ai souvent été déçue, par les histoires. Souvent je trouve que c’est très beau, mais le scénario m’ennuie. Ici, bingo, rien de tel.
J’ai voyage en Islande avec La saga de Grimr, et en Alaska avec Les Pizzlys.
Le dessinateur Jérémie Moreau est infiniment doué, il est aussi à à l’aise pour l’aquarelle (Grimr) qu’avec le dessin numérique (Pizzlys) ; mais l’auteur Jérémie Moreau est surtout inspiré. Il a quelque chose à dire.
La saga est très poignante, elle a d’ailleurs obtenu à Angoulême le Fauve d’or.
Mais j’avoue avoir préféré Les Pizzlys, tout autant pour ses couleurs très actuelles (le dessinateur dit avoir été influencé par ce qu’il voyait lui-même sur Instagram, le fluo par exemple), que pour son message subtil. Le personnage principal, conducteur de Über proche du burn-out, addict au GPS, est perdu, dans tous les sens du terme. Il plane car il est tout bonnement trop loin du sol, de la terre, de la Terre. Lui et sa petite famille gavée d’écrans se retrouvent en Alaska, presque privés d’électricité. Le sevrage est rude. Mais là où l’auteur est malin et audacieux, c’est qu’il ne livre pas de morale attendue. Le retour à la nature se fait avec remous, mais le jeune garçon, qui aimait jouer sur les écrans, se révèle être un chasseur hors pair, comme si le jeu retrouvait sa nature première. Face à la nature qui change, aux saisons qui se dérèglent, c’est lui, complètement neuf, qui ne compare pas avec le bon vieux temps (comme les locaux, inquiets et dépassés) qui apprend à lire la mutation des animaux et du climat.
Au lieu de parler de fin du monde, Jérémie Moreau préfère parler de transition, d’espoir, d’adaptation, de nouveauté. Prêt même à inventer de nouveaux mythes (comme il l’avait déjà fait avec Grimr). C’est réconfortant et pas si naïf que ça, et c’est tellement beau. Je suis conquise par sa théorie poétique et humaniste.