Lettre à.
Pour ce que ça vaut et même si tu n’y crois plus, je t’aime. Tu es toujours là, à chaque instant, dans un coin de mon cœur. J’ai essayé, tu sais, de t’oublier, de te détester, parfois. Tu le mérites. Vraiment. Pas toujours, certes. Mais j’en suis incapable. On a vécu trop de choses, nous deux – nous trois, peut-être. Une relation passionnelle, qui m’effrayait parfois, mais avec le recul uniquement. Toi, tu avais essayé, au plus fort, de te détacher. Tu redoutais ça, trop t’attacher aux gens – et la peur de tout détruire. C’était pourtant ce que tu voulais. Le plus vite, ça fait moins mal. Mais tu revenais toujours – ou moi. Le temps pourtant – et c’est ce que tu disais – et non la distance, nous a séparées. Tu ne m’aimes plus, ne le nie pas. Je doute que tu essaies, de toute façon. Aux derniers instants, et même si je les pensais vraiment, ils sonnaient faux, ces mots. Et quoi ? Je ne t’aime plus ? Ce serait mentir. Ce serait plutôt « je ne t’aime pas de plus en plus, mais de moins en moins – et c’est bien la première fois que ça s’inverse » (tu les reconnais n’est-ce pas ? on te les a déjà dit – ou toi, je ne me rappelle pas bien). Mais ils ne venaient pas de moi, à l’époque. Et on t’a dit, aussi « à peine revenue et tu détruis tout ». J’ai contredit – et pourtant. C’était vrai, mais avec deux ans d’avance. Trop fort, trop vite. On a vécu des choses magnifiques, ensemble. Et lorsqu’on s’est enfin vues, il était déjà trop tard. Ce n’était plus « toi et moi, et elle », et ce que tu m’avais reproché, tu l’avais toi-même accompli. Après tout, elle te ressemble plus, et je l’aime bien, vraiment, mais quoique tu dises, elle m’a remplacée – et je ne peux m’empêcher de la détester un peu pour ça, malgré ses jolis yeux, ses beaux cheveux et notre début de complicité. « Quoique tu dises » mais tu n’as jamais rien dit de toute façon, belle illusion. J’aurais aimé, pourtant, peut-être m’aurais-tu persuadée que je comptais encore un peu. Maintenant, ce n’est que le silence, ou l’insolence. Ton peu de mots me fait mal, bien plus que ton absence, et je me suis accrochée, longtemps, à l’espoir que tout pourrait revenir à la normale. Je sais maintenant que tout est brisé, et j’appréhende tes apparitions, incapable pourtant de te jeter loin de moi. Tu saurais où me trouver, et je n’ai pas l’envie d’une confrontation. Et même si je t’aime toujours un peu, je n’ai rien ressenti, sinon le vide, lorsque je me suis rendue compte qu’il ne restait rien. Tu as écrit « nous étions deux ou rien » j’aurais aimé qu’ils soient pour moi, ces mots. Aujourd’hui, à deux ou trois, nous ou pas, il ne reste de toute façon rien.
Horrible constatation, à l’heure de recopier cette lettre : je ne t’aime plus. et ça m’effraie.






